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MessagePublié : sam. oct. 30, 2010 10:13 am 
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Bonjour à Toutes et Tous.

J'ai reconstitué tout le parcours de mon Pére en 39-40 au sein de la 2e batterie du 1er Groupe du 94e d'artillerie, ainsi que son instruction en tant qu'appelé en 1931-1932, au 64e RAM du Maroc seul régiment Divisionnaire des colonies, et quelque peu régiment disciplinaire où on envoyait les fortes têtes. Mon Pére avait été envoyé la-bas parce qu'il avait refusé Dijon alors qu'il avait demandé Lyon aprés avoir réussi sa préparation militaire en 1930 !

J'avais fait ces recherches afin de faire une biographie de mon Pére ( Sa mémoire était restée fidèle à 90 ans ) qui en rejoignait 5 autres de ma famille pour couvrir 3 siècles de l'Histoire de France.
Je ne vais pas vous raser en vous racontant tout par le détail, mais j'ajouterai qu'aprés la guerre( je suis un vieux bonhomme) à l'époque où il n'y avait pas la télévision les familles amies se réunissaient dans des veillées où devant un plat de chataignes grillées et un verre de clinton, les femmes tricotaient et discutaient et les hommes jouaient à la belotte et racontaient leurs guerres.

J'ai su par coeur les aventures de mon Pére et souvent devant ces évènements pagnolesques où tragiques, je pensais que le souffle épique avait joué un petit rôle. Quand aprés la mort de mon Père, et aprés sa biographie, 60 ans aprés la débacle de 40, j'ai pu consulter les Jmo des 94e et par la même occasion ceux du 64e, je lui ai demandé mentalement pardon d'avoir douté de la véracité de ses dires, que le jmo m'a confirmé. Bien sur ne figurent pas dans celui-ci les anecdotes hors du régiment, même si celle de la fourragére mériterait d'y figurer.

Je suis allé sur ses traces et celle de mon Gp, son beau père et curieusement leurs chemins se sont superposés et croisés à 20-25 ans de distance. Je peux vous parler de Voyelles, du pont de Quiquéry et surtout du Chateau de Breuil que j'appèle dans mes Archives le "Chateau de mon Père' où le canon de mon Pére a éclaté tuant le chef de piéce, régleur en direction et blessant les 2 servants dont celui qui venait de remplacer mon Père qqs instants auparavant.

Voila pour commencer et je répondrais à toutes les questions que vous vous posez, au cas par cas, dans la mesure où je pourrais vous éclairer.

Cordialement à Tous.

Francis.

_________________
Mon Père était servant à la 2e batterie du 94e, et j'ai renseigné Monique Bourgeois sur le régiment. Je suis allé sur les lieux des combats de mon Père à Breuil ou il avait été remplacé avant que le canon du 75 explose sur la terrasse du chateau.


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MessagePublié : sam. oct. 30, 2010 11:43 am 
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Bonjour Francis,
Merci pour votre témoignage. Votre père est passé très près du drame. Faites-vous référence à l'explosion de la 1ère pièce, le 6 juin 1940, qui éclate tuant sur le coup le pointeur DARDÉ et blessant gravement les servants COUZIGNÉ et BERNARD ?
N'hésitez pas à nous donner des détails de son passage à Voyennes, à Quiquery ou à Breuil et à sa traversée du département de l'Oise lors de la retraite. C'est avec grand plaisir qui nous lirons vos recherches historiques sur votre père.

Bien cordialement
Eric Abadie


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 Sujet du message : 94 e Ram
MessagePublié : sam. oct. 30, 2010 16:51 pm 
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Bonjour.

