Saint-Maximin en 1944

Les premières destructions massives qui ont touché la commune de Saint-Maximin ont eu lieu dans la nuit du 4 au 5 juillet 1944. En fait, ce sont des dommages collatéraux, la cible étant la carrière du Couvent à Saint-Leu d’Esserent.

A Trossy Saint-Maximin un dépôt de campagne (Feldmulag*) abritant un millier de bombes volantes V1 était prévu à proximité de la voie ferrée dans les carrières adjacentes. Ce centre de stockage était codé MARTHA par les Allemands. Des travaux préliminaires avaient commencés mais l’activité fut rapidement stoppée suite aux nombreux bombardements visant la commune de St-Leu et au repérage du chantier par les Alliés.

D’après un rapport allemand du 5 juillet 1944, il était prévu l’allocation de 8000 à 10000 mètres cubes de béton pour terminer le dépôt de Trossy Saint-Maximin en 6 semaines !

Un second projet d’aménagement fut ensuite retenu concernant l’installation d’un centre de production d’oxygène liquide pour les fusées A4/V2 (O2 Erzeugungs Anlage n°1305) mais celui-ci fut aussi rapidement abandonné.

Le comité de travail interarmes «Crossbow», réuni le 27 juillet 1944, recommande que Rully-la-Montagne (près de REIMS) et Saint-Leu d’Esserent doivent rester une cible prioritaire, en second lieu, deux sites suspectés de stockage de bombes volantes  devront être attaqués : Méry-sur-Oise et Trossy Saint-Maximin. Aucun lien direct n’avait été fait avec Trossy et l’activité Crossbow, mais :

« …C’est à présent le lieu d’une grande activité. Le site consiste en une carrière à ciel ouvert avec des entrées de tunnel servies par la route et le rail et la dernière observation (le 20 juillet 1944) montre quatre grandes fosses circulaires dans une desquelles un réservoir a été installé. Les sources au sol (les renseignements locaux, la Résistance) parlent d’un dépôt de carburant. Sa situation à 1,6 km de Saint-Leu d’Esserent et l’apparition générale d’activités est en accord avec l’hypothèse que ce site est activement ou éventuellement concerné par Crossbow. » 1

Le destin de Saint-Maximin est désormais scellé, durant trois après-midi successifs, des tempêtes de feu et d’acier vont s’abattre sur la commune.

Mercredi 2 août 1944, une force de 94 Lancaster et 7 Mosquito est envoyée pour attaquer le dépôt de Trossy Saint-Maximin. Les «marqueurs» ont été décrits comme précis et on estime une bonne concentration du bombardement.

Jeudi 3 août 1944, à nouveau, 11 Mosquito et 372 Lancaster ont été envoyés sur Trossy Saint-Maximin. L’attaque a été menée en deux phases. Pour la première attaque, les avions  » marqueurs  » étaient à l’heure et la force principale pouvait suivre les consignes du « Master Bomber ». Cependant, les effets conjugués du bombardement intensif mené parmi les explosions de la Flak, ont généré de la fumée obscurcissant les «marqueurs» et combinés avec les nuages, ont affecté la précision des vagues de bombardements suivantes. Le résultat du raid a été estimé faible bien que de larges explosions ont été constatées par les équipages.

Vendredi 4 août 1944, le Bomber Command a une fois de plus déployé une autre force comprenant 5 Mosquito et 61 Lancaster, afin d’attaquer le dépôt de carburant de Trossy Saint-Maximin. Le raid est considéré comme assez bien réussi. Au débriefing, les équipages ont rapporté avoir observé un bombardement concentré et de larges explosions.

Durant les trois attaques, les appareils du Bomber Command ont largué 3059 tonnes de bombes sur la cible. Les dommages sur cette dernière ont été évalués ainsi :

« Suite aux deux premières attaques, un grand bâtiment rectangulaire a eu de sévères dégâts et on peut voir des affaissements dans la partie sud. Juste au nord et au sud des 4 trous cylindriques, il y a 16 trous dans le sol de la carrière. Un grand bâtiment dans cette zone a été touché plusieurs fois et les voies ferrées ont été coupées en beaucoup d’endroits. » 2

La commune de Saint-Maximin est sinistrée à 95%.

On peut ajouter deux raids de nuisance, menés par une paire de Mosquito, lors des nuits du 11 au 12 août et du 12 au 13 août 1944.

Lors des bombardements sur Trossy Saint-Maximin la Royal Air Force a enregistré des pertes. Cinq bombardiers quadrimoteurs Lancaster le 03 août et deux le 04 août 1944 ont été détruits. 38 membres d’équipages ont perdu la vie, 5 ont été faits prisonniers et 6 ont échappé à la captivité, aidé par des civils et la Résistance.

 

Date Type d’avion Serial number Squadron Objectif Tués Prisonniers Évadés
3 août 1944 Lancaster PA 162 61 Saint-Maximin 6 1
3 août 1944 Lancaster ME 839 166 Saint-Maximin 5 1 1
3 août 1944 Lancaster PB 125 460 Saint-Maximin 7
3 août 1944 Lancaster ME 568 619 Saint-Maximin 7
3 août 1944 Lancaster LM 163 625 Saint-Maximin 2 4
4 août 1944 Lancaster PA 983 635 Saint-Maximin 8
4 août 1944 Lancaster ND 811 635 Saint-Maximin 3 4

Lexique :

-CROSSBOW: (arbalète) Désignation codée des contres-mesures dirigées contre les armes secrètes Allemandes.

-Bomber Command: commandement de l’aviation de bombardement Britannique.

-Mosquito: bombardier bimoteur de la Royal Air Force.

-Lancaster: bombardier quadrimoteur de la Royal Air Force.

-Marqueur: fumigène de couleur rouge, jaune ou verte servant à indiquer une cible.

