Capitaine Marchand, GB II / 23

Capitaine Marchand
Groupe de Bombardement II / 23

march1

 

LeO 451 N° 214

Capitaine Marchand  Chef de Bord
Sergent Defendini  Pilote  …
Adjudant Mariani  Radio …
Caporal-Chef Boileau  Canonnier

 

march22



Récit du caporal-chef Robert Boileau

 « 6 juin, 14H15 : rassemblement des équipages, mise en alerte de vol. Le capitaine nous retrouve et nous explique notre mission : bombardement de Panzer dans la région de Chaulnes et de Poix. Quelle altitude mon capitaine ? 800 mètres; je hausse les épaules, il me regarde, ne dit rien, mais je sais qu’il pense comme moi. Pas la peine d’avoir monté notre beau viseur perfectionné, qui ne sert que de 4 à 8000 mètres, pour viser au « pif ». D’autre part notre LeO, dès qu’il est vers 5000 tape le 520 à l’heure, alors que vers 800 ou 1000 mètres il ne fait que 360. Nous aurons la chasse, dit-il pour nous consoler.

Et nous allons occuper nos postes. Au moment de partir, Defendini remet ses papiers personnels à notre mécano, je ne sais si d’autres papiers lui ont été confiés, mais j’ai refusé gentiment de laisser en garde les miens. Les moteurs ronflent, le pilote est moins doux que d’ordinaire et en sortant le LeO du camouflage, donne un coup de gaz un peu fort et un chêne rend oblique la dérive droite, le gouvernail fonctionne alors nous prenons la piste, point fixe, et départ, nous effaçons la piste. Defendini coupe les gaz, nous reprenons la piste. Nous l’effaçons à nouveau et roulons dans du blé très haut, je remarque que le bout des ailes vibre très fortement, à la sortie du champ de blé Defendini arrache le taxi, nous arrivons dans un champ de pommes de terre, et quatre femmes étaient en train d’y travailler. Une fois le régime des moteurs revenu à la normale, les ailes ont cessé de vibrer. Nous tournons en cercle en attendant nos équipiers, les LeO du capitaine Bienvenu et du lieutenant Berrard 1

 

march3

 

Ceux-ci décollent sans histoire et au moment de prendre notre cap, beaucoup de bras s’agitent à terre, nous faisons au revoir, nous aussi. En fait ce n’était pas au revoir mais coupez les moteurs que l’on voulait nous dire, mission annulée, personne n’avait pensé à utiliser la radio. J’ai appris cela 25 ans plus tard de la bouche de 1’adjudantVoisine devenu commandant. C’en est fait, chacun à son poste, les 3 LeO volent de concert, le 214 en tête, à ma droite Bienvenu et à son bord le canonnier adjudant-chef Jean qui m’avait dit « dès que je verrai des Allemands je tirerai 3 coups de canon, tu seras averti ». Nous n’allons pas vers notre but, afin de pouvoir bombarder avec comme allié le soleil, si beau dans ce ciel bleu. Peu de temps après nous apercevons au loin de la fumée et des flammes. En un instant, nous survolons ce qui brûle : c’est Montdidier et tout un serpent de feu qui, à mon avis, doit renseigner l’aviation ennemie sur l’avance de ses troupes au sol. A partir de ce moment, le ciel est obscurci et l’odeur de la poudre vous prend au nez et à la gorge.

 Je vois des points noirs au loin ! Je pense de suite : c’est la chasse ! Mais tout va très vite, comme je regarde à nouveau de ce côté, je vois trois nuages blancs qui sortent du canon de l’adjudant-chef Jean, j’ai compris ce ne sont pas des Morane. J’en ai compté quarante-sept. Je n’ai pas le temps de rêver, maintenant des nuages naissent autour de nous, c’est la flak qui nous accueille. À ce moment une trouille impensable me secoue de la tête aux pieds, c’est comme une décharge électrique et tout à fait aussi brève. J’arme mon canon, je suis prêt, j’ai passé le mur de la peur.

 

march-4

Le chef de bord a pris ses dispositions, les trappes du lance-bombes sont ouvertes, j’entends les ordres au téléphone. Les chasseurs qui arrivent en groupe derrière nous se disloquent et cherchent leur cible eux aussi, ce sont bien des Me 109, Un grou­pe de 7 se dirige vers nous, l’un d’eux pique et tire : je crie attaque à gauche. Defendini amorce une manoeuvre mais Marchand ordonne : non tout à droite.

