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MessagePublié : jeu. mai 13, 2010 16:21 pm 
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Inscription : sam. oct. 24, 2009 9:38 am
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Bonjour à tous,
Une correspondante de La Turbie (06) cherche à préciser exactement le lieu de décès du soldat Romeo Jules Yacinthe LIMON Mort pour la France le 7 juin 1940 à "Ferme Campagne" dans le département de la Somme. Le lieu de décès est repris tant dans la transcription du jugement tenant lieu d'acte de décès en 1946 sur les registres de l'état civil de la commune de La Turbie que dans le fichier d’état civil militaire de la Seconde Guerre mondiale figurant sur le site "Mémoire des hommes" :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... resultats=
Le problème est que ce lieu est inconnu. Aucun village du département de la Somme ne porte ce nom.
En ce début de mois de juin 1940, cette unité le 94e R.A.M. (Régiment d'Artillerie de Montagne) est rattaché à la 29e D.I.A. arc-boutée sur la Somme de Saint-Christ-Briost à Canisy qui s'étage en profondeur jusqu'à Roye et Champien où le Général Gérodias a installé son P.C.
Les trois groupes constituant le régiment sont disposés ainsi :
- le I/94 à Languevoisin-Quiquery et Breuil ;
- le II/94 à Marchélepot et Licourt ;
- le III/94 à Potte et Mesnil-Saint-Nicaise.
Image
Carte insérée entre les pages 28 et 29 du livre d'Henri Giraud, 1939-1940, La 29e D.I. et le 141e R.I.A. au feu, Marseille, 1941.
Les groupes du 94e RAM occuperont leurs postes jusqu'au dernier moment certains seront anéantis. Les éléments encore intacts du 94e RAM évacueront d'après l'historique du 24e BCA, le secteur de la Somme, tard dans la nuit du 6 juin.
Deux lieux peuvent correspondre avec celui de "Ferme Campagne" :
1) Il existe à la sortie sud de Languevoisin un toponyme "La Campagne" ferme ou maison d'habitation ;
2)ou bien la transcription est erronée et il s'agit du village de Campagne dans l'Oise.
Les deux pistes se tiennent ; l'une parce que le premier groupe du 94e d'Artillerie y a stationné, l'autre parce qu'elle est l'échappatoire naturelle vers Lassigny avant le rassemblement des unités encore en état de combattre en dessous de Tricot les 8 et 9 juin. J'ajouterai qu'un autre soldat du 94e RAM, PERES Georges Marcel, est Mort pour la France le même jour 7 juin 1940, à Sermaize (Oise), lieu proche de Campagne.
Voilà j'attends votre aide pour essayer de démêler l'histoire de ce soldat sans sépulture connue Mort pour la France ce 7 juin 1940 dans ce coin de Picardie.

Cordialement
Eric


Dernière édition par ae80 le mer. janv. 26, 2011 11:41 am, édité 3 fois.

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MessagePublié : jeu. mai 13, 2010 16:28 pm 
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Bonsoir

Son nom ne figure pas à Campagne dans la liste des tués dressée par le Service des Sépultures de l'Oise.