-Master Bomber: équipage hautement qualifié qui guide les vagues de bombardier vers la cible.

 

© Picardie 1939 -1945 /JPM /juillet 2017

André Noyelle

Le massacre de Château-Rouge – Cauvigny

 

Au mois de juillet 1944, un groupe de la Résistance vient se réfugier au hameau de Château-Rouge dans les bâtiments d’une colonie de vacances. Ils attaquent des soldats allemands et font même un prisonnier qu’ils cachent dans une maison isolée. Dans la matinée du dimanche 27 août, un détachement allemand attaque le maquis où huit hommes sont tués, puis encercle le hameau de Château-Rouge. Tous les habitants, au nombre d’une centaine, sont obligés de se rendre auprès d’une ferme située près d’une chapelle. Les hommes sont alignés le long d’un mur, face à la route. Le prisonnier qui avait été délivré est présent et accompagne le chef du détachement ; il désigne un à un tous les hommes. Ils sont fusillés. C’est ainsi que vingt hommes périssent.

 

Témoignage de Laure Noyelle

Nous habitions mes parents et moi à Chatenay-Malabry (Butte rouge) lorsque mon père reçu une convocation pour le travail obligatoire en Allemagne. Il n’en était pas question ; nous devions partir très vite…
Ses parents demeurant à Ully-St-Georges (Oise), l’endroit lui parut assez loin. C’est alors qu’un logement fut trouvé illico à 3 km d’ Ully, à Château Rouge, hameau de Cauvigny.
J’avais 10 ans….
Je ne connaissais pas l’activité de résistant de mon père, même si je me rappelle avoir amené un mot dans la première rue à gauche en entrant dans Cauvigny. Il faisait nuit et j’avais peur, je m’y rendais à pied depuis Château Rouge. Ma mère avait reproché à mon père de m’avoir mis dans cette situation.
Il fait beau ce dimanche d’horreur vers 9 heures, ma mère habille mon frère de 18 mois et chausse ma sœur de 6 ans. Ma grand-mère et un cousin âgé de 15 ans sont présents (cousin décédé depuis ).
Tout à coup des bruits de bottes retentissent à l’extérieur, des soldats allemands entourent la maison. Ils poussent devant eux deux maquisards (Augez Émile et son fils Serge). Les deux résistants font signe à mon père de se cacher, comment le peut-il ? En regardant vers le jardin il voit que nous sommes encerclés avec des chiens. Je me souviens de notre voisin qui, se cachant dans les WC du jardin sans bouger, fut sauvé.
Très vite, ma grand-mère ordonne à mon cousin de mettre une culotte courte pour paraître plus jeune ; pour elle ils viennent pour le STO. Il se cache dans le grenier sur de la paille (plus tard j’appris que sous sa cachette se trouvaient des armes).
Mon père sort de la maison, nous ne le reverrons plus !
Nous sommes tout prêt de notre mère, elle porte mon frère dans ses bras, elle voudrait le suivre, lui dire au revoir, mais un Allemand lui dit : « Horreur en bas ! Toi baby, reste ! » Il vient de la sauver.
En effet ma mère faisait, comme d’autres femmes, la cuisine pour les maquisards et surtout pour l’Allemand blessé (je me souviens d’une grosse marmite noire qui cuisait dans notre cour). D’après les dires, le prisonnier aurait parlé d’une femme. Il était captif dans une colonie de vacances, les Allemands ont été directement le chercher là-bas (surement sur dénonciation)
Les Allemands amènent le blessé sur cette place maudite et celui-ci désigne 10 personnes pour lui et 10 pour son compatriote mort. Ils sont fusillés.
Ensuite quelques hommes du village viennent chercher un drap pour mettre le corps de mon père dans une fosse commune (avant 12 heures sinon représailles !)
Peu de jours plus tard, Cauvigny fêtait les Américains ; pourquoi ne sont –ils pas venus plus tôt ?
Leur campement était impressionnant, il distribuait du pain blanc, des bananes séchées et du chocolat
On donna une sépulture aux fusillés.
Ensuite on fit une cérémonie aux victimes dans la chapelle désaffectée de Château Rouge. Je pouvais enfin être près de lui, des FFI montaient la garde. Puis dans la première quinzaine de septembre 44, les corps furent rendus aux familles afin d’être enterrés dans les communes voisines. Mon père gisait dans une charrette qui l’amenait a 3 km, à Ully-Saint-Georges (je n’en ai que des souvenirs)

Quelques souvenirs non vérifiés :
– Ma mère me disait que les Allemands se déplaçaient dans les alentours quelques jours avant les faits avec un enfant de l’assistance public que l’on n’a jamais revu 
– l’aviateur amené ensuite à l’hôpital avait succombé, le docteur avait fait ce qu’il fallait
-Il y avait des personnes qui ont assisté à cette exécution, j’ai essayé de savoir si mon père avait dit quelque chose avant de mourir. Il m’a été répondu que l’interprète et lui avaient été molestés par les Allemands puisque reconnu par le soldat blessé.

 

andre-noyelle

André Noyelle
Une rue de Cauvigny porte son nom

Source : Archives famille Noyelle


© Picardie 1939 – 1945 — 23/12/2016

Artillerie Regiment 194

 10. Batterie

 

Ce régiment comprenait trois batteries légères et une batterie lourde, c’est à cette dernière qu’appartenait le témoin : Heinz REICHENBACH. Le récit qui suit est essentiellement tiré de son carnet de route (lettre du 30 mars 1994).

9 juin 1940

La 10e Batterie se dirigea vers le sud en direction de Catigny et Lagny en laissant le village de Campagne sur sa gauche. Là on apprit que l’ennemi s’était retiré de 30 km au cours de la nuit dernière.

