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MessagePublié : jeu. sept. 16, 2010 10:09 am 
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Inscription : jeu. oct. 18, 2007 19:03 pm
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Localisation : anciennement Beauvais , maintenant Loiret 45
Le soir même, à la nuit tombante un char ennemi se fixa sur un mamelon dominant une immense plaine sans aucune espèce d'abri naturel. Il nous mitrailla copieusement à balles traçantes. Le Sergent Vial, un Toulonnais dont j'ai gardé le meilleur souvenir, fut tué tout à côté de moi, frappé au ventre par une balle rougie. J'entends encore ses cris d'une souffrance atroce et son appel désespéré : " Maman ! Maman ! Je meurs assassiné ! "

Quand on a assisté à de tels spectacles, comment ne pas haïr la guerre et ceux qui la préparent ?

Les 8 et 9 juin, ce furent les mêmes scènes : des alertes, des fusillades, des pillages, de la débâcle et les villages désertés voyaient défiler civils et militaires confondus : Gournay, Fleurines ; puis ce fut le passage du fameux pont de Sainte-Maxence que les Allemands n'avaient pu détruire et où la cohue avait atteint son paroxysme.

Au matin du 10 juin, notre compagnie s'installa sur les bords de l'Oise à Verneuil, village qui comptait à l'époque 2.000 habitants environ. Notre mission était d'en défendre l'accès Nord-Ouest.

L'État-Major du bataillon s'installa au centre de l'agglomération, dans une école qui donnait sur la rue principale desservant à son extrémité Est, une place suffisante pour y parquer nos mulets au nombre d'une trentaine. Il fallait d'urgence alléger les bêtes de leurs mitrailleuses et procéder à la mise en batterie sur les bords de la rivière en prévision d'une attaque brusquée de l'ennemi qui selon toute vraisemblance devait rechercher des points de passage du cours d'eau large tout au plus d'une trentaine de mètres.

Après une nuit de marche ininterrompue, harassés de fatigue, les mitrailleurs montèrent leurs pièces en un temps recors et fortifièrent leur position.

Tout le monde scrutait l'horizon d'un champ immense en jachère, limité au Nord-Ouest par une route, secondaire certainement praticable pour des engins blindés.

Vers l'Est, le long de l'Oise, des rideaux d'arbres d'une telle épaisseur qu'on aurait bien du mal à distinguer des attaquants se faufilant sous les frondaisons.

En inspectant de plus près le terrain, les obstacles et toutes les possibilités d'accès au village, mon camarade le lieutenant Coste aux petits yeux bleus sans cesse en mouvement dans leurs orbites me dit : " Regarde-moi ça ! ". L'index tendu, il me montra non loin de notre position principale un bac amarré sur la rive Nord de l'Oise. Point de passeur à proximité. Celui-ci avait sans doute quitté le village comme l'avaient fait tous les habitants.

Notre inquiétude grandissait. Si l'ennemi arrivait, il aurait tôt fait d'utiliser ce moyen de transport pour franchir la rivière. Large et plat, il était assez grand pour transporter un attelage complet et une vingtaine de personnes. Il n'était pas pensable qu'on laissât ce bac du côté de la rive où l'ennemi pouvait surgir d'un moment à l'autre.

Que faire ? Envoyer des nageurs pour actionner le bac et le faire passer sur la rive opposée ? Encore aurait-il fallu qu'ils sachent manoeuvrer ?

Décision fut prise d'alerter le chef de bataillon, établi dans l'école du village à moins de deux cents mètres de nos positions. Celui-ci put joindre l'État-Major du Régiment et lui demander que ce bac fut détruit par des artilleurs.