Par manque d'habitude, j'ai ouvert une nouvelle rubrique alors que je voulais continuer dans celle ouverte par Monique et Eric. Si le médiateur veut bien replacer mon message à cet endroit je lui dirais merci, comme je dis merci à Monique chaque fois qu'elle me place une photo ou une carte, je suis fâché avec les hébergeurs et pourtant il faudra bien que j'apprenne.
Pour répondre à Eric, oui c'est bien de cela qu'il s'agit le 6 juin.
Tous les hommes de la batterie étaient polyvalents, et se remplaçaient les uns les autres, mon Père avait été breveté comme pointeur en hauteur refusant de suivre le cours de pointeur en direction qui le mettait chef de pièce. La batterie a tiré ce jour là pendant 36 Heures d'affilée, et les hommes n'avaient rien mangé depuis la veille . Du café et des vivres viennent d'arriver apportées par Bernard canonnier popote qui a proposé à mon Père avec il était ami de le remplacer afin qu'il mange un peu avant les autres car le travail des 2 servants était le plus dur, mon Père portant très costaud appelait çà un travail de bagnard. Bernard a donc pris la place de mon père qui s'est retiré d'une dizaine de mètres pour se laver dans les nombreux seaux qui étaient là. Ces seaux servaient à refroidir les fûts des canons qui viraient au rouge sous la cadence des tirs, et se détrempaient et risquaient ainsi d'éclater. C'était tellement dangereux à ces moments là que les tireurs refusaient d'actionner manuellement la gâchette et le faisaient au moyen d'une corde à distance.
Mon Père n'avait pas fini de se laver le visage, le buste et les mains et une vingtaine de coups avaient été tirés, que le canon a éclaté, projetant le système de pointage à l'intèrieur de la salle du château à travers une porte fenêtre.
Mon Père ne fut pas blessé mais il aida à ramasser le corps de son chef de pièce dans une toile de tente. Elles ont beaucoup servi de linceul ces toiles de tente pendant toutes les guerres. Vis à vis de son camarade Bernard, il a longtemps culpabilisé. Le 94e avait fait tellement de dégâts aux Allemands que leur aviation leur lançait des tracts les menaçant de représailles en cas de capture. L'autorité militaire du Régiment avait enjoint à se soldats de découdre l'écusson 94e en cas de retraite

Demain je vous raconterai ma visite au château et je demanderai ensuite à Monique de mettre les photos de mon Père avec 3 de ses camarades (La seule que j'ai), ainsi que les photos du château et de son propriétaire, maire du village et celles du hameau de Moyencourt, prises en 2007.

Cordialement. Francis.

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Mon Père était servant à la 2e batterie du 94e, et j'ai renseigné Monique Bourgeois sur le régiment. Je suis allé sur les lieux des combats de mon Père à Breuil ou il avait été remplacé avant que le canon du 75 explose sur la terrasse du chateau.


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 Sujet du message : "Le château de mon père"
MessagePublié : lun. nov. 01, 2010 22:29 pm 
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Inscription : sam. oct. 23, 2010 22:13 pm
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Bonsoir à tous,
Voici quelques photos que Francis veut bien partager avec nous :

Son père, Georges BARBE, avec ses camarades artilleurs du 94e RAM. A sa droite son ami de toujours Paul ROUX, de Berzème (07) qui s'occupait particulièrement des chevaux et des mulets.
[/img]Image[/img]

Georges BARBE recevant une décoration lors du 40e anniversaire de la Victoire des mains de M. Chapuis, Deputé-Maire du Teil.:
[img][img]http://nsa20.casimages.com/img/2010/11/01/mini_101101102022796290.jpg[/img][/img]


Le village de Moyencourt :
[img][img]http://nsa20.casimages.com/img/2010/11/01/mini_101101103432620788.jpg[/img][/img]


Une vue du Château de Breuil devant lequel le pointeur DARDE a été tué lorsque sa pièce a éclatée:
[img][img]http://nsa20.casimages.com/img/2010/11/01/mini_101101100611509365.jpg[/img][/img]
Cordialement
MoniqueB


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 Sujet du message : 94e Ram
MessagePublié : lun. nov. 01, 2010 23:42 pm 
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Bonjour à Tous

Merci Monique. Petite précision sur la photo des 4 Artiflots. Mon Pére est à gauche des trois et Paul Roux est au centre. Je ne connais pas l'identité des 2 autres.

