Bonjour à Tous,
Carte des lieux:.
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Ci-dessous la 1ère partie du rapport du Cdt Blanc
RAPPORT du Chef d’Escadron BLANC Commandant le 3/94 R.A.M.
Le 3/94 faisait partie de l'artillerie de la 29e Division. Il a été engagé sur la Somme dans les conditions suivantes :
I° - Avec le groupement du Colonel Clamens Cdt. Le 94e RAM., P.C. à Pertain en appui direct du 112e RIA du 30 mai au 3 juin inclus, positions, à Potte et Morchain.
Avec les allocations de munitions qui lui étaient allouées (un quart d'unité de feu par jour) il a pu, à la demande de l'infanterie, faire beaucoup de mal à l'ennemi. Outre quelques tirs effectués par des sections nomades, plusieurs concentrations très efficaces ont été déclenchées dans les soirées des 2 et 3 juin.
Dans la soirée du 3 juin la 8e batterie a eu un chef de section tué (M. des Lis Piétri ) et trois blessés ; à la 9e batterie, un chef de pièce blessé.
II° - Avec le groupement du chef d'escadron Charnalet Cdt le I/94, P.C. à Languevoisin en appui direct du 3e RIA, du 4 au 6 juin inclus.
L'occupation des positions de Mesnil le petit et des observatoires, la mise en place des moyens de transmission ont eu lieu dans la nuit du 3 au 4 et dans la matinée du 4 le groupe est prêt à tirer au profit du 3e RIA. La 9e batterie avait été laissée à Potte pour assurer une permanence d'appui au 112e RI.
Dans la journée du 4 juin, le groupe effectue des tirs d'accrochages et quelques tirs d'efficacité avec des sections nomades. En particulier une mission d'interdiction (donnée par le groupement ) sur un carrefour devant le front du 3e RIA.
Le plan de feu pour la défense de la position est transmis aux batteries dans l'après-midi.
Résumé de la situation du groupe après l'attaque allemande
A partir de la nuit du 4 au 5 juin, les batteries ont tiré presque sans arrêt, face à l'Est dans leur zone d'action normale pour l’appui du 3e RIA et parfois dans la zone du 3/112e à la demande du groupement voisin.
Toutes les munitions stockées sur la position de Potte-Morchain (environ 5000 coups) ont été ramenées à Mesnil au prix de grands efforts.
I° - Nuit du 4 au 5 juin.
Vers 22 heures le groupe effectue un tir d'arrêt dans sa zone d'action éventuelle au profit du 112e .
Vers 23 heures le village de Mesnil le petit où se trouve le P.C. du groupe et bombardé par l'artillerie ennemie ; toutes les liaisons téléphoniques sont coupées mais elles peuvent être réparées rapidement.
On entend une violente canonnade vers le nord du secteur de la D.I. à partir de 3 heures.
Le 3e RIA fait connaître qu'il ne se passe encore rien sur son front, on ne sait pas exactement ce qui se passe à gauche, mais on se tient prêt à toute éventualité.
II° - 5 juin.
Le groupe tire au profit de l'infanterie dès le début de l'attaque allemande. Dans la matinée la 7e batterie est placée face à l'ouest sur ordre de l’A.D. pour tirer éventuellement sur des infiltrations d'engins blindés ennemis qui se produiraient sur les arrières de la Division.
Vers 15 heures les tirs des 7e et 9e batteries ont pu être déclenchés efficacement sur une colonne d'engins blindés longues de 2 km et en marche sur la route nationale, direction nord-sud (observation précise du lieutenant observateur qui s'était avancé avec un ER 22 jusqu'à quelques centaines de mètres de la route ).
L'artillerie du groupement voisin a été bousculée dans la matinée. Une batterie du 2/94 est recueillie sur la position du 3/94 vers 11 heures. Les deux autres batteries devront se replier dans la nuit suivante, ces batteries seront dans la mesure du possible ravitaillées en munitions par le 3/94 et renforceront utilement son action dans la journée du 6. Aucun ravitaillement n’arrivera plus au groupe après ce jour midi. Des munitions d'artillerie seront encore reçues dans la nuit du 5 au 6.
Les échelons du groupe sont dispersés dans un bombardement d'avion et une incursion d'engins blindés dans le bois d’Herly. Le commandement avait fait connaître que les chars ennemis seraient contre-attaqués par nos chars, mais il apparaît que le flot des engins ennemis ne pourra pas être arrêté.
Le 6 juin.
Le groupe continue à tirer sans arrêt au profit de l'infanterie malgré les bombardements ennemis. Dans la matinée les positions sont en particulier sévèrement bombardées à basse altitude par avions sur lesquels on tire avec toutes les armes automatiques, les mousquetons et même à la 8e batterie avec obus à balles fusants lorsque l'avion pique perpendiculairement au front de batterie.
Le personnel fait preuve d'une ténacité admirable, d'autant plus qu'ils doivent tirer un lot de munitions qui donnent des éclatements prématurés.
Au cours de la journée la situation du groupe devient rapidement très précaire du fait de l'avance ennemie à l'arrière du front. Les liaisons (moto et cycliste) qui ont été envoyées vers l'arrière pour porter des renseignements et demander des ravitaillements ne sont plus revenues. Le détachement d'observation avec le poste ER 22 qui surveillait la zone arrière et avait permis la veille le déclenchement des tirs sur la route nationale n'a plus donné signe de vie. Un observateur envoyé dans cette direction à bicyclette est revenu ayant rencontré des engins blindés ennemis à moins d'1 km des positions. D'autre part un observateur avancé mis en place à Potte ( flanc gauche de nos positions ) pour surveiller les mouvements de l'ennemi, et relayé par fil avec le groupe, doit se replier au début de l'après-midi après avoir signalé une progression inquiétante dans cette région non couverte par de l’infanterie (jusqu'à Morchain, Potte même).
Le groupement mis au courant de la situation a confirmé que la mission du groupe reste de tenir sans esprit de recul, qu'aucun changement de position n’est à envisager.
Des observatoires rapprochés sont occupés par chaque batterie et l'observatoire du groupe est maintenu malgré des tirs dans le clocher de St Nicaise qui domine bien toute la région.
L'appui de l'infanterie se fait toujours dans de bonnes conditions ; toutes les liaisons téléphoniques du groupe sont maintenant en bon état de fonctionnement, en particulier avec l'observatoire, le P.C. du Chef de Bataillon d'infanterie, avec le groupement. Lorsque cette dernière sera définitivement coupée, vers 17 heures, on communiquera avec lui par ER 12.
Mais à partir de 17 heures , les batteries doivent être alertées à deux reprises pour faire face à une menace de flanc. D'après les renseignements donnés par l'observatoire du groupe, des tirs de la 7e batterie peuvent être déclenchés sur du personnel a découvert au sud de Licourt.
Enfin vers 18 heures, pendant qu’un violent bombardement de 105 s’abat sur le village de Mesnil le petit, une attaque d'infanterie (environ une compagnie, déployée, suivie par des camions ) débouche à environ 1200 m dans la direction sud. Le feu est ouvert immédiatement par 3 canons du 2e groupe Maccarez, mis en batterie à proximité du P.C. et par la 7e batterie. L'ennemi éprouve des pertes et reflue derrière un mouvement de terrain où le tir de la 7e batterie le poursuit d'après les observations de l'observatoire du groupe, relié en inter communication. L'observatoire voit que l'ennemi s'approche facilement du village à l'ouest et menace de le déborder dans cette direction.
La 7e batterie fait face en débouchant tous les obus à balles à distance. Le commandant de groupe qui a rendu compte de la situation au groupement par ER 12, demande instamment au Chef de Bataillon de lui envoyer un petit renfort d'infanterie. Le chef de bataillon dont le P.C. risque aussi d'être attaqué de moment à l'autre est dans l'impossibilité de le lui fournir. Il conseille d'essayer de se décrocher et de rallier le point d'appui de Mesnil- St Nicaise plus facilement défendable.
Entre temps, un lieutenant de la 7e batterie est venu au P.C. du groupe et rend compte que la batterie n’a plus de munitions et qu’elle est soumise au tir de l'infanterie ennemie ; les deux autres batteries n’ont plus que quelques obus à balles, les munitions des armes automatiques ont été épuisées dans les tirs contre les avions et il y a peu de munitions pour les armes portatives. La liaison par ER 12 avec le groupement est interrompue.
Le Commandant de groupe décide de porter le groupe dans le point d'appui d'infanterie. Il met les 8e et 9e batteries au courant de sa décision et donne l'ordre à la 7e de rejoindre Mesnil- St Nicaise après avoir mis le matériel d'artillerie hors d'usage. Le mouvement est possible, l’ennemi n'ayant pas encore renouvelé son attaque de la lisière nord du village où une pièce de la 9e batterie a été mise en position sur la route en avant de la barricade. Le commandant de groupe fait détruire un certain nombre de documents et de matériel du P.C., puis se porte vers les 8e et 9e batteries. Elles ont déjà pris toutes les dispositions pour évacuer les positions. Deux pièces de la 8e ont pu être sorties de batterie à bras, le reste du matériel a été mis hors service. Le matériel auto de chaque batterie et de l'état-major de groupe qui a pu être récupéré a été mis en route vers Nesle en passant à travers champs par la lisière est de la ville. Quelques hommes de la 8e batterie qui viennent d'être blessés sont renvoyés en même temps. Le commandant du 2e groupe qui avec son état-major avait lié son sort à celui du 3e, rejoint avec lui Mesnil- St Nicaise.
Les artilleurs sont mis à la disposition du chef de batterie, commandant le 3e RI qui leur fait distribuer des cartouches et des grenades. L'observatoire du groupe est resté en place. Il signale qu'on aperçoit quelques chars français entre Nesle et Mesnil. Le 3e groupe forme immédiatement trois sections qui avec un groupe de combat et un lieutenant d'infanterie seront mis en route vers Mesnil le petit dans l'espoir que les chars pourront faire le tour du village et le dégager. Mais le lieutenant revient au bout de 20 minutes déclarant il y a des chars allemands en vue et aucun char français.
L’ennemi a occupé la lisière nord du village, les artilleurs sont remis en place sous le commandement de leurs officiers au lisières de Mesnil-St Nicaise pour contribuer à la défense du point d'appui. On voit de l'infanterie ennemie déployée à faible distance au nord du village, mais elle ne paraît pas pousser son attaque.
Le chef du bataillon communique avec le P.C. du régiment à Languevoisin où se trouve également le P.C. du groupement d'artillerie. Il prévoit qu'un ordre de repli lui sera donné dans la nuit. À la tombée de la nuit il transmet au 3/94 l'ordre de rejoindre le 1/94 à Languevoisin.
Repli du groupe.
Le mouvement du 3/94 vers Languevoisin s'effectue sans incident à travers champs en s'éloignant le plus possible de la route de Nesle pour franchir le canal à l'est de cette ville. Le 1/94 est rejoint à Languevoisin vers 23 heures au moment où il se mettait lui-même en route pour effectuer un mouvement de repli. À partir de là le 3/94 continue son mouvement avec lui sous les ordres du Commandant Charnalet.
Les unités font mouvement pendant la nuit jusqu'à la Ferme de l'Hôpital où le 1/94 devait se mettre en batterie. Au lever du jour le colonel Lassagnes venu en cet endroit avec le Général Gérodias donne de nouveaux ordres pour continuer le mouvement de repli en gardant la liaison avec le P.C. de l’A.D.. Les unités sont mises en route immédiatement en utilisant un couvert situé à 200 mètres au sud et on voit bientôt des engins motorisés ennemis faisant irruption à la Ferme de l'Hôpital en dispersant quelques éléments d’infanterie amie.
Les nouveaux ordres reçus par le commandant Charnalet au P.C. de l’A.D. à Ressons sur Matz vers 14 heures furent les suivants : « La 29e D.I. se regroupera le 8 juin dans une zone située à environ 20 km au sud-ouest de Ressons sur Matz. Le 94e RAM occupera les villages de Lieuvillers et Erquinvillers. » Les C.R. ont reçu directement un ordre de mouvement pour se rendre à Noroy et ravitailler les unités dans la matinée du 8 juin.
Le commandant Charnalet fait transmettre aux unités l'ordre de rallier Ressons sur Matz dans la soirée. La colonne à pied du 3e groupe y arrive à 18 heures. Un camion et une camionnette rejoignent également le reste de la colonne avec le capitaine d’Allard et Arnal (7e), Grillon (8e) n'a pu être retrouvé sur l'itinéraire de repli qui lui avait été fixé et ne rejoint pas. Au cours du repli les colonnes ont été bombardées et ont dû se mettre à couvert à plusieurs reprises pour échapper aux coups de l'aviation ennemie.
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A suivre, cordialement.
Francis