A+


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MessagePublié : jeu. mai 13, 2010 16:55 pm 
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Merci Marc pour ce renseignement complémentaire.
Voici les quelques données tirées du livre cité (Henri Giraud op. cit.) sur le 94e RAM :
"N'oublions pas de saluer les vaillants artilleurs du I/94e R.A.M., que commandait le Chef d'Escadron CHARNALET :
"On ne dira jamais assez le rôle joué par le 1er Groupe du 94e R.A.M., pendant la bataille de la Somme. Les vieilles traditions de l'artillerie de montagne se sont retrouvées, la liaison infanterie-artillerie ne pouvait être plus intime qu'elle ne l'a été. C'est presque en première ligne que les artilleurs se sont mis en batterie, tirant à vue sur les vagues d'infanterie allemande et arrêtant net leur progression..." a écrit le Commandant VALO dans le journal de marche du 24e B.C.A.
Un chiffre : Pendant les journées des 5 et 6 juin, le 1er Groupe tire près de 8.000 coups de canon.
De nombreux bombardements aériens, des tirs de contre-batterie réglés par l'aviation ennemie, maîtresse absolue du ciel, n'empêchent pas le groupe de tirer quand même pour soutenir la résistance de nos vaillants alpins. Les pièces sont brûlantes. Certaines finissent par éclater tuant à leur poste chef de pièce et servants. (p. 14)
Le danger se fait plus grand d'une minute à l'autre. La situation est excessivement grave. La batterie antiaérienne est écrasée, et perd presque tous ses officiers. Une batterie du II/94e est attaquée à l'aube par des parachutistes. Les autres batteries des 94e et 294e R.A. sont soumises à des bombardements intenses. Elles n'en continuent pas moins à tirer jusqu'à épuisement ; bientôt les pièces des 2e et 3e groupes du 94e R.A.M. tireront de plein fouet sur les chars allemands. Et plus d'une pièce de 75 de montagne incapable de supporter la cadence du tir qu'exige la situation, éclatera. Ailleurs, il faudra se résoudre au sacrifice suprême : faire sauter les pièces. (pages 15 et 16)
La 29e Division reçoit l'ordre de décrocher dans le cours de la nuit du 7 au 8 pour se reformer au sud de Lassigny.
Pendant la journée (7 juin), l'activité de l'aviation ennemie aura été considérable, tant sur les colonnes que sur les batteries du 94e R.A.M. qui auront subi de lourdes pertes en hommes et en matériel. Pauvre 94e ! "Mutilé des trois-quarts de sa puissance de feu et d'une bonne partie de son personnel", il s'est regroupé péniblement, ayant perdu presque tous ses échelons muletiers, sous le commandement du Chef d'Escadron CHARNALET. Et nous le verrons fondre encore. (p. 28)"

Bonne soirée
Eric


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MessagePublié : ven. mai 21, 2010 18:45 pm 
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Bonsoir,
En fait selon les informations collectées par Monique Bourgeois-Martelli :
Le I/94 a quitté la région de Languevoisin le 6 vers 21H, avec le 3e RIA, protégés par le 24BCA.
Dans la journée du 6 juin, ce groupe était, avec le 3e RIA et le 24BCA, à cheval sur le canal du Nord "ayant victorieusement contenu l'ennemi sur le canal de la Somme"...
Le toponyme "Ferme Campagne" est présent dans au moins trois fiches de soldats appartenant au 94e RAM et décédés le 7 juin 1940 :
Roméo LIMON à la "Ferme Campagne (Somme)" ;
Emile GARAVELLI à la "Ferme La Campagne (Somme)" ;
Pierre Augustin MERCADIER à la " Ferme de Campagne (Somme)". Il est vrai que pour ce dernier, la date de décès précisée sur SGA Mémoire des Hommes, est le 07/07/1940 - mais il s'agit à l'évidence d'une erreur de transcription (elles sont nombreuses pour les soldats de la seconde Guerre mondiale).
Ce même jour, on trouve des soldats du 94e MPF autour de Campagne et Sermaize dans l'Oise :
- BLANCHI J MPF à Lassigny
- GARNERO Baptist Campagne (Oise)
- GIBERT Jean Sermaize (Oise)
- OZIOL S Sermaize
- PERES Sermaize
GARNERO Baptistin de la 3e batterie du 94e RAM est Mort Pour la France le 07-06-1940 à Campagne. Il appartient à la même batterie que Roméo LIMON. Mais peut-être est-il décédé en fin de journée en ce 7 juin, après la longue marche, en arrivant à Campagne (60).

