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 Sujet du message : Régions de la BRESLE et VIMEU
MessagePublié : mer. avr. 24, 2024 16:20 pm 
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Régions de la BRESLE et VIMEU

MAI - JUIN 1940

Notre confrère Etienne CHANTREL, directeur de l'Echo, de l'Eclaireur et de Bresle et Vimeuse, édités à Gamaches, et adjoint au maire de Mers-les-Bains, nous adresse une relation des dernières semaines qu'il a passées dans les régions d'Eu et du Vimeu, jusqu'à l'arrivée de l'armée allemande sur les bords de la Bresle. Nos lecteurs y trouveront quelques intéressants renseignements et précisions.

***

Mon intention, après avoir quitté Le Tréport, le dimanche 9 juin et Le Havre le lendemain, était de gagner Saint-Brieuc, chef-lieu du département d'accueil des réfugiés picards, puis, de Saint-Brieuc, repartir presque aussitôt pour la région de Lorient ou de Vannes et y faire paraître une édition d'exil de mes journaux, dans le but exclusif de rendre service aux réfugiés des régions de la Bresle et du Vimeu. Je n'ai pu remplir qu'une partie de mon programme, les événements s'étant précipités de la façon que l'on sait. Mais mon aimable et grand confrère "Le Progrès", à qui j'ai tenu à rendre visite dès mon arrivée à Lorient, m'ayant aimablement invité à lui fournir quelques renseignements sur ce que j'ai vu avant mon départ dans notre département, je m'acquitte bien volontiers de cette tâche, en le remerciant de son hospitalité.

***

C'est le samedi 18 mai que les choses commencèrent à se gâter dans nos parages. Des bombes tombèrent à Incheville, sur un bâtiment de l'usine Maillard, à Eu, sur la caserne Morris, non loin de la voie de raccordement des lignes d'Abbeville et de Dieppe (il y eut deux morts) ; au triage du Tréport (il y eut un blessé) ; et, non loin du chemin de fer, sur la Route nationale 15 bis, à la limite du Tréport et de Mers.
Il s'ensuivit de très nombreux départs, notamment parmi la population balnéaire, arrivée plus tôt que d'habitude, beaucoup de "baigneurs" regagnant Paris.

***

Lundi 20 mai, de graves incidents marquent l'exode des populations dans les environs de Saint-Maxent et de Translay, au-dessus de Gamaches. C'est par milliers et milliers que se font alors les départs, tant à Gamaches qu'à Blangy, à Beauchamp, et de toutes les communes avoisinant la Bresle.
L'encombrement des routes, surtout aux abords de la ville d'Eu, est inimaginable.
J'ajoute que, depuis ce moment, les nouvelles concernant la plupart des localités situées à plus de vingt kilomètres du Tréport, ne nous arrivent plus que rares et imprécises, qu'il s'agisse de Blangy-sur-Bresle, Hallencourt, Moyenneville, voire Abbeville et Saint-Valery-sur-Somme.

***

Le dépôt du chemin de fer du Tréport-Mers est évacué dans la nuit du lundi au mardi 20-21 mai. Cette évacuation ne contribue pas peu à jeter la perturbation parmi la population.
Ce même jour, mardi 21 mai, faisant une tournée en motocyclette dans le Vimeu, je constate que certaines communes telles que Feuquières et Friville-Escarbotin, Fressenville (sic) Lire : Fressenneville principalement, sont presque totalement désertes.

***

Le jeudi 23 mai, vers 6 heures du matin, trompé par la brume, un avion français capote en atterrissant sur la plage de Mers. Le pilote est indemne ; un de ses compagnons que nous conduisons à l'hôpital du Tréport, assez sérieusement blessé, reçoit les soins du docteur PEPIN. (1)