Tout va très vite, Mariani lache une longue rafale, le chargeur de la MAC a dû y passer. Deux 109 se planquent derrière chaque déri­ve, un cinquième dans l’axe du fuselage, je les ajuste l’un après l’autre mais mon canon refuse de tirer. Ces aviateurs connaissent bien le LeO, ils s’amusent avec moi, ils sont tout près, protégés par 1’angle de garde du canon, peu de temps avant un LeO est tombé intact entre leurs mains, ils l’ont étudié savamment.

Un septième 109 reste beaucoup plus haut, plonge vers nous, et tire de loin, il continue d’approcher alors que je l’ai dans mon collimateur, alors plein but sans correction de tir, je lui lâche une rafale, je vois trois de mes obus traçants s’écraser sur le 109, un sur le cockpit et deux autres sur l’avant en plein moteur, comme après chaque traçant, j’avais deux ordinaires, cela faisait au minimum sept impacts mortels. L’avion partit aussitôt en abattée suivi d’une large traînée de fumée noire, en arrivant au sol il explosa. Je l’avais eu, je ne ressentais aucune joie 2

 Je m’apprêtais à chercher une autre cible, lorsque dans un bruit infernal, je ressentis en même temps sur ma cuisse gauche un choc, un souffle qui me colla au sol de ma cabine, j’allais me relever quand une autre rafale fracassa le tableau de bord placé à la hauteur de mes épaules lorsque j’étais debout. Je me relève, je sens quelque chose de chaud qui coule le long de ma jambe droi­te, je dis je suis touché. Il y a un trou de 40 cm de diamètre dans le flanc gauche de la carlingue. L’avion a reçu un coup mortel, il y avait des flammes, Marchand donne l’ordre d’évacuer.

 march5

Orberleutnant Erbo von Kageneck

Ce pilote de 22 ans du 2. / JG1 descendit le LeO du capitaine Marchand. Il fut abattu à son tour en Lybie en décembre 1941 et mourut de ses blessures trois semaines plus tard. Il avait remporté 67 victoires et était chevalier de la Croix de fer avec feuilles de chênes.

 march6

La moitié des bombes ont été larguées, ma trappe d’évacuation est hors service, je passe dans le couloir, vers la porte du fuselage. Pendant ce trajet de trois mètres environ j’essuierai six rafales. C’est la curée, ils tirent avec des balles incendiaires, je vois des traits de feu qui passent de part et d’autre de la carlingue, je me fais tout petit. J’arrive près de la porte, je vois Defendini le regard fixe, il tient l’avion en ligne droite, je lui parle, il ne répond pas : est-il mort ? Je n’en sais rien. Mariani a sauté, je vois son câble d’ouverture automatique accroché, Marchand encore à son poste. Je n’accroche pas mon câble. Je pose un pied sur l’aile, l’avion en piqué pleins moteurs va très vite, je suis arraché de la carlingue, alors que j’essuie une dernière rafale, je tombe à travers les flammes, je m’évanouis, très peu de temps, je suis sur le dos, je vois deux doigts arrachés à ma main gauche, là je repars dans les pommes (c’est mon attitude à la vue du sang). Lorsque je reviens à moi, je me sens comme immobile dans l’air, je tourne sur moi-même, j’aperçois les avions, je reprends mes esprits, je tire sur la poignée du parachute, rien. Je tire plus fort alors un choc formidable, je me retrouve comme un pantin au bout de mes ficelles. Stabilisation : un balancement en arrière, un en avant et pan ! Dans le blé, sur les fesses. Je me relève aussitôt pour voir un énorme panache de fumée, suivi d’une terrible explosion : c’est notre LeO qui vient de terminer sa carrière. Ce si bel avion dont j’étais si heureux d’être le servant. Je ramasse mon parachute déchiré et vais me cacher sous des pommiers, près d’une peupleraie. Bonne idée, un 109 me cherchait en balançant ses ailes, et les peupliers m’ont dissimulé. Le calme revenu, je relève la jambe de mon pantalon, assis dans l’herbe; avec mon couteau, je déchire mon caleçon, je vois ma cuisse pleine de trous, meurtrie et pleine de sang. Je ne souffre pas, le sang ne me choque plus, il me reste une phalange au médium et à l’annulaire gauche, les deuxièmes phalanges n’ont plus que l’os à montrer. Les premières sont parties avec la chair.

