LA BATELLERIE++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
PRÉAMBULE :
L'histoire ne serait-t-elle pas un éternel recommencement ? :
A Janville, les bateliers crient leur colère contre le canal Seine-Nord
« Démesuré », « pharaonique », « complètement à côté de la plaque ». Les bateliers du Compiégnois ne manquent pas de qualificatifs pour le futur canal Seine-Nord-Europe. ils ont crié leur colère lundi soir, lors d'une réunion publique à Janville, où une quarantaine d'entre eux a leur port d'attache...
Extrait de l'édition du Parisien du 13 décembre 2016Reportons-nous maintenant il y a plus de quatre-vingts ans, dans la période qui nous intéresse : les années 1930 mais surtout 1940.Comment la corporation des bateliers d'alors a-t-elle vécu cette période ?++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
Après la bataille de France de mai et juin 1940, la batellerie a été brutalement interrompue et désorganisée par l'invasion allemande.
L'acheminement des marchandises indispensables (charbon, céréales, matériaux de construction) fut malmené du fait des pénuries et des restrictions imposées dans un contexte de guerre alors que les troupes d'occupation pillaient les ressources économiques du pays.
Sur l'Oise et sur tous les cours d'eau de Picardie, mais aussi en général sur tous ceux de la zone occupée par les Allemands, Les bombardements et la destruction des infrastructures fluviales tels que Les ponts et les écluses vinrent perturber la circulation des péniches. Dès lors, L’activité économique fluviale eut du mal à reprendre et à normaliser ses activités et ce n'est que très lentement après cette épreuve qu'elle pourra recouvrer un niveau convenable.====================================================
Dans les années L'entre-deux-guerres, être marinier dans la batellerie à Longueil-Annel (Oise) par exemle, signifiait vivre au rythme du canal de l'Oise. Là, de nombreuses péniches s'amarraient et stationnaient près des écluses et des familles entières de bateliers dépendaient de cette activité de transport.
Pour comprendre ce secteur d'activité et appréhender l'ensemble des facteurs liés à la Batellerie reportons-nous au début des années 1930. Comme dans d'autres branches de la vie économique, la grave crise des années 1930 n'a pas épargnée le milieu des bateliers.====================================================
Voir sur ce sujet une contribution importante :
NAVIGATIONS D'OISE par Bernard Le Sueur
Société Historique de Compiègne
https://histoire-compiegne.com/wp-conte ... AN55-6.pdf====================================================
En 1931, au recensement de la population de
SEMPIGNY, près de Noyon, le recenseur notait que, sur une population d'un peu plus de 500 personnes, la population des mariniers s'élevait à 89 individus répartis sur 27 bateaux soit 67 Français et 22 étrangers.
La même année, dirigeons-nous vers
LONGUEIL-ANNEL, situé à 80 kilomètres de Paris et à moins de 10 kilomètres de Compiègne et qui compte une population d'environ 1200 âmes.
Ici on peut parler de carrefour batelier. C'est en effet, pour le moins, une centaine de professionnels qui gravitent et vivent de la batellerie (sans compter les membres de leurs familles), dans un bourg fortement marqué par cette activité. Ainsi, l'avenue des Chantiers à Longueil-Annel concentre-t-elle un maximum de professionnels de la batellerie.
Pilotes : 66
et
Mariniers : 9 *
Garde de navigation : 3
Charpentiers de bateaux : 3
employé marine : I
Aide à la marine : I
Capitaine de remorqueur : 3
Second de remorqueur : 2
Agent de remorqueur : 3
Mécanicien de remorqueur : I
Patron de transports par eau : 3
Chef éclusier : I
Sources : archives départementales de l'Oise - cote 6 Mp 6702_Mi_A68_610
Recensement de la population pour l'année 1931
* Le pilote ou conducteur dans la batellerie, aussi appelé batelier ou marinier, dirige et manœuvre des bateaux de transport sur les rivières, les fleuves et les canaux. A noter que dans le recensement de Longueil-Annel le terme "Batelier" n'est pas usité.