Au cours de notre progression on découvrit les traces des durs combats de la veille. Partout, dans les jardins, dans les rues et les chemins on voyait des soldats et des bêtes tués qui se décomposaient très vite à cause de la chaleur estivale. Une batterie française lourdement chargée avait été prise pour cible par notre artillerie en cours de route et avait été détruite. Les chevaux gisaient dans les harnais. Les pièces étaient en partie détruites.

Notre marche se poursuivit sans encombre par Suzoy, Ville, Passel, la Divette, Chiry, Ribécourt en direction de Béthancourt. A cause d’une coupure de la route on fit demi-tour en direction de Machemont et Mélicoq pour rejoindre la route principale. On l’atteignit à hauteur de Thourotte et l’on se dirigea vers Longueuil-Annel. On obliqua à droite vers Giraumont. On cantonna peu avant cette localité et le bivouac fut installé dans un bois. La 10e Batterie devait prendre position près de Bienville au nord de Compiègne.

L’aviation française effectua des reconnaissances nocturnes et lança des bombes éclairantes sur tout le secteur
Dans le secteur au sud de la Divette entre Passel et Ribécourt on avait vu les traces de la déroute des troupes françaises. Les bas-côtés et la chaussée étaient jonchés de casques et d’équipements. Des barricades avaient été érigées à la hâte avec des charrettes remplies de pierres et des automobiles. Certaines particulièrement écoeurantes étaient faites de bétail tué, des vaches et des chevaux. Les animaux empilés gonflaient et éclataient avec la chaleur dégageant une odeur insupportable.

10 juin

Importants mouvements de troupes allemandes en direction de Compiègne. Dans la matinée le 10./AR 194 installa un poste d’obversation au Mont de César. La colline dans la forêt de Compiègne fut prise sous des les tirs nourris de l’artillerie française. Le commandant de notre IV.Abt / AR 194, Le Lieutenant-Colonel Matzke, y installa son PC et dirigea en personne les tirs sur des cibles précises dans Compiègne.

11 juin

On marcha des heures dans la forêt de Compiègne. Là aussi il y avait eu de durs combats la veille. Sur la large chaussée en béton je vis cinq tanks français détruits. Manifestement le commandement français avait tenté de stabiliser le front. Les services de santé allemands s’occupaient des tués et des blessés français. Dans la matinée le 10./AR 194 quitta Bienville pour Compiègne dont on s’était emparé la veille au soir.

La ville offrait un triste spectacle. Nous avons traversé la voie ferrée et vu la gare qui brûlait encore au milieu des ruines. Nos soldats et cheminots s’activaient déjà avec des civils aux travaux de déblaiements. Tous les pont sur l’Oise avaient sauté. On traversa sur un pont de bâteaux que nos pionniers avaient déjà lancé. On croisait toujours plus de groupes de prisonniers.

À Gilocourt on quitta le forêt et on se dirigea vers Béthancourt-en-Valois tout proche. La 10e Batterie prit la direction de Crépy pour s’installer sur de nouvelles positions. On ne tira pas de là. La batterie traversa Glaignes et Huleux et occupa une nouvelle position. Ce village était sous le feu nourri de l’artillerie française. Un violent orage accompagné de fortes pluies gêna l’avancée des travaux.

12 juin

Tôt le matin l’observatoire de la batterie fut établi au Mont Cornon. Vers midi changement de position pour Fresnoy-le-Luat. On se dirigea vers la sucrerie de Beaurain au sud

Dans l’après-midi toutes les batteries tirèrent sur Crépy-en-Valois.

Dans la soirée nous fûmes pris sous des tirs de contrebatterie si violents qu’il fallut déplacer le train de combat. Nos positions furent aussi touchées. Il fallut aussi se creuser des trous derrière le mur d’un parc pour se protéger des éclats tout en s’abritant de la pluie avec les toiles de tentes. Malgré l’intensité des tirs il n’y eu, Dieu soit loué, aucune perte

13 juin

Vers midi reprise de la progression vers l’est. Le IV.AR.194 qui avait soutenu une division voisine pendant deux jours rentra dans le giron de la 94 ID.

On traversa Duvy pour atteindre Crépy-en-Valois sévèrement bombardé. Sous un meilleur temps on traversa Levignen et on installa le bivouac pour la nuit à Boissy-Fresnoy.

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 – janvier 2012

Historiques et témoignage (USA)

 

125px-US_flag_30_stars.svg Historiques et témoignages 125px-US_flag_30_stars.svg

 

Division
Unités rattachées
Passage dans l’Oise
Date
28th ID 117th IR Captain Blakeney Charles S. , Compiègne 2/9/1944
4th FG 336th FS
Captain Don Gentile, Compiègne
14/1/1944
55th FG 343rd FS
1st Lt Hjelm Rex Paul, Bailleul-le-Soc
11/6/1944
353rd FG 
352nd FS 
Captain James N. Poindexter, Margny-les-Compiègne
7/6/ 1944
355th FG  358th FS 1st Lt Cleveland J. BRIEN Jr
Lamotte et Saint-Etienne Roilaye 
18/8/1944 
404th FG 508th FS Major Joe Sherwood Compiègne 1/9/ 1944
406th FG 512 FS Major William H. Merrian, Saint-Leu-d’Esserent 3/6/ 1944
44th BG 67th BS
506th BS
id

id

42-52616 C-Bar, Carter, GLORY BEE, Creil
41-29496 Bar-Q, Scudday, ARIES
42-95209 Bar-W, Stone
42-50339 Bar-C, Tucker FUEDIN’ WAGON

27/6/ 1944
95th BG 336th BS 42-30674, Cincinnati Queen, ET-C Campremy décembre 1943
391st BG 573rd BS 1st Lt Edmond B. Dunn, Roye-Amy 2/12/ 1944
IX Engineer Command 843rd EAB Beauvais-Tillé septembre 1944

Historiques et témoignages

 