Tout le monde, face au danger, attendait dans l'anxiété quand tout à coup un lourd camion chargé d'un canon de 75 et de ses servants apparut sur la route de Senlis. Un capitaine d'artillerie chargé d'opérer la destruction du bac fit pointer la pièce et au moment de commander le tir apparut dans le groupe des badauds une estafette à moto qui s'informa et se dirigea vers l'officier, lui remit un pli, en provenance dit-il de l'État-Major du corps d'armée. À sa lecture le capitaine blêmit puis commanda au motocycliste : " Tu peux partir ! ". Ce dernier hésitait à exécuter cet ordre et par souci d'exécuter parfaitement sa mission, timidement demanda à son supérieur : " N'y a-t-il pas de réponse à donner ? ". " Non ! Je n'ai pas de réponse à donner ", lui fut-il répondu sèchement.

La moto repartit en pétaradant bruyamment. Quelques secondes après son départ, le capitaine ordonna : Feu ! Le tir fut exécuté si bien qu'au deuxième obus le bac métallique crevé, devenu inutilisable s'enfonça dans l'eau doucement à la grande satisfaction de tous les présents. Alors, le capitaine artilleur triomphant nous déclara : " J'avais reçu l'ordre de ne pas le couler ! ". Les répliques fusèrent instantanément : " Pas possible ! Les salauds ! ". Oui, des salauds il y en avait partout et ce fait isolé nous confortait dans cette opinion, qu'à tous les niveaux, il devait y avoir des saboteurs. Si j'avais décidé d'écrire l'histoire de la guerre, j'aurai pu multiplier les exemples de ce genre.

Nous n'avons jamais su comment le capitaine avait rendu compte de sa mission. De toute manière, cet acte de désobéissance ne lui laissa certainement pas une mauvaise conscience.

Tout à coup un soldat s'écria : " Des cavaliers ! ". Et nous vîmes s'avancer un peloton de Uhlans d'une vingtaine environ, sous les feuillages épais bordant l'Oise. Le mitrailleur le plus proche qui les avait débusqués n'attendit même pas l'ordre de feu continu. À moins de cent mètres de l'objectif, la rafale fit des ravages. Les cavaliers tombèrent, tandis que les malheureux chevaux, cibles faciles à atteindre se cabraient sous les balles qui perçaient leur ventre, leurs hennissements de douleur faisaient beaucoup de mal à entendre. Parmi les Uhlans, quelques rescapés se retirèrent à toute bride.

Après la reconnaissance des cavaliers allemands qui leur coûta fort cher, il fallait nous attendre à des affrontements plus sérieux. Bientôt, du côté Nord, on pouvait suivre à la jumelle des automitrailleuses, des canons légers qui manifestement cherchaient à contourner nos positions en direction de l'Ouest. Du côté Est, la fusillade se rapprochait. Des coups de feu éclataient à l'extrémité de la rue principale où se trouvait l'État-Major du bataillon. Puis tout à coup des rafales d'armes automatiques crépitèrent pendant plusieurs minutes sans marquer de pauses. Hélas ! Nous n'avions pu prévoir qu'il fallait compter avec la sauvagerie de l'ennemi.

Vers la place où les mulets avaient été parqués dans la matinée, des muletiers affolés qui avaient réussi à se protéger dans des maisons abandonnées assistèrent à un spectacle abominable qu'ils contèrent le lendemain.

Par crainte de nous voir utiliser nos bêtes pour y recharger les armes automatiques, les fantassins allemands les tuèrent toutes à bout portant par des rafales de mitraillettes. L'agonie de ces pauvres bêtes n'en finissait pas et leurs cris lugubres retentissaient bien loin à la ronde.

Les Allemands avaient donc investi Verneuil par l'Est et selon toute vraisemblance ils n'avaient pas rencontré de résistances sérieuses.

Nous allions essayer de reprendre contact avec notre État-Major dont nous étions sans nouvelles depuis plus d'une heure, quand un motocycliste venant de Senlis marqua un temps d'arrêt pour demander à l'un des nôtres où se trouvait l'État-Major du bataillon pour y acheminer un courrier urgent.

Il fut renseigné sur le champ sur son emplacement, mais je lui fis observer que nos liaisons avec le chef de bataillon étaient interrompues depuis plus d'une heure.

Désireux de remplir la mission qu'on lui avait confiée, le motocycliste accéléra sa machine et dit : " Il faut y aller voir ! ".