***

Depuis plusieurs jours déjà, les services de l'eau, du gaz et de l'électricité sont interrompus au Tréport, à Mers, à Eu, à Gamaches et dans la région : ce qui ajoute encore aux difficultés de la vie économique et rend impossible le fonctionnement de certaines industries.
Pour ma part, je suis désolé de ne pouvoir continuer à éditer normalement mes hebdomadaires, dont la parution eût été, je le sais, particulièrement bien accueillie par un public avide de nouvelles, et qui n'en recevait presque plus. Cependant, mes journaux parurent deux fois, entièrement écrits à la main et recopiés par des personnes de bonne volonté. Je les soumis à la censure de M. FLEURY-COQUERELLE, agréé et conseiller municipal à Eu. La première fois, mon tirage atteignit... 5 exemplaires (1 Bresle et Vimeuse, qui fut affiché à Gamaches) ; 1 Eclaireur du Vimeu pour Ault ; 3 Echo d'Eu-Tréport-Mers pour... Eu, Le Tréport et Mers) ; la seconde fois, sensible augmentation de ce tirage, qui est de... 12 exemplaires !

***

Quant aux communiqués officiels, seuls pouvaient les apporter les postes de T.S.F. à galènes ; de plusieurs communes de la région, on allait les chercher à Eu, dans une maison où diverse notabilités se trouvaient réunies à 8 heures du matin, 1 h. 30 de l'après-midi et 7 h. 30 du soir.

***

Sur ces entrefaites, arrive, le 22 ou le 23, la première vague des motorisés allemands, première incursion dont parle le communiqué. Chenillettes blindées et motocyclettes, nous dit-on, avaient franchi le pont de Saint-Valéry, venant de Noyelles-sur-Mer, et, par les chemins et routes, par les champs plus simplement - la sécheresse favorisant ce genre d'équipée, - elles se répandent dans toute la région à l'Ouest et au Sud d'Abbeville. Bien des détails nous manquent encore à ce sujet. Ce que nous savons, c'est que beaucoup de communes reçurent leur visite, y compris Mers, Oust-Marest, Gamaches, par conséquent, le bord de la Bresle, sans oublier Ault, où elles vinrent quelques jours de suite.
Nous ne pouvons insister, sinon pour dire que, à partir de ce moment, le Pont Tournant du Tréport demeura ouvert...

***

Le samedi 25 mai, des bombes tombent sur Gamaches, non loin de la Grand' Place et de l'Imprimerie. Une femme est tuée. La filature ne forme plus qu'un immense brasier. Le même jour, des bombes tombent à Eu, dans le quartier du passage à niveau. Une dizaine de maisons brûlent, notamment la Verrerie LAMBERT-DAVERDOINGT et la confiserie TOUTVOYE ; mais il n'y a pas de victimes. Les pompiers viennent à bout de ces sinistres.

***

Les jours qui suivent sont beaucoup plus calmes. Cependant, le canon ne cesse de tonner, et les avions font entendre fréquemment leur ronronnement qui agace.
Beaucoup d'habitants sont rentrés à Feuquières, à Friville-Escarbotin, à Fressenneville. Visiblement, la vie reprend ; seules quelques denrées manquent particulièrement ; les champs reçoivent les soins habituels de la saison. Mais la fermeture de la plupart des usines métallurgiques laisse de grands vides. Généralement, les administrateurs sont demeurés à leur poste. Plusieurs maires réquisitionnent, dans les maisons de commerce fermées, les marchandises nécessaires à leurs administrés.
Le gaz fonctionne de nouveau au Tréport, à Eu et à Mers, où l'électricité et l'eau sont également rendues.
Cependant, on a de mauvaises nouvelles de Dieppe, dont nombre de grands immeubles, le quartier du Pollet, la Chambre de Commerce, la Sous-Préfecture, le Port ont énormément souffert.
- Le 30 mai ont lieu, à Ault, les obsèques de Mme BREHANNET, veuve de l'ancien adjoint au maire, ancien instituteur, qui a laissé le souvenir le plus vivace dans le cœur de ses concitoyens.
- Le même jour, je rencontre à Eu M. DUCROCQ, instituteur à Pendé, qui a pris en mains l'administration de la commune. Il y a eu, à quelques kilomètres de cette localité, une escarmouche assez vive. Le maire d'Estrébœuf a été légèrement blessé d'un éclat d'obus.
-Le même jour encore, des bombes d'avion tombent à Eu sur la maison SAUMONT, et à Mers près du hameau de Froideville. Il n'y a pas de victimes.
- Beaucoup de cheminots du dépôt du Tréport sont revenus, et les michelines ont été mises à la disposition du public.