Historiques et témoignages

 

Division
Unités rattachées
Passage dans l’Oise
Date
11ème D.I.
11e D.I.
Commandement de la 11e D.I. à la date du 10 mai 1940
10/5/1940
26e R.I.
11e Cie
Témoignage du 1ère Classe Marcel Clément
Pont-Sainte-Maxence, Compiègne, Attichy, Croutoy, Rozières
20 mai au 11 juin 1940
26e RI,
C.A.2
Ponts sur l’Aisne, forêt de Compiègne, Choisy-au-Bac, Aumont, Ormoy-Villers, Béthisy-Saint-Pierre, Villeneuve, Rosières, Nanteuil-le-Haudouin
26 mai au 13 juin 1940
170e RI
Témoignage du Caporal Jean Monnerie
La Croix-Saint-Ouen, forêt de Compiègne, Gillocourt
13 juin 1940
170e R.I.
7e Cie
Souvenirs du sergent-chef Claudon, chef de la 4e section de F.V. Plessis-Belleville, Borest, forêt de Compiègne, Trosly, Ressons …
24 mai au 8 juin 1940
170e R.I.
Souvenirs du Lieutenant Post
23/5 – 13/6 1940
170e R.I
2e Bataillon
JMO – Secteur de Vic-sur-Aisne
5 au 12 juin 1940
30e BCP
Verberie, Compiègne, Rethondes, Trosly -Breuil, Vieux-Moulin, Orrouy, Ormoy-Villers,Duvy
mai – juin 1940
61e BCP
Témoignage du Sous-lieutenant DÉSÉRABLE, CA
Ormoy-Villers, Charbonnières, forêt de Compiègne, Duvy
11 au 13/6 1940
8e RAD
JMO
Brasseuse, Saint-Jean-aux-Bois, Cuise-la-Motte, Martimont, Attichy, Jaulzy, Chelles, Mont-Berny, Morienval, Perroy-les-Gombries.
23 mai au 12 juin 1940
8e RAD
Rapports
1er – 11/6 1940
208e RALD JMO 18/5 – 12/6 1940
13ème D.I.
28e RA
Capitaine LETANTER
d’Amiens à Granvilliers
24 mai au 6 juin 1940
24ème D.I.
Centre d’Instruction Divisionnaire 24
Témoignage du Sous-Lieutenant Pierre MESSIN
24 mai au 10 juin 1940
29ème D.I.
24e BCA
2e Cie
Carnet de guerre du Sergent-chef Lucien MARTELLI
fin mai – 12/6/ 1940
141e RIA
Encadrement
mai 1940
42ème D.I.
94e RI
Verberie, Pont-Sainte-Maxence, Les Ageux, Forêt d’Halatte, Forêt d’Ermenonville, Senlis, Creil, Chantilly, Boran-sur-Oise.
8 au 11 juin 1940
47ème D.I.
109e RI
(1ère partie) Combats de Crapeaumesnil
5 au 8 juin 1940
109e RI
(2eme partie) Combats de Crapeaumesnil à Senlis
9 au 12 juin 1940
44e BCP
Capitaine Guéneau de Mussy – Eraine, Cressonsacq, Blincourt
juin 1940
44e BCP
Sergent-chef Michel Robbe
Guerbigny, Pont-Sainte-Maxence, Montlognon
5 au 8 juin 1940
57ème D.I.
66e BCP
Témoignage du 2e classe Raymond Garnier
Boullare, Etavigny, Acy-en-Multien
9 au 12 juin 1940
4ème D.I.C.
2e RIC
Position des officiers
25/6/1940
12e RAC
Évocation de l’Aspirant André Lavaud – Maignelay
juin 1940
74e Bataillon du Génie
Sergent Henri Boré, 2e Cie, 3e Section
Saint-Just-en-Chaussée, Lieuvillers, Erquinvillers, Cressonsaq, Pont-Sainte-Maxence, Senlis, La Chapelle-en-Serval
8 au 9 juin 1940
610e Régiment de Pionniers
Extrait du JMO
9 et 10 juin 1940
610e Régiment de Pionniers
Caporal Jean Hervagault,1er Bn, 1ère Cie
Angivillers, Montdidier
10 juin 1940
7ème D.I.C.
7e DIC
Historique
juin 1940
7e RIC
Rapport du Chef de bataillon Musso, Cdt du III / 7 RIC
Pont-sainte-Maxence, les Ageux
10 juin 1940
7e RIC
Rapport du Capitaine Forgeron
Mareuil-la-Motte, Verberie, Saint-Sauveur
9 au 11 juin 1940
33e RICMS
Encadrement
juin 1940
33e RICMS
Porquéricourt, Suzoy, Larbroye, Vauchelles, Saint-Jean-aux-Bois, Rully, Baron
juin 1940
7ème D.I.N.A.
97e GRDI
JMO
Maignelay, Ravenel, Noroy, Erquinvilliers, Verberie, Aumont, Lamécourt, Faverolles, Pont-Sainte-Maxence
8 au 10 juin 1940
97e GRDI
Lieutenant-colonel Lacombe de la Tour
Bois de Noroy
9 juin 1940
34e Escadron anti-char
Récit du Lieutenant Decarpigny
Erquinvillers, Lamécourt, Sacy-le-Grand, Pont-Sainte-Maxence.
juin 1940
81e RANA
Robert Bassac – Erquinvillers
9 juin 1940
87ème D.I.A.
9e Zouaves
Lieutenant Élie Chétrit, 2e Cie
Crépy-en-Valois, Basoche
10 au 12 juin 1940
Divers
34e BCC Combat de Lieuvillers 9 juin 1940
6e GAM
Les origines de cette unité qui stationnait à Compiègne [Texte inédit]
217e RR
Programme de spectacle de troupe stationnée à Baron, 5e Cie
29/12 1939
222e RR Ordre du Régiment 6/7/ 1940
224e RR Courrier 19/11/1939
406e RADCA,
302e Batterie
Saint-Leu d’Esserent, Creil, Cinqueux, Précy-sur-Oise, Gouvieux, Saint-Vast-lès-Mello,
nov. 1939
8 juin 1940
GB II / 23 Capitaine Marchand, LeO 451 N° 214 6/6/1940