Cordialement
Eric Abadie


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MessagePublié : lun. juin 07, 2010 18:03 pm 
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Bonsoir,
Vous trouverez sur le blog de Monique Bourgeois-Martelli consacré aux MPF de La Turbie, l'histoire de Roméo LIMON et du 94e RAM, le 7 juin 1940 :
http://laturbiempf.canalblog.com/archiv ... 13296.html

Cordialement
Eric


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MessagePublié : dim. oct. 24, 2010 14:27 pm 
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Inscription : sam. oct. 24, 2009 9:38 am
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Bonjour à tous,

Afin de mieux cerner quel itinéraire Roméo LIMON a pu emprunter au cours des deux derniers jours qui ont précédé sa disparition nous allons puiser les informations contenues dans les différents J.M.O. du 94e R.A.M. :
- Celui du 1er Groupe ;
- Celui de la 2e Batterie ;
- Celui de la 3e Batterie (à laquelle appartient Roméo LIMON).
L'accès à ces journaux a été rendu possible grâce à Monique BOURGEOIS-MARTELLI et à Francis (du Vivarais) qui nous les ont aimablement communiqués.

5 Juin 1940
« Attaque sur le front tout entier.
Dès 7 heures, l’Aspirant Viglione est grièvement blessé de 2 balles de mitrailleuses. Il est évacué sur Compiègne.
» (1) Jean Auguste Barthélémy VIGLIONE, natif des Bouches-du-Rhône décède à l’hôpital de Compiègne des suites de ses blessures. (2)
« A 3 h. 00 l’attaque allemande se déclenche et nos tirs d’arrêt y répondent sans réussir à empêcher l’adversaire de franchir la Somme vers Voyennes et peut-être en d’autres points.
Le Lieutenant NOUVIAIRE décide de monter à l’observatoire et dès 8 h. 30, il tire à vue. Vers 11 h. la batterie a déjà tiré 900 coups et les munitions s’épuisent, l’adversaire marque un temps d’arrêt. Un ravitaillement en munitions parvient en fin de matinée et tout l’après-midi la batterie exécute des tirs plus ou moins nourris soit à la demande du Lt NOUVIAIRE, soit à celle du Groupe qui demande des tirs systématiques.
L’adversaire est plusieurs fois refoulé des abords de la ligne de chemin de fer jusqu’au rebord du plateau de Voyennes. Le Lt NOUVIAIRE fait lui-même le coup de feu à côté des fantassins. Les tirs continuent jusque 21 h. 30 et le tir d’arrêt de la nuit est prévu à 300 m. en avant de la ligne de chemin de fer.
6 hommes montent à l’observatoire avec 2 F.M. pour en améliorer la défense rapprochée. Le calme règne de 21 h. 30 à 24 h. Des munitions arrivent en quantités assez importantes.
La batterie a tiré environ 1 300 coups dans la journée.
Le soir une compagnie du 24e B.C.A. monte vers la ligne de chemin de fer en renforcement.
Toute la journée les liaisons téléphoniques ont été excellentes. La 3e Batterie à notre gauche a pas mal tiré ;
Moyenne activité aérienne ennemie, la Batterie est épargnée par les bombes ou les mitraillages et ne semble pas repérée en dépit de la présence d’une saucisse ennemie pendant plusieurs heures au Nord-Est de nous
. » (3)
Ce même jour, dans la soirée, la 3e Batterie reçoit l’ordre de changer de position. Le capitaine, commandant la batterie, part en reconnaissance. Celle-ci doit prendre de nouvelles positions au Sud du canal du Nord. « La batterie avec le nombre de mulets réduit au strict minimum fait mouvement vers 22 heures. Elle arrive à 23 heures. La mise en direction des pièces et les travaux sur la nouvelle position sont immédiatement exécutés. Mais l’importance du masque est telle que les pièces ne peuvent tirer qu’avec de faibles charges donc avec de la poudre BC dont elle attend le ravitaillement. Le capitaine part au PC du groupe pour faire le nécessaire. » (4)

