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Bonsoir à Tous......suite
Le régiment va aller dans la forêt, à la Baraque de Chablis, et sera au contact des Allemands qui mettront le feu à la forêt
Ah ! cette forêt de Senlis, quel mauvais souvenir elle laissera à mon père. Les Allemands sont dans Senlis qu’ils ont incendié, ils ont mis le feu à la forêt d’Hermenonville qui brûle à l’ouest, la fumée se répand dans le bois où régnait depuis le matin un brouillard, inhabituel en cette saison, l’aviation bombarde dans un bruit de sirène, les armes automatiques crépitent, un décor de fin du monde. Un de ses camarades craque littéralement et part en hurlant comme un fou. Mon père ne le verra plus au cours de la retraite , mais le retrouvera cheminot à Portes les valence en 1942-1945.
Mon père ne peut expliquer comment le régiment a pu s’en tirer et traverser la forêt de Senlis, en fait celle d’Hermenonville vers Orry la ville, le 10 juin mise en position sans tir, Luzarches le 11, Villers sur Marne le 13 où la batterie est en position , mais ne tire pas, Marolles en brie en Seine et Oise et Paris qu’il va contourner par l’ouest.
Il faut dire que le 94e a fondu, il ne reste que le 1er groupe de Georges et encore bien éclairci. Le 2e groupe et une partie du 3e ont été fait prisonniers avec leurs Commandants, et l’état major avec le Colonel Clamens, probablement aussi. La batterie prend des positions de tir, défensives pour couvrir la retraite et pourtant il ne faut pas lambiner car le but des allemands est de faire prisonnière l’Armée Française.
Georges Barbe pensait à tort ou à raison que les allemands tiraient à blanc à Senlis, dans le but de démoraliser les combattants pour en faire des prisonniers, travailleurs de force en Allemagne car l’armée Française sur le reculoir n’était plus en mesure de se défendre ; soit elle avait perdu ses munitions, soit n’était plus en mesure de les faire suivre ou les avait détruites. Il pensait dans les années 1990, que le but de l’Etat major Allemand était de refouler l’Armée Française sur la ligne du cours de la Loire après en avoir coupé les ponts qui permettaient de la traverser, afin de la prendre dans la nasse. Le 94e traversera de justesse le pont de Jargeau, à l’est d’Orléans avant que l’aviation allemande ne le détruise, Avec les quelques pièces qu’il lui restera, la 2e batterie prendra position sur un nouveau front à Sandillon, mais ne tirera pas.
Le carnet d’itinéraire de Georges acte les dates suivantes jusqu’à son arrivée en Dordogne : 18 juin, St Christophe dans l’Indre ; 20 juin, Mezieux en Brenne ( Dans l’Indre) , Linge ? ; 21 juin Moulimes ( Vienne) ; 22 juin Mareuil, Dordogne ; 24 juin, Périgueux ; 25 Juin, Sauzet, Lot ; Départ de Sauzet le 28 juin et arrivée en Dordogne le 29 juin. La 2e Batterie , ce qu’il en reste devrais- je dire, prendra ses quartiers à Thenon. Elle est passée depuis Sandillon sous le commandement du Lieutenant Nouvière car le Capitaine a disparu avec son automobile son chauffeur et ses affaires. (voir fin du Jmo ). Je serais très curieux de consulter les fiches matricules du Capitaine et du Lieutenant Nouvière, pour des raisons bien différentes.
En attendant les modalités de démobilisation, liées aux conditions d’armistice, les hommes de la batterie s’emploieront chez les habitants à des travaux agricoles. Mon Père chez un boucher dont il labourera les vignes, ce qui lui permettra de faire de copieux repas. Il nous parlera souvent des fricots d’écrevisses à la sauce américaine et ramènera une habitude gastronomique de ce séjour, celle de mettre une rasade de vin rouge dans une soupe grasse et un larme de vin rouge dans son café, ce qu’il appelait « faire chabrot ».
Démobilisé le 16 juillet, Georges Barbe retrouvera son foyer ardéchois au Teil grande gare de triage ferroviaire entre Lyon et Nîmes, et son emploi de mécanicien d’entretien au dépôt .
Le GQG lui accordera la médaille militaire, en reconnaissant l’action du 94e des 5 et 6 juin qui a permis de retarder de 36 heures, avec l’appui de l’infanterie dont le 24e BCP, l’avance allemande et facilité ainsi la retraite et le sauvetage d’une grande partie de l’Armée Française.
Sans mésestimer la valeur de la décoration de mon Père, je ne peux m’empêcher sur le plan des efforts et des risques, de la comparer aux actions de son beau- Père, Louis Ollier mon GP, Chasseur Alpin des 46e et 17e BCA qui participa à 14 combats, Clézentaine ; les 4 sapins ; le Braunkopf ; le Reicherkarkopf ; Maurepas ; Rancourt ; Craonne plateau de Californie ; Ferme de la Royére ; La Malmaison ; Vauxaillon, le Mont des singes ; Le H.W.K. ; Moreuil, Côte 100 et bois Sénécat ; Canal de la Sambre. Cité, avec 54 mois de présence sous l’uniforme, 74 jours consécutifs d’occupation de la côte 641 de la mère Henry à Sénones, en plein hiver rigoureux de janvier-février 1915, 100 jours successifs d’occupation à la côte 100. Avec pour seule récompense la croix inter- alliée de la victoire attribuée le 11 février……..1935 !
La 3e République en train de défaillir était plus généreuse que ce qu’elle était en 1920. Car vraiment comment ne pas attribuer la médaille militaire à des soldats, fantassins, ayant combattu pendant 51 mois, de fin août 1914 à l’Armistice en première ligne.
Incompréhensible ce manque de reconnaissance ! !
Je ne terminerai pas ce chapitre sans signaler qu’une fraction du 94e ( venue d’où ? ) s’est battue après l’armistice du 17 juin demandée par Pétain. Le 21 juin sur un front qui va de la haute Loire au Rhône dans la partie nord de l’Ardèche des combats violents vont opposer les Allemands et les Français. (Voir article du Dauphiné ci dessous et « Montagnes Ardéchoises dans la guerre, pages 36 à 53. Tome 1 de L.F. Ducros. )
Cordialement à vous Tous. je vous retrouve dans une quinzaine.
Francis
_________________ Mon Père était servant à la 2e batterie du 94e, et j'ai renseigné Monique Bourgeois sur le régiment. Je suis allé sur les lieux des combats de mon Père à Breuil ou il avait été remplacé avant que le canon du 75 explose sur la terrasse du chateau.
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