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Le Matin : derniers télégrammes de la nuit édition du 13 septembre 1933
LE CONFLIT DE LA BATELLERIE REBONDIT BRUSQUEMENTUn barrage est à nouveau établi sur l'Oiseà Conflans-Sainte-Honorine, un incident à propos d'une péniche trématée a été le prétexte de ce mouvement dont le caractère est nettement politique.Le conflit de la batellerie, que l'on croyait définitivement apaisé, vient de renaître, hier soir, dans des conditions telles qu'il n'est pas possible de douter du caractère purement politique du mouvement.
Le prétexte en a été un incident qui s'est produit à l'
écluse de Janville,
à Longueil-Aunel (Oise), une fois de plus, à propos du droit de trématage ou droit de priorité qu'ont certaines péniches aux écluses. Une péniche transportant de l'orge, ayant été autorisée par l'ingénieur en chef de la navigation à passer avant les trains de péniches, en raison du caractère périssable de son chargement, les mariniers, retardés par le passage à l'écluse, émirent des protestations et décidèrent de cesser toute navigation. En effet, hier matin, ils restaient accostés à la rive et sur un mot d'ordre instantanément transmis, une centaine de mariniers étaient convoqués à une réunion par un tract du syndicat unitaire de la batellerie signé « le comité de grève ». Ce meeting se tint, à 15 heures. a
Longueil, et se termina sans incident vers 18 heures. Ainsi qu'il fallait s'y attendre, devant le caractère du nouveau mouvement. c'est la grève à outrance qui a été décrétée. Des mots d'ordre ont, d'ailleurs, aussitôt, été lancés préconisant la création de barrages sur les voies navigables.
Aussitôt, quatre-vingts péniches se trouvant encore aux abords de Conflans-Sainte-Honorine et de Conflans-Fin d'Oise, les mariniers établirent un certain nombre d'entre elles en un barrage de douze unités.
M. Dumoulin, chef de cabinet de M. Bonnefoy-Sibour, préfet de Seine-et-Oise, actuellement en vacances dans le Midi, fut immédiatement avisé télégraphiquement de la reprise brusque de la grève.
Il se rendit sur place, accompagné du commandant Marguet, chef de la gendarmerie de Seine-et-Oise, du capitaine Chamouton, commandant la section de Saint-Germain, et du commissaire spécial Bachelot.
Les grévistes firent savoir à M. Dumoulin qu'ils étaient mécontents que les promesses qui leur avaient été faites lors de la première grève n'eussent pas été tenues.
Le représentant, du préfet se rendit alors à Paris auprès du ministre des travaux publics pour demander des instructions.
Les origines du mouvement Ce nouveau mouvement ne peut se justifier par aucune considération de métier. Il ne peut même plus être question d'opposer les propriétaires de péniches tractionnées à ceux d'automoteurs puisque, renseignements pris à bonne source, le bateau chargé d'orge qui déclencha le conflit était un bateau tractionné.
Le régime actuel des permis de trématage. tel que nous l'a exposé, hier après-midi, M. Alix, ingénieur de la navigation, institué le 1er septembre, a jusqu'ici fonctionné sans incident.
Seules les denrées périssables peuvent, en effet, en bénéficier deux modalités de délivrance de ces permis ont été retenues, l'une pour l'orge et les escourgeons de brasserie qui ont plein droit au permis parce que particulièrement sensibles aux fermentations, l'autre pour les grains et farines aussitôt qu'un représentant de l'administration a constaté qu'il y avait danger d'échauffement par fermentation.
La liberté de circulation sera maintenueEn tout cas pour le moment, on envisage de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la libre circulation des bateaux qui désireront poursuivre leur route. Dans le sein de la corporation l'unanimité est, en effet loin d'être faite sur l'opportunité de l'arrêt des relations par eau. Les mariniers d'automoteurs ont d'ailleurs déjà protesté dans le courant de l'après-midi. Il semble peu probable que les pouvoirs publics. qui se sont montrés tout à fait arrangeants lors du conflit du mois dernier, puissent garder la même attitude devant le peu de résultats de leur effort de conciliation.
