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MessagePublié : lun. févr. 23, 2009 14:12 pm 
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Bonjour

Trouvé ce témoignage de prisonnier sur le net:


MEMOIRES DE GUERRE 1939-1945 DE PAIN MAURICE
60ème G.R.D.I.

5 août (1940):

C’est très tôt le matin que nous partons de ce maudit Mailly, bien contents, sachant que nous ne trouverions pas pire ailleurs.
Dans des camions militaires, nous étions 300 environ.
Heureuse surprise, nous n’allons pas vers l’Allemagne, mais vers Paris. Le moral devient meilleur. Vers midi nous arrivons à Pont Sainte Maxence dans l’Oise, dans un ancien couvent. Très déçus, ce n’était pas encore cette fois que nous allions chez nous... ! Là, tout est prévu pour notre arrivée, vraiment rien n’a été oublié et surtout pas les précautions prises : clôture infranchissable, en réseau de fils de fer barbelés, miradors bien installés dans les coins, dans les arbres en hauteur, avec évidemment un fritz dedans avec sa mitrailleuse.

Nous sommes reçus au service des douches où nous devons bien nous nettoyer. Ce n’était pas un luxe mais vraiment un grand besoin. Pendant ce temps là, nos vêtements étaient passés aux étuves, pour être bouillis et surtout débarrassés des fameux poux “toto”. Après ça, nous nous habillons dans nos habits légèrement rétrécis. Nous rejoignons nos chambres. Grande surprise, il y avait des lits ! Mais quels lits, à six places trois fois deux, en bois avec une paillasse et une couverture. Nous touchons notre manger et nous ne regrettons déjà plus notre défunt Mailly.

Le réveil est tôt. Surveillé dans tous nos actes, il faut se nettoyer tout nu, prendre notre petit déjeuner puis partir, en corvées formées, dès le lendemain de notre arrivée.
La ville de Pont avait beaucoup souffert. Un pont sur l’Oise, détruit en 14-18, et refait en ciment armé, avait sauté à nouveau en début 40, mais à quel prix ! Ce pont étant en bordure de la ville, toutes les constructions neuves, en briques, ont complètement été soufflées, alors que les bâtiments anciens n’avaient plus de carreaux aux fenêtres. Nous avons été amenés ici pour, justement, refaire un pont provisoire en bois et faire l’entretien d’un vaste terrain d’agrément, en bordure du pont.

La vie a vraiment changé pour nous. La nourriture est bien, le café le matin, deux distributions le midi et le soir, c’est vraiment le meilleur ami. Je couche au troisième étage de notre lit avec Roussel, Herbinet au milieu avec son copain Jonnot du dépannage. Eux n’ont pas droit aux corvées en temps que gradés, c’est plutôt vexant de ne pouvoir sortir. Je suis affecté à une corvée de trente et nous travaillons à l’entretien du terrain.

Le Chef Roussel avait des amis à Pont ; cela nous a rendu vraiment des services pour les lettres, les colis et même l’argent dont nous avions besoin. Mme Lessertisseur, avisée par Mme Roussel, a eu la gentillesse de faire des sacrifices pour nous. Il n’y avait que moi qui pouvait prendre contact avec elle, mes copains ne pouvant pas sortir du camp. Où nous travaillons, les civils de Pont passent par une petite passerelle en bois provisoire, ce qui m’as permis de prendre contact avec Mme Lessertisseur. Je me plaçais au milieu et à droite de la corvée, ainsi je pouvais prendre ce qu’elle nous faisait passer. La première fois, il a fallu qu’elle ait une rose à la boutonnière. Sur le terrain, nous n’avions pas le droit de parler aux civils.

Quand je fus fait prisonnier à Noyers, ma voiture était partie avec mes vêtements militaires. Je me trouvais avec une veste, une culotte bleue et une paire de bottes en caoutchouc que j’avais récupérées dans l’incendie de Saippes ce 11 juin. Par l’intermédiaire de cette brave Mme Lessertisseur, Lucie m’avait envoyé une culotte de velours. Quand j’étais à la corvée, j’avais une grande sacoche et, avec l’accord du Dolmetcher, j’y mettais un bidon de deux litres pour celui-ci, un autre pour nous trois ( Roussel et Herbinet ). Je quittais ma veste et mon calot et je partais en ville avec les civils, faire mes emplettes, ce qui agrémentait bien notre menu.
Avec bien des précautions, les visites de famille se faisaient. Mme Roussel et Mme Herbinet étaient venues. Gaston était venu aussi avec Paul Garaud, car son frère était là. C’était chose facile, les sentinelles n’étaient pas méfiantes et se faisaient rouler facilement.

Les évasions étaient assez fréquentes, mais nos gardiens s’arrangeaient toujours pour que celles-ci ne soient pas en corvée. Notre commandant de camp, Mickey, un tout petit adjudant pas tendre, faisait mettre une rangée de plus de barbelés et une frise en vrac entre les deux. Il nous avait fait lever, une nuit à minuit, par les gardiens, baïonnette au canon, pour nous faire un speech qui n’était pas doux. “Si vous continuer de vous évader, vous serez privé de nourriture, nous vous enverrons dans un camp disciplinaire”. Nous devenions complices des évadés et c’est nous qui devions subir. Les travaux étant terminés, nous allions être envoyés ailleurs... à la maison ?


22 novembre :

Départ de Pont, par camions découverts, mais à ce coup-là, nous allions vers l’Allemagne.
Nous regrettons amèrement notre couvent où la vie était tenable, comme prisonniers. Passant dans l’Aisne, nous arrivons à Laon, dans la fameuse citadelle.

A+


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