Il s'engagea dans la rue centrale toute droite, n'eut pas de peine à trouver l'entrée de l'école à main gauche, gara son véhicule dans la rue déserte et entra.

Un coup de feu retentit. Puis une fenêtre du premier étage s'ouvrit, un Allemand cria dans un porte-voix : " Français, rendez fou ! ". L'ennemi occupait donc l'école et quand l'estafette entra le factionnaire allemand en garde dans le couloir la foudroya. Nous avons su beaucoup plus tard qu'il s'agissait d'un Seynois appelé Barisone.

Une mitrailleuse fut mise en batterie en direction de l'école de manière à pouvoir balayer la rue qui y accédait mais les allemands prenaient peu de risques.

Dans la soirée, la situation devenait intenable, l'ennemi occupait la moitié du village. Nous ne savions pas où était passé L'État-Major. Pourquoi notre compagnie n'avait-elle pas été prévenue d'un ordre de repli ? Tout cela nous paraissait bien suspect.

L'étau de l'ennemi se resserrait de toutes parts. À la nuit tombante, l'encerclement était presque achevé et les voix gutturales des vainqueurs, nous arrivaient de toutes les directions : " Rendez-vous ! Rendez-vous ! Vous êtes perdus ! " Hélas ! C'était vrai que nous étions perdus ! Ce qui n'empêchait pas les hommes de riposter par le mot de Cambronne.

Même si nous avions trouvé une issue, nous n'aurions pas pu transporter bien loin nos mitrailleuses et leurs affûts trépied. Alors, la mort dans l'âme, il fallut nous résoudre à démonter les culasses de nos armes et à les jeter dans l'Oise pour que les Allemands ne puissent pas les utiliser. Quelques fusils-mitrailleurs et de rares chargeurs furent conservés, ainsi que les fusils individuels.

La nuit était venue et l'ennemi cherchait toujours à obtenir notre reddition. Le Lieutenant Larroudé qui commandait alors ma compagnie proposa de nous enfermer dans les maisons et de tirer jusqu'à la dernière cartouche pour faire face à l'assaut final. Cette solution fut loin de faire l'unanimité des officiers. Il fallait bien comprendre que la nuit passée, les Allemands n'attaqueraient pas à la baïonnette le lendemain. L'artillerie légère aurait tôt fait de pulvériser les habitations et leurs occupants.

Il fallait trouver le moyen de percer l'encerclement et de rejoindre notre régiment où notre présence, même avec des moyens réduits, pouvait encore contribuer à la défense de notre pays.

Et le salut nous vint du ciel ! Je m'explique : pour nous impressionner l'ennemi tira au-dessus du village des fusées éclairantes d'une rare puissance. Elles étaient belles, leurs couleurs, mais notre réflexe ne fut pas de les admirer car il fallut bien vite chercher des zones d'ombre pour nous dissimuler. Cependant, ce fut des fusées que nous vint le salut parce qu'elles nous permirent de découvrir un chemin montant vers le cimetière du village en direction du Sud. Peut-être l'encerclement de l'ennemi n'était pas total ? Peut-être qu'il avait hésité à occuper ce lieu sacré par souci d'éviter toute profanation des tombes. Pourquoi ne pas tenter notre chance ?

Dans une accalmie des illuminations du ciel, il me souvient d'avoir rapidement franchi le chemin, rampé entre les tombeaux en recherchant les zones d'ombre, suivi des hommes chargés des armes et des munitions qu'ils avaient pu sauver.

En moins d'une demi-heure, nous nous trouvions en rase campagne dans la nuit noire, ne sachant pas trop la direction à suivre pour retrouver notre bataillon et notre régiment. Les Allemands ne nous avaient pas poursuivis.

Regroupées dans la forêt de Chantilly, nos unités devaient se préparer à d'autres combats avec le peu de moyens en armes, munitions et matériel qu'il leur restait.

Tous les combattants survivants du 3e Bataillon du 3e R.I.A. ayant participé aux opérations de Vemeuil-sur-Oise au cours des journées des 9, 10 et 11 juin 1940 ne sont pas prêts d'oublier leurs émotions et aussi leur indignation bien justifiées.