C’est le câble de Mariani qui m’a sauvé, sans lui, j’aurai peut-être ouvert mon pépin plus tôt. Mais je suis un peu groggy, et comme j’ai lu dans Paris-Soir que les Allemands achevaient les blessés, alors j’ai eu des idées noires, je sors mon revolver, en faisant ce geste je découvre ma montre où à la place du cadran j’avais glissé la photo de ma femme, elle me sourit. Alors Boileau redevient le bélier qu’il est depuis sa naissance, je fais un garrot à mon poignet avec ma cravate, je me lève et pars vers le soleil, laissant mon parachute et ne gardant que mon revolver. Je traverse un champ de blé et puis un champ de pommes de terre, alors que je me dirige vers une ferme où je pense trouver de quoi me soigner, je suis aperçu par deux motocyclistes qui posent pied à terre et me mettent en joue, c’est à peine si je lève le bras droit, je m’arrête et j’attends : Français ? Oui ! Et j’avance vers les deux inconnus. Le plus âgé que je prends pour un sous-officier vu ses deux galons blancs, se présente : lieutenant Joseph Darnand du 28e CA et caporal-chef Lévy, corps francs. Ils m’amènent sous un hangar plein de bottes de paille, nous discutons sur le combat. Alors que je les interroge, ils me font part de la découverte du corps de Mariani, criblé de balles, plus de trente impacts 3 Je leur indique le lieu où le LeO s’est écrasé, et leur fais part de mes craintes au sujet de Marchand et Defendini, Lévy va chercher mon parachute et tous deux repartent à moto chercher une ambulance. J’assiste à un curieux spectacle en attendant leur retour, douze biplans Henschel 123 s’approchent et à 4 ou 500 mètres d’altitude, tournent en rond jusqu’à ce que l’un d’eux fasse une abattée et lâche deux bombes. Les onze autres font de même, et je vois ce chapelet de bombes tomber vers le sol comme dans une parade. II y avait un convoi de camions sur la route voisine, me dira Darnand à son retour.

Le spectacle est terminé, tout est calme, je vois du blé qui bouge, il n’y a pas de vent, je pointe mon revolver, alors un grand gaillard se lève, il fait un geste et six autres hommes se lèvent et viennent à moi. Les voilà en rond autour de moi, mitraillette au poing :
– D’où sors-tu ?
– Moi je descends de là-haut !
– Parachutiste ?
– Non aviateur !
– Bah ! Tu es le premier que je vois, il n’y a pas d’aviateurs, tu me racontes des blagues !
– Vous n’avez pas vu de combat tout à l’heure ?
– Si !
– Alors vous pensez que les Boches se battent entre eux ?
– Alors, qu’est-ce que tu fais ici ?
– J’attends le lieutenant Darnand
– C’est faux, il est mort !
– Je ne peux te dire autrement, un type en bleu s’est présenté sous ce nom.

On me regardait d’un œil soupçonneux, heureusement voici le lieutenant qui revient. Quel accueil, quelle joie ! Ils s’embrassent comme des gosses.

– On m’avait dit que tu étais mort
-Penses-tu j’ai fait 80 prisonniers aujourd’hui. Je croyais en faire un de plus : pas de chance, c’est un Français.

Pas de galons, en bras de chemise, sans peur. C’étaient nos corps francs.