6 Juin 1940
2e Batterie : « Il y a pas mal de munitions arrivées au cours de la nuit. Dès 0 h. 30 il faut exécuter le tir d’arrêt. Puis quelques tirs jusque vers 8 heures, où 2 concentrations nous sont demandées. Au cours de la seconde exécutée à cadence lente la 1ère pièce éclate tuant sur le coup le pointeur DARDÉ (5) et blessant gravement les servants COUZIGNÉ et BERNARD, immédiatement évacués, un blessé léger rejoindra l’unité deux jours plus tard. La pièce est totalement hors d’usage. » (3)
3e Batterie : « Faute de pouvoir se procurer de la poudre BC force est de changer de position. Reconnaissance du capitaine vers 4 h. 30 au Sud-Ouest du village de Languevoisin, retardée par survol de bombardiers ennemis. La batterie fait mouvement par pièce isolée vers 7 h. 30. De violents bombardements sur la localité voisine de Nesle retardent considérablement les travaux et la batterie n’est prête à ouvrir le feu que vers 11 h.30. Pendant ce temps, elle est abondamment ravitaillée en munitions. Le feu est ouvert un peu avant 12 heures et est de nombreuses fois gêné par une série de bombardements extrêmement violents sur la localité de Nesle. » (4)
2e Batterie : « L’ensemble du personnel de la batterie est très fatigué. L’après-midi, l’activité aérienne ennemie est considérable. La batterie n’est toujours pas repérée. Les avions s’accompagnent de bruits de sirènes et les nerfs sont mis à rude épreuve. Les allemands déclenchent sur le plateau vers Hombleux un tir intense qui soulève une poussière abondante.
La batterie exécute avec 2 pièces quelques tirs sur zones. Le central téléphonique de la batterie situé à l’ancienne position du pont de Quiquery est bombardé et la fausse batterie mise en place à notre départ en partie détruite ; les liaisons téléphoniques deviennent intermittentes et faibles
. » (3)
3e Batterie : « Dans l’après-midi, la batterie qui s’est fait repérer est elle-même soumise à une partie du bombardement. Un homme puis un officier étrangers au régiment passent à la batterie en revenant de Nesle et sèment des bruits alarmants. Le PC de groupe en est averti par les soins du Capitaine. A 18 heures, la 2e pièce éclate : le chef de pièce meurt sur le coup. La 4e pièce qui vient d’être relevée de sa mission antichars prend sa place. Vers 19 heures, des éléments se replient sur la gauche de la batterie, de plus en plus nombreux. En particulier passent les hommes du 3e Groupe du Régiment qui ont fait sauter leurs pièces. Des bruits divers circulent quant à l’arrivée des chars. Pour parer à toute éventualité le capitaine fait placer une pièce en position antichars et prévient le PC du groupe. Le feu continue mais des dispositions sont prises en vue d’une évacuation rapide de la position. Le bruit des armes automatiques se rapproche. On entend siffler les balles.» (4)
2e Batterie : « Le Lt NOUVIAIRE tient jusqu’à 18 heures à côté des fantassins et des chasseurs. Ils sont bombardés et la poussière s’oppose à l’observation et la défense de l’observatoire se replie. Le téléphoniste SAMAT est blessé aux mains et évacué, le brigadier LIOTARD est blessé à la face et évacué, le canonnier ARNOUX est tué. A la position un homme malade est évacué.
Sur ordre du groupe le Lt BARRE recherche à 20 h. vers Billancourt une position de repli ; les arrières sont déserts sauf quelques fuyards, presque tous les villages flambent sauf Languevoisin et Breuil. Le Lt NOUVIAIRE rejoint la batterie vers 19 heures 30 et fait encore tirer
.» (3)
Le Journal des Marches et Opérations du 1er Groupe note alors « la bataille dure... [depuis] ...36 heures, avec des alternatives d’espoir et de crainte. Finalement à 21 heures, repli du groupe. D’abord sur le bois de Moyencourt.» (1)
3e Batterie : « A 20 h. 30, le capitaine est convoqué au PC du groupe et reçoit l’ordre de repli. Des munitions qui ne peuvent être emmenées faute de moyens de transport doivent être abandonnées sur le terrain. L’adjudant SORBA assure dans des conditions difficiles le repli des échelons, mais le dépôt constitué à la position occupée pendant la nuit précédente ne pût être enlevé. Toute la batterie fut rassemblée vers 24 heures dans le bois de Moyencourt. » (4)
2e Batterie : « Vers 21 h. 15, l’ordre de repli est donné au groupe qui doit se retirer au bois de Moyencourt. Sortie de batterie et transport de tout le matériel et des munitions à ce bois au cours de la nuit. Calme presque complet du front. » (3)