***


à suivre ...

Le Progrès de la Somme, numéro 22160, 30 juin - 17 juillet 1940 259PER292 Archives de la Somme



(1) Simple hypothèse - Il pourrait s'agir d'un Potez 631, de l' E.C.N. 3/13 (Escadrille de Chasse de Nuit). A la date du 10 Mai 1940, l'ECN III/13 est rattaché au Groupement de Chasse de Nuit de la ZOAN (Zone d'Opérations Aériennes Nord).
Lors d'une mission de couverture, ce jeudi 23 mai 1940, l'appareil est abattu par méprise par un Bloch 152, probablement victime de la ressemblance du Potez avec le Me 110 Allemand. L'appareil se pose sur le ventre. Equipage : le Sergent-chef COLLINOT (très grièvement blessé) et l'adjudant-chef LEPAGE (mitrailleur) moins sérieusement blessé voire indemne. Voir Paul Martin - Invisibles Vainqueurs.


J.O. du 1er novembre 1940 page 5525
Légion d'honneur pour chevalier pour prendre rang du 24 juin 1940
LEPAGE (Louis-Maurice), adjudant-chef (active), escadrille 2/13 : mitrailleur de la plus grande expérience et qui a montré le plus beau courage. Neuf missions de guerre en dix jours. Sérieusement blessé au cours d'un combat aérien, a néanmoins aidé son pilote à regagner le sol, et contribué aussi au sauvetage de l'équipage.


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MessagePublié : jeu. avr. 25, 2024 10:32 am 
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MAI - JUIN 1940

Notre confrère Etienne CHANTREL, directeur de l'Echo, de l'Eclaireur et de Bresle et Vimeuse, édités à Gamaches, et adjoint au maire de Mers-les-Bains, nous adresse une relation des dernières semaines qu'il a passées dans les régions d'Eu et du Vimeu, jusqu'à l'arrivée de l'armée allemande sur les bords de la Bresle. Nos lecteurs y trouveront quelques intéressants renseignements et précisions.

(suite)