 

Combat dans la vallée de l’Aisne (mai-septembre 1944)

Combat dans la vallée de l’Aisne

Entre mai et le 1er septembre 1944 dans la vallée de l’Aisne

Ça s’est passé il y a déjà quinze ans ! Ces incidents de guerre, menus, si on les compare aux souffrances des villes martyres, dont Beauvais fut un triste exemple, n’en ont pas moins frappé nos populations rurales qui, si elles n’ont pas été touchées de façon spectaculaire, ont payé quand même leur tribut à la guerre. Déportés, prisonniers, requis, difficultés de ravitaillement dans une région pourtant agricole et… la présence de la Nationale 31 traversant Trosly, Breuil, Lamotte et Couloisy, attirant les chasseurs américains en quête de cibles. Si l’on ajoute que la voie ferrée est parallèle à la route, le tableau est complet. Quant à la rivière, l’Aisne, parlons-en pour mémoire : les écluses de Couloisy et d’Hérant ayant sauté, aidées en cela par des mains mystérieuses, la circulation sur la rivière se limitait à celle des barques de pêcheurs. Une des portes de l’écluse d’Hérant était tordue, fort proprement, et affectait la forme d’une spire laissant perplexes (nous en fûmes témoins) les officiers occupants venus constater les dégâts.

Les premières bombes

Tout a commencé le samedi 20 Mai 1944, par le bombardement de l’importante base d’aviation de Croutoy.
Le lendemain, mitraillage de wagons en gare de Lamotte ; et ce fut tout pour la semaine. Le samedi 3 juin, bombardement : le terrain d’atterrissage de secours situe près de là, l’A.B.L.A., en prit un « sérieux coup ». Le tout était arrose d’un sérieux mitraillage, ce qui donna l’occasion aux enfants de Breuil de ramasser les douilles de balles de mitrailleuse et de les exhiber avec beaucoup de satisfaction à tout le monde, voire même de les offrir… en souvenir aux « verts de gris ».
Les semaines qui suivirent furent assez calmes : les occupants se montrant malgré tout assez nerveux et la population narquoise ; le débarquement du 6 juin en était la cause.
Le Jeudi 22 juin, activité aérienne très marquée, malgré le tir des Allemands installés à la cantine Bozel-Malétra, depuis le 4 janvier. Ce tir, totalement inefficace, provoque un lâcher de bombes encadrant la cantine, mais malheureusement les cafés Duriez et Roppée, près de la gare, en firent les frais. Toitures soufflées, vitres cassées dans la cité Bozel et, dans les villas de la Pierre Sautée, bombes sur la voie, dans les jardins et même dans la rivière. Par bonheur, pas de victimes.
Samedi ler Juillet, encore quelques bombes dans la rivière. Le mois de juillet fut relativement tranquille, excepté quelques mitraillages effectués par des Canadiens.

Des souris qui ont l’air … de rats

Le Vendredi 4 août, un « Junker 52 » emporte vers l’Allemagne le capitaine Sturn, commandant le terrain de secours situé vers la S.A.B.L.A. Quant aux appareils dépendant dudit terrain, l’un fut abattu dans la région de Ribécourt, et deux autres incendiés à Croutoy par la chasse américaine.
Le samedi 12 août, bombardement en gare de Rethondes et mitraillage de trains servant de cantonnement à une formation de jeunesse hitlérienne. Nombreuses victimes militaires. Un pilote allemand traverse mélancoliquement Trosly, son parachute sur l’épaule.
Mardi 15 août, sur la Nationale 31, commencement de la retraite Allemande. Troupes à pieds « en colonne par un » sur lés bas-côtés de la route. De nombreux convois refluent sur Soissons. Chars et half-tracks… Les conducteurs et les servants des armes automatiques, l’air mauvais, cherchent visiblement un prétexte. Quelques militaires sont accompagnés de « souris grises » ayant l’air plus « rat » que jamais.

Retraite sans flambeaux

Jeudi 17 août, la retraite (sans flambeaux) continue, avec des engins de plus en plus nombreux et plus ou moins bien camouflés. Le moral est bas et la morgue a disparu. Dans la journée, attaques rapides et répétées de chasseurs bombardiers américains à la base de Croutoy, manoeuvre de trains allemands à la gare de Lamotte-Breuil.
Vendredi 18 août, manoeuvre, en gare de Lamotte, d’un train de munitions venant de Rethondes. A dix heures, attaque à la mitrailleuse par des chasseurs. De nombreuses balles incendiaires, six explosions successives… Dégâts dans les cités Bozel-Malétra, circulation interrompue sur la voie. Le lendemain, les habitants des cités Lamotte trouvent le voisinage des wagons d’obus de mauvaise augure et les poussent vers Breuil. Les habitants de Breuil les repassent à ceux de Trosly, qui, à leur tour, poussent les wagons néfastes à l’orée de la forêt.
Les 22 et 23 août, très forte activité aérienne, mitraillage sur Croutoy. La retraite continue. La forêt est devenue zone dangereuse pour les groupes qui s’y hasardent. Une carte d’état-major montre des hachures rouges et des « Atchung » en divers endroits.
Vendredi 25 août, à 15 heures, attaque en virtuose, par un chasseur américain d’une automitrailleuse découverte, au carrefour de Lamotte, dans un endroit pourtant abrité. Une seule rafale et c’est l’incendie. Mais ces « Messieurs » avaient eu le temps de « voir venir » et seul un malheureux chien à l’attache dans le véhicule, périt carbonisé.