(1) J.M.O. du 1er Groupe du 94e R.A.M.
(2) Site : Mémoire des Hommes, Militaires décédés durant la Seconde Guerre mondiale.
(3) J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
(4) J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
(5) Lucien Guillaume DARDÉ, MPF à Breuil :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... s=&lang=fr



(à suivre)
Cordialement
Eric Abadie


Dernière édition par ae80 le mar. oct. 26, 2010 21:31 pm, édité 1 fois.

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MessagePublié : lun. oct. 25, 2010 20:33 pm 
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Inscription : sam. oct. 24, 2009 9:38 am
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Bonsoir à tous,

7 juin 1940
Cette journée marque la rupture de la ligne Weygand au sud de la Somme. Les troupes après avoir résisté vaillamment pendant deux jours sont contraintes de faire retraite. Parfois dans la précipitation. Le JMO du 1er groupe indique succinctement, aux premières heures de cette journée, le « repli sur le bois de Moyencourt, puis sur la ferme, puis sur le bois de l’Hôpital (matin) ».
Bois de l’Hôpital
2e Batterie : « Vers 3 h. 00 la batterie dont le Capitaine PAGNON a repris le commandement, est rassemblée au Bois de Moyencourt. Il faut immédiatement gagner la ferme de l’Hôpital via Ercheu et Libermont.
La ferme est atteinte à 5 h. 00, les échelons s’installent dans le bois 500 m. au sud de la ferme. Le personnel se repose
. » (3)
3e Batterie : « L’ensemble du groupe fait mouvement aussitôt vers le bois de l’Hôpital où il arrive entre 4 heures et 4 heures 30. La 3e Batterie est placée dans un couvert au nord du grand bois. » (4)
2e Batterie : « Vers 6 h. 00 des coups d’armes individuelles et automatiques se font entendre à peu de distance au Nord-Est. Les Allemands auraient déjà là des éléments. Il se produit un certain désordre rapidement conjuré et les unités quittent vers 7 h. 30 le Bois de l’Hôpital pour celui au nord de Frétoy-le-Château via Fréniches. Tout le matériel a pu être sauvé sauf les munitions restées à Moyencourt et le chariot à la ferme de l’Hôpital. » (3)
3e Batterie : « A 6 heures, le Capitaine se rend aux ordres. Vers 7 h. 30 des motocyclistes se replient et sèment la panique en annonçant l’arrivée imminente de l’ennemi, et qu’il n’y avait rien derrière eux. Quelques hommes s’égaillent : les pièces et le matériel essentiel de la batterie avec la majorité des mulets sont malgré tout sauvés grâce au sang froid des cadres et d’une grande partie du personnel. » (4)
Frétoy-le-Château
2e Batterie : « De 9 h. 00 à 10 h. 30 le groupe stationne vers Frétoy, tandis que des éléments d’artillerie de campagne appuient le 141e R.I. dans sa mission de retardement. Ils sont en batterie tout près de nous et tirent. » (3)
3e Batterie : « Le groupe tout entier se replie dans le bois de Frétoy-le-Château dont il repart immédiatement en direction de Lagny – Lassigny. » (4)
Le JMO du 1er Groupe indique l’heure du passage à Frétoy-le-Château ; il est 11 heures du matin. (1) C’est alors que le commandant du 1er Groupe ( ?) décide de fractionner les batteries. Si les Allemands fondent plus vite que prévu sur les colonnes du 94e R.A.M., autant sauver une partie du groupe. Les véhicules sont donc envoyés vers l’avant.
2e Batterie : « A 11 h. 00, il faut repartir vers Houdancourt (5) à 40 km au Sud-Ouest. Les éléments auto partent sous la conduite du capitaine PAGNON, le Lieutenant NOUVIAIRE dirige la colonne hippomobile. » (3)
3e Batterie : « Les camionnettes font route vers Bazincourt (5) sous la direction de l’Adjudant VERSINI. » (4)
Muirancourt – Bussy – Sermaize – Lagny
Les éléments hippomobiles se remettent en marche. Une partie (la 2e Batterie) prend par la route entre Muirancourt et Bussy. Il est alors 13 heures. (1) « Des colonnes innombrables hippo et auto circulent sur les routes. L’aviation ennemie intervient en bombardant les villages et en mitraillant les convois. La batterie n’échappe pas entièrement à son action et perd 2 chevaux et 25 mulets tués. L’itinéraire passe par Muirancourt, Bussy, Sermaize, Lany (6) (où la batterie est prise à partie), Lassigny. » (3)
La 3e Batterie est elle-même fort malmenée et le drame va bientôt se jouer : « Avant d’arriver à Lagny aussitôt la traversée du canal du Nord, la colonne muletière vers 12 h. 30 fait halte dans une ferme où sont camouflés animaux et matériel. Vers 14 heures commence un bombardement nourri d’aviation. Une bombe incendiaire en particulier tombe sur la grange garnie de fourrages où se trouve la batterie. Ce local prend feu instantanément et avec une telle violence que tous les hommes ne peuvent sortir. Cinq ou blessés dont deux grièvement peuvent être mis à l’abri. Les animaux périssent dans l’incendie, ou sont déchiquetés par la mitraille ou les éclats. Quelques véhicules d’ailleurs étrangers à l’unité et la touriste de la batterie sont sauvés de l’incendie. Il est impossible d’approcher de la grange et d’y porter le moindre secours. Le capitaine part avec la touriste pour chercher une ambulance mais est arrêté à Lagny par l’encombrement des routes et des bombardements violents. Le Lieutenant TRÉMONLET assure de son côté l’évacuation des blessés et rassemble les éléments valides de l’unité puis continue la route dès que les bombardements sont calmés. » (4)