***
Le vendredi 31 mai, M. DAUDIN, sous-préfet d'Abbeville, qui est venu se fixer à Gamaches, dans l'immeuble de M. BOUILLON, fondeur, me fait le tragique récit des bombardements d'Abbeville, au cours desquels il y a eu, hélas ! de nombreuses victimes. Quant aux monuments, ils ont été pour la plupart irrémédiablement atteints. Saint-Vulfran est partiellement tombé, Saint-Gilles et Saint-Sépulcre ne sont qu'amas de ruines. La restauration du chef-lieu d'arrondissement sera œuvre de longue haleine.
- Les camions du Secours National ont commencé leur œuvre bienfaisante dans la région. Je les vois à la mairie d'Escarbotin, dont M. Louis DEFRANCE a pris le commandement ; du pain, des conserves, de la levure sont apportés par leurs soins.
***
Quant aux motorisés allemands, ils ont été peu à peu refoulés vers Abbeville et vers Saint-Valéry. Mais je ne puis savoir si la vieille capitale du Vimeu est entre les mains de l'autorité allemande ou de l'autorité française.
Trois semaines plus tard seulement, au Lanloup, près de Paimpol, j'apprendrai que l'hôpital-hospice n'a pas été évacué et que le docteur LÉGER est demeuré avec ses malades ; - de même qu'il y a un certain nombre de victimes parmi les personnes qui essayèrent, du Crotoy à Saint-Valéry, de traverser la baie de Somme.
***
Ce dont souffrit également la population du Vimeu pendant ces semaines tragiques, ce fut du défaut d'argent. Les percepteurs et un certain nombre de receveurs des P.T.T. s'étant repliés, pensions, assistances et allocations ne peuvent être payées, du moins dans leur totalité. Les mairies procédèrent par bons, mais le nombre de ceux-ci finit par gêner la plupart des commerçants.
D'autre part, presque partout, on manquait de médecins.
***
Le samedi 1er juin, une nouvelle vient causer un certain émoi : l'autorité militaire ordonne l'évacuation de toute la zone située au Sud de la Somme et allant de Hurt (Cayeux) à Vergies, soit une bande de 10 kilomètres environ en deçà du fleuve. Friville-Escarbotin n'échappe que sur sa demande à cette mesure, qui affecte la plupart des communes du canton de Saint-Valéry(-sur-Somme), nombre de communes du canton de Moyenneville (où, dit-on il y eut beaucoup de ruines), des cantons d'Hallencourt et d'Oisemont. En ce dernier chef-lieu, il y eut également, paraît-il, à déplorer des victimes.
Cette évacuation ne signifie nullement une aggravation de la situation de notre côté. Mais la bataille des Flandres est terminée, et il n'est pas douteux que le choc sera terrible sur la Somme. Il devait être terrible, en effet, mais moins encore dans notre région, où la rupture des lignes eut lieu assez rapidement, dans les parages de la Haute-Somme.
***
Quoi qu'il en soit, dans les journées des 1er, 2, 3, 4 juin, le vent était à l'optimisme. Un communiqué indiquait même une progression de nos troupes au Sud-Ouest d'Abbeville. Une nouvelle tournée dans les cantons d'Ault et de Gamaches, le lundi 3, m'apporta la preuve de cette confiance qui régnait presque partout ; dans certaines communes, les absences pouvaient se compter sur les doigts d'une seule main. Aussi, le lendemain, mardi 4, en auto, avec le maire de Mers, M. MARCASSIN, et un collègue, M. PALPIED, allâmes-nous rendre visite aux maires d'Ault, Béthencourt, Tully, Méneslies, leur portant un peu de ravitaillement, ainsi qu'aux boulangers quelques kilos de levure récupérés en Seine-Inférieure. Notre randonnée se termina par Gamaches, où je me proposais, de faire paraître un journal imprimé, le samedi suivant, et par Eu, où nous rendîmes visite au dévoué maire, M. Henri FRANCHET, qui devait demeurer à son poste jusqu'au dernier instant, admirable de calme, de sang-froid et d'allant.
Qu'on excuse ces détails : ils démontrent à ceux qui, plus tard, furent tentés de nous reprocher de leur avoir caché la vérité, que l'optimisme était permis et partagé de tous. Et tel il était, cet optimisme, qu'un haut fonctionnaire de Rouen disait, le dimanche 1er, aux membres de sa famille qui avaient quitté Mers :"Si la situation avait été, il y a deux mois, ce qu'elle est aujourd'hui, je vous aurais conseillé de ne pas partir. Mais, puisque vous êtes ici, allez vous mettre plus loin à l'abri !"

LA NOUVELLE TROUÉE

Hélas ! Le mercredi 5 juin devait nous apporter de cruelles déceptions et transformer d'un seul coup notre confiance en grave inquiétude.
En effet, vers 11 heures, allant à Gamaches et me proposant de pousser jusqu'à Blangy, j'apprends que les Allemands ont fait une nouvelle trouée dans notre front et qu'ils sont arrivés aux abords de Saint-Blimont, Escarbotin et Ochancourt. L'artillerie anglaise descend par Dargnies et Beauchamps et se dirige vers Gamaches, où se trouve toujours M. le sous-préfet d'Abbeville. Des avions survolent le bourg et la D.C.A. tonne presque sans arrêt. Nous parlons avec M. DAUDIN un bon moment, allongés sur le sol, car la mitraille éclate sans arrêt, et je rentre à Mers aussitôt après. Il y a ordre d'évacuation de Bouvaincourt, Beauchamps et Incheville. La vallée de la Bresle doit être inondée. L'a-t-elle été ? Je l'ignore.