Rien ne va plus

De nombreuses réquisitions, particulièrement des vélos, sont opérées, sans bon de réquisition naturellement, le tout appuyé d’un maniement d’armes significatif. Départ du train sanitaire formé en gare de Lamotte. Train formé de wagons de marchandises aménagés, sur lesquels ont été cloués des panneaux à croix de Genève. Le moral des blessés est très bas.
Dimanche 27 août, formation d’un nouveau train sanitaire en gare de Lamotte. Des blessés légers circulent dans les cités et mordent à même des tomates dans les jardins. Plus un ne songe à gagner la guerre, ils ne sont même pas agressifs, preuve flagrante d’un moral anémié.
Lundi 28 août, à 18 heures, 36 forteresses volantes accompagnées de 35 chasseurs vont bombarder un dépôt vers St-Leger-aux-Bois. Le soir, à 22 heures, incendie de la maison du docteur Grunberg, à Lamotte. ( incendie volontaire par les S.S. qui y cantonnaient). Incendie, volontaire aussi d’un camion en panne à Trosly. Un habitant y récupère un fusil de guerre américain, et s’en servira par la suite pour faire des prisonniers. A Berneuil, explosion à la carrière. Le soir l’ambulance de campagne qui stationnait à la cantine Bozel-Malétra depuis quelques jours, vide les lieux et se replie sur Cambrai. La canonnade devient très perceptible et ne cessera qu’à la Libération.
Mercredi 30 août, la circulation est maintenant presque nulle sur la Nationale 31. L’activité aérienne est très réduite, tous les volets sont fermés. Des cyclistes porteurs de mystérieux paquets se rendent à Pierrefonds par des voies détournées. Les quelques Allemands qui passent se montrent très agressifs et ont le coup de fusil prompt. Quelques personnes essuient des balles au carrefour de Lamotte. Signalons qu’à la « coopé » de l’usine Bozel-Malétra, les stocks de teinture bleu et rouge sont épuisés. Il se prépare une éclosion de drapeaux tricolores.

Les dernières heures de l’occupation

Jeudi 21 août. Ciel à demi couvert, circulation nulle. On entend toujours le canon. Les bruits les plus fantaisistes circulent. Les Allemands qui passent isolés le sont moins. Vers 18 heures, une batterie de 4 pièces de 120 s’installe de Lamotte à Breuil en bordure de la route nationale. Cela intéresse beaucoup les enfants. Le P.C. de la batterie est à Berneuil et dirige le tir par liaison téléphonique et hippomobile, protégeant ainsi la batterie d’une agression éventuelle. Les pointeurs sont Allemands et les servants sont des Russes transfuges et des Mongols. La batterie tire environ 150 obus, par rafales de huit à douze coups et décroche par échelons successifs en direction de Berneuil, tandis qu’un engin « tout-terrain » se replie vers le même point. Au cours de la nuit, quelques tirs de réglage d’armes automatiques allemandes, tirant de la rive droite de l’Aisne, cependant qu’à Berneuil la Résistance fait quelques prisonniers qui sont enfermés dans une cave. Sur la rive gauche, seconde partie de la nuit assez calme. Quelques embuscades sont tendues aux Allemands tentant le passage en barque de la rivière.

La Libération

1er Septembre 1944 … La Libération !
A quatre heures du matin, les Allemands font sauter le pont de Berneuil, occasionnant des dégâts dans les cités et à la centrale thermique de l’usine Bozel. On entend quelques obus et des tirs de mitrailleuse du côté de Rethondes. A 11H30, les Américains sont signalés à la Mairie de Cuise-la-Motte. A 12H15, la première Jeep apparaît au carrefour de Lamotte. Une colonne follement ovationnée suit et traverse l’Aisne, sur des radeaux, pour s’égailler dans les champs et investir Bemeuil-sur-Aisne à la recherche du contact avec l’ennemi. Les prisonniers allemands sont remis aux Américains et c’est un spectacle bien agréable de les voir sortant de la cave, les mains en l’air, et fort dociles.
L’un d’eux, un sous-officier, remercie les Résistants de les avoir traités humainement (leurs officiers les avaient prévenus qu’ils seraient massacrés s’ils tombaient entre les mains des Français !). Parmi les Résistants, on remarque des « moustaches blanches » anciens poilus de 14-18. Pendant ce temps, le Génie américain installe rapidement un pont de bateaux pour le passage des chars, tandis que l’infanterie traverse l’Aisne sur une passerelle légère. Des canons de D.C.A. sont immédiatement mis en batterie aux environs du pont. Toute la population de Berneuil et de Lamotte est massée de chaque côté de la rivière pendant que les pontonniers, impassibles, assemblent poutrelles et bateaux. Deux heures après, un « bulldozer » attaque la rive opposée, et les chars passent.
A la question que nous posons au capitaine dirigeant la Cie de Génie sur la présence des canons de D.C.A. en position de combat, celui-ci nous répond en montrant la foule : « c’est le premier pont que nous faisons sans être bombardés »… Sans commentaires.
L’armée américaine continue à investir la région et une colonne gagne Trosly, s’installant dans les villas de l’usine, au mess et à la Direction. La population acclame les soldats. Une ambulance est installée à Lamotte et deux résistants d’Attichy, blessés le matin même y sont transportés, cependant qu’à Berneuil, le corps de M. Gaston Poussot, chef militaire cantonal de Libération Nord, instituteur de la commune, tombé le matin sur le plateau de Berneuil est ramené à son domicile.
Pendant ce temps, un officier français des Services des renseignements, interroge des prisonniers dans une villa de la Pierre Sautée où il a établi son P.C. Cette villa était celle occupée par M. Gestenhader et sa famille. Ces derniers furent arrêtés par la Gestapo le 4 Janvier 1944 et périrent dans les bagnes nazis.
Samedi 2 septembre : aux premières heures du jour, la division américaine s’ébranle vers le Nord en direction du Luxembourg. Parmi eux, quelques éléments de la glorieuse 2e D.B.
Des groupes isolés d’Allemands sont encore signalés en foret de Compiègne et en forêt de Laigue, mais la Libération est faite et la vie s’organise. Quelques-uns sortent de la clandestinité et n’ont plus cette hantise de toujours y retourner et de se sentir traqués.
La presse libre est largement diffusée et c’est par elle qu’avant toute reprise du courrier, parviendront aux familles de Trosly, Berneuil, Cuise et la région, des nouvelles de leurs enfants qui se sont engagés nombreux, dans les unités F.F.I. ou dans les formations de la lère Armée Française.