Plusieurs soldats du 94e R.A.M. ont perdu la vie à cet endroit. Quelle est cette ferme située au-delà du canal du Nord en venant de Frétoy-le-Château ? Le Journal de Marches et opérations du 1er Groupe nous donne une indication. Il rapporte que « la 3ème Batterie est bombardée à Sermaize. » (1) au cours de la journée et plutôt dans l’après-midi, en tout cas après treize heures.
Or, si la 3e Batterie « avant d’arriver à Lagny aussitôt la traversée du canal du Nord, […] fait halte dans une ferme » (4), il pourrait s’agir d’une ferme du hameau de BÉHANCOURT, au Nord-Ouest de Sermaize sur le territoire de cette commune. Une nouvelle piste s’offre à nous pour tenter de résoudre l’énigme de cette « Ferme Campagne », soit disant située dans le département de la Somme.
Il faut se remettre dans le contexte de ces hommes en pleine retraite. Fatigués par plusieurs jours de combats, harcelés par les avions ennemis, démoralisés. Le terme "Ferme Campagne" apparaît après guerre au moment des jugements déclaratifs de décès. Les JMO n'en parlent pas. La confusion a pu s'installer dans les esprits. Le 94e RAM qui combattait dans la Somme, a reçu l’ordre de faire retraite. Pour ces Alpins, ces Provençaux, tous ces hommes du Sud de la France, les limites entre les départements de la Somme et de l'Oise sont complètement ignorées. Pour eux, le paysage est le même, donc ils sont toujours dans la Somme. Ils sont passés dans un village appelé "Campagne" en fin de matinée, le dernier qu'ils aient vu d'où cette énigmatique "ferme Campagne".
Évidemment, ceci ne reste qu’une hypothèse qu’il faut maintenant confirmée. Alors, Monique et moi, lançons un appel à tous les habitants de la région de Lassigny/Noyon. Avez-vous eu connaissance d’une grange de ferme brûlée en juin 1940 dans un village au nord de Lagny et au sud du canal du Nord ?

