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Bonjour
Je ne peux pas confirmer, il faut que je retourne quelques papiers mais j'ai peu d'éléments sur le 4e RIC.
Tu peux nous faire une photo sous le même angle de la place?
Un extrait du récit de Michel El Baze du 7e RIC. Quelques lieux à corriger.
9 Juin 1940.
Journée splendide, clair soleil, chaleur divine qui réconforte nos corps meurtris.
Depuis des jours, nous combattons autour de villes et de villages aux noms qui chantent : Granviller, Conty, Poix, Ouri, Buyon, Candor, Lagny, Écuvilly, Lassigny… La veille, le Capitaine m'a proposé pour la Croix de Guerre.
Aujourd'hui, nous sommes encerclés à Moreuil - la - Motte. Village classique avec sa petite place, ses maisons alentour, son église, son clocher.
Le Capitaine me demande d'aller chercher du secours pour le Commandant gravement blessé, de voir ce qui se passe et de lui rendre compte. Les Allemands sont devant. Qui est derrière, dans cette direction?.
Je pars seul, mousqueton à l'épaule.
Au sortir de Moreuil, sur une crête, au bord de la route, un Lieutenant commande une section dont les mitrailleuses sont pointées sur le village que nous occupons. Je lui dis mon étonnement. Il décide de m'accompagner avec un autre Officier.
Je marche avec précaution, le fusil en main: les Officiers derrière moi augmentent la distance. Tout à l'heure des détonations crépitaient. Les Officiers m'avaient dit qu'une pièce non identifiée était en position sur la route. J'avance avec prudence. Maintenant tout est calme. Pas un bruit, hormis les oiseaux que je ne me lasse pas d'entendre depuis que je suis en France, de même que je n'ai pas encore épuisé les joies que me procurent ces paysages d'un vert que je ne connaissais pas.
La route monte.
Au sommet de la côte, un calvaire, immense croix de fer se découpant sur le ciel bleu.
J'avance. Je scrute.
Au loin, derrière, les Officiers sont plantés au milieu de la route. Je continue et soudain, cinq, six formes hurlantes se dressent au pied du calvaire. Je me retourne et fais signe aux Officiers à l'arrêt. J'avance, le fusil toujours en main, mes yeux fixés, cloués sur la croix de fer qui se dresse là-haut.
Et puis ils viennent à moi, me dépouillent de mon arme, de mon ceinturon, me poussent rejoindre tout à côté quelques soldats français.
Ainsi me voici prisonnier.
Je pense à ceux de Rivesaltes qui souhaitaient cette infamie pour sauver leur peau. Je suis calme, j'examine. Tous ces soldats allemands sont jeunes, blonds, beaux. Décontractés, propres. Je compare mes bandes molletières à leurs bottes bien cirées. Leur casque est auréolé de verdure. Étrange ! Et leur uniforme est vert!
Dans le pré, un Officier caracole sur un magnifique cheval blanc, un revolver en main. Un tirailleur sénégalais court, l'Officier tire. L'énorme masse noire tombe. On rit. Voilà un autre Sénégalais, je détourne les yeux, ma tête éclate, je pleure.
Je pleure sur ces pages, mon frère, mon ami. Celui dont j'admirais la force, l'innocence. Celui qui m'entraînait dans ses danses le matin après l'exercice, le soir au bivouac. Le soldat au courage tranquille pour qui j'ai volé un jour des noix de cola pour le voir heureux...
C'est absurde, je ne comprends pas: comment peut-on être beau, blond, sympathique et cruel!
Finis les jeux.
Ordre de nous rassembler.
Nous voici, trente, quarante prisonniers marchant sur une route, bien encadrés, nous dirigeant sur Moreuil - la - Motte où je sais ma Compagnie retranchée.
Les prisonniers marchent en tête. Derrière, les Allemands, chacun armé d'un fusil-mitrailleur.
Nous approchons des premières maisons et soudain, je comprends, je ralentis mon allure pour me retrouver au dernier rang, juste pour entendre les Allemands nous ordonner en français de lever les bras et de crier aux camarades de se rendre.
J'ai, contre mon flanc, une mitraillette brûlante qui me pousse en avant. Mes lèvres remuent : aucun son ne sort. Je ne veux pas crier.
C'est l'enfer.
Désemparé sur la place du village, je me plaque contre un gros arbre, à l'opposé des maisons, des caves, d'où jaillissent les rafales.
Puis ce sont les explosions des grenades allemandes lancées dans les soupiraux, et d'un obusier, presque un jouet, qui tire à bout portant dans les maisons et l'afflux des camarades qui se rendent.
J'ai gardé mon sang-froid, maître de mes nerfs.
Les Allemands nous examinent.
Un garçon de mon âge me regarde et me dit :
- Du bist Jude !
J'ai compris. Je lève des yeux interrogateurs vers un copain qui a entendu et qui me traduit. Je m'esclaffe, mais la nuit suivante, avec un éclat de verre que j'ai réussi à ramasser, j'arrache les pauvres poils du collier de barbe que j'avais eu tant d'impatience à voir pousser et qui me dénonçait.
A+
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