Chronique de M. J. MARCEAU
Ce texte a été publié dans le bulletin communal de Cuise-la_Motte en 1994

Dépliant Ligne Chauvineau

Les élèves du collège de Betz poursuivent leurs travaux sous la houlette de Thierry ABRAN. Cette fois il ne s’est pas agit de manier la pelle et la pioche mais de travailler à l’élaboration d’un dépliant touristique avec la Direction Régionale du Patrimoine Culturel. Le résultat est à télécharger ci-dessous. Un grand bravo pour cette initiative et la qualité du travail !

Dépliant Ligne Chauvineau

Des Sénégalais de l’an 40 … dans l’Oise

En consultant les dossiers de la Cour de justice de l’Oise, qui s’est tenue d’octobre 1944 à octobre 1945 à Beauvais, j’ai pu percevoir le sort souvent tragique dont été victimes des soldats africains enrôlés dans l’armée française et désignés sous le terme générique de « Sénégalais ». La plupart des événements évoqués dans ces dossiers se sont déroulés en juin 1940.

Il faut d’abord rappeler le contexte. La ligne Weygand joignait la Somme, une partie du canal de Saint-Quentin, le canal Crozat qui reliait la Somme à l’Oise, le canal de l’Aisne à l’Oise, enfin l’Aisne à l’Argonne. La ligne de front dessinait un saillant important d’Offoy à Chauny. Le pivot du dispositif était la ville de Noyon. Les divisions chargées de la défense de la zone comprenaient de nombreux régiments coloniaux, des « zouaves » aussi bien que des tirailleurs algériens ou des « sénégalais ». Le 8 juin, à l’ouest du département, la VIIe armée du général Frère avait cédé. Deux régiments de tirailleurs sénégalais avaient été anéantis et les quelques survivants fusillés sur place au mépris des lois de la guerre en usage jusqu’alors. Le 12 juin 1940, le général Weygand donne un ordre de retraite général. La 4e division d’infanterie coloniale est disloquée. Dans sa zone de repli, des massacres de Sénégalais perpétrés par les Allemands ont lieu dans l’Oise à Angivillers, Lieuvillers, La Neuville-Roy, Cressonsacq et Erquinvillers. Dans la débâcle, des combattants ont pu se trouver isolés de leur unité : c’est l’origine des faits évoqués quatre ans plus tard devant la cour de Justice de l’Oise.

Le 26 juin 1940, un certain Hardy 60 ans, manouvrier à Cambronne-les-Ribécourt, était informé qu’un soldat Noir se cachait dans une ferme vidée de ses habitants. Il ramenait à son domicile pour le restaurer et l’héberger ce soldat de l’armée française qui avait échappé jusqu’alors aux recherches de [1]. Il était accompagné d’un sieur Defouloy. Hardy fut aperçu avec le Noir par une dame D…..née Lucienne P….., 30 ans,qui alla aussitôt alerter les Allemands en bicyclette. Ces derniers guidés par la dénonciatrice vinrent s’emparer du soldat, le dépouillèrent de ses attributs militaires et l’emmenèrent. Le soldat aurait été fusillé le lendemain à Thourotte.

 

Témoignage de la dame D…..s :

«  Vers la fin de juin 1940, ayant aperçu un soldat sénégalais de l’armée française qui se cachait à Cambronne-les-Ribécourt, j’ai été impressionnée et suis partie immédiatement immédiatement en bicyclette. Arrivée sur la route nationale, j’ai vu une moto side-car montée par trois soldats allemands, je leur ai fait signe de s’arrêter, ce qu’ils ont fait, je leur ai alors dit qu’un soldat sénégalais se cachait à Cambronne-les-Ribécourt. Je les ai guidés jusque chez Hardy où ils ont capturé ce soldat. C’est la peur de voir un homme noir qui m’a fait agir aussi bêtement  ».

 

Sous l’Occupation, Lucienne D….. est partie travailler en Allemagne comme volontaire. Revenue en France, elle a été tondue à la Libération et condamnée le 12 avril 1945 à 4 ans d’emprisonnement et à l’indignité nationale.

 * * * * * 

En juin 1940, Jules A….., aide garde-chasse à Erquery, 52 ans et maire provisoire du village,est prévenu par l’institutrice que 5 soldats indigènes se sont réfugiés depuis une semaine chez un habitant de la commune. Parmi eux, on compte deux blessés. Il va les chercher et les conduit à la Kommandantur de Clermont.

 

Témoignage de Jules A….. [2] :

«  Je suis persuadé d’avoir agi en bon Français et d’avoir sauvé la vie de ces sodats indigènes. Le lendemain, Erquery était occupé par une unité d’artilleurs allemands. Ils auraient certainement découvert et fusillé les soldats indigènes. J’en avais vu fusiller un, quelques jours auparavant,sur la route Compiègne-Clermont par des automobilistes allemands de passage. Ils se sont arrêtés à hauteur du soldat indigène et sans descendre de voiture, ils l’ont abattu comme un chien. Ils sont ensuite repartis sans s’occuper de lui  ».