(1) J.M.O. du 1er Groupe du 94e R.A.M.
(2) Site : Mémoire des Hommes, Militaires décédés durant la Seconde Guerre mondiale.
(3) J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
(4) J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
(5) Houdancourt et Bazicourt (et non Bazincourt comme dit dans le JMO), communes du département de l’Oise, situées entre Saint-Martin Longueau et Chevrières, au nord de la rivière Oise.
(6) En fait, Lagny.


(à suivre)

Cordialement
Eric


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MessagePublié : lun. oct. 25, 2010 21:17 pm 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 21:28 pm
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Merci Eric pour toutes ces textes.

Retraite au sol, nos avions qui sont au plus mal depuis le 3 juin (si c'est possible encore à cette date) , tout va vraiment mal pour notre armée. Des moments vraiment difficiles.

_________________
Frédéric - co-administrateur du site et forum "Picardie 1939 - 1945"
Président association "Picardie 1939 - 1945"


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 Sujet du message : 7 juin 1940
MessagePublié : mar. oct. 26, 2010 1:06 am 
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Inscription : sam. oct. 23, 2010 21:13 pm
Messages : 10
Localisation : Alpes Maritimes
Bonsoir à tous,
Merci Eric,
Vous avez présenté une belle chronologie des évènements de ces trois journées mouvementées pour le 94e RAM (et le reste de l'armée française d'ailleurs).
Les JMO ne sont jamais assez "bavards" et ne nous ont pas permis d'élucider le mystère de la "ferme Campagne", mais ils sont unanimes sur cette violente attaque aérienne vers 14h alors que les troupes étaient dans les environs de Sermaize.
Ce fait est également confirmé par l'adjudant du 24eBCA dont vous avez publié le petit carnet de route dans un autre fil :
"En cours de route, nous avons subi des bombardements furieux, principalement à Campagne et Catigny où nous sommes restés plus de deux heures. Plus de cent avions étaient sur nous..."

Espérons que quelqu'un se souviendra de l'incendie de cette grange, dans une ferme proche du Canal du Nord, où des artilleurs et des mulets s'étaient abrités.

Merci pour votre aide dans ma recherche.
Cordialement
MoniqueB


Dernière édition par MoniqueB le mer. oct. 27, 2010 14:27 pm, édité 1 fois.

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MessagePublié : mar. oct. 26, 2010 9:36 am 
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Inscription : sam. oct. 24, 2009 9:38 am
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Localisation : Somme
Bonjour à tous, bonjour Frédéric, bonjour Monique,
Merci pour vos commentaires.
Je replace ici la photographie de Lagny, village fort éprouvé en 1940, que j'avais insérée dans la partie "généralités" du département de l'Oise. Les éléments de la 29e D.I.A. en retraite sont passés par là avec le danger permanent des chasseurs bombardiers allemands en piqué semant la terreur dans les colonnes.
Image
Voici aussi une carte de l'itinéraire du 1er Groupe du 94e R.A.M. en retraite pour les 6 et 7 juin 1940. Elle permet de mieux visualiser la progression du groupe en ces journées tragiques.
Image

Cordialement
Eric Abadie


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MessagePublié : mar. oct. 26, 2010 11:24 am 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 22:35 pm
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Localisation : Berteaucourt-les-Thennes (80) / Vieux-Moulin (60)
Bonjour

Dans mon dossier Sermaize :

Ferme Aldebert, hameau Béhencourt : 1 tombe commune contenant 9 soldats non identifiés (état du 9 septembre 1940)

Le 19 août : recherche sur une croix à Béhancourt, on trouve "des détritus d'animaux"

Mention, mais sans localisation, d'une fosse commune contenant 4 soldats Français individualisés (sic)

"Il a été impossible de séparer les restes des quatre militaires inhumés dans la même sépulture.
En effet il n'a été retrouvé que les ossements calcinés de 4 militaires au milieu desquels : 2 plaques gisaient Pérès - Bender.
Ces soldats ont trouvé la mort lors des bombardements aériens du 6 juin 1940 provoquant l'incendie de la ferme de Béhencourt, transformée en centre de réparation mécanique, par l'armée française.
En réalité les "corps" de Bender et Pérès ne sont pas identifiés bien que leurs ossements soient inhumés dans la tombe n°10 (...)

