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L’Aisne a ses villages martyrs de 1944
TAVAUX - PLOMION - ETREUX VILLAGES MARTYRS
Le Courrier Picard consacre une pleine page aux villages martyrs de l’Aisne dans son édition du dimanche 11 août 2024 (le cahier de l'été) par Grégory Beuscart
Les Alliés ont débarqué depuis plusieurs semaines en Normandie, Paris est libéré le 25 août 1944. Dans l’Aisne, l’heure de la libération approche, les maquisards font la jonction avec les troupes américaines en ces derniers jours du mois d’août. Mais elle va se faire dans le sang dans certaines communes de Thiérache, dont les villageois vont subir la barbarie nazie qui s’est abattue de manière aveugle sur une population innocente. C’est Tavaux qui paye le plus lourd tribut. Depuis juillet 1944, les groupes de résistants multiplient les actes de sabotage, afin d’empêcher les Allemands de se rendre en Normandie. Les coupures de lignes téléphoniques, des lignes de chemin de fer, l’attaque de dépôts d’explosifs deviennent le quotidien de l’occupant, de plus en plus nerveux avec ce harcèlement. Fin août, l’armée allemande bat en retraite dans le Laonnois. Conformément aux ordres reçus, les groupes FFI entrent en action, les accrochages se multiplient avec les troupes allemandes composées de nombreux éléments SS. À Tavaux, village de 900 habitants, situé à mi-chemin entre Marle et Montcornet, la population civile attend l’arrivée des Américains dans le calme. Laon, libéré le mercredi 30 août à 13 h 30, n’est distant que d’une trentaine de kilomètres. Et les Allemands ont quitté le village le 28 et le 29 août, sans incident. Mais les résistants se montrent plus agressifs, et multiplient les escarmouches pour faciliter la venue des Américains. En début d’après-midi, venant de Marle, un char Tigre et deux automitrailleuses remplies de soldats allemands entrent dans Tavaux, et se mettent en position. Le char fait feu plusieurs fois de suite, au hasard, le début du calvaire commence. Loin de penser que les villageois feront l’objet de représailles, les résistants gagnent la forêt du Val Saint-Pierre. 14 civils massacrés à Plomion Dans le village, pillages et incendies commencent, une à une les maisons s’embrasent, les habitants sont chassés à coups de crosse et fuient ou se sont cachés. Les quelques habitants qui restent sont pris en otages et regroupés dans une petite grange. Méthodiquement, les maisons sont incendiées une à une, les occupants qui sont cachés dans les caves sont massacrés, ceux qui essaient de s’enfuir pourchassés et exécutés. Quatre-vingt-quatre maisons ont été incendiées. Seules, une dizaine n’ont pas été touchées. 326 personnes se retrouvent sans abri et sans rien dont une vingtaine de jeunes enfants. Les Allemands quittent le village vers 17 heures, laissant derrière eux vingt corps. À quelques kilomètres au nord, un autre village vit une journée tragique le lendemain. Braye-en-Thiérache voit une trentaine de soldats SS pénétrer dans le village vers 10 heures du matin. Là aussi, au lieu de poursuivre leur chemin, les Allemands s’arrêtent dans la commune et pénètrent dans les maisons à la recherche des hommes. Les SS de la division Hitlerjugend, chargés de retarder l’avance américaine, harcelés et accrochés par la Résistance, prennent les habitants en otages et 44 maisons sont incendiées. À Hary, les civils sont contraints aux travaux forcés. Vers 17h, au hameau du Val St Pierre et de la Corrérie (commune de Braye), les mêmes SS incendient des maisons. Une jeune femme est abattue et un homme est grièvement blessé par balles. En fin de journée cette même division arrive à Plomion. Prétextant avoir essuyé des coups de feu au lieu-dit « La Comtesse » à deux kilomètres à l’Ouest, les soldats pénètrent dans les maisons pour les piller, puis les incendier. Puis les soldats SS cherchent les hommes du village. Ils en découvrent 14, les emmènent dans une pâture pour les mitrailler. Ceux qui sont encore en vie sont achevés à coups de baïonnette et à l’aide d’un instrument contondant dont les coups ont été spécialement portés sur le crâne. Puis ils dépouillent leurs victimes des valeurs et objets qu’elles possédaient. Le hameau du Gard à Étreuxà feu et à sang Deux jours plus tard, c’est le hameau du Gard qui va subir la violence des représailles allemandes. Le 1 er septembre, de très jeunes résistants attaquent un camion allemand et blessent un convoyeur. Les soldats allemands s’enfuient vers Boué mais donnent l’alerte. Le lendemain matin, les SS reviennent, plus nombreux et puissamment armés pour semer la mort. Le massacre débute à la sortie d’Étreux, les Allemands commencent par encercler les maisons, brisent portes et fenêtres, et y jettent des grenades incendiaires. Les habitants, qui croient à des combats, sont chassés de chez eux. Certains hommes sont assassinés à l’arme blanche, parfois devant leurs femmes et leurs enfants. Les SS font méthodiquement sortir les hommes valides. Une dizaine d’entre eux de la cité Choffin et des maisons voisines sont emmenés en bordure de route et sont fusillés. Après avoir tué tous les hommes valides, les Allemands ont rassemblé les femmes, enfants et vieillards dans un champ, avec une mitrailleuse braquée sur eux. Ils n’ont dû leur salut qu’à une arrière-garde de soldats allemands venus prévenir que les Américains étaient déjà à Étreux. La horde allemande, ivre de colère, laisse 24 corps et quinze maisons totalement détruites par le feu. Sources : Alain Nice : « Tavaux 30-31 août 1944, histoire d’une tragédie ». « Des faits et des hommes, 2 septembre 1944, les martyrs du Gard d’Étreux ». Société académique.
Cordialement Eric Abadie
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