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ALBERT Ils se rencontrent pour les 80 ans de la Libération
Elle a connu l’horreur de la Shoah. Lui a vu sa ville détruite lors du bombardement du 6 juin 1944. Lili Keller-Rosenberg et Yves Fauvel se sont rencontrés au théâtre du jeu de paume d’Albert pour un moment fort en émotion.
C’est un petit moment d’histoire. Une rencontre qui émeut et donne de l’espoir. Ce 6 mai 2025 au théâtre du jeu de paume d’Albert, deux rescapés de la Seconde Guerre mondiale ont pu se serrer dans leurs bras. Déportée à 11 ans avec sa mère et ses deux frères, Lili Keller-Rosenberg est une des dernières témoins revenues des camps de concentration nazis de Ravensbrück et de Bergen-Belsen. Aujourd’hui âgée de 92 ans, elle consacre sa vie à transmettre la mémoire de la Shoah et se déplace de salles de classe en expositions pour témoigner. Yves Fauvel, lui, est un des très rares survivants du bombardement de Saint-Lô (Manche), lors de la nuit du 6 juin 1944. Alors qu’il n’avait que 6 ans, sa ville a été détruite par les Américains qui tentaient de bloquer les mouvements Allemands. Depuis, lui aussi ne cesse de raconter cette nuit d’horreur qu’il considère comme « le premier souvenir de sa vie ».
Rencontre autour d’un cadeau
Quelques minutes avant la rencontre, Yves Fauvel a pourtant la boule au ventre : « on ne se connaît pas. Je ne sais pas du tout comment elle va réagir, si elle va apprécier le cadeau ou pas ». L’homme de 87 ans n’est pas venu les mains vides. Il a transporté depuis sa commune d’Authuille, la reproduction encadrée d’un tissu vestige de la mémoire du camp de Ravensbrück. Des prisonnières du bloc 32, parfois illustres, y ont apposé leur signature. Les mains tremblantes, Yves Fauvel tend finalement le cadre à Lili Keller-Rosenberg, qui s’en émerveille. « Oh ! Geneviève de Gaulle, elle couchait au-dessus de moi ! », s’exclame-t-elle en auscultant les signatures. Le cadeau plaît au-delà des attentes, le visage de l’octogénaire s’illumine. « C’est formidable, vous êtes un amour, cela me touche profondément car il s’agit de personnes que j’ai connues », confie Lili Keller-Rosenberg. Le camp de Ravensbrück était le centre de détention de femmes le plus important d’Allemagne, au moins 123 000 femmes et enfants y furent déportés. Si elle en est ressortie vivante, la mère de Lili Keller-Rosenberg, d’origine juive-hongroise, y a toutefois contracté le typhus.
« Impossible d’en parler »
Cette rencontre entre deux témoins de l’horreur n’aurait pas été possible sans l’organisation de l’exposition « De la libération des camps à la capitulation », présentée au TJP d’Albert. Plus encore qu’un lieu où de précieux documents peuvent être montrés au plus, elle a servi de lieu de rencontre entre témoins directs et indirects de la guerre. Ce 6 mai, Gisèle Cozette, présidente l’association des Déportés Internés Résistants et patriotes de la Somme, avait ainsi exposé la tenue rayée des déportés ayant appartenu à son mari, le résistant André Cozette. « Les rescapés ne parlaient pas de leur passé. C’était impossible pour eux. Mais quand Jean-Marie Le Pen a dit que les chambres à gaz étaient un point de détail de l’histoire, là ils se sont dit qu’il fallait parler », explique-t-elle. Yves Fauvel abonde « Il y a quelques années encore je n’en avais parlé ni à ma femme, ni à mes enfants. C’est une telle horreur que l’on sait que l’on ne sera pas compris ». D’où l’importance de ces expositions qui, 80 ans plus tard, continuent d’être des lieux où survit la mémoire de la guerre et où se rendent les derniers témoins. « On en a plus que jamais besoin aujourd’hui quand on voit le contexte international », conclut Jean-Claude Boulet président de l’ARPDO-Rotonde 80 et organisateur de l’événement.
Sources : édition du Courrier Picard du 8 mai 2025 article de Guillaume Bernard
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Il gardait la reproduction d’un document signé par Mme de Gaulle par Robin Jouret Langlois Sources : édition du Courrier Picard du 8 mai 2025
Yves Fauvel réside à Authuille. Il est un des rares rescapés des bombardements de Normandie. Parmi les objets qu’il possède : une reproduction d’un tissu signé par des déportées du camp de Ravensbrück.
D’un rapide coup d’œil, c’est un tissu blanc griffonné, dans un cadre noir sur fond rouge. Mais en regardant de plus près, c’est la reproduction d’une véritable pièce d’histoire que détient Yves Fauvel. L’homme de 87 ans, qui vit de paisibles jours à Authuille au nord d’Albert, est un témoin de la Seconde Guerre mondiale qui a vécu les bombardements alliés sur Saint-Lô le 6 juin 1944. Sur ce scan de très grande qualité, on retrouve de nombreuses signatures. Parmi elles, une certaine Geneviève de Gaulle. La nièce du Général de Gaulle est en effet passée par le camp de Ravensbrück. Au centre, un autre nom se détache, celle d’Elise Guerin. « Je pense que c’est la créatrice de cette œuvre. Le tissu devait lui appartenir, car il y a un bloc d’attribution d’écrit, ainsi que son numéro de détenue », complète Yves Fauvel. Normande, la résistante a été arrêtée à Caen (Calvados) et déportée au camp de Ravensbrück le 21 mars 1944. Pratiquement aucun doute ne plane sur la nationalité des signataires. Avec la présence du coq au centre du tissu, renforcée par deux étendards Français de chaque côté. « On imagine que toutes étaient des prisonnières Françaises », souligne Yves Fauvel. Le camp de Ravensbrück, localisé à 80 kilomètres au nord de Berlin, était principalement destiné aux femmes et aux enfants, ce qui explique que le tissu soit essentiellement signé par des femmes.
Un héritage familial aux origines floues
Ce cadre, Yves Fauvel ne l’a pas toujours détenu. C’est un autre membre de sa famille qui le possédait, à savoir son oncle Marcel Fauvel. Lors du décès de ce dernier le 6 août 2008, Yves Fauvel l’a retrouvé dans ses affaires. « Il ne nous a jamais dit où il l’avait obtenu, ni trop évoqué cette période de sa vie, se souvient Yves Fauvel. C’était fréquent, j’ai l’impression, pour les anciens résistants », explique-t-il, admirant une photo de Marcel Fauvel. Bien que le bout de tissu numérisé soit encadré et exposé dans le salon d’Yves Fauvel, ce dernier souhaite qu’il serve au devoir de mémoire des nouvelles générations. C’est pourquoi il avait pris la décision de le remettre, ce 6 mai 2025, à Lili Keller-Rosenberg, rescapée de Shoah, qui témoigne encore aujourd’hui auprès de jeunes publics. En attendant, aucune trace du document original n’a été retrouvée.
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