Le Progrès de la Somme, numéro 22160, 30 juin - 17 juillet 1940 259PER292 Archives de la Somme


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MessagePublié : ven. avr. 26, 2024 17:20 pm 
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MAI - JUIN 1940

Notre confrère Etienne CHANTREL, directeur de l'Echo, de l'Eclaireur et de Bresle et Vimeuse, édités à Gamaches, et adjoint au maire de Mers-les-Bains, nous adresse une relation des dernières semaines qu'il a passées dans les régions d'Eu et du Vimeu, jusqu'à l'arrivée de l'armée allemande sur les bords de la Bresle. Nos lecteurs y trouveront quelques intéressants renseignements et précisions.

(suite)


Les motorisés allemands gagnent du terrain jusqu'à la limite même de la Bresle. Ils occupent toutes les hauteurs et poursuivent leurs incursions jusqu'à Saint-Quentin-Lamotte et Oust-Marest.
Précipitamment, des habitants de toute la région des deux bords de ka rivière et des communes des cantons d'Ault et Gamaches s'en vont par les routes de Beauchamps et d'Eu. Mais, à huit heures du soir, le génie anglais fait sauter les ponts tant à Eu qu'au Tréport ; chariots et voitures ne peuvent plus passer. Des centaines et des centaines de partants sont ainsi bloqués et des véhicules demeurent sur les routes.
Un grand nombre d'habitants de Mers passèrent le soir, au moyen d'un petit bateau qui reliait les deux jetées du port du Tréport. Tous - ce soir-là comme les jours suivants, - reçurent la plus généreuse hospitalité de M. Léopold LEVILLAIN, conseiller municipal au Tréport, qui mit l'Hôtel de Calais à leur disposition : toutes ces chambres disponibles et une vaste cave dans laquelle se réfugièrent plus de 200 personnes.
Jeudi, l'exode continua, Aultois et Mersois passant par le pont des écluses, qui n'avait pas été entièrement détruit et que gardaient encore quelques soldats britanniques.
L'après-midi, la ville d'Eu, presque entièrement vide, reçut nombre d'obus à ailettes, dont plusieurs tombèrent sur l'Hôtel de Ville, mais sans causer trop grand dommage.
***
Vendredi 7 juin, l'administration de certaines communes devient telle, au point de vue ravitaillement surtout, sans aucune liaison possible avec l'autorité qu'à Mers, un avis, signé de MM. MARCASSIN, maire, CHANTREL, adjoint, GESSON et PALPIED, conseillers municipaux, invite empressement la population à quitter la localité avant 2 heures de l'après-midi.
Les vieillards et malades sont informés qu'une voiture les transportera au port et qu'ils seront conduits, après la traversée, à l'Hôtel de Calais.
Le manque de véhicules et la rupture de la ligne Dieppe-Rouen durent, hélas ! empêcher nombre d'évacués ou de partants, Picards ou Normands, d'aller plus loin.
***
On se bat d'un côté à l'autre de la Bresle et nous apprenons avec tristesse qu'il y a eu des victimes parmi la population civile qui s'était repliée, et se trouva un moment sous le feu des deux artilleries.
***
Samedi 8 juin. - La nuit a été très pénible. Des batteries côtières ont tiré sur les hauteurs à l'Est de la ville d'Eu. Le tir recommence vers 9 heures du matin. A 10 heures, premier bombardement aérien du Tréport ; à midi, second bombardement aérien, avec accompagnement d'artillerie. Vingt ou vingt-cinq immeubles sont atteints, particulièrement dans la partie haute (rues Suzanne et Saint-Michel. Une jeune fille est tuée, il y a plusieurs blessés. Mais aucun incendie.