Cordialement. Francis Barbe.

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Mon Père était servant à la 2e batterie du 94e, et j'ai renseigné Monique Bourgeois sur le régiment. Je suis allé sur les lieux des combats de mon Père à Breuil ou il avait été remplacé avant que le canon du 75 explose sur la terrasse du chateau.


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MessagePublié : jeu. nov. 04, 2010 20:32 pm 
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Bonjour à Tous

Arrivée le 28 juin devant le pont de Quiquéry, ouvrage stratégique permettant le passage sur le canal du Nord, la 2ème batterie va relever le 3e groupe d’artillerie coloniale complètement motorisé alors que le 94e en est encore à l’attelage hippomobile. Le passage des consignes raconté par mon père n'est pas banal. Le commandant du groupe colonial, dépoitraillé, l'uniforme largement ouvert (nous sommes en guerre et fin juin) face au canal du Nord et à l'ennemi s'adresse au capitaine de la 2e, au garde-à-vous, raide dans son uniforme impeccable « Mon cher, vous allez vous faire repérer avec vos brelles, la consigne est simple car vous avez devant moi les boches et derrière moi la raie de mon c.. Je vous dis m…. »

Le plus gros de la batterie va s'installer dans le bois de Moyencourt d’où l'observatoire pourra assister au bombardement de Voyennes et à la destruction du clocher de l'église par une quinzaine de stukas allemands.
Un avion de reconnaissance va survoler le bois. Le capitaine va aller rechercher une nouvelle position de tir pendant que le lieutenant Nouvière met en scène une batterie de théâtre. Il fait mettre à la place des pièces, des engins agricoles avec les brancards dirigés vers le ciel et emboîtés par des tuyaux de poêle.
Le capitaine revient sans avoir trouvé de position et le lieutenant Nouvière part en rechercher une qu’il découvre dans le parc du château de Breuil. Nous sommes le 2 juin.
Toute la batterie se dépêche de quitter cette position repérée, et bien lui en prend ; quand ils repasseront quelques jours plus tard mon père dira « Qu'est-ce qu'on aurait pris si on était resté là, les débris des charrettes étaient dans les arbres, tout était ravagé ». Il n'avaient même pas entendu le bombardement tellement le bruit de fond de l'artillerie, était fort..

Ici je vais faire un aparté pour dire que je suis allé sur ces lieux en 2007, au pont de Quiquéry, à Voyennes, au château de Breuil et à Moyencourt. Je ne suis pas allé dans le bois, qu’aurais-je vu . Je suis allé à la mairie de Voyennes espérant y trouver des comptes rendus de cette journée. J'y ai reçu bon accueil mais on a ouvert de grands yeux quand j'ai demandé s'il existait des archives ou des documents parlant de ces journées de juin 40. C’est en fait moi qui ai raconté leur histoire. J'ai vu l'église, qui, détruite en 1914, avait été reconstruite à l'identique avec son bulbe, après 1920. Aujourd'hui, reconstruite après la guerre, elle n'a pas de bulbe et c’est un affreux bloc de béton, fruit du plan Marshall.
Arrivé devant le portail du château de Breuil à l'heure de l'apéro, château que l'on ne distingue pas, de tous les chemins qui mènent au village j’avais des scrupules à pénétrer dans ce parc, à midi, parc peut-être peuplé d'animaux qui en auraient voulu à mon intégrité. Une providentielle personne de la ferme voisine m'enleva tout scrupule quand elle me dit que le Chatelain était aussi le maire du village et qu'il n'y avait pas d'animaux sauvages dans le parc. Sachant que les maires sont des personnes dérangées à toutes heures de la journée, je frappais donc à la porte du bel immeuble et fut accueilli par M. le maire, homme très grand à la stature gaullienne, à qui je racontai les événements dont avaient été témoins ses parc et château devenus parc d'artillerie. Il ne savait rien de ces événements car né après la guerre, mais pourtant sa mère âgée d'une vingtaine d'années et très belle d'après l’artilleur Barbe était présente en juin 40. La mémoire des évènements ne se transmettrait-elle plus ? La jeune fille de 1940 était toujours de ce monde d'après son fils et habitait le pavillon situé à gauche en entrant, mais on ne m’a pas offert de la rencontrer et pourtant elle avait croisé mon Père
Dès mon retour à la maison j'ai expédié à M. le maire de Breuil les photocopies des pages du jmo, qui marquaient dans l'histoire de France, le rôle de son château.