D'ores et déjà deux pelotons de gardes mobiles ont été envoyés à Conflans pour assurer le service d'ordre. Dans la matinée d'aujourd'hui une délégation de bateliers grévistes sera reçue pour le ministre des travaux publics.
M. Bonnefoy-Sibour, préfet de Seine-et-Oise, à la suite de ce nouvel incident, a été rappelé télégraphiquement.
A Chauny Les mariniers de passage dans le port de Chauny ont cessé le travail hier à midi. De nombreuses péniches sont ancrées dans le port laissant cependant un chenal pour la circulation.
A BéthuneBoulogne-sur-Mer. 12 septembre. Téléph. Matin. Un incident vient d'éclater cet après-midi à Béthune. Certains mariniers soutenus par le syndicat unitaire de Dunkerque de la batellerie ont émis la prétention de ne plus remorquer les péniches par groupes. mais par deux. De ce fait un certain nombre de bateaux sont immobilisés.
Une note de la ligue des mariniers d'automoteursLa ligue des mariniers d'automoteurs communiquait, hier, une note disant notamment :
L'ordre relatif qui a régné depuis la grève tient à une certaine confusion dans les esprits sur, les décisions du ministre. La liberté du travail a bien été garantie en droit par le ministre, mais en fait il a fallu, depuis quinze jours, interdire toute navigation entre 7 heures du soir et 6 heures du matin, interdire tout trématage, c'est-à-dire réaliser en fait tous les vœux des grévistes. Le manque d'eau et l'embouteillage du canal a nécessité, en effet, ces mesures transitoires, mais les grévistes se disent vainqueurs et entendent défendre chèrement leur victoire. C'est pourquoi, au fur à mesure que l'on cherche à revenir à l'application normale de la loi, les incidents se multiplient.
Les mariniers d'automoteurs entendent défendre énergiquement la liberté du travail. Réunis ce jour au nombre de vingt-cinq à l'
écluse de Venette,
en aval de Janville, ils ont décidé, s'il le fallait, de requérir la force publique qui ne peut leur être refusée. Ils se disent prêts, en même temps, à assigner en dommages-intérêts importants tout bateau les gênant dans leur marche.
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La grève des mariniersLa situation est calmeA
Longueil Annel, les bords de l'Oise qui présentaient une animation de mauvais augure sont redevenus hier absolument calmes. Ce matin, seuls de petits groupes de gendarmes circulent autour de l'écluse, surveillant les éclusées de bateaux automoteurs, qui se poursuivent sans interruption.
Cet après-midi, un petit cortège de mariniers a défilé et les commerçants, en signe de fraternité avec les grévistes, avaient décidé de fermer leurs magasins.
Dans la matinée, le tribunal civil de Compiègne s'est occupé de régler le sort des manifestants arrêtés hier pour entrave à la liberté du travail, outrages et rébellion, et a confirmé pour trois jours les mandats de dépôt.
Voici les noms des seize personnes maintenues en état d'arrestation : Roger
Amant, 28 ans, d'Andresy ; Jacques
Broquet, 18 ans, de Thun ; Norbert
Couteau, 38 ans, de Courchelette ; Kléber
Couteau, 32 ans de Thun ; Roger
Dourlent, 28 ans ; Stéphane
Dugour, 38 ans ; André
Castalle, 20 ans ; Roger
Chilain, 22 ans ; Mme
Dufour, née Stéphane
Leduc, 33 ans, tous cinq de Janville ; Maurice
Legraverend, 31 ans, de Rouen ; Prosper
Merlevede, 19 ans, de Janville * ; Odilin et Virgile
Talmant, de Maulde ; Eustache
Verrier, 64 ans, rie Thun ;
Waessem Raoul, 47 ans, de Douai et Paul
Wibaut, 31 ans, de Janville.
Tous seront, très probablement, jugés lundi après-midi par le tribunal correctionnel.
