Encadrement et JMO

94ram


Composition

2 groupes à deux batteries de 75 Schneider de Montagne

1 groupe à deux batteries de 155 Court Schneider tracté

75m

 Canons de 75 M (montagne) modèle 1919 Schneider

* * * *

Colonel CLAMENS, commandant le 94e R.A.M

 

1er Groupe

Chef d’Escadron CHARNALET, commandant le 1/94

Lieutenant MAILLET, commandant la 1ère Batterie

Capitaine PAGNON, commandant la 2e Batterie

Capitaine DUBOST, commandant la 3e Batterie

 

2e Groupe

Chef d’Escadron RODET, commandant le 2/94

Lieutenant MACAREZ, commandant la 4e Batterie

Lieutenant d’HAUTUILLE, commandant la 6e Batterie

Capitaine BARDOT, commandant la 6e Batterie

 

3e Groupe

Chef d’Escadron BLANC, commandant le 3/94

Capitaine ARNAL, commandant la 7e Batterie

Capitaine GRILLON, commandant la 8e Batterie

Capitaine NOMDEDEU, commandant la 9e Batterie

Capitaines de VALENCE et JOURDAN,  B.D.A.C.


5 Juin 1940

« Attaque sur le front tout entier. Dès 7 heures, l’Aspirant Viglione est grièvement blessé de 2 balles de mitrailleuses. Il est évacué sur Compiègne  » 1. Jean Auguste Barthélémy VIGLIONE, natif des Bouches-du-Rhône décède à l’hôpital de Compiègne des suites de ses blessures 2.

« À 3 h. 00 l’attaque allemande se déclenche et nos tirs d’arrêt y répondent sans réussir à empêcher l’adversaire de franchir la Somme vers Voyennes et peut-être en d’autres points.

Le Lieutenant NOUVIAIRE décide de monter à l’observatoire et dès 8 h. 30, il tire à vue. Vers 11 h. la batterie a déjà tiré 900 coups et les munitions s’épuisent, l’adversaire marque un temps d’arrêt. Un ravitaillement en munitions parvient en fin de matinée et tout l’après-midi la batterie exécute des tirs plus ou moins nourris soit à la demande du Lt NOUVIAIRE, soit à celle du Groupe qui demande des tirs systématiques.

L’adversaire est plusieurs fois refoulé des abords de la ligne de chemin de fer jusqu’au rebord du plateau de Voyennes. Le Lt NOUVIAIRE fait lui-même le coup de feu à côté des fantassins. Les tirs continuent jusque 21 h. 30 et le tir d’arrêt de la nuit est prévu à 300 m. en avant de la ligne de chemin de fer.

6 hommes montent à l’observatoire avec 2 F.M. pour en améliorer la défense rapprochée. Le calme règne de 21 h. 30 à 24 h. Des munitions arrivent en quantités assez importantes. La batterie a tiré environ 1 300 coups dans la journée. Le soir une compagnie du 24e B.C.A. monte vers la ligne de chemin de fer en renforcement. Toute la journée les liaisons téléphoniques ont été excellentes. La 3e Batterie à notre gauche a pas mal tiré.

Moyenne activité aérienne ennemie, la Batterie est épargnée par les bombes ou les mitraillages et ne semble pas repérée en dépit de la présence d’une saucisse ennemie pendant plusieurs heures au Nord-Est de nous » 3

Ce même jour, dans la soirée, la 3e Batterie reçoit l’ordre de changer de position. Le capitaine, commandant la batterie, part en reconnaissance. Celle-ci doit prendre de nouvelles positions au Sud du canal du Nord. «  La batterie avec le nombre de mulets réduit au strict minimum fait mouvement vers 22 heures. Elle arrive à 23 heures. La mise en direction des pièces et les travaux sur la nouvelle position sont immédiatement exécutés. Mais l’importance du masque est telle que les pièces ne peuvent tirer qu’avec de faibles charges donc avec de la poudre BC dont elle attend le ravitaillement. Le capitaine part au PC du groupe pour faire le nécessaire » 4


6 Juin 1940

2e Batterie : «  Il y a pas mal de munitions arrivées au cours de la nuit. Dès 0 h. 30 il faut exécuter le tir d’arrêt. Puis quelques tirs jusque vers 8 heures, où 2 concentrations nous sont demandées. Au cours de la seconde exécutée à cadence lente la 1ère pièce éclate tuant sur le coup le pointeur DARDÉ  5 et blessant gravement les servants COUZIGNÉ et BERNARD, immédiatement évacués, un blessé léger rejoindra l’unité deux jours plus tard. La pièce est totalement hors d’usage  » 6

3e Batterie : « Faute de pouvoir se procurer de la poudre BC force est de changer de position. Reconnaissance du capitaine vers 4 h. 30 au Sud-Ouest du village de Languevoisin, retardée par survol de bombardiers ennemis. La batterie fait mouvement par pièce isolée vers 7 h. 30. De violents bombardements sur la localité voisine de Nesle retardent considérablement les travaux et la batterie n’est prête à ouvrir le feu que vers 11 h.30. Pendant ce temps, elle est abondamment ravitaillée en munitions. Le feu est ouvert un peu avant 12 heures et est de nombreuses fois gêné par une série de bombardements extrêmement violents sur la localité de Nesle » 7

2e Batterie : « L’ensemble du personnel de la batterie est très fatigué. L’après-midi, l’activité aérienne ennemie est considérable. La batterie n’est toujours pas repérée. Les avions s’accompagnent de bruits de sirènes et les nerfs sont mis à rude épreuve. Les allemands déclenchent sur le plateau vers Hombleux un tir intense qui soulève une poussière abondante.

La batterie exécute avec 2 pièces quelques tirs sur zones. Le central téléphonique de la batterie situé à l’ancienne position du pont de Quiquery est bombardé et la fausse batterie mise en place à notre départ en partie détruite ; les liaisons téléphoniques deviennent intermittentes et faibles » 8

3e Batterie : « Dans l’après-midi, la batterie qui s’est fait repérer est elle-même soumise à une partie du bombardement. Un homme puis un officier étrangers au régiment passent à la batterie en revenant de Nesle et sèment des bruits alarmants. Le PC de groupe en est averti par les soins du Capitaine. À 18 heures, la 2e pièce éclate : le chef de pièce meurt sur le coup. La 4e pièce qui vient d’être relevée de sa mission antichars prend sa place. Vers 19 heures, des éléments se replient sur la gauche de la batterie, de plus en plus nombreux. En particulier passent les hommes du 3e Groupe du Régiment qui ont fait sauter leurs pièces. Des bruits divers circulent quant à l’arrivée des chars. Pour parer à toute éventualité le capitaine fait placer une pièce en position antichars et prévient le PC du groupe. Le feu continue mais des dispositions sont prises en vue d’une évacuation rapide de la position. Le bruit des armes automatiques se rapproche. On entend siffler les balles » 9

2e Batterie : « Le Lt NOUVIAIRE tient jusqu’à 18 heures à côté des fantassins et des chasseurs. Ils sont bombardés et la poussière s’oppose à l’observation et la défense de l’observatoire se replie. Le téléphoniste SAMAT est blessé aux mains et évacué, le brigadier LIOTARD est blessé à la face et évacué, le canonnier ARNOUX est tué. À la position un homme malade est évacué.

Sur ordre du groupe le Lt BARRE recherche à 20 h. vers Billancourt une position de repli ; les arrières sont déserts sauf quelques fuyards, presque tous les villages flambent sauf Languevoisin et Breuil. Le Lt NOUVIAIRE rejoint la batterie vers 19 heures 30 et fait encore tirer » 10

Le Journal des Marches et Opérations du 1er Groupe note alors « la bataille dure… [depuis] …36 heures, avec des alternatives d’espoir et de crainte. Finalement à 21 heures, repli du groupe. D’abord sur le bois de Moyencourt  » 11

3e Batterie : « À 20 h. 30, le capitaine est convoqué au PC du groupe et reçoit l’ordre de repli. Des munitions qui ne peuvent être emmenées faute de moyens de transport doivent être abandonnées sur le terrain. L’adjudant SORBA assure dans des conditions difficiles le repli des échelons, mais le dépôt constitué à la position occupée pendant la nuit précédente ne pût être enlevé. Toute la batterie fut rassemblée vers 24 heures dans le bois de Moyencourt  » 12

2e Batterie : « Vers 21 h. 15, l’ordre de repli est donné au groupe qui doit se retirer au bois de Moyencourt. Sortie de batterie et transport de tout le matériel et des munitions à ce bois au cours de la nuit. Calme presque complet du front » 13


7 juin 1940

Cette journée marque la rupture de la ligne Weygand au sud de la Somme. Les troupes après avoir résisté vaillamment pendant deux jours sont contraintes de faire retraite. Parfois dans la précipitation. Le JMO du 1er groupe indique succinctement, aux premières heures de cette journée, le « repli sur le bois de Moyencourt, puis sur la ferme, puis sur le bois de l’Hôpital (matin)  ».


Bois de l’Hôpital

2e Batterie : « Vers 3 h. 00 la batterie dont le Capitaine PAGNON a repris le commandement, est rassemblée au Bois de Moyencourt. Il faut immédiatement gagner la ferme de l’Hôpital via Ercheu et Libermont.

La ferme est atteinte à 5 h. 00, les échelons s’installent dans le bois 500 m. au sud de la ferme. Le personnel se repose » 14

3e Batterie : « L’ensemble du groupe fait mouvement aussitôt vers le bois de l’Hôpital où il arrive entre 4 heures et 4 heures 30. La 3e Batterie est placée dans un couvert au nord du grand bois » 15

2e Batterie : «  Vers 6 h. 00 des coups d’armes individuelles et automatiques se font entendre à peu de distance au Nord-Est. Les Allemands auraient déjà là des éléments. Il se produit un certain désordre rapidement conjuré et les unités quittent vers 7 h. 30 le Bois de l’Hôpital pour celui au nord de Frétoy-le-Château via Fréniches. Tout le matériel a pu être sauvé sauf les munitions restées à Moyencourt et le chariot à la ferme de l’Hôpital  » 16

3e Batterie : «  À 6 heures, le Capitaine se rend aux ordres. Vers 7 h. 30 des motocyclistes se replient et sèment la panique en annonçant l’arrivée imminente de l’ennemi, et qu’il n’y avait rien derrière eux. Quelques hommes s’égaillent : les pièces et le matériel essentiel de la batterie avec la majorité des mulets sont malgré tout sauvés grâce au sang-froid des cadres et d’une grande partie du personnel  » 17

Frétoy-le-Château

2e Batterie : « De 9 h. 00 à 10 h. 30 le groupe stationne vers Frétoy, tandis que des éléments d’artillerie de campagne appuient le 141e R.I. dans sa mission de retardement. Ils sont en batterie tout près de nous et tirent  » 18

3e Batterie : « Le groupe tout entier se replie dans le bois de Frétoy-le-Château dont il repart immédiatement en direction de Lagny – Lassigny  » 19
Le JMO du 1er Groupe indique l’heure du passage à Frétoy-le-Château ; il est 11 heures du matin 20 C’est alors que le commandant du 1er Groupe (?) décide de fractionner les batteries. Si les Allemands fondent plus vite que prévu sur les colonnes du 94e R.A.M., autant sauver une partie du groupe. Les véhicules sont donc envoyés vers l’avant.

2e Batterie : « À 11 h. 00, il faut repartir vers Houdancourt  21 à 40 km au Sud-Ouest. Les éléments auto partent sous la conduite du capitaine PAGNON, le Lieutenant NOUVIAIRE dirige la colonne hippomobile  » 22

3e Batterie : « Les camionnettes font route vers Bazincourt sous la direction de l’Adjudant VERSINI » 23


Muirancourt – Bussy – Sermaize – Lagny

Les éléments hippomobiles se remettent en marche. Une partie (la 2e Batterie) prend par la route entre Muirancourt et Bussy. Il est alors 13 heures 24 « Des colonnes innombrables hippo et auto circulent sur les routes. L’aviation ennemie intervient en bombardant les villages et en mitraillant les convois. La batterie n’échappe pas entièrement à son action et perd 2 chevaux et 25 mulets tués. L’itinéraire passe par Muirancourt, Bussy, Sermaize, Lany 25 (où la batterie est prise à partie), Lassigny  » 26

La 3e Batterie est elle-même fort malmenée et le drame va bientôt se jouer : « Avant d’arriver à Lagny aussitôt la traversée du canal du Nord, la colonne muletière vers 12 h. 30 fait halte dans une ferme où sont camouflés animaux et matériel. Vers 14 heures commence un bombardement nourri d’aviation. Une bombe incendiaire en particulier tombe sur la grange garnie de fourrages où se trouve la batterie. Ce local prend feu instantanément et avec une telle violence que tous les hommes ne peuvent sortir. Cinq blessés dont deux grièvement peuvent être mis à l’abri. Les animaux périssent dans l’incendie, ou sont déchiquetés par la mitraille ou les éclats. Quelques véhicules, d’ailleurs étrangers à l’unité, et la touriste de la batterie sont sauvés de l’incendie. Il est impossible d’approcher de la grange et d’y porter le moindre secours. Le capitaine part avec la touriste pour chercher une ambulance mais est arrêté à Lagny par l’encombrement des routes et des bombardements violents. Le Lieutenant TRÉMONLET assure de son côté l’évacuation des blessés et rassemble les éléments valides de l’unité puis continue la route dès que les bombardements sont calmés » 27


limon

Limon Romeo Jules Yacinthe
1er Groupe du 94e RAM, 3e Batterie
mort le 7 juin 1940 à « Ferme Campagne »
(photo Monique Bourgeois)

94-retraite

(© Marc Pilot / Éric Abadie – Picardie 1939 – 1945 -juin 2012)


 

  1. J.M.O. du 1er Groupe du 94e R.A.M.
  2. Site : Mémoire des Hommes, Militaires décédés durant la Seconde Guerre mondiale.
  3. J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M. La saucisse désignait un ballon d’observation.
  4. J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M. Normalement la pièce de 650 kg était divisée en 7 fardeaux portés à dos de mulet.
  5. Lucien Guillaume DARDÉ, MPF à Breuil. Un second tube explosa : s’agissait-il d’un défaut de ce modèle de canon ?
  6. J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
  7. J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
  8.  J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M. Une fausse batterie est un leurre destiné à divertir les tirs ennemis.
  9.  J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
  10. J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
  11. J.M.O. du 1er Groupe du 94e R.A.M.
  12. J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
  13. J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
  14. J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
  15. J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
  16. J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
  17. J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
  18. J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
  19. J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
  20. J.M.O. du 1er Groupe du 94e R.A.M.
  21. Houdancourt et Bazicourt (et non Bazincourt comme dit dans le JMO), communes du département de l’Oise, situées entre Saint-Martin Longueau et Chevrières, au nord de la rivière Oise.
  22.  J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
  23. J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.
  24.  J.M.O. du 1er Groupe du 94e R.A.M.
  25. En fait, Lagny.
  26. J.M.O. de la 2e Batterie du 94e R.A.M.
  27. J.M.O. de la 3e Batterie du 94e R.A.M.