A la prochaine et cordialement.

Francis

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Mon Père était servant à la 2e batterie du 94e, et j'ai renseigné Monique Bourgeois sur le régiment. Je suis allé sur les lieux des combats de mon Père à Breuil ou il avait été remplacé avant que le canon du 75 explose sur la terrasse du chateau.


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MessagePublié : sam. nov. 06, 2010 15:20 pm 
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Bonjour à tous, bonjour Francis,
Merci beaucoup pour toutes ces précisions. Elles donnent un peu plus d'humanité pour compléter les JMO des régiments qui en sont souvent dépourvus. Bien que votre témoignage soit indirect par rapport aux événements, vous êtes un vrai transmetteur de mémoire, grâce à votre père qui a su vous communiquer ce qu'il a vécu.
Continuez à nous enrichir de la sorte.
Bien cordialement
Eric Abadie

PS : Quand vous parlez du 28 juin (au début de votre narration) je pense que vous vouliez évoquer le 28 mai 1940.
Merci à Monique pour les photographies.


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MessagePublié : lun. nov. 08, 2010 18:06 pm 
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Bonsoir à Tous.

Oui Eric, je me suis permis un lapsus involontaire c'était bien le 28 Mai. Notre propre relecture est toujours difficile. Nous en étions au 6 juin.

C’est le soir du 6 juin que l’ordre de repli est donné et la batterie va commencer à retraiter pendant la nuit
Mais ce 6 juin au soir, mon père put mesurer la qualité de soldat et de chef du Lieutenant Nouvière d’origine Lorraine pour qui il avait une énorme estime, qui était en fait le chef de guerre de la batterie. « Je me serais fait tuer pour lui, çà c’était un officier ». Cet officier d’active était le contraire du Capitaine, officier de réserve et coiffeur dans le civil, que mon père qualifiait d’officier de parade. Je n’en dirai pas plus et laisserai le soin aux lecteurs des dernières pages du jmo de la 2e batterie de comprendre entre les lignes.
Monté à l’observatoire le lieutenant Nouviére dirigeait le tir de la deuxième batterie qui n'avait plus que deux pièces. Il était en liaison avec les fantassins qui se trouvaient en première ligne dont le 24e BCP. L'observatoire violemment bombardé et par l'artillerie et par les avions devint intenable, les liaisons téléphoniques coupées et l'infanterie aveugle. N’écoutant que son courage le lieutenant Nouvière rejoignit la 1ere ligne pour donner aux chasseurs les dernières instructions en fonction de ce qu’il avait vu de l’observatoire. Les hommes de la batterie le virent revenir au soir couvert de poussière et de sang pour avoir rampé sur plusieurs centaines de mètres.
Pour en terminer sur ce valeureux officier, une petite anecdote.. La batterie avait reçu l’ordre de détruire un poste d’observation situé dans un clocher et le capitaine se mit en tête de régler le tir de la 1ere pièce, celle qui éclatera, pour réaliser le tir au but. Mon père chargeait et après de multiples essais le clocher était toujours debout. Il proposa alors à son adjoint le Lt Nouviaire de s’y exercer, ce que fit consciencieusement ce dernier. Mon Pére mit l’obus et le clocher dégringola. La joie de Georges Barbe, intérieure, fut immense et car il avait un contentieux avec son Capitaine et son dévouement au Lieutenant était sans borne.

7 juin 1940.