 * * * * *

Dossier Corneille V….., 38 ans, Hollandais, agriculteur à Campeaux [3] :

Témoignage de Paul Bigand, chef cantonnier,
président du comité de Libération, le 7 mai 1945 :

 

« Corneille V….., avec la complicité de son père et de ses deux frères, a organisé une véritable chasse aux soldats français camouflés dans la commune. Deux soldats sénégalais répondant au nom de Ratsarattefatra cannonnier du 2e RAC et Mazarat René du 221e RALC furent fusillés le 7 juin 1940 puis déposés dans le cimetière de Campeaux ».

 

Témoignage de Léontine Virmontois, 42 ans, ménagère :

 

«  Le 7 juin 1940, dans l’après- midi, je me trouvais dans mon jardin lorsque le nommé Vermunt m’a crié de l’herbage en me demandant si je n’avais pas vu des Noirs dans les parages. Je n’ai pas prêté attention et lui ai répondu « oui, ils viennent de sauter la barrière en face ». Quelques instants après, les Allemands sont venus chez moi et ont perquisitionné partout dans ma maison. Puis ils sont partis. Le lendemain dans la journée, ils ont battu les herbages en face de chez moi et ont découvert les soldats Noirs. Quelques instants plus tard, j’ai entendu tirer et j’ai vu ramener le cadavre d’un soldat Noir. Sans aucun doute, c’est Vermunt Corneille qui est à l’origine de la perquisition effectuée à mon domicile par les Allemands et c’est lui qui a dénoncé aux Allemandsla présence des soldats Noirs dans l’herbage ».

* * * * *

Le 13 juin 1940, plusieurs « Sénégalais » se tenaient dans une pâture, trois semble-t-il, sur le territoire de la commune de Romescamps. Ils ont été dénoncés aux autorités allemandes par une dame Croisier, retraitée, 55ans, et faits prisonniers.
Par ailleurs quatre autres Sénégalais auraient été fusillés près de Romescamps. Ils auraient été dénoncés par un certain L….., mort de vieillesse sous l’occupation [4].

 

Laissons au lecteur le soin de conclure.

 

 

© Françoise Leclère-Rosenzweig- Picardie 1939 – 1945 – août 2013)

[1Extrait du dossier de la Cour de justice. ADO 998W47193

[2ADO 998W47194

[3ADO 998W47206

[4Rapport de l’inspecteur de police Duménil à la Libération

Transportgruppe 30 – Uffz Leo FOLLMANN

Uffz Leo FOLLMANN

Transportgruppe 30

TG30

En juin 1944, le Transportgruppe 30 vint stationner à Orly pour ravitailler le front de Normandie en larguant des containers sur les poches isolées. Les Heinkel 111 subissant des pertes terribles et des bombardements continuels de son terrain, l’unité fut repliée.et se trouvait en Allemagne en août 1944. Elle continua cependant à assurer ses missions de nuit en utilisant les aérodromes qui pouvaient offrir un ravitaillement en carburant, c’était le cas de Creil. Parmi les pilotes se trouvaient un jeune sous-officier de 20 ans : Leo Follmann.

leo
L’insigne qu’il porte est le brevet de pilote. Cette photo date d’avant avril 1944 car il n’arbore pas encore l’insigne des blessés en fer qui lui fut décerné

leo 2

Quelques mois plus tard son chef d’escadrille envoyait la lettre suivante à la famille :

            Werner Beilhartz                                                                                                         le 9 septembre 1944
Oberleutant et chef d’escadrille

 

Monsieur
Albert Follmann
Volinghausen über Soest/ i. w.

                       Très cher Monsieur Follmann

En tant que chef d’escadrille j’ai la pénible tâche de vous informer que votre fils Leo né le 10/2/1924 n’est pas rentré d’un vol le 22/8/44 et dans l’état actuel de nos informations est porté disparu.

Votre fils est parti de la base de Creil avec son équipage dans la nuit du 21 au 22 en direction de Bernay pour ravitailler nos troupes au sol engagées dans de durs combats. Nous n’avons pas eu de nouvelles depuis. Il n’y a pas eu d’appels de détresse.

Nous avons perdu avec votre fils camarade plein de fraîcheur et en même temps un chef de bord qui en dépit de son jeune âge tenait son rang au milieu de ses camarades.

Nous avons encore le solide espoir qu’il pourra rentrer parmi nous. Il y a aussi l’éventualité d’un atterrissage forcé dans les lignes ennemies où il aurait pu être capturé ou d’avoir été recueilli par une de nos unités ou se trouver dans un hôpital sans que l’ont ait de nouvelles à cause du front très changeant. Dès que nous aurons des précisions, cher Monsieur Follmann, nous vous en informerons au plus vite.

Dans cet espoir je vous salue au nom de l’ensemble de l’escadrille.

                                                                                                                     Werner Beilhartz
                                                                                                                 Oberleutant et chef d’escadrille

PS : les affaires personnelles de votre fils ont été rassemblées et empaquetées et vous seront acheminées dans les plus brefs délais par un camarade de l’escadrille.

Leo n’est jamais rentré, son Heinkel 111 n° 701671 codé S3+HH s’est écrasé près de Paris le 22 août 1944. Il est enterré au Fort de Malmaison Block5, Rangée 39, tombe 1777. Le reste de l’équipage a également péri : Ogef Rudolf Boseckert, Uffz Rolf Uhlig, Ogef. Heinz Grunert, Uffz. Wilhelm Geissner.

Son chef d’escadrille eut plus de chance, il fut abattu le 26 octobre 1944 au sud de Dunkerque à bord du He 111 S3+DL wn 700881, et fait prisonnier.

Sources: collection de Marc Garlasco, New York

©  Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 -avril 2016