Lettre du maire en date du 11 février 1948 adressée au chef de secteur de l'état-civil (militaire)

Pour terminer Pérès semble avoir été identifié car il a été restitué à la famille le 21 décembre 1948. Bender et les deux autres ont été regroupés à la Nécropole Nationale de Cambronne-les-Ribécourt en décembre 1952. Au préalable ils avaient été inhumés dans le cimetière communal de Sermaize le 1er septembre 1941. Les deux inconnus portent sur la liste des militaires inhumés à Sermaize les N° 945 et 949. Peut-être que ces numéros seraient utile pour trouver la sépulture à Cambronne.

Cordialement


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MessagePublié : mar. oct. 26, 2010 12:41 pm 
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Inscription : sam. oct. 24, 2009 9:38 am
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Localisation : Somme
Bonjour Marc,
Alors là BRAVO ! Je crois que tu viens d'apporter une information capitale dans cette recherche et de nous faire avancer d'un pas de géant.
Le lieu semble maintenant établi. Une ferme du hameau de Béhancourt. La présence du soldat Pérès du 94e RAM indique bien qu'une batterie du régiment ait stationné en cet endroit.
Merci encore pour toutes ces informations. Je vais tenter ce soir d'en savoir plus auprès du secrétariat de mairie de Sermaize.
A bientôt
Bien cordialement
Eric Abadie


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MessagePublié : mar. oct. 26, 2010 12:45 pm 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 22:35 pm
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Localisation : Berteaucourt-les-Thennes (80) / Vieux-Moulin (60)
Bonjour

BENDER appartenait également au 94e RAM. Je suis en train de compléter mon tableau pour Sermaize avec les fiches SGA. Pb : si j'ajoute ceux qui ne figurent pas sur ma liste initiale et ceux tombés à la ferme Campagne j'ai trop de monde !

A+


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MessagePublié : mar. oct. 26, 2010 13:28 pm 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 22:35 pm
Messages : 1924
Localisation : Berteaucourt-les-Thennes (80) / Vieux-Moulin (60)
Bonjour

Trouvé cette référence :

François BAUDOIN, Le 94e RAM, in SOURGENTIN N° 165 (Revue culturelle Bilingue Nissart-Français) du 10-01-2005


Une photo d'un 75 du 94e RAM trouvée sur un forum :

Image

Monique aurait-elle une photo de notre artilleur ?

A+


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MessagePublié : mar. oct. 26, 2010 20:17 pm 
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Inscription : sam. oct. 24, 2009 9:38 am
Messages : 1225
Localisation : Somme
Bonsoir à tous,
Je n'ai rien appris en début de soirée à Sermaize. J'espère rencontrer le Maire du village, absent ce jour, la semaine prochaine à la prochaine permanence.
Je suis passé par le hameau de Béhancourt, placé juste au sud du canal du Nord. Il est constitué de deux grandes fermes d'un côté de la route et de quelques maisons ouvrières de l'autre.
J'ai rencontré l'actuel cultivateur-fermier de la ferme Aldebert. Celui-ci ne s'est installé là que depuis la fin des années soixante-dix. Il ne connait donc pas l'histoire de cette ferme. J'ai pu cependant obtenir l'adresse d'une descendante des propriétaires de l'époque qui nous intéresse. A suivre donc !
Image
Le hameau de Béhancourt vu depuis le nord (côté canal).

Cordialement
Eric


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