L’ambulance arrive. L’infirmier Henri Lavastre, un Marseillais m’offre un verre de vin ; je le bois doucement malgré ma soif et je m’aperçois que mon foie est guéri. Je ne souffre pas pour le moment, je ne sens même pas l’alcool à 90 que l’infirmier coule sur mes doigts et mes plaies. Après un pansement général, l’ambulance m’amène à Beaulieu-les-Fontaines, à l’infirmerie de campagne mais je reste dans l’ambulance, parquée dans la cour de la maison. Je vois des fantassins tirer au Lebel sur les avions, essayant en vain d’en abattre. Nous attendons la nuit pour bouger, voulant aller vers Noyon. Un officier cuirassier de son char nous barre la route en nous indiquant un autre chemin. Peu après on nous amène dans l’ambulance un fantassin nommé Chevalet, il est couché, une balle dans l’épaule, une dans un rein et une troisième au genou. On me met assis près du chauffeur pour laisser la place à Chevalet. Dès la nuit nous roulons sans phares, nous croisons des artilleurs, arrêts fréquents et plus ou moins longs. Vers 22 heures, les marmites sifflent et miaulent au-dessus de nos têtes, nous passons à mi-chemin des coups de départ et des explosions. Vers minuit, bien que je souffre depuis quelques heures, je m’endors. Lorsque je m’éveille, l’ambulance est immobile au milieu d’un long convoi, il fait grand jour, environ 5 heures, et déjà dans le ciel le mouchard allemand est à son poste de guet. Un Lorrain vient me trouver je souffre beaucoup, surtout de la main : « Attends je vais te chercher un coup de mirabelle, tu as battu la campagne toute la nuit, tu as réclamé ta femme, dans des phrases très souvent incohérentes. C’est moi qui ai fait la mirabelle, elle est presque pure. bois-la doucement ». Je bois deux gorgées de cette eau-de-vie forte. Nous sommes aux environs de Ribécourt. Déjà j’ai plus chaud, cet élixir a endormi mon mal et pendant le voyage qui me conduira à Senlis, où nous arrivons vers 10 heures, je ne sentirai plus mes blessures. Là, c’est le train sanitaire, départ à 12 heures avec un chargement complet de blessés. J’ai enfin quelque chose à manger. Je peux écrire et envoyer à ma femme une carte prévue à cet effet, direction les Vosges. Je m’endors ensuite, j’ai perdu beaucoup de sang. »

 

Quel fut le sort du capitaine Marchand ? Ce planteur d’Abidjan, âgé de 55 ans, n’a dû la vie sauve que grâce à l’intervention du Corps Franc du 24e BCA.

« En revenant d’Ognolles, à 400 mètres du village, un groupe de la 1ère Compagnie du Capitaine Gillot avait découvert un Officier aviateur français blessé, les deux jambes brisées, son appareil abattu en flammes par des Messerschmidt. Le Capitaine Marchand, de l’Escadre de Bombardement d’Etampes, gisait depuis 48 heures en lisière des taillis sans pouvoir faire un mouvement. Grelottant de douleur et de fièvre. Mourant de soif.

La 1ère Compagnie avait essaye de le transporter sur son parachute replié ; l’excès de douleur avait rendu son transport impossible. II fallait une civière. On avait promis de venir le rechercher.

« Si vous le permettez, mon Commandant, j’y vais. » Darnand venait de se lever. Pour une pareille mission, autorise-t-on Darnand ! Les yeux brillants, vingt volontaires sont déjà prêts : où n’irait-on pas avec lui…? L’ennemi, vers l’Est, le long du canal a largement débordé les villages. Son infiltration révélée par l’observatoire se poursuit, méthodique. N’a-t-il pas à l’ouest profité des bois pour s’infiltrer aussi ? Qu’importe ! Un blessé à sauver est là-bas, un blessé à qui on a promis de revenir. Promesse deux fois sacrée.

Darnand choisit son monde, le Sergent Planet, les Chasseurs Enjalric, Basile, Martelly, d’Aubarède, du Corps Franc, les brancardiers Mouly, Strub, Tailleu et Pepino.

La patrouille part, Planet et ses hommes éclairant la marche de haie en haie, de lisière en lisière. Du P. C., on la suit des yeux tant qu’on peut. Les hommes disparaissent définitivement dans les taillis. Les minutes sont longues, longues… Sera-ce un nouveau Forbach ? Aux aguets on écoute : pas de coups de fusil, pas de crépitement de mitraillette. Seuls les sifflements des 105 fusants, qui encadrent la Panetterie, rompent le silence.

Une heure et demie après son départ, un siècle, Darnand réapparaît en lisière d’un bois. En tête, les brancardiers se relaient. A quelques centaines de mètres derrière eux, Darnand et ses hommes protègent le retour.