Malgré les barrages d'artillerie, l'avance allemande ralentie pendant 36 heures, n'en a pas moins progressé pour autant. Le 94e voit refluer quantité de troupes par les ponts sur le canal du Nord. Georges Barbe se rend compte qu'il va n’y avoir que trois alternatives : mourir, être fait prisonnier, ou se replier. Il n'adhère pas aux deux premières solutions et à récupéré en cas de sauve-qui-peut un cheval d'officier qui errait abandonné, la selle sous le ventre. Georges l’a soigné et nourri et compte bien s'en servir si nécessaire car il est très bon cavalier.

Le matin du 7 juin des bruits circulent que les tanks sont tout proches, que des parachutistes allemands se mêlent aux soldats français et que des coups de feu auraient été échangés. Les artilleurs de la première pièce étant inoccupés du fait de sa destruction, vont être formés en une petite escouade de quelques hommes, pour essayer de capturer ces parachutistes allemands. Georges Barbe est désigné pour faire partie de ce commando. Le jmo ne fait aucune mention de cette mission, mais ce doit être un oubli car à la date du 8 juin, il est noté que trois canonniers se sont égarés et ne rejoignent pas. Mon père n'est pas cité parmi ces trois noms et pourtant il va rester deux jours livré à lui-même avant de retrouver le régiment le dimanche 9.

L'escouade va battre les alentours sans trouver de parachutistes, et le soir, les hommes fatigués ( le jmo parle d’effort inouï, servants surtout, la batterie a tiré 2000 coups en 36 heures ) vont passer la nuit à la belle étoile, dans le confort d'un champ de blé. Au matin ils vont être réveillés par un bruit de moteur assourdissant. Effarés ils voient au loin une colonne de chars qui progressent dans leur direction. « Tu peux croire qu’on a décampé en vitesse, sinon j’étais prisonnier, d'ailleurs je crois que deux ou trois de mes camarades se sont faits attraper le lendemain. On s'est retrouvé dans des colonnes de réfugiés c'était vraiment la débâcle la plus complète. J'ai perdu mes camarades, et un moment donné je me suis embarqué sur un véhicule automobile de l'armée dont le chauffeur avait bien voulu me prendre. Malgré la cohue le véhicule avançait, on a fait du chemin, et tout aurait été parfait si à une chicane de 2 tranchées, le chauffeur n'avait pas mis une roue arrière dans la tranchée. On a essayé par tous les moyens de s'en sortir et personne évidemment ne voulait nous aider. À un moment donné j’ai dit au chauffeur, ne restons pas là sinon on est cuits, mais lui ne voulait absolument pas, abandonner son véhicule. Je l’ai remercié et laissé à son sort. Chaque fois que je rencontrais des militaires je posais la question de savoir où était le 94e. Mais personne n'avait l’air de le savoir ».
La chicane en question se trouvait à Pont Ste Maxence, le jmo de la 2e batterie fait état des nombreux véhicules, qui furent ses victimes. Dans sa retraite l’artilleur Barbe était en avance sur sa batterie, ce qui lui permettra de la retrouver et de vivre des moments très durs

Ici j’ouvrirai une petite parenthèse pour dire que le Père d’un de mes collègues de travail, Georges Mestre était Maréchal ferrand au 94e , et qu’il a laissé un journal de route à partir de sa capture le 8 juin. J’ai eu et lu ce journal, il y a 12 ans, et fait lire à mon Pére, mais je ne retrouve pas les notes ou photocopies que j’en avait faites. Ce que je me souviens c’est que Mestre etait à Oniencourt le 5 juin, avec le troupeau d’équidés et que c’est une colonne de chars qui le fera prisonnier. Etait-ce celle que mon Père avait vu ? Le maréchal -ferrant Mestre sera embarqué sur le char de l’officier Commandant qui lui offrira le champagne.
Je me procurerais à nouveau ce témoignage et je vous le ferais partager.

Dans cette retraite, et sur son carnet, Georges Barbe cite les noms des lieux qu’il traverse, Roye /Matz, Moyenville, Lieuvillers, Houdancourt, Pont Ste Maxence, Creil, Senlis, Chantilly, où il arrive le 9 juin. Paradoxalement la ville est calme et les gens sont aux terrasses des cafés et Georges se paiera un bon repas au restaurant. C’est en sortant du restaurant que Georges Barbe croisera un camion avec sur la porte de la cabine une tête de cheval peinte avec le logo du 94e. Le régiment en retraite venait de toucher ces véhicules. Le chauffeur embarqua mon père et le ramena là où stationnait son régiment dans la forêt d’Harlatte. Son pays Paul Roux qui le croyait mort ou prisonnier, en pleurait de joie en lui donnant l'accolade et surprise lui montra son cheval dont il s'était occupé et qui faisait parti du régiment.

La prochaine fois nous aborderons l'épisode de la forêt d'Hermenonville prés de Senlis, sur lequel mon Père, 60 ans aprés, se posait beaucoup de questions.

Cordialement à Tous.

Francis.





Nous enétons resté au 6 Juin.

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Mon Père était servant à la 2e batterie du 94e, et j'ai renseigné Monique Bourgeois sur le régiment. Je suis allé sur les lieux des combats de mon Père à Breuil ou il avait été remplacé avant que le canon du 75 explose sur la terrasse du chateau.


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 Sujet du message :
MessagePublié : mer. nov. 10, 2010 12:25 pm 
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Inscription : sam. oct. 24, 2009 10:38 am
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Bonjour à tous, bonjour Francis,
C'est toujours avec autant d'intérêt que je lis votre récit si fidèle à l'esprit de ce temps et qui fourmille de détails pertinents.
Quel est ce lieu Oniencourt ?? Ne serait-ce pas Omencourt, hameau de Cressy-Omencourt au sud-ouest de Nesle.

Bien cordialement
Eric


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 Sujet du message : 94e Ram
MessagePublié : mer. nov. 17, 2010 23:46 pm 
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Bonsoir à Tous......suite

Le régiment va aller dans la forêt, à la Baraque de Chablis, et sera au contact des Allemands qui mettront le feu à la forêt
Ah ! cette forêt de Senlis, quel mauvais souvenir elle laissera à mon père. Les Allemands sont dans Senlis qu’ils ont incendié, ils ont mis le feu à la forêt d’Hermenonville qui brûle à l’ouest, la fumée se répand dans le bois où régnait depuis le matin un brouillard, inhabituel en cette saison, l’aviation bombarde dans un bruit de sirène, les armes automatiques crépitent, un décor de fin du monde. Un de ses camarades craque littéralement et part en hurlant comme un fou. Mon père ne le verra plus au cours de la retraite , mais le retrouvera cheminot à Portes les valence en 1942-1945.
Mon père ne peut expliquer comment le régiment a pu s’en tirer et traverser la forêt de Senlis, en fait celle d’Hermenonville vers Orry la ville, le 10 juin mise en position sans tir, Luzarches le 11, Villers sur Marne le 13 où la batterie est en position , mais ne tire pas, Marolles en brie en Seine et Oise et Paris qu’il va contourner par l’ouest.
Il faut dire que le 94e a fondu, il ne reste que le 1er groupe de Georges et encore bien éclairci. Le 2e groupe et une partie du 3e ont été fait prisonniers avec leurs Commandants, et l’état major avec le Colonel Clamens, probablement aussi. La batterie prend des positions de tir, défensives pour couvrir la retraite et pourtant il ne faut pas lambiner car le but des allemands est de faire prisonnière l’Armée Française.
Georges Barbe pensait à tort ou à raison que les allemands tiraient à blanc à Senlis, dans le but de démoraliser les combattants pour en faire des prisonniers, travailleurs de force en Allemagne car l’armée Française sur le reculoir n’était plus en mesure de se défendre ; soit elle avait perdu ses munitions, soit n’était plus en mesure de les faire suivre ou les avait détruites. Il pensait dans les années 1990, que le but de l’Etat major Allemand était de refouler l’Armée Française sur la ligne du cours de la Loire après en avoir coupé les ponts qui permettaient de la traverser, afin de la prendre dans la nasse. Le 94e traversera de justesse le pont de Jargeau, à l’est d’Orléans avant que l’aviation allemande ne le détruise, Avec les quelques pièces qu’il lui restera, la 2e batterie prendra position sur un nouveau front à Sandillon, mais ne tirera pas.
Le carnet d’itinéraire de Georges acte les dates suivantes jusqu’à son arrivée en Dordogne : 18 juin, St Christophe dans l’Indre ; 20 juin, Mezieux en Brenne ( Dans l’Indre) , Linge ? ; 21 juin Moulimes ( Vienne) ; 22 juin Mareuil, Dordogne ; 24 juin, Périgueux ; 25 Juin, Sauzet, Lot ; Départ de Sauzet le 28 juin et arrivée en Dordogne le 29 juin. La 2e Batterie , ce qu’il en reste devrais- je dire, prendra ses quartiers à Thenon. Elle est passée depuis Sandillon sous le commandement du Lieutenant Nouvière car le Capitaine a disparu avec son automobile son chauffeur et ses affaires. (voir fin du Jmo ). Je serais très curieux de consulter les fiches matricules du Capitaine et du Lieutenant Nouvière, pour des raisons bien différentes.

