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| Auteur : | ae80 [ jeu. janv. 15, 2026 12:29 pm ] |
| Sujet du message : | La Seconde Guerre mondiale, quand la prostitution battait son plein |
La Seconde Guerre mondiale, quand la prostitution battait son plein Article du Courrier Picard, édition du 14 janvier 2026 par Julien GRIS, journaliste Saint-Quentin. En fin d’année, le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy a rouvert le débat sur les maisons closes. L’occasion de se pencher sur le plus vieux métier du monde quand il était en plein essor chez nous. se pratiquait-elle ? La documentation du début des années 1940 montre à quel point guerre et sexe étaient liés. Dans une lettre du 11 décembre 1940 adressée au maire de Saint-Quentin, le commissaire de police mesure l’ampleur de l’activité. « Depuis quelques mois, la prostitution est en recrudescence », écrit-il. Il l’analyse par « le grand nombre de militaires cantonnés dans l’agglomération et les ressources dont paraissent disposer nos militaires ». L’Occupant fait ce qu’il veut et tolère l’ouverture de débits de boissons mal famés alors que la plupart étaient fermés ainsi que trois maisons closes. Des débits « fréquentés par des femmes de mœurs plutôt faciles », informe le même commissaire au commandant militaire allemand quelques jours plus tard. Le 7 février 1941, c’est au préfet que le commissaire adresse une missive intitulée « Étude sur la question de la prostitution à Saint-Quentin ». « Jusqu’en septembre 1939, six filles libres étaient inscrites sur nos contrôles et assujetties aux visites bi-hebdomadaires, peut-on lire. Trois maisons de tolérance étaient exploitées et groupaient environ vingt-quatre pensionnaires, originaires de toutes les régions. » Le rapport ajoute que « quelques personnes s’adonnaient au libertinage ». Cinq fois plus de prostituées en l’espace de deux ans Tout est loin d’être rose puisqu’on apprend que « 34 prostituées ont été hospitalisées parce que reconnues atteintes d’infections vénériennes ». Mais pas de quoi décourager l’activité puisqu’à l’automne 1941, l’inspecteur de la santé tient les comptes : « Le nombre de femmes en carte (NDLR : officiellement déclarées prostituées et soumises au contrôle médical) connues du service de la police était en juin 1939 de 8 ; en juillet 1941 de 43 ». Et pour saisir l’esprit de l’époque, rien ne vaut les témoignages. Actuellement en charge des études documentaires pour la Ville de Saint-Quentin, Frédéric Pillet en a répertorié dans son ouvrage Saint-Quentin occupée paru en 2014. Un avocat au pseudonyme de Ferrand décrit les lieux : « Saint-Quentin est pour les Allemands une sorte de capitale. C’est aussi une ville de plaisir. Les officiers du front viennent s’y délasser des fatigues des tranchées ». Il dépeint ainsi ces femmes qui fraient avec l’ennemi au théâtre : « Elles y assistent impudemment décolletées, escortées d’officiers aux épaules étoilées ». Où se passait-elle ? Si l’activité requiert de la discrétion, elle se concentre en centre-ville. Voire en hyper-centre comme au Café Modern « dont la clientèle se composait uniquement de soldats », nous apprend le commissaire de police. Dans son courrier du 4 janvier 1941, il recense 16 établissements de débauche. Citons Boivin, rue Michelet, le Petit Quinquin et le café de la Paix, rue de La Fère, Minini rue Ledru-Rollin, Turbeaux et Demilly, rue de Guise ainsi que l’hôtel du centre, rue du Wé. Autant de débits de boissons détournés de leur usage. Le sexe tarifé prend parfois l’air. Le journaliste Elie Fleury révèle que « les parcs automobiles aux Champs-Élysées deviennent la nuit des lapinières ». Sa plume nous ramène vers le centre-ville : « Quand les plaintes des pères de famille devenaient trop vives ; les agents faisaient une petite rafle sur le trottoir de la rue de la Sellerie et cueillaient une douzaine de Fleurs-de-bitume dont huit au moins étaient vénéneuses ». Quelles sanctions possibles ? Ce qui nous amène à l’encadrement d’une activité illégale. En 1941, cela fait 50 ans que Saint-Quentin est dotée d’un règlement municipal. « Ces femmes ne doivent pas fréquenter les grandes artères de la ville. Une suspension à ces mesures a été accordée par la police militaire au début de l’Occupation. Elle a eu pour effet d’augmenter dans les débits le nombre de femmes isolées », rapporte le commissaire. Il préconise pourtant à l’occupant de se conformer au règlement français (pas d’étrangers clandestins pour tenir les débits de boisson, pas de femmes dans les cantonnements militaires, vérification de la bonne conduite des employées de débits) tout en recommandant la présence d’un gendarme allemand aux côtés des policiers français pour éviter tout dérapage lors des interpellations. La maison close, une source d’information pour la police Et la population locale ? Depuis la réquisition des établissements de charme, voilà ces messieurs à la rue et la prostitution en voie de régression. L’inspecteur de la santé estime pourtant en 1941 que « les résultats acquis seraient encore plus tangibles si une maison de tolérance était ouverte aux civils ». Le commissaire abonde : « Les éléments civils ont cherché des satisfactions d’ordre sexuel auprès de nombreuses clandestines. La création d’une maison de prostitution est à préconiser. Par ailleurs, ces sortes de maisons sont pour les services de police une source assez appréciable de renseignements ». La raison n’était jamais loin de la morale. |
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