L'après-midi est calme au Tréport, mais la ville d'Eu est partiellement en feu. Les pompiers ont tenu tant qu'ils ont pu, mais ils ont dû renoncer à une tâche devenue impossible.
La chaleur est torride ; pas un souffle ; les avions allemands survolent la région. Le matin, il y a eu, au dessus de Mers et de Saint-Quentin-Lamotte, plusieurs combats aériens, mais sans résultat.
Nous avons l'impression douloureuse qu'aucune force importante ne s'oppose à l'avance ennemie.
D'ailleurs, les communiqués auront à peine commencé à s'occuper de la Bresle que les tanks et chenillettes atteindront Forges-les-Eaux puis Rouen... Et ce sera, proches des bacs de la Seine, l'affolement d'innombrables réfugiés dont tous ne pourront passer.
La nuit du samedi au dimanche, des fusées éclairantes illuminent les hauteurs de Saint-Laurent ; une immense lueur s'élève toujours de la ville d'Eu : l'incendie continue. A-t-il pu s'arrêter ? Où a-t-il pu s'arrêter ! C'est ce que j'ignorais, lorsque le dimanche, à 7 heures du matin, je quittais Le Tréport, pour me rendre à Étretat, en petite moto. Le lendemain, je gagnais Le Havre, qui fut sujet à un bombardement presque ininterrompu de 4 heures de l'après-midi à minuit passé. J'avais pu embarquer à 19 h. 30, mais notre chalutier belge ayant touché le sable vers 23 heures, c'est seulement le lendemain, à 1 heure de l'après-midi, qu'il arriva à Ouistreham, ayant fait la traversée à la vitesse de moins d'un nœud de moyenne ! Petite misère eu égard à toutes les autres...
J'ajoute, pour les Mersois, que notre station balnéaire n'avait en rien matériellement souffert jusqu'au dimanche 9 juin. Il semble qu'aucune raison n'ait pu, depuis, modifier cette situation.
***
Ayant dû, pour plusieurs motifs, séjourner une bonne dizaine de jours à Saint-Brieuc, où j'étais arrivé, par petites étapes, après avoir rencontré nombre de Picards connus à Caen, Argentan, Rânes, Couterne, Lassay, Ambrières, Fougères, Rennes, j'ai profité du temps favorable pour rechercher dans la région des compatriotes de Mers, du Vimeu, d'Eu et d'ailleurs. C'est par centaines que j'en ai rencontré à Saint-Brieuc même (en particulier des cheminots) à Langueux, Yffiniac, où M. René PRUVOST, maire d'Embreville, me narra l'évacuation totale de sa commune, à Hillion, Andel, Plédran, Pommeret, Quessoy, La Villette-en-Ploufragan, Hénon, Plœucq, Plouagat, Saint-Quay-Portrieux, Plélo, Pléhédel, Paimpol, Lézardrieux, Guingamp, Bohiniac (sic) LIRE (Cohiniac), Saint-Gildas, Saint-Fiacre, Corlay, à Senven-Léhart surtout et à Maël-Carhaix, où sont installées de véritables colonies mersoises.
[ ...]
D'aucuns nous apportent de pénibles nouvelles : Friville-Escarbotin a souffert au moment de la percée du 4 au 5 juin ; à Gamaches, l'usine POLLET fut brulée et la gare bombardée ; Blangy a compté des morts ; Aumale a subi les dures conséquences du bombardement. Un Croisien a été tué sur la route, non loin de Forges : M. PRUDHOMME, dont la femme et le fils nous rapportent eux-mêmes les derniers instants.



Le Progrès de la Somme, numéro 22160, 30 juin - 17 juillet 1940 259PER292 Archives de la Somme


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MessagePublié : dim. avr. 28, 2024 9:01 am 
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Notre confrère Etienne CHANTREL, directeur de l'Echo, de l'Eclaireur et de Bresle et Vimeuse, édités à Gamaches, et adjoint au maire de Mers-les-Bains, nous adresse une relation des dernières semaines qu'il a passées dans les régions d'Eu et du Vimeu, jusqu'à l'arrivée de l'armée allemande sur les bords de la Bresle. Nos lecteurs y trouveront quelques intéressants renseignements et précisions.

(suite)

Et puis voici les Abbevillois, avec notre confrère Georges MARTIN, du Télégramme, qui rapportent, eux aussi, ce qu'ils savent des heures tragiques d'Abbeville et nous disent l'abnégation des Sœurs de l'Hôtel-Dieu. C'est RIEUTORD, le vieil et sympathique adversaire de jadis du Cri du Peuple, qui nous raconte son odyssée depuis le départ d'Amiens, où la dévastation faisait son œuvre, et ses inquiétudes sur le sort d'Hallencourt.
***
Voici maintenant un autre journaliste, correspondant du Progrès de la Somme et de Bresle et Vimeuse à la fois, et qui, depuis le début de la guerre, assumait les fonctions de gérant des Nouvelles d'Airaines. C'est Ernest FRÉVILLE ! Ernest FRÉVILLE plus que septuagénaire ? Mais Ernest FRÉVILLE, plus vif et jeune que jamais.
Airaines a beaucoup souffert et les victimes y furent nombreuses : la femme du gendarme RAINCHEVAL (sic) (1) fut tuée ; la famille CHAZAL (2) fut affreusement éprouvée. Ernest FRÉVILLE prit le commandement de la vieille cité, dont les principaux monuments doivent être, par bonheur, demeurés debout. Il s'occupa du ravitaillement, de l'enterrement des morts... Il se fit surtout le protecteur de l'hospice, où le dévouement des religieuses eut matière à se dépenser. Et c'est seulement six jours après l'exode général que l'établissement fut évacué, les vieillards, les malades, le personnel et Ernest FRÉVILLE étant dirigés vers Cesson, où tous reçurent la plus bienveillante et généreuse hospitalité. M. le chanoine MAGNIER, curé d'Airaines, était demeuré avec ses paroissiens jusqu'au dernier moment, malgré son âge et son état de santé. Il dut cependant, en cours de route, aux Andelys, s'arrêter pour prendre un indispensable repos.
Quant à l'ami FRÉVILLE, il est demeuré - jusqu'à nouvel ordre - à Cesson, aidant à l'administration de l'hospice d'Airaines. Pas un mousquetaire, l'excellent FRÉVILLE. Mais au couvent tout de même !
Quelques nouvelles encore : une infirmière, rencontrée à la Préfecture de Rennes, nous apprend que l'Abbaye de Valloires n'a pu être évacuée. Tout était prêt, mais les camions ne sont pas arrivés à temps.
Il en fut de même à Cayeux-sur-Mer pour les vieillards et les incurables de la ville d'Amiens qui y avaient trouvé refuge depuis le début de la guerre.
Par contre M. l'Abbé MALGRAS, directeur de l'école Montalembert de Doullens, rencontré à Saint-Brieuc, nous rassure sur le sort des élèves de son établissement. Mais c'est de sa bouche que nous tenons le récit du décès de Mme de l'EPINE, directrice de la Ligue d'Action Féminine Catholique du Diocèse d'Amiens. Son Mari, capitaine, était au volant de sa voiture, dans laquelle se trouvait également M. BUFFET, chef de division à la Préfecture, déjà blessé au cours de la guerre précédente, par suite d'une indésirable rencontre, M. BUFFET le fut de nouveau, ainsi que M. de l'EPINE, dont la femme, mortellement atteinte, expira presque aussitôt.
Par l'Abbé MALGRAS, on apprend également que les Petites Sœurs des Pauvres sont demeurées à Amiens avec leurs pensionnaires, et que le curé de Neuville-Coppegueule a été tué par une bombe.
[...]

Etienne CHANTREL



(1) LIRE : RINCHEVAL
(2) Alphonse Jules CHAZAL
Décédé le 20 mai 1940 à Airaines (Somme)
Né le 12 janvier 1885 à Fontaine/Somme (Somme)
55 ans, 4 mois et 8 jours
victime civile
Sources : Service historique de la Défense, Caen
Cote AC 21 P 324998
Géographie historique : Depuis le 1er octobre 1972, Dreuil-Hamel est rattachée à Airaines.



Cordialement
Eric Abadie


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MessagePublié : mer. mai 08, 2024 9:44 am 
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Régions de la BRESLE et VIMEU


SENARPONT

M. Raymond QUILLEN, conseiller municipal, et président d'honneur des Anciens Combattants, est à la Chaumière, plateau d'Assy (Haute-Savoie). Il veut bien nous faire tenir une liste des habitants demeurés au 30 mai (1940) à Senarpont :
M. et Mme Alfred QUILLEN ; M. et Mme Jules PRUVOST ; Mlle Cécile PRUVOST ; Mme DUPONT, rue de l'église ; Mme Lucien DUCHAUSSOY ; Mme Célina VILAIN ; M. le commandant PICARD et Mme.
Beaucoup d'habitants, partis dans les environs immédiats étaient, paraît-il, revenus à cette date dans la commune. Grâce à l'initiative et au dévouement du commandant PICARD, adjoint au maire, un service postal est organisé par Vieux-Rouen-sur-Bresle (Seine-Inférieure), une boucherie et une boulangerie ont été réouvertes pour assurer le ravitaillement de la vaillante population qui s'accroche au sol natal. (sic)

Le Progrès de la Somme, numéro 22157, 1er - 8 juin 1940 259PER292 Archives de la Somme






Cordialement
Eric Abadie


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MessagePublié : ven. mai 10, 2024 17:29 pm 
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GAMACHES

1940


M. AUBERT Marius, adjoint au maire est à Gahard (Ille-et-Vilaine).

Le Progrès de la Somme, numéro 22159, 16 - 29 juin 1940 259PER292 Archives de la Somme




Cordialement
Eric Abadie


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MessagePublié : dim. mai 12, 2024 10:21 am 
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dans la vallée de la Bresle

La bataille de la Bresle a laissé, dans toute la région de nombreuses traces et il nous et possible aujourd'hui de donner de détails sur la situation de plusieurs localités.
La coquette ville d'EU, pour laquelle on avait craint pour un moment la destruction totale, fournit le triste bilan suivant :
410 maisons, magasins et usines ont eu à souffrir au cours des journées du 5 au 10 juin (1940).
maisons, magasins et usines complètement rasées (sic) : 145.
Maisons et magasins considérés comme très endommagés et dont la totalité ne sera certainement pas réparable : 90.
Maisons et magasins ayant moins souffert et considérés comme pouvant subir les réparations : 175.
A cela viennent s'ajouter l'église, le château, les écoles des garçons et des filles, le collège Anguier et l'Hôtel de Ville.

Le Tréport à moins souffert ; toutefois 60 maisons ont été atteintes, particulièrement dans le quartier de l'Hospice, la rue Gambetta, rue proche de la falaise, et le quartier de l'Hôtel de Bains, ce dernier complètement détruit.

Tant qu'à la ville de Mers-les-Bains, elle n'a pas eu à subir, comme ses deux villes sœurs, les bombardements.

A Incheville, il y eut bataille et dégâts, la grande usine Maillard, qui employait un grand nombre d'ouvriers de la région, notamment du Vimeu, et très fortement endommagée ainsi que les établissements Drouard frères.

A Ponts-et-Marais, petite localité se trouvant entre Incheville et Eu, la papeterie, l'église et plusieurs maisons ont beaucoup souffert.

A Oust-Marest, Dargnies, Yzengremer, nombreux sont les dégâts. De ce que nous avons pu nous rendre compte et entendu dire, on peut évaluer à la pour ainsi dire presque totalité la destruction des communes de Blangy-sur-Bresle et Foucarmont.

A Gamaches, pas mal d'immeubles ont été atteints par des obus, notamment la grande filature et l'usine Pollet.

A Ault, le phare a été complètement rasé.

Les routes ont, elles aussi, beaucoup souffert, car nombreux sont les trous plus ou moins profonds causés par les bombardements. Et tout le long de ces routes, une pénible vision s'offre aux yeux ; par endroit, on remarque de petites croix de bois, certaine portent des noms de soldats, d'autres sont des civils qui, fuyant pour trouver ailleurs une protection, ont trouver l une mort cruelle.

Le Progrès de la Somme, numéro 22162, 29 juillet - 15 août 1940 259PER292 Archives de la Somme


Cordialement
Eric Abadie


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