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LIOMER
1er septembre 1944
Vendredi 1er septembre, à 8 heures du matin, les derniers tanks boches quittent le village. A 9 h., les premiers tanks anglais sont signalés à Laboissière, à 2 km. La jonction des résistants locaux se fait immédiatement sur la place, en même temps que les tanks font leur apparition à l'entrée du pays. Il faut établir un service d'ordre, car la foule veut les prendre d'assaut. MM. SENET, TOURDES, MARQUANT et Mlle RYO *, institutrice, font la distribution des quelques armes disponibles. A ce moment, un motocycliste boche, venant de Villers-Campsart, se trouve nez à nez avec le premier tank anglais : échange de coups de feu et fuite du Boche qui abandonne sa moto. La cueillette des prisonniers (26) se fait aussitôt, permettant de grossir le nombre des armes. Nous avons 16 hommes armés de fusils, mitraillettes, revolvers et grenades allemandes ainsi que de mitraillettes anglaises. 16 prisonniers sont encore faits, le service de santé est assuré par le docteur français WALDMANN, de Liomer. La côte de Villers-Campsart étant barrée par des mines, les tanks anglais sont déviés par Hornoy. L'allégresse de la population est sans borne, une foule de drapeaux français, anglais, canadiens et belges fleurissent le village. Les couleurs françaises flottent sur le clocher. Devant le monument aux morts, une foule vibrante entonne une marseillaise de victoire, des gens pleurent de joie. Craignant que le motocycliste échappé ne donne l'alarme à l'artillerie qui vient d'être signalée à Villers, les F.F.I. vont évacuer la place et ouvrir toutes les portes des maisons et des caves. Sage précaution, car peu après, les obus pleuvent sur le village pendant une demi-heure ; des maisons sont sérieusement touchées et quelques vaches tuées ou blessées. On s'attend à une contre-attaque du village, car 40 Boches sont encore en haut de la colline derrière le bois. La population effrayée reste dans les caves. Enfin, vers 5 h. 30, le gros des tanks anglais arrive, c'est la vraie délivrance. Joie immense, malheureusement attristée par le retour d'une patrouille ramenant un des nôtres tué et un blessé léger, les funérailles eurent lieu le 3 septembre, dans le cimetière militaire avec tous les honneurs. Le 2 septembre, d'autres prisonniers furent faits, 108 en tout, que SENET conduisit à Hornoy. Toute la nuit, une permanence avait été assurée pour guider les convois anglais et canadiens.
La Picardie Nouvelle, numéro 8 711PER1 Archives de la Somme
* Julienne RYO
Dans la Somme, un nouveau livre sur deux figures oubliées de la Résistance En novembre 2023, Jean-Paul Baronnet et Michel Hubaut de l'association Le Forestel ont sorti un livre sur deux résistants oubliés de Liomer et Brocourt. Ils s’appelaient Julienne Ryo et Joseph Waldmann, deux personnes contemporaines à la Seconde Guerre mondiale à Brocourt et Liomer (Somme). Ces noms ne vous disent certainement rien, et pourtant ils font partie de l’histoire de ces communes.
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Courrier Picard Par Thierry Griois, journaliste Publié le 11 décembre 2023
Dans ce dernier livre ; richement illustré de photos, de coupures de journaux, de reproductions d’actes administratifs d’époque ; le lecteur découvre donc le destin étonnant et complètement retracé par les auteurs de Julienne Ryo, qui fut la directrice des écoles privées de Brocourt et Liomer sous l’Occupation. Après la Libération, elle exerça même la fonction de maire de Liomer et de présidente du comité de libération. Elle fut aussi une grande figure de la Résistance et reçut pour cela la Légion d’honneur. « Cette femme, alors puissante et aujourd’hui totalement oubliée, était originaire de Bretagne où elle retourna à la fin de sa vie. Elle ne fut pas élue maire officiellement lors des élections de 1945. Sans doute parce que les hommes avaient alors du mal à accepter des femmes, qui venaient d’obtenir le droit de vote l’année précédente, au poste de maire. Mais aussi parce qu’elle avait joué un rôle important dans l’Épuration que certain(e)s ne lui pardonnaient pas. Et, enfin, parce que c’était une catholique enseignant dans le privé », précise Jean-Paul Baronnet.
Médecin juif et roumain, il continuait à exercer malgré l’interdiction Le destin de Joseph Waldmann, médecin juif de Brocourt et Liomer, second personnage du livre, est encore plus étonnant. Praticien roumain et juif, intégré et apprécié, il est cependant confronté aux mesures anti-étrangers puis antijuifs du gouvernement de Vichy qui lui interdisent doublement d’exercer. Il va alors voir son confrère d‘Hornoy-le-Bourg, Jacques Tremblé, pour lui demander de signer à sa place ses ordonnances afin de pouvoir continuer à travailler. Ce dernier, assez original, bien que se disant le plus antisémite des médecins de la Somme, accepte… Joseph Walmann ne fut jamais inquiété en tant que juif. Sans doute parce qu’il ne s’était jamais déclaré comme tel auprès des autorités, envoyait sa fille à l’église et au catéchisme, soignait les occupés et les occupants… On peut se procurer Figures oubliées de la Résistance, première partie, au prix de 10 €, chez Jean-Paul Baronnet à Amiens ou chez Michel Hubaut à Liomer.
Cordialement Eric Abadie
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