Encore cinq minutes. Ils sont là. Le Capitaine Marchand est sauvé. II a été relevé à proximité immédiate de l’ennemi, juste à temps ! Les premières rafales éclatent, le contact vient d’être pris sur le tunnel du canal. On abrite le blessé dans la cave de la Panetterie à cause des fusants qui pleuvent. II demande à boire. II sourit d’un pauvre sourire. II serre avec effusion la main de Darnand et celle du Commandant. « Je ne tomberai pas aux mains des Allemands dit-il. Je n’oublierai jamais les Chasseurs; je leur dois la vie… »

Le soir, transporté à dos d’homme jusqu’à Campagne, sous le feu de l’artillerie ennemie, le Capitaine Marchand allait être évacué. « Mon parachute ? » s’inquiète-t-il, les yeux pleins de fièvre. Le parachute était resté dans la cave de la Panetterie. Pouvait-on ne pas répondre au désir du blessé ? « Fonce », dit à son motocycliste de liaison le Capitaine Laurent aussitôt monté en croupe. Un quart d’heure après, installé sur une sanitaire, serrant précieusement son parachute récupéré, le Capitaine Marchand nous adressait de sa pauvre main tremblante un dernier geste de cordiale gratitude. Les cavaliers allemands étaient déjà à la Panetterie… ».

 

    Capitaine MARCHAND                                                                                                                                                Lyon, le 2 février 1942.
        Dépôt de Stockage
Base Aérienne Bron (Rhône).

             Mon Commandant,

          J’ai eu une très heureuse surprise en recevant votre lettre qui me donne de bien précieux détails sur mon sauvetage que vous avez opéré in extremis avec le Lieutenant Darnand et les braves Chasseurs du Corps Franc. Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point je vous suis reconnaissant de n’avoir pas hésité à opérer ce sauvetage malgré la ruée des Allemands. Si vous avez encore sous vos ordres quelques-uns des volontaires qui m’ont ramené, je vous prie de leur transmettre toute ma gratitude. Mais même si j’étais resté sur le carreau, j’aurais eu la satisfaction d’être vengé, car mon avion ayant été incendié avant d’aborder les lignes ennemies, j’ai tout de même eu le temps d’accomplir ma mission et de décharger mes 16 bombes de 50 kg. sur les colonnes de chars. J’espère avoir fait du travail utile ; et ce n’est qu’au retour, en revenant au-dessus des lignes françaises que j’ai donné l’ordre d’évacuer l’avion où il commençait à faire vraiment chaud. Ce n’est pas sans émotion que je me remémore ces instants où, étendu sur le sol, j’ai entendu la bataille se rapprocher. Mes souvenirs de la dernière guerre que j’ai faite de 14 à 18 me faisaient croire qu’il y avait, derrière la première ligne, des unités de soutien et de réserve. Mais cette fois, je ne voyais personne, je n’entendais pas l’artillerie de chez nous, et j’ai compris à ce moment que nous n’avions, en face de la ruée de la masse allemande, qu’un faible rideau de troupes; et c’est alors que j’ai compris que notre défaite n’était plus qu’une question d’heures. Je ne voudrais pas revivre ce moment-là ! Mais le souvenir de ces instants terribles où nous avons du reculer jusqu’au moment de déposer les armes s’estompe devant l’espoir de l’avenir qui sera meilleur, si nous savons le forger durement.

          Pour moi, après un long séjour dans les hôpitaux, car j’avais des fractures des deux jambes, du bassin, de la colonne vertébrale et des côtes, sans compter quelques plaies et des contusions internes, j’ai été convenablement raccommodé, et vous ne reconnaîtriez plus le bonhomme que vous avez vu arriver en bien piteux état.

          Peut-être un jour, aurais-je la chance et la joie de pouvoir voler de nouveau. Ayons donc foi dans l’avenir et dans les destinées de notre pays.

          Je vous prie d’agréer, mon Commandant, l’expression de ma reconnaissance et de mon profond respect.

 

                                                                                                                                             Signé : MARCHAND

 

Sources :

« Ils étaient là » Jacqueline et Paul Martin, Aéro Editions, ISBN 2-9514567-2-7
« Mémorial du 24e BCA 1939-1940 »  Imprimeries Nouvelles Réunies, Nice 1943.

© Marc Pilot – Picardie 1939-1945

 

 

 

 

 

 

[1] LeO 260 et 204. Le 260 sera abattu par la Flak à Gruny (80), seul le 204 parviendra à rejoindre la base.

[2] Leutnant Ernst Vollmer, 3./JG3

[3] Mariani fut d’abord inhumé à Ognolles avant d’être transféré dans la nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt.

  1. LeO 260 et 204. Le 260 sera abattu par la Flak à Gruny (80), seul le 204 parviendra à rejoindre la base.
  2. Leutnant Ernst Vollmer, 3./JG3
  3. Mariani fut d’abord inhumé à Ognolles avant d’être transféré dans la nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt.