65e BCA

Au soir, le Capitaine Leppert, décide de porter le bataillon à Vignemont. On ignore toujours où se trouve exactement la Division. Rencontré le matin à Lagny, le chef d’État-Major de la 29e DI n’a pu indiquer aux chasseurs les nouveaux PC du Colonel Galy ou du Général Gérodias.


8 juin 1940

Dans la nuit, après avoir quitté la forêt de Thiescourt, le 65e BCA traverse donc Élincourt et atteint le petit village de Vignemont le 8 juin 1940, vers 3H du matin, après une marche de 15 kms. Épuisé de fatigue, il s’endort immédiatement sur place, dans le fossé du chemin, malgré le froid du petit jour.

Après quelques heures de repos, une soupe est improvisée par le Capitaine Ançian pendant que l’officier adjoint établit le contrôle de ce qui reste du bataillon si durement éprouvé. Voici à cette date, la situation du 65e BCA telle qu’elle sera remise au Colonel Galy et au Général Gérodias à Ressons-sur Matz :

État-Major
Commandant le bataillon Capitaine LEPPERT
Officier adjoint Lt AMAUDRIC du CHAFFAUT
Section de commandement 3 chasseurs
Section de transmissions 2 sous-officiers  et 38 chasseurs

 

1ère Compagnie
Sous-Lieutenant FOUQUE 5  sous-officiers et 74 chasseurs

 

2e Compagnie
Lieutenant BENEZIT
Sous-Lieutenant RAYNAUT
Sous-Lieutenant GUIRAN
9 sous-officiers
69 chasseurs

 

3e Compagnie
Sous-Lieutenant BARREAU 6 sous-officiers et 62 chasseurs

 

Compagnie d’Accompagnement
Sous-Lieutenant RENUCCI 7 sous-officiers et 67 chasseurs

 

Compagnie Hors-Rang
Capitaine ANCIAN 3 sous-officiers et 45 chasseurs

 

Service de Santé
Médecin-Lt FREREJEAN
Médecin-Sous-Lt PETIT
2 sous-officiers
23 infirmiers ou brancardiers

Soit au total : 11 officiers, 34 sous-officiers, 381 chasseurs, y compris 140 muletiers environ.

L’armement comprend : 13 FM, 4 mitraillettes, 268 fusils ou mousquetons, une trentaine de pistolets et quelques grenades (un certain nombre de fusils ont été enterrés dans les abris de Nesle, ou ont brûlé dans les camionnettes à Avricourt).
Le train muletier est au complet, il compte 133 mulets ou chevaux.
Le train de combat a été complètement détruit à Avricourt.

Le train régimentaire (Lieutenant Jean, Sous-Lieutenant Jouffré et quelques hommes) n’est pas compris dans ces chiffres. Il a conservé 3 camionnettes et se trouve dans la forêt d’Halate (Nord de Senlis).

Ces effectifs seront toutefois renforcés, dès le lendemain, par les rescapés d’Avricourt (Capitaine Desaphy, Sous-Lieutenant Chevallier, qui recevra le commandement de la 1ère Cie, Adjudant Tahut, et deux chasseurs) et par la section du Lieutenant Hilpert (23 hommes), retour de Hombleux, avec sa camionnette et 4 mitrailleuses.

En les comptant, le bataillon a cependant perdu 56% de son effectif en deux jours.

Le Capitaine Caput, presque seul rescapé de la demi-brigade encerclée et écrasée dans Liancourt, s’est joint à son ancien bataillon. Mais, dès le lendemain, il rejoindra le Commandant Valo, du 24e BCA, qui a pris le commandement de la 6e Demi-Brigade, constituée maintenant par le peloton moto, le 24e BCA encore intact, la CHR et quelques rescapés du 25e BCA (140 hommes en tout) et par les 450 officiers et chasseurs du 65e BCA.

 

9 juin 1940

A la nuit tombante, le bataillon reçoit l’ordre de rependre la route, et par Antheuil et Monchy, parvient à minuit à Rémy, ou il doit passer la nuit.
Mais, dès 3H du matin, le 9, le Lieutenant Demerval, officier de liaison de la 6e Demi-Brigade à l’ID, apporte l’ordre de traverser l’Oise immédiatement à Pont-Sainte-Maxence et le bataillon se remet immédiatement en marche. Il traverse Arsy, Sacy-le-Petit, reçoit une rafale de mitrailleuse d’un avion qui pique soudain sur la colonne, passe à Bazicourt et atteint la route nationale d’Estrées-Saint-Denis.
Là, un immense convoi de camions, de chars, de voitures à chevaux, de pièces d’artillerie est immobilisé sur deux rangs, à perte de vue. Colonne par un, les chasseurs commencent à le doubler sur le bas-côté, mais l’interminable file se remet lentement en route par saccades.
L’Oise est enfin traversée à Pont-Sainte-Maxence, barré par d’énormes chicanes qui ralentissent la colonne et gardé par deux chars lourds, puis le bataillon s’établit dans la forêt d’Halatte, en lisière de la route.
Depuis Vignemont, l’étape atteint 35 kms. Dans l’après-midi, le bois est bombardé par l’aviation.

Cependant, vers 16H, le Capitaine Desaphy, le Sous-lieutenant Chevallier, l’Adjudant Talut et les deux chasseurs qui ont échappé à l’embuscade d’Avricourt, atteignent à leur tour le pont de Pont-Sainte-Maxence, qui sautera aussitôt après leur passage, sous le bombardement de quelques avions qui atteignent malheureusement le dispositif de mise à feu du pont.

65e BCA

 
65 bca

bergonsi
François Bergonsi , 3e Cie, recrutement de Marseille, matricule 6471, classe 1933 déclaré tué à Nesle le 10 juin 1940
65 bca
29 mai 1940

Dans la nuit, malgré la fatigue, le bataillon se remet donc en marche, traverse la petite ville de Roye et atteint Gruny au petit jour, le 29 mai. Mais de nouveau, dans l’après-midi, arrive l’ordre de repartir : le bataillon doit aller occuper dans la nuit le village de Curchy, quelques kilomètres plus au Nord.

 

30 mai 1940

À minuit, les chasseurs reprennent donc la route. Depuis six nuits, sauf le 26 à Marest, ils n’ont cessé de marcher avec chargement complet. Ils traversent Crémery et Étalon et atteignent Curchy au petit jour, le 30 mai. Le bataillon a reçu l’ordre de s’organiser en point d’appui fermé dans ce village. Malgré la fatigue et le manque de sommeil, il se met aussitôt à la construction de ses barrages anti-chars.

 

31 mai 1940

Le lendemain, les travaux sont activement poussés. Les barrages sont renforcés et des abris constitués. Le Lieutenant Ollivier, de la C.R.E., détaché depuis quelques jours au 65e, a mis en batterie ses deux canons anti-chars de 25.

 

1er juin 1940

La liaison téléphonique avec la 6e demi-brigade a été assurée. Dans le milieu de la journée, le 1er juin, la lisière Nord du village, tenue par la 2e Cie, est bombardée par des percutants à fusée instantanée. D’après l’épaisseur des éclats, le calibre doit dépasser le 105. Le centre du village reçoit également des fusants. Dans l’après-midi, le bataillon reçoit l’ordre de se porter à la petite ville voisine de Nesle dans la nuit. Il sera relevé à Curchy par le 25e B.C.A. qui occupera également les hameaux de Fonches, Fonchette et Hyencourt.

 

2 juin 1940

À une heure du matin, le 2 juin, le 65e B.C.A. quitte donc Curchy et, par Manicourt, atteint Nesle avant le jour. Il a reçu l’ordre de s’organiser dans la ville même en points d’appuis fermés et de tenir solidement par des barrages anti-chars cet important nœud de communications. Les travaux sont aussitôt entrepris avec le concours d’un détachement du Génie divisionnaire, commandé par le Lieutenant Balmelle, (Sous-Lieutenant Ricolfi, Sergent Olive-Perrot). La C.H.R. du bataillon et l’échelon muletier s’établissent à Billancourt à 2 km. 5oo environ au Sud de Nesle, La liaison téléphonique est aussitôt réalisée avec ce village par la section des Transmissions qui relie également le P.C. à un central organisé à Nesle par le Génie.

 

3 juin 1940

Le 3 juin, deux sections, de la 3e Cie, sous les ordres du Sous-Lieutenant Barreau vont occuper le petit village de Herly à 2 km à l’Ouest de Nesle. À Nesle même, chasseurs et sapeurs achèvent la construction de très solides barrages anti-chars. Les voies d’accès secondaires sont interdites définitivement. Au contraire, les deux grands axes Amiens-Ham et Péronne-Roye sont coupés par des barrages en chicanes. Des camions chargés de pavés attendent derrière les barricades le moment d’être poussés dans les chicanes, où d’étroites tranchées ont été creusées à l’écartement de leurs roues. Pour permettre passage des convois amis, ces tranchées sont obturées par un madrier qu’il suffira d’enlever le moment venu : les camions seront alors poussés dans la chicane où ils s’enfonceront jusqu’au moyeu. Des tranchées, des abris, des emplacements de mitrailleuses, de canons de 25 et de canons de 37 sont activement construits. Chaque fois que cela est possible, ces abris sont creusés dans le sol, en dehors des maisons, mais, le plus souvent, les chasseurs sont malheureusement contraints de s’organiser dans des maisons. Les caves les plus solides sont aménagées et étayées.

 

4 juin 1940

Un observatoire est établi dans la partie Nord de la ville, sous le toit d’une maison. Au premier étage sont placées les mitrailleuses du Sous-Lieutenant Chevallier qui n’a pas pu trouver d’autre emplacement pour avoir un champ de tir convenable. Ce point d’appui est gardé par la 1ère Cie (Lieutenant Brunel et Lieutenant Repellin). Plus à l’Ouest et au Sud, les sections Voglimacci et Valo gardent les entrées des routes de Curchy et de Roye avec un canon de 25 et un canon de 37.

Dans le sud de la ville, le Lieutenant Poilroux et le Sous-Lieutenant François-Julien tiennent un second point d’appui avec deux sections de la 3e Cie. Tous ses abris détruits par le bombardement, le Lieutenant Poilroux, réfugié dans des maisons avec une de ses sections, tiendra encore le 6 à la nuit et disparaîtra après une belle résistance. On apprendra longtemps plus tard qu’il a été fait prisonnier avec un certain nombre de chasseurs. Dans le centre de la ville, sur la place, un réduit central avec un canon de 25, la section Fouque et le P. C. est installé à l’abri des murs épais de la mairie. Immédiatement à côté, dans les caves de l’Hospice que le docteur Frèrejean fait étayer, s’établit le poste de secours. Ce réduit sera particulièrement bombardé. Le canon de 25 sera atteint par plusieurs coups directs et les abris finiront par s’effondrer sous l’avalanche des bombes, après avoir longtemps résisté. Le Lieutenant Ollivier et de nombreux chasseurs y disparaîtront. Au cours de l’après-midi, la partie Sud de la ville est bombardée par fusants, et un détachement des Transmissions est envoyé à Herly pour réaliser la liaison téléphonique avec le P.C. à Nesle et avec le 25e B.C.A à Curchy.

Dans la mesure du possible, le 65e s’est préparé à la lutte. Il ne lui reste plus maintenant qu’à attendre l’assaut allemand qui ne va pas tarder.

Le 5 juin 1940, la bataille de France commence Quand, le 17 mai, la 29e D.I. fonçait dans la nuit vers la Somme, elle s’attendait à attaquer aussitôt, face au Nord, pour tenter de couper les divisions motorisées allemandes si hardiment lancées, de Sedan à la Manche. Mais, depuis plusieurs jours déjà, la VIIe armée, du Général Frère, à laquelle appartient maintenant la 29e D.I. (Ier Corps d’Armée), n’attend plus l’ordre d’attaquer vers le Nord pour donner la main à l’armée du nord attaquant vers le Sud. Cette opération, qu’un ordre du jour du général Weygand, nous a fait espérer jusque vers la fin du mois de mai, ne peut plus être réalisée maintenant. Ce sont, au contraire, les Allemands qui attaquent avec une énorme supériorité d’effectifs et de matériel. La bataille de France est commencée… Les 19e et 29e D.I. vont recevoir l’effort principal de l’ennemi, attaquant, de sa tête de Pont de Péronne, droit vers le Sud, avec une énorme masse d’engins blindés. La 29e Division Alpine, avec` ses mulets, ses 75 de montagne et ses canons de 37, occupe un front de 17 km, sur la Somme, au Sud de Péronne, à cheval sur le canal du Nord, avec le 11e R.I.A à l’Ouest du canal et le 3e R.I.A. à L’Est et avec la 6e demi-brigade en profondeur. À sa droite, la 3e D.L.I. À sa gauche, la 19e D.I. Derrière elles, en deuxième position, les 7e D.I.N.A. et 47e Division de réserve.

 

5 juin 1940

Le 5 juin, l’attaque prévue depuis quelques jours se déclenche.

Les divisions blindées allemandes attaquent sur l’axe Péronne-Roye, à la jonction de la 19e et de la 29e D.I. Plus de 500 chars diront les observateurs de la VIIe Armée, attaquent l’aile gauche de la 29e D.I. Aussi nombreux sont ceux qui attaquent la 19e.

Sur la droite de la division, le 3e R.I.A. attaqué uniquement par de l’infanterie, résiste sans trop de peine. Une poche créée un moment entre Voyennes et Offoy est colmatée avec l’appui de chasseurs du 24e et du 65e B.C.A. Mais à l’Ouest, les blindés ont attaqué par vagues et la situation est tout de suite beaucoup plus critique ; pourtant le 112 résiste courageusement sur place. La bataille n’atteint donc pas immédiatement les emplacements où la 6e demi-brigade, chargée de donner de la profondeur au dispositif et de couvrir ses flancs Est et Ouest, reste en attente, 25e à gauche, 65e au centre, 24e à droite. A quelques kilomètres au Nord, Misery, Licourt, Omiécourt sont bombardés, investis par les chars et vigoureusement attaqués par l’infanterie, mais le 112 n’abandonne aucun de ses points d’appui. Malheureusement, à l’Ouest, la 19e D.I. a dû céder du terrain et le 22e Régiment de Volontaires Étrangers est très profondément pénétré par les chars ennemis. La liaison avec la 19e D.I. est ainsi rompue et la 29e Division se voit tournée sur son flanc gauche par les blindés qui s’infiltrent dans un véritable couloir. Fonches, Fonchette, Curchy, Liancourt sont ainsi débordés et attaqués de flanc par les chars. Mais le 25e B.C.A. et la 6e demi-brigade résistent héroïquement dans ces villages et, plus au Nord, le 112 tient encore. Couvert au Nord par le 112e et à l’Ouest par le 25e, Nesle n’est pas encore atteint.

Ce répit permettra au 65e B.C.A. d’intervenir avec abnégation en se portant au secours des camarades en danger.

C’est ainsi qu’à 17 heures, il fait parvenir au P.C. du 112e R.I.A. dans Pertain investi par les chars, un camion chargé de 10.000 cartouches de mitrailleuses ; le Lieutenant-Colonel Nauche dont le téléphone n’a pas encore été rompu, remerciera lui-même en termes émus.

C’est ainsi que la section de mitrailleuses du Lieutenant Hilpert est envoyée en appui de feu au 2e bataillon du 3e R.I.A. â Hombleux, sur la rive Est du canal du Nord, où les Allemands ont réussi à progresser quelque peu entre Voyennes et Offoy.

C’est ainsi surtout que la 2e Cie du 65e B.C.A. (Lieut Benezit, Sous-Lieut. Guirant, Adjudant-Chef Aubert, Sergent Liberotti) va contre-attaquer en direction du bois de Dreslincourt et dégager un groupe du 294e R.A.L.T. qui, débordé, a déjà commencé à démonter ses culasses. Toute la région est sillonnée par les chars allemands, aussi l’ordre reçu prescrivait-il un itinéraire passant par Hattencourt, où les chasseurs devaient recevoir l’appui d’une compagnie de chars R. 35 (Capitaine Detcharry). Mais il est tard et le temps presse : le Commandant de Jankowitz ordonne donc de prendre l’itinéraire direct par Curchy. Le Lieutenant Benezit prend aussitôt les devants en camionnette avec le Sergent Liberotti et 3 F.M. Mais à peine est-il à 3 km de Nesle qu’il doit traverser un violent bombardement d’artillerie et ne peut continuer la progression qu’à pied, en utilisant les fossés de la route. Peu avant Curchy, il est pris sous des rafales de mitrailleuses, mais il continue à avancer en rampant au milieu des blés. Il atteint enfin le bois de Dreslincourt vers 22 h 30 et met aussitôt ses F.M. en batterie. Le restant de la Cie sous les ordres du Sous-Lieutenant Raynaut parvient à passer entre les chars et le rejoint vers 23 h. 3o. Les abords du bois dégagés, les chasseurs s’organisent face au Nord et à l’Ouest et les artilleurs renforcent leur plan de feu avec deux mitrailleuses St-Étienne et 2 F.M. 1915.

A Nesle même, la journée est relativement calme. Vers 4 heures du matin, un immense vrombissement emplit le ciel : une centaine d’avions allemands survolent la ville mais ils se dirigent vers le Nord-Ouest.

Dans la matinée, nouveau bombardement par fusants la maison où la section des Transmissions a son abri est atteinte, mais les radios continuent leur écoute ; les Transmissions se transporteront peu après au réduit central.

Vers 11 heures, la lisière Nord de la ville, à son tour, est, bombardée, beaucoup plus sérieusement d’ailleurs. A la fin de l’après-midi, trois avions de chasse français fondent soudain sur l’avion de reconnaissance allemand qui faisait sa tournée habituelle et l’abattent en quelques secondes. Ce sont, croyons-nous, les seuls avions français que le 65e aura vus pendant toute la durée de la campagne. Plus tard, de nombreux chars ennemis sont aperçus s’infiltrant entre Nesle et Herly. A Herly, les chasseurs du Sous-Lieutenant Barreau ont dispersé avec leurs F.M. quelques éléments d’infanterie allemande qui progressaient vers l’Est, venant d’Étalon. Dans la soirée, la 6e demi-brigade informe le bataillon que des chars B français doivent traverser Nesle dans la nuit ou au petit jour pour contre-attaquer et dégager les points d’appui qui, encerclés, tiennent toujours. Mais les guetteurs, placés pour guider les chars, attendront en vain. Au cours de la nuit, des convois d’artillerie et quelques chars R. 35 traversent Nesle mais ils battent en retraite vers le Sud. Les chasseurs apprendront plus tard que la contre-attaque de chars, écrasée par l’aviation, n’a pas pu déboucher de ses bases de départ. Aux 1.000 chars allemands, qui viennent d’enfoncer l’aile droite de la 19e D.I. et de s’infiltrer entre les points d’appui de l’aile gauche de la 29e DI, la VIIe armée n’a à opposer, en effet, que la contre-attaque d’un bataillon de chars légers et d’un bataillon de chars B. Cette contre-attaque, orientée d’abord du Sud-Est vers le Nord-Ouest, devait se redresser vers le Nord-Est le long du couloir de pénétration des chars, ennemis, et on pouvait espérer qu’elle dégagerait ainsi les points d’appui encerclés de la Division. Mais son débouché tardif, le 6 au matin, sans appui d’aviation en face d’une puissante aviation de bataille allemande, la vouait à l’insuccès. Nos chars, pris à partie un à un par l’aviation ennemie entièrement libre de ses mouvements, seront cloués sur place, ou contraints à se replier, sans avoir pu remplir leurs missions. Les points d’appui ne seront pas dégagés.

 

6 juin 1940

Les points d’appui du 112 et des chasseurs tiennent encore, complètement investis. Mais en raison de l’immense front de la division, ces points d’appui sont forcément assez distants les uns des autres et les forces ennemies s’infiltrent entre eux, et continuent leur progression pendant que leurs avions, maîtres de l’air, bombardent tranquillement, comme à l’entraînement, les centres de résistance qui n’ont pas encore été attaqués, et plus généralement tous les villages. A son tour, le 65e B.C.A. déjà largement débordé à l’Ouest et au Sud, devra subir le plus effroyable bombardement aérien avant de recevoir le choc des chars et des fantassins allemands.

Dès le petit jour, de nombreux blessés arrivent, qui sont soignés au Poste de Secours, par les docteurs Frèrejean et Petit et évacués par des moyens de fortune. A 7H., bref bombardement d’artillerie (105) sur la lisière Sud de la ville.

A 9H. 25, Nesle subit un premier bombardement aérien, extrêmement violent, qui dure près d’une heure et occasionne plusieurs incendies. Un dénombrement hâtif fait ressortir 15 tués, presque tous enterrés dans leurs tranchées ou leurs abris, et d’assez nombreux blessés. La section de l’Adjudant Voglimacci (1ère Cie) est particulièrement éprouvée, ainsi que celle du Sous-Lieutenant François-Julien, dont le sous-officier adjoint, sergent Robert, est tué ainsi que cinq de ses hommes, et dont le chasseur Perroti est blessé. L’abri d’un canon de 37, soigneusement enterré dans la chaussée d’une rue, a reçu une bombe qui a écorné l’un de ses angles. Le souffle de la bombe a détruit les deux maisons de chaque côté de la rue, mais les occupants de l’abri sont sains et saufs. Les communications téléphoniques sont coupées avec le central de Nesle et avec Billancourt.

Deuxième bombardement aérien de 12H35 à 13 H. qui fait 7 tués et 3 blessés à la section Valo, et 1 tué à la section Repellin, et coupe les fils téléphoniques de l’observatoire d’où le chasseur Roso continue avec le plus grand sang-froid à établir et faire parvenir ses comptes-rendus par coureurs. Les Transmissions travaillent à rétablir la liaison téléphonique avec Billancourt, par où l’on peut espérer recevoir des ordres. Malgré le bombardement qui reprend à 14H45, elles parviendront à rétablir un moment la communication à 17H. mais les fils seront de nouveau définitivement coupés peu après.

Le bombarderaient, le troisième de la journée, devient d’une formidable violence ; il durera jusqu’à 16 H 45. Pendant ces deux heures, une centaine d’avions se relaieront en permanence dans le ciel de Nesle, bombardant systématiquement la ville par zones, avec des bombes lourdes, puis avec des bombes incendiaires et parachevant leur oeuvre en bombardant en « piqué » les points importants de la ville malgré le feu des chasseurs qui tirent sur eux de leurs tranchées avec leurs F.M. et leurs fusils. Cependant, à 16H0, deux avions ennemis sont abattus et tombent en flammes à l’ouest et proximité de l’observatoire.

À 17H20, quatrième bombardement, court et violent.

Le bataillon a subi des pertes que l’on n’aura pas le loisir de chiffrer. Les abris établis dans des tranchées tiennent, encore pour la plupart, mais les points d’appui organisés dans les maisons sont littéralement écrasés et les barrages anti-chars nivelés. L’abri du groupe des mortiers de 81 notamment, s’est effondré sur-ses occupants et un seul chasseur a pu être dégagé. Le canon de 25 réduit central est détruit et le Lieutenant Ollivier a disparu, ainsi que plusieurs chasseurs de la C.R.E. Les abris de 3e Cie au Sud de la ville sont littéralement bouleversés. Le Sous-Lieutenant François-julien, renversé par le souffle d’une bombe, a été légèrement blessé au genou. Le chasseur Bousquet Cyprien a eu la cuisse traversée par un éclat de bombe alors qu’il tirait sur les avions. En divers endroits des chasseurs sont ensevelis, certains pourront être dégagés, d’autres périront sous les décombres. La circulation est impossible, même à motocyclette, car il est tombé tous les dix mètres. A pied même, il faudra près d’une heure pour aller du P.A. de la 3e Cie au P.C. du bataillon qui, cependant, ne sont guère distants de plus de plus de 150 mètres. De nombreuses maisons sont incendiées en effet, et interdisent, les rues. Des réserves d’essence, un camion de munitions, des entrepôts brûlent avec des explosions qui durent plusieurs heures. Le P. C. qui a reçu plusieurs bombes s’est écroulé. Le Sous-Lieutenant Michel enseveli sous les décombres, se dégage à grand peine et retourne aussitôt chercher la serviette dont il a la garde et où se trouvent des documents importants. On transporte le P.C. au Poste de Secours qui est voisin et dont les magnifiques caves ont déjà supporté plusieurs bombes, mais le Poste de Secours aussi finira par s’effondrer sous de nouvelles bombes. A peine dégagés, le Caporal Vier, les chasseurs Mir, Benzo et Meyer retournent sous les décombres enflammés, qu’ils arrosent avec l’eau d’un tuyau crevé par la bombe et travaillent avec acharnement pour déterrer les blessés ensevelis vivants. Ils en dégageront quatre, mais plusieurs resteront enterrés dans l’Hospice qui brûle. Chassés de leurs abris par l’incendie, le P.C., les infirmiers, la section des Transmissions, la section Fouque et divers éléments de la C.A. finissent par se rassembler dans la crypte de l’église. A ce moment (18H3o), les avions reviennent pour un cinquième bombardement et pendant un quart d’heure bombardent l’église « en piqué. ». Plusieurs bombes traversent la toiture et explosent dans le chœur mais la crypte résiste parfaitement.

Pendant toute cette journée, la 2e Cie du 65e B.C.A. continue à tenir le bois de Dreslincourt sous les bombardements de l’aviation (de 8H à 11H30) et de l’artillerie (à 14H) recueillant des isolés du 22e R.M.V.E. (de la 19e division) et du 112e R.I.A. qui se replient.

À 16 H, l’ennemi est annoncé par les guetteurs. Les officiers de la 2e se portent aussitôt à la lisière du bois… et le feu est ouvert. L’ennemi attaque de face, avec deux compagnies et un char, pendant que les avions nous mitraillent le bois. Mais les artilleurs du. 294e ont enlevé les culasses de leurs mitrailleuses et commencent leur repli, et les Allemands parviennent à s’infiltrer entre les sections Liberotti et Raynaut, isolant la section Liberotti. La mission de la 2e Cie est remplie puisque les artilleurs qu’elle devait protéger ont quitté le bois; le Lieutenant Benezit décide cependant de tenir encore une demi-heure pour couvrir leur retraite ; mais quand l’ordre de repli est enfin donné, la section Sergent Liberotti reste engagée et ne peut suivre le mouvement. Avec huit chasseurs et deux. F. M., le Sous-Lieutenant Raynait s’arrête aussitôt et tente, par l’appui de son feu, de permettre le décrochage de son camarade. Le Sergent Escouffier et le chasseur Guiol retournent alors vers le bois, en volontaires, pour tenter de reprendre le contact, avec Liberotti, mais les lisières sont déjà occupées et ils ne pourront mener à bien leur courageuse tentative. Encerclée, la section Liberotti s’accroche au terrain, refuse de se rendre et arrêtera longtemps à elle seule l’effort allemand. Les chasseurs Guelfucci, Micoud, Rey, Curet, Mozone, se distingueront particulièrement. Le Lieutenant Benezit et le Sous-Lieutenant Guiran parviendront cependant à récupérer quelques hommes de cette section, dont le Sergent Cotte, deux fois blessé. Les survivants de l’héroïque section, presque tous blessés, tiendront encore de longues heures et brûleront jusqu’à leur dernière cartouche, refusant toujours de se rendre. Submergés sous le nombre, Liberotti et quelques blessés ne seront faits prisonniers que le 7, à 3 H du matin. Leur sacrifice aura arrêté longtemps l’avance allemande et permis aux trois autres sections de se replier sur Nesle. Lorsqu’elle y parviendra vers 19 H., la 2e. Cie., qui vient de perdre une quarantaine d’hommes, presque tous tués ou blessés, recevra aussitôt l’ordre de se porter vers Billancourt. Nesle incendié s’avère en effet intenable et le Commandant de Jankowitz a décidé de reporter la défense en dehors de la ville. L’ordre de repli est d’ailleurs donné depuis longtemps., mais le 65e B.C.A. ne l’a pas reçu. Le Lieutenant Froysse, du 3e R.I.A. a été chargé en effet, par le Colonel Galy de porter l’ordre de repli au 3e R.l.A. et au 65e B.C.A.  A 18 heures, cet officier a atteint le. P.C. du 65e à Nesles. Mais le P.C. est complètement effondré sous les bombes et brûle au milieu des explosions d’un camion de munitions. Le tube tordu du canon de 25 émerge encore d’un soupirail obstrué par les décombres, mais il n’y a pas de chasseurs en vue. Le P.C. et la centaine d’hommes du réduit central viennent en effet de se transporter dans la crypte de l’église, à 150 mètres à peine, mais le Lieutenant Froysse ne peut les voir. Les points d’appui de la 1ère Cie au Nord et de la 3e Cie, au Sud de la ville, tiennent toujours sur place, mais les chasseurs, tapis dans leurs tranchées ou leurs abris, sont peu visibles. La ville à demi en flammes paraît vide. Le Lieutenant Froysse croit donc que Nesle a été évacué et rejoint l’I.D. sans avoir communiqué son ordre.

Les chasseurs se rendent bien compte que la division se replie ; l’observatoire a signalé les mouvements de troupes vers le Sud, et à 17 H, les artilleurs du 294e se sont repliés à travers Nesle. Mais puisque l’ordre de repli n’a pas été reçu il faut s’en tenir à sa mission. Cependant, Nesle en feu, avec ses barrages anti-chars nivelés et ses abris détruits, ne se prête plus à une résistance efficace. Le Commandant de Jankowitz a décidé en conséquence, de porter la défense un peu au Sud, à l’abri du ruisseau voisin, le Ru d’Ingon, où le Poste de Secours s’est déjà transporté. Le Capitaine Leppert, vers 19 H, est donc chargé d’établir sur la rive sud du Ru d’Ingon, en direction de Billancourt, une base de feu à l’abri de laquelle le bataillon pourra s’organiser et se défendre ou retraiter suivant les ordres. Il disposera à cet, effet, des trois sections de la 2° Cie qui viennent d’arriver de Dreslincourt, de la demi-3e Cie qui occupait Herly et, a reçu l’ordre de rejoindre le bataillon, de la section du Sous-Lieutenant Folique, de la section de mitrailleuses de l’Adjudant Sartor et d’un canon de 37.
Le Capitaine Leppert a à peine commencé son mouvement par la route de Roye lorsqu’il apprend que cette route est coupée par les Allemands à 5 km au Sud-Ouest de Nesle, au village de Rethonvillers que le G.R.D. a abandonné. L’ennemi (infanterie et chars) est également signalé au sud de Herly, progressant vers Nesle. Le Capitaine Leppert, décide alors d’installer son dispositif face à l’Ouest, le long de la route de Roye, en appuyant, sa gauche au village de Billancourt où se trouve toujours la C. H. R., pour éviter l’encerclement de Nesle par le Sud. Il avise ensuite le Chef de Corps par coureur que le repli n’est plus possible que par les bois au Sud de Nesle et par la route de Noyon.
La section Fouque s’établit sur la route de Roye, à 500 mètres environ au Sud de Nesle, et les deux sections du Sous-Lieutenant Barreau (qui viennent de Herly) prolongent, le dispositif jusqu’à hauteur de Billancourt où s’établit la 2e Compagnie.
À 19H45, le compte-rendu du Capitaine Leppert n’est pas encore parvenu au P.C. lorsque la section des Transmissions, sous les ordres du Lieutenant du Chaffaut reçoit, l’ordre de rejoindre le Capitaine Adjudant-major. Elle part, en emportant à bras tout son matériel radio et d’observation, en utilisant, les fossés de la route de Roye, mais elle se voit soudain débordée, à 100 mètres à peine, par trois chars allemands guidés par trois cavaliers qui surgissent d’un petit bois. C’est alors que le lieutenant du Chaffaut décide de brûler les documents du Chiffre et de se joindre aux sections Fouque et Barreau pour défendre la route de Roye. Mais les Allemands n’attaquent pas ; on les voit s’écarter de cette hâtive ligne de défense et défiler vers le Sud à travers champs. La section des Transmissions rejoindra alors le Capitaine Leppert à Billancourt.
Billancourt a été sérieusement bombardé par l’aviation et plusieurs maisons sont en flammes, mais le village parait un Eden en comparaison de Nesle et la C. H. R. n’a pas eu à souffrir. À hauteur des premières maisons, un char léger français est immobilisé, son occupant est mort, affreusement blessé à la tête, et le Capitaine Ancian l’a fait ensevelir.
Vers 20H00, par la route de Noyon, le Commandant de Jankowitz fait commencer le mouvement du restant du bataillon à l’abri du dispositif qui tient la route de Roye : le Capitaine Desaphy et le Sous-Lieutenant Chevallier emmènent la C.A., qui transporte ses mitrailleuses à bras, et l’établissent en base de feu, face au Nord dans un chemin creux, sur les pentes sud du Ru d’Ingon, à quelques centaines de mètres à peine de Nesle.
Un peu plus tard, le Commandant de Jankowitz, le Lieutenant Brimel, le Sous-Lieutenant François-Julien et le Sous-Lieutenant Michel les y rejoignent avec le restant du bataillon.
Le Lieutenant Poilroux, avec la section du Sergent-chef Mathieu, reste seul dans Nesle pour couvrir ce dernier mouvement. Vers 23H00, sa mission largement remplie, il décroche à son tour, mais Nesle est maintenant entièrement cerné, et presque dès son départ, il tombe dans une embuscade, et est fait prisonnier avec ses hommes.

À ce moment, le bataillon qui a déjà perdu plus de cent cinquante hommes, se trouve scindé en deux éléments d’importance à peu près égale : l’un avec le Commandant sur les pentes Sud de l’Ingon, face au Nord ; l’autre, avec le Capitaine Leppert, dans le petit bois au Nord de Billancourt (où les sections Fouque et Barreau ont finalement été contraintes de se replier) fait face à l’Ouest et maintient les Allemands qui continuent à défiler sur la route de Roye. Ces deux fractions ne sont guère séparées par plus de 1500 mètres. Malheureusement, la nuit est venue, le terrain est difficile, les bois sont touffus et la liaison ne se fera pas…

* * * * * * * * * * * * * * *  * * *

 

Historique du 65ème Bataillon de Chasseurs Alpins pendant la guerre 1939-1940 d’après le carnet de route d’un officier du bataillon avec une préface du Général de Corps d’Armée Gérodias, M. Leconte Imprimeur Editeur, Marseille 1941.

 

Marc Pilot / Picardie 1939 – 1945 / avril 2018

 

55 heures de guerre

Se souvenir de «55 heures de guerre» passées à Formerie

La réédition de ce livre sur trois jours de résistance de juin 1940 sera au centre des commémorations.

 

Le travail autour de la réédition du livre 55 heures de guerre de Pierre Tisseyre se poursuit. L’ouvrage qui détaille la bataille de Formerie durant la Seconde Guerre mondiale sera présenté le 8 mai lors de la cérémonie commémorative. À cette occasion, la ville inaugurera une plaque commémorative, en présence de la famille de l’écrivain et combattant, ainsi que des autorités canadienne et française et d’un ancien Premier ministre du Québec.

Cette nouvelle édition de ce livre, écrit en 1942, sera enrichie de témoignages de Formions ayant vécu à cette période et de photographies d’époque. C’est le journaliste Marc Pinelli, qui est venu recueillir ces témoignages. Ce dernier a joué les intermédiaires entre les éditions de la famille Tisseyre, domiciliée désormais au Canada, et la ville de Formerie. Dans ce roman, Pierre Tisseyre, journaliste, écrivain et éditeur littéraire, y décrit sa captivité et raconte les trois jours de résistance, du 7 au 9 juin 1940, de cette troupe envoyée dans la bataille sans préparation.

Un « pont » entre la France et le Canada

Un projet d’échange étudiant est né entre Formerie et le pays où s’est installé l’auteur de l’ouvrage, le Canada, précisément Québec. C’est ainsi que de part et d’autre de l’Atlantique, un jeune a été choisi selon des critères précis. En France, c’est Cloé Pauquet qui a été retenue, 22 ans, étudiante en Master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation), qui se dit impatiente de découvrir le Canada. «  J’ai postulé pour découvrir un mode de vie inconnue, leurs coutumes et leurs habitudes ainsi que la région  », confie cette dernière qui partira cet été.

Durant son séjour d’environ un mois et demi, elle sera amenée à travailler. Un job d’été qui sera lié à ses études en cours. «  Je vais travailler pour l’école académique Sainte-Thérèse ainsi que pour un camp de vacances. »

En attendant de partir, Cloé doit réunir les papiers, permis de travail, visa et passeport pour pouvoir profiter en toute sérénité de cette expérience unique. Côté canadien, Nicolas Bourbeau viendra découvrir la France et sera amené à travailler dans les infrastructures communales.

 

N° 431 Squadron

Le Halifax de Cramoisy

iroquois

Mardi 18 juillet 1944, le bombardier Handley-Page  « Halifax III », numéro de série MZ628, du Squadron n°431 de la Royal Canadian Air Force décolle à 15h21 de la base de Croft (Yorshire, Angleterre). Il fait partie des 110 bombardiers qui ont pour mission la destruction de la gare de triage de Vaires-sur-Marne. En fin d’après-midi, le quadrimoteur est vu, seul en difficulté à la verticale de Thiers-sur-Thève se dirigeant vers le Nord-Ouest à une altitude relativement basse (témoignage de M. Marcel MAVRÉ).
L’avion tombe sur le plateau situé au sud de la commune de Cramoisy, près de la remise à cailloux et à environ 500 m à l’ouest de la D12 au lieu-dit « Le Fond des Bassinets ». Quatre corps calcinés dans la carlingue sont emmenés par les Allemands, les aviateurs R. HEALD, L. ROBIN, J.E. LOCKETT et P.L. ALP. Quatre autres corps sont retrouvés dans les champs de blé le samedi 22, le lundi 24 et le mardi 25 juillet. Il s’agit de W. ABBOTT, J.A. BLASKO, C.G. BULL et F.E. MITCHELL; ils sont inhumés par les soins de la municipalité le 25 juillet 1944 au cimetière de Cramoisy. (Témoignage de M. Étienne FRAMERY).

 

équipage

Équipage habituel du S/L BULL
Six hommes présents sur cette photo (repères A.C.D.E.F.G) vont périr à CRAMOISY le 18 juillet 1944
(photo famille BULL via Bombercrew.com)

 

A : P/O Joseph Arthur BLASKO, 19 ans, mitrailleur. R.C.A.F
B : Sgt D. BROWN, mécanicien, non présent le 18/07/44
C :  P/O Percy Leonard ALP, 30 ans, mitrailleur. R.A.F
D : P/O Leslie ROBIN, 22 ans, radio. R.A.F.
E : F/O Frank Ernest MITCHELL, bombardier. R.A.F
F : S/L Charles Gordon BULL, pilote. R.C.A.F
G : P/O Wilfred ABBOTT, 23 ans, navigateur. R.A.F

Non visibles sur cette photo : le F/O Robert HEALD remplaçant du Sgt D. BROWN et le P/O James Ernest LOCKETT, 21 ans, mitrailleur.

Saint-Maximin en 1944

Les premières destructions massives qui ont touché la commune de Saint-Maximin ont eu lieu dans la nuit du 4 au 5 juillet 1944. En fait, ce sont des dommages collatéraux, la cible étant la carrière du Couvent à Saint-Leu d’Esserent.

A Trossy Saint-Maximin un dépôt de campagne (Feldmulag*) abritant un millier de bombes volantes V1 était prévu à proximité de la voie ferrée dans les carrières adjacentes. Ce centre de stockage était codé MARTHA par les Allemands. Des travaux préliminaires avaient commencés mais l’activité fut rapidement stoppée suite aux nombreux bombardements visant la commune de St-Leu et au repérage du chantier par les Alliés.

D’après un rapport allemand du 5 juillet 1944, il était prévu l’allocation de 8000 à 10000 mètres cubes de béton pour terminer le dépôt de Trossy Saint-Maximin en 6 semaines !

Un second projet d’aménagement fut ensuite retenu concernant l’installation d’un centre de production d’oxygène liquide pour les fusées A4/V2 (O2 Erzeugungs Anlage n°1305) mais celui-ci fut aussi rapidement abandonné.

Le comité de travail interarmes «Crossbow», réuni le 27 juillet 1944, recommande que Rully-la-Montagne (près de REIMS) et Saint-Leu d’Esserent doivent rester une cible prioritaire, en second lieu, deux sites suspectés de stockage de bombes volantes  devront être attaqués : Méry-sur-Oise et Trossy Saint-Maximin. Aucun lien direct n’avait été fait avec Trossy et l’activité Crossbow, mais :

« …C’est à présent le lieu d’une grande activité. Le site consiste en une carrière à ciel ouvert avec des entrées de tunnel servies par la route et le rail et la dernière observation (le 20 juillet 1944) montre quatre grandes fosses circulaires dans une desquelles un réservoir a été installé. Les sources au sol (les renseignements locaux, la Résistance) parlent d’un dépôt de carburant. Sa situation à 1,6 km de Saint-Leu d’Esserent et l’apparition générale d’activités est en accord avec l’hypothèse que ce site est activement ou éventuellement concerné par Crossbow. » 1

Le destin de Saint-Maximin est désormais scellé, durant trois après-midi successifs, des tempêtes de feu et d’acier vont s’abattre sur la commune.

Mercredi 2 août 1944, une force de 94 Lancaster et 7 Mosquito est envoyée pour attaquer le dépôt de Trossy Saint-Maximin. Les «marqueurs» ont été décrits comme précis et on estime une bonne concentration du bombardement.

Jeudi 3 août 1944, à nouveau, 11 Mosquito et 372 Lancaster ont été envoyés sur Trossy Saint-Maximin. L’attaque a été menée en deux phases. Pour la première attaque, les avions  » marqueurs  » étaient à l’heure et la force principale pouvait suivre les consignes du « Master Bomber ». Cependant, les effets conjugués du bombardement intensif mené parmi les explosions de la Flak, ont généré de la fumée obscurcissant les «marqueurs» et combinés avec les nuages, ont affecté la précision des vagues de bombardements suivantes. Le résultat du raid a été estimé faible bien que de larges explosions ont été constatées par les équipages.

Vendredi 4 août 1944, le Bomber Command a une fois de plus déployé une autre force comprenant 5 Mosquito et 61 Lancaster, afin d’attaquer le dépôt de carburant de Trossy Saint-Maximin. Le raid est considéré comme assez bien réussi. Au débriefing, les équipages ont rapporté avoir observé un bombardement concentré et de larges explosions.

Durant les trois attaques, les appareils du Bomber Command ont largué 3059 tonnes de bombes sur la cible. Les dommages sur cette dernière ont été évalués ainsi :

« Suite aux deux premières attaques, un grand bâtiment rectangulaire a eu de sévères dégâts et on peut voir des affaissements dans la partie sud. Juste au nord et au sud des 4 trous cylindriques, il y a 16 trous dans le sol de la carrière. Un grand bâtiment dans cette zone a été touché plusieurs fois et les voies ferrées ont été coupées en beaucoup d’endroits. » 2

La commune de Saint-Maximin est sinistrée à 95%.

On peut ajouter deux raids de nuisance, menés par une paire de Mosquito, lors des nuits du 11 au 12 août et du 12 au 13 août 1944.

Lors des bombardements sur Trossy Saint-Maximin la Royal Air Force a enregistré des pertes. Cinq bombardiers quadrimoteurs Lancaster le 03 août et deux le 04 août 1944 ont été détruits. 38 membres d’équipages ont perdu la vie, 5 ont été faits prisonniers et 6 ont échappé à la captivité, aidé par des civils et la Résistance.

 

Date Type d’avion Serial number Squadron Objectif Tués Prisonniers Évadés
3 août 1944 Lancaster PA 162 61 Saint-Maximin 6 1
3 août 1944 Lancaster ME 839 166 Saint-Maximin 5 1 1
3 août 1944 Lancaster PB 125 460 Saint-Maximin 7
3 août 1944 Lancaster ME 568 619 Saint-Maximin 7
3 août 1944 Lancaster LM 163 625 Saint-Maximin 2 4
4 août 1944 Lancaster PA 983 635 Saint-Maximin 8
4 août 1944 Lancaster ND 811 635 Saint-Maximin 3 4

Lexique :

-CROSSBOW: (arbalète) Désignation codée des contres-mesures dirigées contre les armes secrètes Allemandes.

-Bomber Command: commandement de l’aviation de bombardement Britannique.

-Mosquito: bombardier bimoteur de la Royal Air Force.

-Lancaster: bombardier quadrimoteur de la Royal Air Force.

-Marqueur: fumigène de couleur rouge, jaune ou verte servant à indiquer une cible.

-Master Bomber: équipage hautement qualifié qui guide les vagues de bombardier vers la cible.

 

© Picardie 1939 -1945 /JPM /juillet 2017

141e encadrement

Encadrement du 141e RIA

15 mai 1940

 

État-Major

Colonel GRANIER Commandant
Commandant BILLOT Chef de l’E-M
Capitaine LAURENS Officier « Z »
Lieutenant POMPIDOU Off. de Renseignement
Lieutenant SYLVANER Officier de liaison
Lieutenant MAURIN Officier des détails
Commandant LECONTE Médecin-Chef
Lieutenant BARDOULAT Vétérinaire

Compagnie de Commandement

Capitaine ORTOLAN Commandant
Lieutenant LAUZE Section Trans
Lieutenant ZWICKY Section Pionniers
Sous-Lieutenant LANZA Section Éclaireurs Moto

Compagnie Hors-Rang

Lieutenant TEYCHENE Commandant
Sous-Lieutenant AUBRY Ravitaillement
Lieutenant BONNASSE Approvisionnement
Lieutenant BRODUT Dépannage
Lieutenant FRANCESCHI Dentiste

Compagnie Régimentaire d’Engins

Lieutenant TOURNEL Commandant
Lieutenant GRANDJEAN Chef 1ère Section
Sous-Lieutenant FABRE Chef 2e Section

Ier Bataillon

Chef de Bataillon  PERALDI Commandant
Capitaine  CHAMPEAUX Adjudant Major
Sous-Lieutenant  ROURE Officier adjoint
Lieutenant  RIMBAL Médecin
Lieutenant  POCACHARD Chef de la SES

1ère Compagnie

Capitaine RABILLOUD Commandant
Lieutenant MICHEL Chef de Section
Sous-Lieutenant GERVASY Chef de Section
Lieutenant MARTINET Chef de Section

2e Compagnie

Capitaine REBOUL Commandant
Sous-Lieutenant LABROT Chef de Section
Sous-Lieutenant BOURRELY Chef de Section
Sous-Lieutenant BONNAUD Chef de Section

3e Compagnie

Capitaine ROUY Commandant
Lieutenant FORTOUL Chef de Section
Sous-Lieutenant BETTINI Chef de Section

C.A.B 1

Capitaine FRANCOIS Commandant
Lieutenant BOUDON Chef de Section
Sous-Lieutenant PIERRET Chef de Section

IIe Bataillon

Chef de Bataillon DE BUYER Commandant
Capitaine LAURENT Adjudant MAjor
Lieutenant GOUYON Adjoint
Lieutenant AVIERINOS Médecin
Sous-Lieutenant VIGEOZ Chef de la SES

5e Compagnie

Capitaine DAZET Commandant
Sous-Lieutenant PONTAL Chef de Section
Sous-Lieutenant STEPHANI Chef de Section

6e Compagnie

Capitaine PETRE Commandant
Lieutenant GALY Chef de Section
Lieutenant SAUER Chef de Section
Sous-Lieutenant RAMEL Chef de Section

7e Compagnie

Lieutenant ROUX Commandant
Lieutenant MALLIE Chef de Section
Lieutenant LIONS Chef de Section
Sous-Lieutenant TOUBA Chef de Section

C.A.B. 2

Capitaine HANS Commandant
Sous-Lieutenant JOOS Chef de Section
Sous-Lieutenant AUDIBERT Chef de Section
Sous-Lieutenant CHATRIEUX Chef de Section

IIIe Bataillon

Chef de Bataillon TUFFELLI Chef de Batillon
Capitaine DE BOUSQUET Adjudant Major
Lieutenant LAZZARINI Officier Adjoint
Lieutenant GARDES Médecin
Lieutenant STALLA BOURDILLON Chef de la SES

9e Compagnie

Capitaine BERBRECHT Commandant
Lieutenant CLAIREPOND Chef de Section
Sous-Lieutenant ROURE Chef de Section
Sous-Lieutenant RACINE Chef de Section

10e Cie

Capitaine ESTADIEN Commandant
Lieutenant COSTE Chef de Section
Sous-Lieutenant PAGES Chef de Section
Sous-Lieutenant BATTESTINI Chef de Section

11e Compagnie

Lieutenant COULON Commandant
Lieutenant GAFFAJOLI Chef de Section
Sous-Lieutenant GIRAUD Chef de Section
Sous-Lieutenant MICHEL Chef de Section

C.A.B. 3

Lieutenant SANTRAILLES Commandant
Lieutenant GOLETY Chef de Section
Sous-Lieutenant VERAND Chef de Section
Sous-Lieutenant BROUSSE Chef de Section

© Picardie 1939 – 1945 / Marc Pilot/ juillet 2017

 

9e Zouaves, 2e Cie

Z 9

 

Début mai 1940

C’est l’affolement général. Des camions embarquent la 87e Division dans laquelle se trouve le 9e Zouaves pour amener ces troupes derrière le canal de l’Ailette qui va de l’Aisne à l’Oise, afin de barrer la route de Paris aux Allemands. Il s’agit d’un canal de 30 à 40 m de large et profond d’environ 3 m. De nombreux ponts franchissent ce canal. Le principal est celui de Pont Saint-Marc qui est sur la route nationale venant de Laon. C’est ce pont dont je suis chargé. Derrière ce pont, à 60 mètres environ, une petite colline sur laquelle le Lieutenant Fraudeau, commandant la Compagnie installe son P.C. (poste de commandement) et le canon de 37 de la compagnie. De l’autre côté du pont, la route va tout droit pendant 80 mètres environ puis tourne à droite après une maison. Sur la gauche du tournant, une maison assez haute. Notre visibilité se limite donc à 80 m.

Dans les heures qui suivent notre arrivée, les hommes et moi-même avons creusé nos trous individuels sur la rive du canal. De l’autre côté du pont, un sergent et 2 hommes ont monté avec des madriers un petit fortin bas pour s’abriter avec leur fusil-mitrailleur et leurs munitions et tiennent ainsi la route en enfilade. C’était une erreur dont je devais me rendre compte après car ce petit groupe risquait d’être sacrifié.

Une heure après notre installation, nous voyons arriver la vague des premiers réfugiés venant de Laon suivie de vagues de plus en plus importantes et bientôt, au milieu d’eux, des soldats fuyards de notre Armée du Nord en déroute. Avec ces soldats, des officiers débraillés et encore affolés par les bombardements des stukas allemands. J’essaie d’en retenir quelques-uns. Ils refusent et ricanent : « c’est foutu, disent-ils, ils sont trop forts ». Mes hommes risquent d’être démoralisés et de s’enfuir. Je les avise que je n’hésiterai pas à descendre tout homme qui lâchera son poste et ils savent que je le ferai. J’interroge des civils sur la raison de leur débandade. Ils ont vu les soldats fuir et, par ailleurs, un curé de Laon leur a dit de partir.

Pendant la guerre de 14, on avait la phobie de l’espionnage, sur tous les murs étaient inscrits des « taisez-vous, les oreilles ennemies vous écoutent ». Depuis le début de la guerre de 45, c’était « Attention à la Cinquième colonne ». J’ai alors pensé que le curé en question appartenait à la 5e colonne. Je ne sais pas combien de curés il y avait à Laon mais j’arrêtais le premier curé en soutane qui arrivait. Après l’avoir menacé et devant ses protestations indignées, je le laissais continuer sa route. J’en avais assez de cette pagaille et pour détourner le flot de tous ces gens, je donnais ordre de tirer au-dessus de la tête des fuyards qui arrivaient et, en un moment, le flot reflua et un silence épais s’établit. Deux heures passent dans le calme. Un Espagnol d’Algérie un peu vantard s’était offert pour servir d’éclaireur au virage de la route. Quand les Allemands se sont pointés, il a paniqué se mettant à courir en hurlant. Il a eu de la chance de ne pas se faire descendre.

Un peu plus tard, une automitrailleuse allemande apparaît au virage et fonce vers le pont. Son blindage est léger mais aucun fusil ou fusil-mitrailleur ne peut l’arrêter.  Heureusement, le Lieutenant Fraudeau fait tirer un coup de canon de 37, un seul et l’automitrailleuse s’enflamme. C’est un vrai coup de chance car il a très peu de munitions et aucune expérience de ce canon qui n’avait jamais servi. Maintenant, les Allemands ont dû monter dans les maisons après le virage car ils tirent sur le pont. Je réalise que le sergent et ses deux servants placés en avant du pont sont en danger. Je lui ordonne en criant de revenir. Il me répond « c’est trop dangereux car des balles sifflent au bas du tablier du pont ». Alors, je décide d’aller les chercher en traversant le pont. Je rampe aussi bas que possible. Au milieu du pont, une balle attrape mes lunettes qui volent en éclats en m’écorchant le nez. Du sang coule sur mon visage. Je suis myope et je ne vois plus rien. Heureusement, j’ai une deuxième paire de lunettes que je mets, puis je reprends ma lente progression sous les balles. Une fois arrivé au fortin de fortune, je reprends mon souffle et j’essaie de convaincre les trois hommes : « vous voyez bien que j’ai pu traverser », « oui, mais vous êtes couvert de sang ». Alors, je leur notifie que c’est un ordre et ils savent que je ne transige jamais après un ordre. Finalement, le sergent part avec ses assistants et je ferme la marche (si on peut dire car nous rampons comme des limaces). Je tire avec moi le fusil-mitrailleur (on a peu d’armes et il n’est pas question d’abandonner un fusil-mitrailleur). On arrive sans nouvel incident au bout du pont. C’est alors seulement que j’ai peur rétrospectivement de cette aventure. Son bon côté, c’est que pour mes hommes, je suis intouchable et qu’ils m’obéiront plus volontiers sachant que je ne les abandonnerai jamais.

L’état de notre petite guerre se stabilise. Les soldats des deux côtés du canal se balancent des grenades avec l’avantage aux Allemands car leurs grenades ont un manche, ce qui permet de les lancer plus facilement et avec plus de précision. D’un côté comme de l’autre, les hommes ont découvert l’utilité du grillage de poulailler placé devant le trou individuel pour que les grenades rebondissent et tombent dans l’eau. En dépit de cette parade, de nombreux hommes mourront de ces jets de grenades. Les Allemands comme nous utilisent aussi des mortiers dont les obus après quelques réglages sont très meurtriers. Un de mes hommes à quelques mètres de moi devait être écrasé par un de ces obus tombé juste sur son trou. Mais le problème le plus urgent était de faire sauter le pont puisque nous n’avions aucun moyen pour arrêter des tanks ni même des automitrailleuses un peu plus chanceuses que la première. Je demande qu’on fasse intervenir le Génie. Un autre problème, c’est celui des Allemands qui ont aménagé des meurtrières dans la maison du virage et qui nous canardent sans arrêt car ils ont une position haute par rapport au pont. Je demande que l’artillerie intervienne pour démolir cette maison.

Un officier arrive le lendemain avec 4 canons de 75 et ses servants. Il m’indique qu’il va s’installer à 3 km en arrière et qu’il va essayer d’atteindre la maison en utilisant cartes et abaques etc…  De toute évidence, la proximité du front le met mal à l’aise. Je lui demande s’il pense toucher la maison, il me répond qu’il est sûr de la rater. Je lui dis alors d’approcher ses canons et de tirer à zéro et à vue, comme avec un fusil. Il me regarde comme si j’étais un fou et me dit que ses hommes risqueraient d’être tués par les tireurs de la maison. Engueulade réciproque, après quoi, il fait approcher ses canons et se débarrasse de toutes ses munitions en faisant tirer en plein ciel, après quoi, il me dit qu’il ne peut plus rien faire et s’en va.

Un lieutenant du Génie arrive quelques heures plus tard. Il ne veut pas s’approcher du pont qu’il doit faire sauter. Il dit seulement qu’il reviendra à la nuit tombée pour faire un essai. Normalement, on met de la dynamite ou de la cheddite dans un emplacement prévu à cet effet sous le pont mais il ne veut pas exposer ses hommes aux tirs des Allemands.  De plus, il n’a pas d’explosif. Il arrive donc le soir avec un chargement de 80 bombes à ailettes de 2 kg chacune, bombes qui sont normalement lancées d’un avion. Il explique à deux de mes hommes qu’il faut les placer sur le parapet du pont bout à bout, c’est-à-dire tête contre culot et en faire un serpentin puis un de ses hommes amorce la dernière avec un peu d’explosif et une mèche lente donnant un temps de 30 secondes avant explosion. Il allume la mèche et tous mes soldats et moi-même reculons d’une centaine de mètres pour assister à un magnifique feu d’artifice.

Nous revenons à toute allure pour éviter que les Allemands ne profitent du fait que le pont pendant un instant n’était plus défendu.

Arrivé au pont, je constate que seul le goudron de parapet a disparu mais que le pont est toujours en place. Le lieutenant qui savait que le résultat serait nul avait disparu avec ses hommes. Le lendemain, je demande à Fraudeau de se plaindre auprès du Colonel commandant le Régiment et 2 jours après, je vois revenir le même lieutenant qui me déclare qu’il s’est procuré de la cheddite (150 sacs de 2 kg chacun). Même mise en scène que la fois précédente avec les sacs se chevauchant en serpentin, mise à feu, recul de tout le monde et explosion. Cette fois, tout le ciment du pont sur 4 à 5 mètres avait disparu, laissant apparaître quelques poutrelles d’acier retenant le reste du pont. La traversée du pont devenait une aventure dangereuse et cela nous tranquillisait.

Au bout de 5 jours sans presque pouvoir dormir, je demande à être relevé et une section de renfort va remplacer la mienne pour 36 heures, ce qui va nous permettre de dormir dans une maison située à 200 mètres en arrière. Les hommes sont épuisés et veulent se coucher tout de suite mais je suis inquiet de la chute possible d’obus et j’insiste pour que des sacs soient remplis de terre, que des madriers qui sont dans la grange soient placés dessus puis à nouveau des sacs de terre mis dessus, tout ce travail fait dans la grange, les hommes se glissant sous les madriers pour dormir. J’entends les soldats gronder de colère. Mais, dans la nuit, un obus touche la maison qui s’effondre sur les sacs du dessus. Les hommes sortent indemnes et convaincus que leur chef ne se trompe jamais.

Dix-sept jours après notre arrivée, le bataillon avait perdu un tiers de ses effectifs (morts et blessés). C’est alors, au cours de notre deuxième période de repos, que nous recevons l’ordre de repli. Nous ne savions pas ce qui s’était passé, notre horizon de guerre se limitant à quelques centaines de mètres sur le canal. Ce n’est que longtemps après que nous devions apprendre que les Allemands se méfiant du Pont Saint-Marc à cause de l’automitrailleuse incendiée, des coups de canon tirés, du pont détruit et de la résistance acharnée de nos hommes avaient décidé d’attaquer assez loin sur le canal pour nous contourner et filer vers Paris.

Au moment même où nous nous préparions au repli, nous apercevons 3 petites chenillettes françaises arrivant derrière nous et nous avons la surprise d’être mitraillés par les occupants qui sont des Allemands. Nores, fils du Président du Tribunal d’Alger est abattu en même temps que de nombreux soldats et les 3 Allemands des chenillettes. Le repli commence de nuit et en colonne par un pendant que les Allemands circulent parallèlement sur les routes et de jour.

(Pour la suite voir la partie Oise)

Archives familiales transmises par Jean-Claude Chétrit

© Marc Pilot  –  Picardie 1939-1945  –  mars 2017

65e BCA, Historique

65 bca

 

18 mai 1940

Par Jussey, Bourbonne, Chaumont, Troyes, Sézanne, Montmirail, le convoi atteint enfin l’entrée, de Château-Thierry, où il s’arrête à 9 heures, plus ou moins bien abrité sous les arbres de la route, en attendant les ordres.
À 11 heures, les chasseurs assistent au bombardement de la gare de Château-Thierry par une grosse escadrille allemande.
À 18 heures, le 65e reçoit l’ordre d’aller occuper Tergnier. La colonne reprend aussitôt la route qui a été encadrée par de nombreuses bombes. À Villers-Cotterets, la voie ferrée a été sérieusement endommagée et un train de munitions achève de brûler.
Dans la nuit, la colonne se scinde et s’égare dans les chemins de traverse qui lui ont été fixés. Il n’y a plus de Régulatrice Routière et le bataillon n’a qu’une seule carte Michelin.
Par Blérancourt et Manicamp, le Lieutenant du Chaffaut parvient cependant à atteindre Tergnier, avec un détachement de six sections de voltigeurs et deux sections de mitrailleuses (Lieut. Benezit, Lieut. Repellin, Sous-Lieut. Raynaut, médecin Sous-Lieut. Petit). Il est 23 h. 45.

 

19 mai 1940

La ville est déserte. La gare, où sont immobilisées de nombreuses rames de wagons, a été sévèrement bombardée. La ville n’est tenue que par deux chars légers et deux canons de 47, axés sur la grande route Tergnier-Fargnier. D’après un officier du G.R.D. 34 rencontré à Viry, l’attaque allemande est attendue pour 4 heures du matin. Les chasseurs, aussitôt, organisent hâtivement les points de passage obligatoires : carrefour des Quatre Chemins, au centre, pont sur le canal de St-Quentin vers Condren, au sud, pont de la route nationale vers Fargnier, à l’est.
Le reste de la demi-brigade arrive enfin vers 8 heures et le 65e se hâte de s’organiser dans le secteur qui lui est confié ; il doit couvrir Tergnier, face à l’est et au sud, de la gare au pont sur le canal de St-Quentin.
Cependant, l’attaque annoncée à nouveau pour 8 h. par la demi-brigade ne se produira pas. Par contre, dans l’après-midi, le Régiment d’Infanterie vient, relever les chasseurs ; la 6e demi-brigade doit être enlevée par camions dans la nuit. Mais les camions n’arriveront que le lendemain après 9 heures, et les chasseurs, malgré le froid, passeront la nuit sur les trottoirs de Tergnier.

 

20 mai 1940

À 10 heures, la 6e demi-brigade, rassemblée à la sortie Ouest de la ville commence à monter dans les camions du train. Deux bataillons du 3e R.I.A. s’embarquent également à proximité.
La colonne du 24e B.C.A. vient de partir lorsqu’une trentaine d’avions fondent soudain en piqué sur le convoi immobile, qu’ils mitraillent et bombardent avec intensité. De 10 h. ¼ à I0 h. ½ , les bombes ne cessent d’encadrer la colonne et les mitrailleuses de crépiter.
Aussitôt les avions éloignés, les camions se garnissent, de nouveau à la hâte. Le convoi du 25e B.C.A. vient de partir et celui du 65e commence déjà à s’ébranler. Mais de nouveau, vers 11 heures, quarante avions ennemis, environ, reviennent et bombardent pendant une heure entière, non seulement les camions qui se trouvent encore là, mais aussi la gare et la ville de Tergnier.
La conduite des hommes à ce baptême du feu est excellente. Malgré les « piqués » impressionnants et les mitraillades des bombardiers, les quatre mitrailleuses placées en D.C.A. tirent sans arrêt et les compagnies de voltigeurs mettent spontanément une dizaine de F.M. en batterie au milieu des maisons écroulées.
Leur zèle est, d’ailleurs récompensé puisqu’un avion est abattu par le 65e à 10 h.25. Il tombe en flammes sur la ville et brûle longuement au sol. Les servants des mitrailleuses de D.C.A. seront cités à l’ordre du bataillon.
Le 3e R.I.A., également a abattu un avion.
Par miracle, il n’y a aucune perte chez les chasseurs, mais le 3e R.I. A. annoncera deux tués et six blessés.
Vers 12 h. 15, les camions du 65e s’ébranlent à nouveau, en bon ordre, guidé par la Régulatrice Routière, mais, presque aussitôt, la tête du convoi se voit accueillie par trois coups de 25 et par les feux de plusieurs armes automatiques qui partent de la première hauteur qui domine la ville…
Ce sont des hommes du 32e R.I. qui se sont imaginés que les Allemands attaquaient à la faveur du bombardement et ont ouvert le feu…
Les premiers camions sont criblés de balles et un chasseur est légèrement blessé à la tête. Les camions s’immobilisent aussitôt et quelques patrouilles se forment spontanément et progressent vers les fermes d’où le feu est parti. Quelques coups de feu et deux rafales de F.M. sont tirés par les chasseurs avant que leurs officiers aient pu les faire taire.
Cependant, le 32e continue à tirer, mais au bout de quelques, minutes il se rend compte de son erreur et le convoi peut repartir.

(suite du texte dans la partie Oise)

© Marc Pilot  –  Picardie 193-1945 – mars 2017

Capitaine Marchand, GB II / 23

Capitaine Marchand
Groupe de Bombardement II / 23

march1

 

LeO 451 N° 214

Capitaine Marchand  Chef de Bord
Sergent Defendini  Pilote  …
Adjudant Mariani  Radio …
Caporal-Chef Boileau  Canonnier

 

march22



Récit du caporal-chef Robert Boileau

 « 6 juin, 14H15 : rassemblement des équipages, mise en alerte de vol. Le capitaine nous retrouve et nous explique notre mission : bombardement de Panzer dans la région de Chaulnes et de Poix. Quelle altitude mon capitaine ? 800 mètres; je hausse les épaules, il me regarde, ne dit rien, mais je sais qu’il pense comme moi. Pas la peine d’avoir monté notre beau viseur perfectionné, qui ne sert que de 4 à 8000 mètres, pour viser au « pif ». D’autre part notre LeO, dès qu’il est vers 5000 tape le 520 à l’heure, alors que vers 800 ou 1000 mètres il ne fait que 360. Nous aurons la chasse, dit-il pour nous consoler.

Et nous allons occuper nos postes. Au moment de partir, Defendini remet ses papiers personnels à notre mécano, je ne sais si d’autres papiers lui ont été confiés, mais j’ai refusé gentiment de laisser en garde les miens. Les moteurs ronflent, le pilote est moins doux que d’ordinaire et en sortant le LeO du camouflage, donne un coup de gaz un peu fort et un chêne rend oblique la dérive droite, le gouvernail fonctionne alors nous prenons la piste, point fixe, et départ, nous effaçons la piste. Defendini coupe les gaz, nous reprenons la piste. Nous l’effaçons à nouveau et roulons dans du blé très haut, je remarque que le bout des ailes vibre très fortement, à la sortie du champ de blé Defendini arrache le taxi, nous arrivons dans un champ de pommes de terre, et quatre femmes étaient en train d’y travailler. Une fois le régime des moteurs revenu à la normale, les ailes ont cessé de vibrer. Nous tournons en cercle en attendant nos équipiers, les LeO du capitaine Bienvenu et du lieutenant Berrard 1

 

march3

 

Ceux-ci décollent sans histoire et au moment de prendre notre cap, beaucoup de bras s’agitent à terre, nous faisons au revoir, nous aussi. En fait ce n’était pas au revoir mais coupez les moteurs que l’on voulait nous dire, mission annulée, personne n’avait pensé à utiliser la radio. J’ai appris cela 25 ans plus tard de la bouche de 1’adjudantVoisine devenu commandant. C’en est fait, chacun à son poste, les 3 LeO volent de concert, le 214 en tête, à ma droite Bienvenu et à son bord le canonnier adjudant-chef Jean qui m’avait dit « dès que je verrai des Allemands je tirerai 3 coups de canon, tu seras averti ». Nous n’allons pas vers notre but, afin de pouvoir bombarder avec comme allié le soleil, si beau dans ce ciel bleu. Peu de temps après nous apercevons au loin de la fumée et des flammes. En un instant, nous survolons ce qui brûle : c’est Montdidier et tout un serpent de feu qui, à mon avis, doit renseigner l’aviation ennemie sur l’avance de ses troupes au sol. A partir de ce moment, le ciel est obscurci et l’odeur de la poudre vous prend au nez et à la gorge.

 Je vois des points noirs au loin ! Je pense de suite : c’est la chasse ! Mais tout va très vite, comme je regarde à nouveau de ce côté, je vois trois nuages blancs qui sortent du canon de l’adjudant-chef Jean, j’ai compris ce ne sont pas des Morane. J’en ai compté quarante-sept. Je n’ai pas le temps de rêver, maintenant des nuages naissent autour de nous, c’est la flak qui nous accueille. À ce moment une trouille impensable me secoue de la tête aux pieds, c’est comme une décharge électrique et tout à fait aussi brève. J’arme mon canon, je suis prêt, j’ai passé le mur de la peur.

 

march-4

Le chef de bord a pris ses dispositions, les trappes du lance-bombes sont ouvertes, j’entends les ordres au téléphone. Les chasseurs qui arrivent en groupe derrière nous se disloquent et cherchent leur cible eux aussi, ce sont bien des Me 109, Un grou­pe de 7 se dirige vers nous, l’un d’eux pique et tire : je crie attaque à gauche. Defendini amorce une manoeuvre mais Marchand ordonne : non tout à droite.

Tout va très vite, Mariani lache une longue rafale, le chargeur de la MAC a dû y passer. Deux 109 se planquent derrière chaque déri­ve, un cinquième dans l’axe du fuselage, je les ajuste l’un après l’autre mais mon canon refuse de tirer. Ces aviateurs connaissent bien le LeO, ils s’amusent avec moi, ils sont tout près, protégés par 1’angle de garde du canon, peu de temps avant un LeO est tombé intact entre leurs mains, ils l’ont étudié savamment.

Un septième 109 reste beaucoup plus haut, plonge vers nous, et tire de loin, il continue d’approcher alors que je l’ai dans mon collimateur, alors plein but sans correction de tir, je lui lâche une rafale, je vois trois de mes obus traçants s’écraser sur le 109, un sur le cockpit et deux autres sur l’avant en plein moteur, comme après chaque traçant, j’avais deux ordinaires, cela faisait au minimum sept impacts mortels. L’avion partit aussitôt en abattée suivi d’une large traînée de fumée noire, en arrivant au sol il explosa. Je l’avais eu, je ne ressentais aucune joie 2

 Je m’apprêtais à chercher une autre cible, lorsque dans un bruit infernal, je ressentis en même temps sur ma cuisse gauche un choc, un souffle qui me colla au sol de ma cabine, j’allais me relever quand une autre rafale fracassa le tableau de bord placé à la hauteur de mes épaules lorsque j’étais debout. Je me relève, je sens quelque chose de chaud qui coule le long de ma jambe droi­te, je dis je suis touché. Il y a un trou de 40 cm de diamètre dans le flanc gauche de la carlingue. L’avion a reçu un coup mortel, il y avait des flammes, Marchand donne l’ordre d’évacuer.

 march5

Orberleutnant Erbo von Kageneck

Ce pilote de 22 ans du 2. / JG1 descendit le LeO du capitaine Marchand. Il fut abattu à son tour en Lybie en décembre 1941 et mourut de ses blessures trois semaines plus tard. Il avait remporté 67 victoires et était chevalier de la Croix de fer avec feuilles de chênes.

 march6

La moitié des bombes ont été larguées, ma trappe d’évacuation est hors service, je passe dans le couloir, vers la porte du fuselage. Pendant ce trajet de trois mètres environ j’essuierai six rafales. C’est la curée, ils tirent avec des balles incendiaires, je vois des traits de feu qui passent de part et d’autre de la carlingue, je me fais tout petit. J’arrive près de la porte, je vois Defendini le regard fixe, il tient l’avion en ligne droite, je lui parle, il ne répond pas : est-il mort ? Je n’en sais rien. Mariani a sauté, je vois son câble d’ouverture automatique accroché, Marchand encore à son poste. Je n’accroche pas mon câble. Je pose un pied sur l’aile, l’avion en piqué pleins moteurs va très vite, je suis arraché de la carlingue, alors que j’essuie une dernière rafale, je tombe à travers les flammes, je m’évanouis, très peu de temps, je suis sur le dos, je vois deux doigts arrachés à ma main gauche, là je repars dans les pommes (c’est mon attitude à la vue du sang). Lorsque je reviens à moi, je me sens comme immobile dans l’air, je tourne sur moi-même, j’aperçois les avions, je reprends mes esprits, je tire sur la poignée du parachute, rien. Je tire plus fort alors un choc formidable, je me retrouve comme un pantin au bout de mes ficelles. Stabilisation : un balancement en arrière, un en avant et pan ! Dans le blé, sur les fesses. Je me relève aussitôt pour voir un énorme panache de fumée, suivi d’une terrible explosion : c’est notre LeO qui vient de terminer sa carrière. Ce si bel avion dont j’étais si heureux d’être le servant. Je ramasse mon parachute déchiré et vais me cacher sous des pommiers, près d’une peupleraie. Bonne idée, un 109 me cherchait en balançant ses ailes, et les peupliers m’ont dissimulé. Le calme revenu, je relève la jambe de mon pantalon, assis dans l’herbe; avec mon couteau, je déchire mon caleçon, je vois ma cuisse pleine de trous, meurtrie et pleine de sang. Je ne souffre pas, le sang ne me choque plus, il me reste une phalange au médium et à l’annulaire gauche, les deuxièmes phalanges n’ont plus que l’os à montrer. Les premières sont parties avec la chair.

C’est le câble de Mariani qui m’a sauvé, sans lui, j’aurai peut-être ouvert mon pépin plus tôt. Mais je suis un peu groggy, et comme j’ai lu dans Paris-Soir que les Allemands achevaient les blessés, alors j’ai eu des idées noires, je sors mon revolver, en faisant ce geste je découvre ma montre où à la place du cadran j’avais glissé la photo de ma femme, elle me sourit. Alors Boileau redevient le bélier qu’il est depuis sa naissance, je fais un garrot à mon poignet avec ma cravate, je me lève et pars vers le soleil, laissant mon parachute et ne gardant que mon revolver. Je traverse un champ de blé et puis un champ de pommes de terre, alors que je me dirige vers une ferme où je pense trouver de quoi me soigner, je suis aperçu par deux motocyclistes qui posent pied à terre et me mettent en joue, c’est à peine si je lève le bras droit, je m’arrête et j’attends : Français ? Oui ! Et j’avance vers les deux inconnus. Le plus âgé que je prends pour un sous-officier vu ses deux galons blancs, se présente : lieutenant Joseph Darnand du 28e CA et caporal-chef Lévy, corps francs. Ils m’amènent sous un hangar plein de bottes de paille, nous discutons sur le combat. Alors que je les interroge, ils me font part de la découverte du corps de Mariani, criblé de balles, plus de trente impacts 3 Je leur indique le lieu où le LeO s’est écrasé, et leur fais part de mes craintes au sujet de Marchand et Defendini, Lévy va chercher mon parachute et tous deux repartent à moto chercher une ambulance. J’assiste à un curieux spectacle en attendant leur retour, douze biplans Henschel 123 s’approchent et à 4 ou 500 mètres d’altitude, tournent en rond jusqu’à ce que l’un d’eux fasse une abattée et lâche deux bombes. Les onze autres font de même, et je vois ce chapelet de bombes tomber vers le sol comme dans une parade. II y avait un convoi de camions sur la route voisine, me dira Darnand à son retour.

Le spectacle est terminé, tout est calme, je vois du blé qui bouge, il n’y a pas de vent, je pointe mon revolver, alors un grand gaillard se lève, il fait un geste et six autres hommes se lèvent et viennent à moi. Les voilà en rond autour de moi, mitraillette au poing :
– D’où sors-tu ?
– Moi je descends de là-haut !
– Parachutiste ?
– Non aviateur !
– Bah ! Tu es le premier que je vois, il n’y a pas d’aviateurs, tu me racontes des blagues !
– Vous n’avez pas vu de combat tout à l’heure ?
– Si !
– Alors vous pensez que les Boches se battent entre eux ?
– Alors, qu’est-ce que tu fais ici ?
– J’attends le lieutenant Darnand
– C’est faux, il est mort !
– Je ne peux te dire autrement, un type en bleu s’est présenté sous ce nom.

On me regardait d’un œil soupçonneux, heureusement voici le lieutenant qui revient. Quel accueil, quelle joie ! Ils s’embrassent comme des gosses.

– On m’avait dit que tu étais mort
-Penses-tu j’ai fait 80 prisonniers aujourd’hui. Je croyais en faire un de plus : pas de chance, c’est un Français.

Pas de galons, en bras de chemise, sans peur. C’étaient nos corps francs.

L’ambulance arrive. L’infirmier Henri Lavastre, un Marseillais m’offre un verre de vin ; je le bois doucement malgré ma soif et je m’aperçois que mon foie est guéri. Je ne souffre pas pour le moment, je ne sens même pas l’alcool à 90 que l’infirmier coule sur mes doigts et mes plaies. Après un pansement général, l’ambulance m’amène à Beaulieu-les-Fontaines, à l’infirmerie de campagne mais je reste dans l’ambulance, parquée dans la cour de la maison. Je vois des fantassins tirer au Lebel sur les avions, essayant en vain d’en abattre. Nous attendons la nuit pour bouger, voulant aller vers Noyon. Un officier cuirassier de son char nous barre la route en nous indiquant un autre chemin. Peu après on nous amène dans l’ambulance un fantassin nommé Chevalet, il est couché, une balle dans l’épaule, une dans un rein et une troisième au genou. On me met assis près du chauffeur pour laisser la place à Chevalet. Dès la nuit nous roulons sans phares, nous croisons des artilleurs, arrêts fréquents et plus ou moins longs. Vers 22 heures, les marmites sifflent et miaulent au-dessus de nos têtes, nous passons à mi-chemin des coups de départ et des explosions. Vers minuit, bien que je souffre depuis quelques heures, je m’endors. Lorsque je m’éveille, l’ambulance est immobile au milieu d’un long convoi, il fait grand jour, environ 5 heures, et déjà dans le ciel le mouchard allemand est à son poste de guet. Un Lorrain vient me trouver je souffre beaucoup, surtout de la main : « Attends je vais te chercher un coup de mirabelle, tu as battu la campagne toute la nuit, tu as réclamé ta femme, dans des phrases très souvent incohérentes. C’est moi qui ai fait la mirabelle, elle est presque pure. bois-la doucement ». Je bois deux gorgées de cette eau-de-vie forte. Nous sommes aux environs de Ribécourt. Déjà j’ai plus chaud, cet élixir a endormi mon mal et pendant le voyage qui me conduira à Senlis, où nous arrivons vers 10 heures, je ne sentirai plus mes blessures. Là, c’est le train sanitaire, départ à 12 heures avec un chargement complet de blessés. J’ai enfin quelque chose à manger. Je peux écrire et envoyer à ma femme une carte prévue à cet effet, direction les Vosges. Je m’endors ensuite, j’ai perdu beaucoup de sang. »

 

Quel fut le sort du capitaine Marchand ? Ce planteur d’Abidjan, âgé de 55 ans, n’a dû la vie sauve que grâce à l’intervention du Corps Franc du 24e BCA.

« En revenant d’Ognolles, à 400 mètres du village, un groupe de la 1ère Compagnie du Capitaine Gillot avait découvert un Officier aviateur français blessé, les deux jambes brisées, son appareil abattu en flammes par des Messerschmidt. Le Capitaine Marchand, de l’Escadre de Bombardement d’Etampes, gisait depuis 48 heures en lisière des taillis sans pouvoir faire un mouvement. Grelottant de douleur et de fièvre. Mourant de soif.

La 1ère Compagnie avait essaye de le transporter sur son parachute replié ; l’excès de douleur avait rendu son transport impossible. II fallait une civière. On avait promis de venir le rechercher.

« Si vous le permettez, mon Commandant, j’y vais. » Darnand venait de se lever. Pour une pareille mission, autorise-t-on Darnand ! Les yeux brillants, vingt volontaires sont déjà prêts : où n’irait-on pas avec lui…? L’ennemi, vers l’Est, le long du canal a largement débordé les villages. Son infiltration révélée par l’observatoire se poursuit, méthodique. N’a-t-il pas à l’ouest profité des bois pour s’infiltrer aussi ? Qu’importe ! Un blessé à sauver est là-bas, un blessé à qui on a promis de revenir. Promesse deux fois sacrée.

Darnand choisit son monde, le Sergent Planet, les Chasseurs Enjalric, Basile, Martelly, d’Aubarède, du Corps Franc, les brancardiers Mouly, Strub, Tailleu et Pepino.

La patrouille part, Planet et ses hommes éclairant la marche de haie en haie, de lisière en lisière. Du P. C., on la suit des yeux tant qu’on peut. Les hommes disparaissent définitivement dans les taillis. Les minutes sont longues, longues… Sera-ce un nouveau Forbach ? Aux aguets on écoute : pas de coups de fusil, pas de crépitement de mitraillette. Seuls les sifflements des 105 fusants, qui encadrent la Panetterie, rompent le silence.

Une heure et demie après son départ, un siècle, Darnand réapparaît en lisière d’un bois. En tête, les brancardiers se relaient. A quelques centaines de mètres derrière eux, Darnand et ses hommes protègent le retour.

Encore cinq minutes. Ils sont là. Le Capitaine Marchand est sauvé. II a été relevé à proximité immédiate de l’ennemi, juste à temps ! Les premières rafales éclatent, le contact vient d’être pris sur le tunnel du canal. On abrite le blessé dans la cave de la Panetterie à cause des fusants qui pleuvent. II demande à boire. II sourit d’un pauvre sourire. II serre avec effusion la main de Darnand et celle du Commandant. « Je ne tomberai pas aux mains des Allemands dit-il. Je n’oublierai jamais les Chasseurs; je leur dois la vie… »

Le soir, transporté à dos d’homme jusqu’à Campagne, sous le feu de l’artillerie ennemie, le Capitaine Marchand allait être évacué. « Mon parachute ? » s’inquiète-t-il, les yeux pleins de fièvre. Le parachute était resté dans la cave de la Panetterie. Pouvait-on ne pas répondre au désir du blessé ? « Fonce », dit à son motocycliste de liaison le Capitaine Laurent aussitôt monté en croupe. Un quart d’heure après, installé sur une sanitaire, serrant précieusement son parachute récupéré, le Capitaine Marchand nous adressait de sa pauvre main tremblante un dernier geste de cordiale gratitude. Les cavaliers allemands étaient déjà à la Panetterie… ».

 

    Capitaine MARCHAND                                                                                                                                                Lyon, le 2 février 1942.
        Dépôt de Stockage
Base Aérienne Bron (Rhône).

             Mon Commandant,

          J’ai eu une très heureuse surprise en recevant votre lettre qui me donne de bien précieux détails sur mon sauvetage que vous avez opéré in extremis avec le Lieutenant Darnand et les braves Chasseurs du Corps Franc. Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point je vous suis reconnaissant de n’avoir pas hésité à opérer ce sauvetage malgré la ruée des Allemands. Si vous avez encore sous vos ordres quelques-uns des volontaires qui m’ont ramené, je vous prie de leur transmettre toute ma gratitude. Mais même si j’étais resté sur le carreau, j’aurais eu la satisfaction d’être vengé, car mon avion ayant été incendié avant d’aborder les lignes ennemies, j’ai tout de même eu le temps d’accomplir ma mission et de décharger mes 16 bombes de 50 kg. sur les colonnes de chars. J’espère avoir fait du travail utile ; et ce n’est qu’au retour, en revenant au-dessus des lignes françaises que j’ai donné l’ordre d’évacuer l’avion où il commençait à faire vraiment chaud. Ce n’est pas sans émotion que je me remémore ces instants où, étendu sur le sol, j’ai entendu la bataille se rapprocher. Mes souvenirs de la dernière guerre que j’ai faite de 14 à 18 me faisaient croire qu’il y avait, derrière la première ligne, des unités de soutien et de réserve. Mais cette fois, je ne voyais personne, je n’entendais pas l’artillerie de chez nous, et j’ai compris à ce moment que nous n’avions, en face de la ruée de la masse allemande, qu’un faible rideau de troupes; et c’est alors que j’ai compris que notre défaite n’était plus qu’une question d’heures. Je ne voudrais pas revivre ce moment-là ! Mais le souvenir de ces instants terribles où nous avons du reculer jusqu’au moment de déposer les armes s’estompe devant l’espoir de l’avenir qui sera meilleur, si nous savons le forger durement.

          Pour moi, après un long séjour dans les hôpitaux, car j’avais des fractures des deux jambes, du bassin, de la colonne vertébrale et des côtes, sans compter quelques plaies et des contusions internes, j’ai été convenablement raccommodé, et vous ne reconnaîtriez plus le bonhomme que vous avez vu arriver en bien piteux état.

          Peut-être un jour, aurais-je la chance et la joie de pouvoir voler de nouveau. Ayons donc foi dans l’avenir et dans les destinées de notre pays.

          Je vous prie d’agréer, mon Commandant, l’expression de ma reconnaissance et de mon profond respect.

 

                                                                                                                                             Signé : MARCHAND

 

Sources :

« Ils étaient là » Jacqueline et Paul Martin, Aéro Editions, ISBN 2-9514567-2-7
« Mémorial du 24e BCA 1939-1940 »  Imprimeries Nouvelles Réunies, Nice 1943.

© Marc Pilot – Picardie 1939-1945

 

 

 

 

 

 

[1] LeO 260 et 204. Le 260 sera abattu par la Flak à Gruny (80), seul le 204 parviendra à rejoindre la base.

[2] Leutnant Ernst Vollmer, 3./JG3

[3] Mariani fut d’abord inhumé à Ognolles avant d’être transféré dans la nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt.

2e RIC – Rapport CAB2

2-ric

Rapport du capitaine MAILLOUX commandant la C.A.B.2
Concernant les événements survenus le 7 juin 1940



La C.A.B.2 était répartie comme suit : 

– P.C. section de commandement, 4e S.M. (adjudant-chef SOMMIER), groupe de 81 (lieutenant BLANCHET), un fusil Boys à REMIENCOURT.
– 1ère S.M. (lieutenant DUBOIS) et 2e S.M. (Adjudant VIGOUROUX), 2 canons de 25 (sergent-chef DELANNOY) avec la 6e compagnie à DOMMARTIN.
– 3e S.M. (sous-lieutenant LE SAUX) avec la 5e compagnie à FOUENCAMPS.

A REMIENCOURT – Les éléments de la C.A.B.2 étaient disposés le 7 au matin :

– Section de commandement (Adjudant LE CLECH) au P.C. du capitaine dans la ferme à l’Est de l’usine de tissage.
– S.M.4 (P.C. avec G.M. du sergent LEVERN), 1 G.M. (LERVERN) au passage à niveau Sud battant de la voie ferrée au petit bois, 1 G.M. (sergent-chef LECLEACH) à l’ouest du cimetière battant les points de passage sur la Noye.
– Le groupe de 81 m/m dans le pré, entre la place de l’église et le parc du château ; tirs préparés sur le pont A et sur le plateau sud du village.
– Le fusil Boys, près du P.C. du capitaine en direction du pont B de l’usine de tissage. En début de la matinée le lieutenant VIE, commandant la section de la C.D.A.C. vint placer un canon de 25 à cet endroit ; j’en rendis compte au chef de bataillon et lui proposai, pour éviter le double emploi, de placer le fusil Boys dans le parc du château avec les éléments de la 7e compagnie qui venait de s’y mettre, pour interdire le pont C, ce qu’il approuva et fut fait.

Dans la matinée du 7 juin vers 6 heures environ je reçus l’ordre de faire partir les voitures de la C.A.B.2 (sauf les voiturettes) sur la corne sud du bois situé au S.O. d’AILLY S/NOYE. Le sergent comptable, le sergent chef d’échelon, le caporal d’ordinaire, les cuisiniers ainsi que les conducteurs des voitures quittèrent REMIENCOURT immédiatement par la route d’AILLY S/Noye. Il restait avec la section de commandement l’adjudant chef de section, le sergent chargé des transmissions, le caporal-chef second comptable, le caporal mitrailleur mécanicien et les agents de transmission.
Les premiers coups de feu se firent entendre vers 10 heures venant de la direction du pont A et du S.O.. En même temps des éléments ennemis étaient vus, s’infiltrant entre les deux bras de la Noye, remontant vers le Nord en direction de la ferme D et du pont.
Je fis déclencher les tirs préparés des mortiers, un mortier prenant à parti les éléments ennemis du pont et l’autre tirant sur les éléments venant derrière le bois au Sud. Je portai les hommes de ma section de commandement sur le bord de la Noye (bras Est) pour faire face à l’infiltration et celle-ci continuant malgré notre intervention au mousqueton, je dissocia le G.M. LE CLEACH et mis la pièce du caporal-chef LE GOFF avec la section de commandement.
Les groupes ennemis progressèrent par bonds derrière les arbres et parvinrent à passer derrière la ferme D et nous prirent sous leur feu, l’adjudant LE CLEACH fut blessé à la tête. L’ennemi abrité derrière la ferme n’étant plus justiciable de nos armes à tir tendu, j’intervins alors au V.B. jusqu’à épuisement des obus dont je disposais.
Il me fut rendu compte à ce moment que l’ennemi progressait vers le Sud par le plateau (entre ROUVREL et la voie ferrée) j’en informai le chef de bataillon et lui proposai de dissocier également le G.M. LE VERN pour faire face à ce nouveau danger ; sur son acceptation je me rendis auprès de l’adjudant-chef SOMMIER à qui je donnais l’ordre de placer une pièce sur le haut de la falaise surplombant la voie ferrée et dominant légèrement le plateau vers le Nord. J’assistai au début de l’exécution et revins à ma section de commandement que je ramenai à mon P.C. en continuant toutefois de faire surveiller la ferme D. Le décrochage put se faire sans pertes malgré un violent bombardement par Minenwerfer.
Je plaçai la pièce de mitrailleuses sur le bord du pré face à l’angle N.E. du pré et la crête au-delà de la voie ferrée et entrai en liaison avec le lieutenant BLANCHET à qui j’ordonnais de se garder de ce côté. Il plaça le F.M. de la C.D.A.C. qui se trouvait avec lui et les hommes disponibles du 81 sur le talus entre la route et la voie ferrée. Les interventions du F.M et de la mitrailleuse eurent pour effet de faire disparaître les ennemis hors du compartiment du terrain. Une automitrailleuse allemande gravit la pente du passage à niveau Nord et se rendant à ROUVREL fut arrêtée et mise…. placé près du lieutenant BLANCHET.
J’appris alors par le sous-lieutenant FETIS que l’ennemi occupait l’allée du château après avoir repoussé les éléments de la 7e compagnie qui s’y trouvaient. La section FETIS près de l’usine de tissage, faisait face à la NOYE et au château, la mitrailleuse pris l’allée depuis le château jusqu’à l’angle Nord-Est et le lieutenant BLANCHET, prévenu, ramena ses hommes et le F.M. de la C.D.A.C. dans ses tranchées et leur fit faire face à l’angle N.E.
Vers 14 heures l’ennemi occupait les maisons environnant l’usine. Les sections de la 7e compagnie et le canon de 25 de la C.D.A.C. du pont A avaient été enlevés. J’ordonnai au lieutenant BLANCHET de tirer sur ces résistances, ce qu’il fit avec succès. Vers 14H.15 j’appris que le sous-lieutenant FETIS venait d’être tué et que les Allemands progressaient par la contre-allée venant du château à mon P.C. Quelques hommes de la 7e compagnie se réfugiaient près de moi. Ils avaient un F.M. dont le caporal-chef LE GOFF et le soldat PIOLOT de la C.A.B.2. assurèrent le service tandis que j’assurai personnellement le commandement de la pièce de mitrailleuse. Le sergent JOANNIN de la section de commandement, avec les hommes de la 7e compagnie et les miens fit face, de la grange à la rue et à l’usine. Nous arrêtâmes l’ennemi que le lieutenant BLANCHET de son côté prit à parti au mousqueton.
Vers 15 heures j’appris que l’adjudant-chef SOMMIER était blessé au crâne mais LEVERN, son chef de groupe, tenait bon. LE CLEACH de son côté se battait comme un lion.
De l’usine et des maisons voisines nous vinrent des rafales sérieuses ainsi que de l’allée. Un tir de 81 réglé de mon P.C. calma ces rafales. Nous tenions, empêchant de nouveaux groupes de déboucher du château.
Vers 16 heures 2 automitrailleuses furent vues sur la crête à 800m ou 1000m venant du N.O. et allant vers le S.E (direction de ROUVREL) L’intervention du 25 qui se trouvait avec le lieutenant BLANCHET n’eut pour résultat que d’en faire disparaître une derrière la crête et de faire rebrousser chemin à l’autre. Le 25 s’enraya et ne put intervenir à nouveau avant que cette automitrailleuse eut le temps de disparaître.
L’ennemi devint plus actif autour de mon P.C. sans doute sa progression avait-elle pu se faire par les maisons. Nous entendîmes des commandements allemands « en avant ». J’ordonnai un tir de 81 « sur moi ». Le tir donna des résultats.
De nouveaux commandements allemands auxquels nous répondîmes par « Vive la Coloniale ». Nous reçumes des grenades à manche au P.C. Le sergent JOANNIN et moi-même eûmes des éclats mais non sérieusement touchés. Nous répondîmes à la F1. Il n’y avait plus de cartouches de F.M., j’en demandai à la voix au P.C. du bataillon. Le caporal-chef LE GOFF et le soldat PIOLOT tirèrent au mousqueton pour y suppléer. PIOLOT, blessé à la main put continuer.
Les balles tirées par les allemands allumèrent des plaques de paille éteintes immédiatement. Toutefois les tas de paille du pré à proximité de BLANCHET flambèrent. Des obus de 25 tirés sur le P.C Btn et C.A.B.2. Le feu se propage vers le lieutenant BLANCHET qui put continuer ses tirs de la tranchée profonde jusqu’à épuisement de ses munitions. Nous tînmes ainsi jusqu’à 21H.15 heure à laquelle les allemands réussirent à mettre le feu à mon P.C. Tout flamba rapidement et il fut impossible de rester dans les flammes. Je dis au soldat HELLEC de se saisir de la pièce de mitrailleuse et de se rendre au PC. Bataillon en essayant de traverser la maison. Je bloquai tout le monde près de la grange sud, dis à VIE de mettre en marche sa chenillette pour sortir le 25, que nous allions rallier la place près du P.C. Bataillon. Départ à mon signal tout le monde ensemble aussitôt prêt. La chenillette en état de marche, je déverrouillai la porte et ordonnai de partir. Nous réussîmes par surprise à passer. Du petit groupe que nous formions il manquait à l’arrivée le lieutenant VIE (mort) et le caporal-chef BLIN.
Sur la place les hommes furent placés dans les tranchées près du sergent-chef LE CLEACH qui également chassé par les flammes s’y était retiré avec sa pièce.
J’allais au P.C. Bataillon pour retrouver HELLEC et la pièce de mitrailleuse et rendre compte au chef de bataillon à qui je demandai des cartouches. Le commandant m’apprit qu’il n’y avait plus de munitions, que toutes les issues de la place étaient tenues par l’ennemi et que le P.S. n’était pas en flammes. Les allemands surgirent sur la place et nous mitraillèrent à 10m. Nous étions prisonniers et fûmes dirigés sur DOMMARTIN où je retrouvais le s/Lt LE SAUX et sa 54e S.M. Le lieutenant BLANCHET fut pris dans sa tranchée et nous y rejoignit ainsi que le sergent LE VERN et son groupe.
Le commandant de compagnie a appris en captivité que le lieutenant DUBOIS a quitté DOMMARTIN avec sa section. Il n’a pas de nouvelles de la 2e section et de son groupe de 25.

Signé MAILLOUX

Propositions de citations

Lieutenant BLANCHET Robert – Officier ayant fait preuve le 7 juin, d’un remarquable mépris du danger ; dans les flammes et sous des tirs ennemis très violents a commandé, avec le plus grand calme, ses tirs de mortier jusqu’à épuisement de ses munitions. (Particulièrement appuyée – signé GILBERT)