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L’héroïsme discret de Jean CARON par Robin Jouret Langlois du Courrier Picard édition du samedi 31 août 2024
Portrait de Jean CARON, résistant et maire d’Albert d’avril 1941 à juin 1943.
Il y a 80 ans, les balles se sont tues. Albert, comme de nombreuses communes de l’est de la Somme, fut libérée du joug nazi par les Britanniques, mais aussi grâce aux résistants albertins. Pour arriver à cette réussite, de nombreux Albertins ont donné de leur vie, tel qu’Henri Dumoulin, chef de la résistance locale. Mais des figures plus officielles ont agi dans l’ombre, tel que Jean Caron. Né le 1 er mai 1900, à Senlis-le-Sec, Jean Caron est le fils de Louis Caron et de Palmyre Mille. Négociant en grain, ce dernier travaillera avec la famille Pernaut, à Albert. En 1926, il se marie avec Andrée Caron, avec qui il aura quatre enfants. Mais la Seconde Guerre mondiale frappe la France de plein fouet. Jean Caron, encore à Albert, sera nommé maire le 10 avril 1941. Un engagement discret Lors de l’occupation d’Albert, « sa fonction de maire ne lui permettait pas de s’engager publiquement dans la résistance, explique Dominique Caron, son petit-fils résidant toujours à Albert. Alors il s’est engagé dans l’ombre. Lorsqu’une famille allait être arrêtée, il n’hésitait pas à les prévenir de l’acte imminent. » En plus de cette fonction d’informateur, l’édile n’hésitait pas à cacher « dans le charbon armes et munitions pour la résistance albertine. » Jean Caron sera arrêté par la Gestapo le 11 mai 1943, au 11 rue Émile-Zola à Albert. Ses actes de bravoure ne motiveront pas l’arrestation, qui sera réalisée pour « détention d’armes de chasse, et propos anti-allemands » Plusieurs témoins acteront son arrestation, dans de nombreuses lettres. Déporté, il passera par la maison d’arrêt d’Amiens du 11 mai 1943 au 28 juin 1943. Il sera ensuite transféré à Paris. puis en Pologne : il y apprendra qu’il est condamné à mort. Par la suite, l’édile est acheminé au camp de Dora en Allemagne, du 12 février 1945 au 25 mars 1945. Le dernier lieu de détention connu de Jean Caron est le camp de concentration de Nordhausen, en Allemagne, du 25 mars 1943 au 3 avril 1945. Après le 3 avril 1945, Jean Caron est introuvable. Et pour cause. L’aviation américaine bombarde le camp de Nordhausen, le confondant avec un dépôt de l’armée allemande. Les prisonniers présents n’ont aucune échappatoire. Plus de 3 000 âmes seront fauchées. Même si la dépouille de Jean Caron n’a jamais été retrouvée, son décès sera établi par un jugement du 31 mars 1947, à la date du 3 avril 1945.
Andée CARON, veuve de guerre
Dès son arrestation, son épouse, Andrée Caron, va entamer de nombreuses recherches pour retrouver son mari disparu. Elle prend la tête des deux entreprises de grain de son conjoint, en plus de devoir élever seule trois enfants en bas âge. Le 4 novembre 1946, la mairie d’Albert reçoit une lettre du capitaine de recherche Pallandre, basé en Pologne. Ce dernier informe le maire d’Albert, alors Alfred Leclercq, que des traces de Jean Caron ont été retrouvées en Pologne. Le disparu avait gravé, dans un livre, avec la pointe d’une épingle : « CARON Jean, Maire d’ALBERT […] Vive la France. » Une teinte d’espoir, qui ne mènera à rien. Elle ne découvrira son activité de résistant qu’après la fin de la guerre. Le 10 avril 1947, une lettre de remerciements, envoyée depuis Toulouse, est déposée dans la boîte d’Andrée. Elle y apprendra que son mari a facilité les laissez-passer à plusieurs familles, dans l’objectif de protéger les Albertins des « foudres de Vichy ». Veuve, Andrée Caron fera une demande à titre posthume pour que le titre de déporté politique, et non de déporté résistant, soit attribué à son mari. Une demande motivée, et accepté dix ans plus tard, le 29 septembre 1955. Bien que son histoire soit discrète, l’héroïsme de Jean CARON, et des nombreux résistants albertins, a permis à Albert de croire en cette liberté éternelle.
Cordialement Eric Abadie
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