Hommage soit rendu ici à leur patriotisme, à leur courage, malgré l'inégalité des luttes où ils furent criminellement engagés.

http://marius.autran.pagesperso-orange. ... tml#ANCRE4

_________________
Le site sur le Loiret entre 1939 et 1945

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MessagePublié : jeu. déc. 22, 2011 18:06 pm 
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Inscription : sam. déc. 10, 2011 11:18 am
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beau réçie , triste histoire .
amicalement .gerard.


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MessagePublié : jeu. déc. 22, 2011 20:45 pm 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 22:35 pm
Messages : 1952
Localisation : Berteaucourt-les-Thennes (80) / Vieux-Moulin (60)
Bonsoir

Des incohérences cependant avec l'inévitable traîtrise (le bac qu'il ne fallait pas couler ... et qui aurait rendu en grand service après la destruction du pont), la patrouille de uhlans (il ne doit pas s'agir de la même guerre ...). Ce récit émanant d'un lieutenant manque selon moi de précision.

A+


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MessagePublié : ven. déc. 23, 2011 10:06 am 
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Inscription : sam. déc. 10, 2011 11:18 am
Messages : 102
bonjour Marc,

;;tu..a peut -étre raison, .. mais dans certain passage du livre de L.Bourdais .. 19Div . nos soldats parle aussi de uhlans aux travers de combat , sur la sommme..

les uhlans étaient des cavaliers et en 39-40 les allemands avail des troupes aussi à cheval..? notament les unité d'élite .
je me trompe peut étre.
a+ gerard.
bon Noël a tous et toutes.


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MessagePublié : ven. déc. 23, 2011 13:49 pm 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 22:35 pm
Messages : 1952
Localisation : Berteaucourt-les-Thennes (80) / Vieux-Moulin (60)
Bonjour

L'armée allemande comptait encore des régiments à cheval mais ils étaient en seconde ligne et n'étaient pas particulièrement des troupes d'élite.
Dans ce même récit, sur la Somme, on a droit à une attaque de cyclistes à croix rouge qui cachaient des armes dans les cadres. J'ai l'impression que cette source n'est pas la meilleure pour connaître l'action du 3e RIA.

Cordialement


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MessagePublié : ven. déc. 23, 2011 15:04 pm 
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Inscription : jeu. sept. 27, 2007 21:28 pm
Messages : 3400
Comme le dit MArc, le cheval dans l'armée allemande en 1939-1940 n'est pas l'apanage des unités d'élites. Le cheval a, avant tout, une autre utilisation qui correspond entre autre à une volonté économique. Mais il ne le considérait pas non plus comme un viel équipement/armement. C'était surtout un emploi réfléchi. Les allemands vont utilisés plus de 2 500 000 chevaux en 1940. (presque deux fois plus que lors de la première guerre mondiale)

- Une des raisons de cette utilisation abondante est que l'effort de guerre financier demandé était assez conséquent. L'industrie mécanique avait un coût important (cela était vrai pour toutes les nations et ce sera vrai pour les E-U dans le courant de la guerre), la solution hippotractée était moins couteuse, mais fiable (transport d'armes, tractions, transports d'hommes, ...). La motorisation et la mécanisation pesait donc sur les budgets militaires. En mai 1940, environ 10 à 20 % seulement (selon les sources) des divisions allemandes sont entièrement motorisées. donc le cheval est omniprésent.

- une autre raison, et pas la moindre, est que les allemands ne considérait pas qu'il était possible de se passer des chevaux sur une grande échelle. C'est pourquoi aussi, ils avaient mis des ingénieurs sur ce point, puisque les chariots hippomobiles étaient fabriqués avec des techniques d'avant-garde, comme l'utilisation des roulement à billes. (Cf. à ce sujet : DiNardo, Mechanized Juggernaut or Military Anachronism ? Horses and the German Army of World War 11, 1991)

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Frédéric - co-administrateur du site et forum "Picardie 1939 - 1945"
Président association "Picardie 1939 - 1945"


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