Les mariniers que nous avons pu interroger nous ont fait part de leurs revendications : fermeture des écluses, en été de 19 heures à 6 heures et en hiver du coucher au lever du Soleil ; suppression de tous les services accélérés, sauf pour les denrées périssables ; suppression du trématage * aux écluses et recul des poteaux de trématage * à cinq cent mètres avant les écluses.Pour le moment, ils déclarent vouloir pousser la grève jusqu'à ce qu'ils aient obtenu satisfaction entière.
Sources : L'Homme libre, édition du 15 septembre 1933
Site Gallica de la BNF
*
Le trématage est un terme de la navigation fluviale qui désigne l'action de dépasser un bateau sur une voie d'eau navigable=====================================================
Le Petit Journal, édition du 15 septembre 1933
Compiègne, 14 Sept. (dép. P. J.). (article idem à L'Homme libre)
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* Prosper Albert
MERLEVEDENé le 12 mars 1914 à Chauny (Aisne)
Décédé le 3 avril 1992 à Bois-Bernard (Pas-de-Calais), à l'âge de 78 ans.
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1934L'article ci-dessous nous apporte un éclairage sur le rôle du pilote :
Les pilotes de péniches prennent place sur les chalands pour les parcours en rivière afin d'aider le pénichien, propriétaire de son bateau.Des mariniers chômeurs occupent la mairie de Longueil-AnnelUne certaine effervescence règne à nouveau parmi les mariniers. Un curieux et symptomatique incident s'est produit à
Longueil-Annel où, vendredi à 2 heures, quarante pilotes de péniches ont pris possession de la mairie. Ils veulent ainsi forcer la municipalité à leur verser l'indemnité de chômage à laquelle ils déclarent avoir droit. Les chômeurs, divisés en deux équipes, se relaient toutes les douze heures. Ils n'ont commis aucune déprédation.
Le différend est ainsi expliqué par M. Noël
Vandeville, secrétaire du groupe :
«
Les pilotes de péniches sont des hommes qui doivent, aux termes de la loi, prendre place sur les chalands pour les parcours en rivière afin d'aider le
pénichien propriétaire de son bateau.
C'est le pénichien qui nous paie, d'après un forfait que nous discutons avec lui.
La crise nous a durement atteints. Aussi, en avril dernier, avons-nous fondé une caisse de chômage légalement constituée et homologuée en novembre. Cette caisse doit être alimentée par l’État pour 60 %, par le département pour 30 et les 10 restants doivent être constitués par les cotisations des adhérents et les versements des communes.
La quote-part de la commune de
Longueil serait, en l'occurrence, au maximum de 25 à 30 francs par jour, car si nous sommes ici une centaine de pilotes, il n'y a guère que trente d'entre nous en chômage, ce qui représente à peu près, en tenant compte des femmes et des enfants, 130 personnes à secourir.
25 à 30 francs par jour font un total annuel de 9.000 à 10.000 francs. Ce n'est pas une fortune que nous demandons.
Nous comptions que notre requête serait discutée à la séance du conseil municipal de jeudi dernier ; elle ne le fut pas et on nous rejeta au mois de février. Nous ne pouvons attendre indéfiniment. Nous avons alors décidé d'occuper la mairie et l'avons fait. »
L'adjoint au maire, M. Chrétien, répond que la commune est très petite et qu'elle ne peut grever lourdement son budget.
L'affaire en est là.
Sources : L'Homme libre, édition du 14 janvier 1934
Site Gallica de la BNF
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La mairie de Longueil-Annel a été évacuée par les mariniers chômeursLe sous-préfet de Compiègne, M.
Rousselot, s'est rendu, à la fin de la matinée d'hier, avec le baron
de la Villéon, maire de
Longueil-Annel, à la mairie que des agitateurs occupaient de force depuis vendredi 14 heures. Une trentaine de bateliers, qui s'y trouvaient installés, se sont rendus, de bonne grâce, à ses exhortations et ont évacué de leur plein gré les lieux.
Sources : L'Homme libre, édition du 16 janvier 1934
Site Gallica de la BNF
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Cordialement
Eric Abadie