En attendant les modalités de démobilisation, liées aux conditions d’armistice, les hommes de la batterie s’emploieront chez les habitants à des travaux agricoles. Mon Père chez un boucher dont il labourera les vignes, ce qui lui permettra de faire de copieux repas. Il nous parlera souvent des fricots d’écrevisses à la sauce américaine et ramènera une habitude gastronomique de ce séjour, celle de mettre une rasade de vin rouge dans une soupe grasse et un larme de vin rouge dans son café, ce qu’il appelait « faire chabrot ».

Démobilisé le 16 juillet, Georges Barbe retrouvera son foyer ardéchois au Teil grande gare de triage ferroviaire entre Lyon et Nîmes, et son emploi de mécanicien d’entretien au dépôt .

Le GQG lui accordera la médaille militaire, en reconnaissant l’action du 94e des 5 et 6 juin qui a permis de retarder de 36 heures, avec l’appui de l’infanterie dont le 24e BCP, l’avance allemande et facilité ainsi la retraite et le sauvetage d’une grande partie de l’Armée Française.

Sans mésestimer la valeur de la décoration de mon Père, je ne peux m’empêcher sur le plan des efforts et des risques, de la comparer aux actions de son beau- Père, Louis Ollier mon GP, Chasseur Alpin des 46e et 17e BCA qui participa à 14 combats, Clézentaine ; les 4 sapins ; le Braunkopf ; le Reicherkarkopf ; Maurepas ; Rancourt ; Craonne plateau de Californie ; Ferme de la Royére ; La Malmaison ; Vauxaillon, le Mont des singes ; Le H.W.K. ; Moreuil, Côte 100 et bois Sénécat ; Canal de la Sambre. Cité, avec 54 mois de présence sous l’uniforme, 74 jours consécutifs d’occupation de la côte 641 de la mère Henry à Sénones, en plein hiver rigoureux de janvier-février 1915, 100 jours successifs d’occupation à la côte 100. Avec pour seule récompense la croix inter- alliée de la victoire attribuée le 11 février……..1935 !

La 3e République en train de défaillir était plus généreuse que ce qu’elle était en 1920. Car vraiment comment ne pas attribuer la médaille militaire à des soldats, fantassins, ayant combattu pendant 51 mois, de fin août 1914 à l’Armistice en première ligne.
Incompréhensible ce manque de reconnaissance ! !

Je ne terminerai pas ce chapitre sans signaler qu’une fraction du 94e ( venue d’où ? ) s’est battue après l’armistice du 17 juin demandée par Pétain. Le 21 juin sur un front qui va de la haute Loire au Rhône dans la partie nord de l’Ardèche des combats violents vont opposer les Allemands et les Français. (Voir article du Dauphiné ci dessous et « Montagnes Ardéchoises dans la guerre, pages 36 à 53. Tome 1 de L.F. Ducros. )

Cordialement à vous Tous. je vous retrouve dans une quinzaine.

Francis

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 Sujet du message :
MessagePublié : jeu. nov. 18, 2010 8:33 am 
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Inscription : ven. sept. 28, 2007 9:46 am
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Bonjour à tous

Merci beaucoup Francis pour ce témoignage passionnant.
Concernant la forêt d'Ermenonville il s'agit de la baraque Chaalis et non chablis, ce carrefour en forêt est très connu des promeneurs de la région.
Bien cordialement. Eric


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 Sujet du message : 94e Ram
MessagePublié : jeu. nov. 18, 2010 9:38 am 
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Inscription : lun. oct. 25, 2010 17:45 pm
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Bonjour Eric

Vous avez tout a fait raison , c’est bien Omiécourt et Chaalis, il va falloir que je change les carreaux de mes lunettes.
Je vais récupérer début décembre les carnets de route du père de mon ami Georges Mestre et j’en profiterai pour les scanner et les transcrire, et je vous en ferai profiter.
J’ai communiqué à Monique Minelli 3 documents qu’elle va mettre en ligne : la page du carnet de route de mon Père, l’ordre général de citation et la coupure de journal qui parle des combats d’arrière garde fin juin dans le sud.

Cordialement. Francis.

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Mon Père était servant à la 2e batterie du 94e, et j'ai renseigné Monique Bourgeois sur le régiment. Je suis allé sur les lieux des combats de mon Père à Breuil ou il avait été remplacé avant que le canon du 75 explose sur la terrasse du chateau.


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 Sujet du message : Re: 94e Ram
MessagePublié : jeu. nov. 18, 2010 9:40 am 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 22:28 pm
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francis barbe a écrit :
... (Voir article du Dauphiné ci dessous et « Montagnes Ardéchoises dans la guerre, pages 36 à 53. Tome 1 de L.F. Ducros. )... Francis


Bonjour Francis, merci de partager ces souvenirs, ces témoignages bien passionnant à lire depuis le début.

Quid de cet article du Dauphiné "ci-dessous" ?

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Président association "Picardie 1939 - 1945"


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 Sujet du message : après le texte, les images ...
MessagePublié : jeu. nov. 18, 2010 11:09 am 
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Inscription : sam. oct. 23, 2010 22:13 pm
Messages : 10
Localisation : Alpes Maritimes
Les voilà !!! Les voilà !! les documents annoncés par Francis :

[img][img]http://nsa19.casimages.com/img/2010/11/18/mini_101118110712998297.jpg[/img][/img]
l'itinéraire du 94eRAM, écrit de la main de Georges Barbe

[img][img]http://nsa19.casimages.com/img/2010/11/18/mini_101118110932899579.jpg[/img][/img]
La citation de Georges Barbe

[img][img]http://nsa19.casimages.com/img/2010/11/18/mini_101118111046889094.jpg[/img][/img]
L'article de presse du Dauphiné Libéré, commentant les derniers combats en Ardèche.
Cordialement
MoniqueB


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 Sujet du message :
MessagePublié : jeu. nov. 18, 2010 11:32 am 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 23:35 pm
Messages : 2065
Localisation : Berteaucourt-les-Thennes (80) / Vieux-Moulin (60)
Bonjour

Francis indiquait Médaille militaire mais en fait Georges reçut la Croix du guerre (l'étoile de bronze souligne une citation à l'ordre du régiment ou de la brigade). Cette décoration, comment est-elle ? Devant l'abus de son attribution tout fut rééxaminé et un nouveau modèle vit le jour en 1941, seul ce dernier compte.
Je ne pense pas que la forêt d'Ermenonville ait été incendiée, tous les soldats présents sur l'Oise rapportent la présence d'un étrange nuage de fumée. Il s'agirait d'une fumée provenant de l'incendie des dépôts de carburant le long de la Seine.
Je ne pense pas davantage que les Allemands aient tiré à blanc et le nombre de victimes de ces jours prouvent que les combats étaient bien meurtriers.

Cordialement


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