9e Zouaves, 2e Cie

Z 9

 

Début mai 1940

C’est l’affolement général. Des camions embarquent la 87e Division dans laquelle se trouve le 9e Zouaves pour amener ces troupes derrière le canal de l’Ailette qui va de l’Aisne à l’Oise, afin de barrer la route de Paris aux Allemands. Il s’agit d’un canal de 30 à 40 m de large et profond d’environ 3 m. De nombreux ponts franchissent ce canal. Le principal est celui de Pont Saint-Marc qui est sur la route nationale venant de Laon. C’est ce pont dont je suis chargé. Derrière ce pont, à 60 mètres environ, une petite colline sur laquelle le Lieutenant Fraudeau, commandant la Compagnie installe son P.C. (poste de commandement) et le canon de 37 de la compagnie. De l’autre côté du pont, la route va tout droit pendant 80 mètres environ puis tourne à droite après une maison. Sur la gauche du tournant, une maison assez haute. Notre visibilité se limite donc à 80 m.

Dans les heures qui suivent notre arrivée, les hommes et moi-même avons creusé nos trous individuels sur la rive du canal. De l’autre côté du pont, un sergent et 2 hommes ont monté avec des madriers un petit fortin bas pour s’abriter avec leur fusil-mitrailleur et leurs munitions et tiennent ainsi la route en enfilade. C’était une erreur dont je devais me rendre compte après car ce petit groupe risquait d’être sacrifié.

Une heure après notre installation, nous voyons arriver la vague des premiers réfugiés venant de Laon suivie de vagues de plus en plus importantes et bientôt, au milieu d’eux, des soldats fuyards de notre Armée du Nord en déroute. Avec ces soldats, des officiers débraillés et encore affolés par les bombardements des stukas allemands. J’essaie d’en retenir quelques-uns. Ils refusent et ricanent : « c’est foutu, disent-ils, ils sont trop forts ». Mes hommes risquent d’être démoralisés et de s’enfuir. Je les avise que je n’hésiterai pas à descendre tout homme qui lâchera son poste et ils savent que je le ferai. J’interroge des civils sur la raison de leur débandade. Ils ont vu les soldats fuir et, par ailleurs, un curé de Laon leur a dit de partir.

Pendant la guerre de 14, on avait la phobie de l’espionnage, sur tous les murs étaient inscrits des « taisez-vous, les oreilles ennemies vous écoutent ». Depuis le début de la guerre de 45, c’était « Attention à la Cinquième colonne ». J’ai alors pensé que le curé en question appartenait à la 5e colonne. Je ne sais pas combien de curés il y avait à Laon mais j’arrêtais le premier curé en soutane qui arrivait. Après l’avoir menacé et devant ses protestations indignées, je le laissais continuer sa route. J’en avais assez de cette pagaille et pour détourner le flot de tous ces gens, je donnais ordre de tirer au-dessus de la tête des fuyards qui arrivaient et, en un moment, le flot reflua et un silence épais s’établit. Deux heures passent dans le calme. Un Espagnol d’Algérie un peu vantard s’était offert pour servir d’éclaireur au virage de la route. Quand les Allemands se sont pointés, il a paniqué se mettant à courir en hurlant. Il a eu de la chance de ne pas se faire descendre.

Un peu plus tard, une automitrailleuse allemande apparaît au virage et fonce vers le pont. Son blindage est léger mais aucun fusil ou fusil-mitrailleur ne peut l’arrêter.  Heureusement, le Lieutenant Fraudeau fait tirer un coup de canon de 37, un seul et l’automitrailleuse s’enflamme. C’est un vrai coup de chance car il a très peu de munitions et aucune expérience de ce canon qui n’avait jamais servi. Maintenant, les Allemands ont dû monter dans les maisons après le virage car ils tirent sur le pont. Je réalise que le sergent et ses deux servants placés en avant du pont sont en danger. Je lui ordonne en criant de revenir. Il me répond « c’est trop dangereux car des balles sifflent au bas du tablier du pont ». Alors, je décide d’aller les chercher en traversant le pont. Je rampe aussi bas que possible. Au milieu du pont, une balle attrape mes lunettes qui volent en éclats en m’écorchant le nez. Du sang coule sur mon visage. Je suis myope et je ne vois plus rien. Heureusement, j’ai une deuxième paire de lunettes que je mets, puis je reprends ma lente progression sous les balles. Une fois arrivé au fortin de fortune, je reprends mon souffle et j’essaie de convaincre les trois hommes : « vous voyez bien que j’ai pu traverser », « oui, mais vous êtes couvert de sang ». Alors, je leur notifie que c’est un ordre et ils savent que je ne transige jamais après un ordre. Finalement, le sergent part avec ses assistants et je ferme la marche (si on peut dire car nous rampons comme des limaces). Je tire avec moi le fusil-mitrailleur (on a peu d’armes et il n’est pas question d’abandonner un fusil-mitrailleur). On arrive sans nouvel incident au bout du pont. C’est alors seulement que j’ai peur rétrospectivement de cette aventure. Son bon côté, c’est que pour mes hommes, je suis intouchable et qu’ils m’obéiront plus volontiers sachant que je ne les abandonnerai jamais.

L’état de notre petite guerre se stabilise. Les soldats des deux côtés du canal se balancent des grenades avec l’avantage aux Allemands car leurs grenades ont un manche, ce qui permet de les lancer plus facilement et avec plus de précision. D’un côté comme de l’autre, les hommes ont découvert l’utilité du grillage de poulailler placé devant le trou individuel pour que les grenades rebondissent et tombent dans l’eau. En dépit de cette parade, de nombreux hommes mourront de ces jets de grenades. Les Allemands comme nous utilisent aussi des mortiers dont les obus après quelques réglages sont très meurtriers. Un de mes hommes à quelques mètres de moi devait être écrasé par un de ces obus tombé juste sur son trou. Mais le problème le plus urgent était de faire sauter le pont puisque nous n’avions aucun moyen pour arrêter des tanks ni même des automitrailleuses un peu plus chanceuses que la première. Je demande qu’on fasse intervenir le Génie. Un autre problème, c’est celui des Allemands qui ont aménagé des meurtrières dans la maison du virage et qui nous canardent sans arrêt car ils ont une position haute par rapport au pont. Je demande que l’artillerie intervienne pour démolir cette maison.

Un officier arrive le lendemain avec 4 canons de 75 et ses servants. Il m’indique qu’il va s’installer à 3 km en arrière et qu’il va essayer d’atteindre la maison en utilisant cartes et abaques etc…  De toute évidence, la proximité du front le met mal à l’aise. Je lui demande s’il pense toucher la maison, il me répond qu’il est sûr de la rater. Je lui dis alors d’approcher ses canons et de tirer à zéro et à vue, comme avec un fusil. Il me regarde comme si j’étais un fou et me dit que ses hommes risqueraient d’être tués par les tireurs de la maison. Engueulade réciproque, après quoi, il fait approcher ses canons et se débarrasse de toutes ses munitions en faisant tirer en plein ciel, après quoi, il me dit qu’il ne peut plus rien faire et s’en va.

Un lieutenant du Génie arrive quelques heures plus tard. Il ne veut pas s’approcher du pont qu’il doit faire sauter. Il dit seulement qu’il reviendra à la nuit tombée pour faire un essai. Normalement, on met de la dynamite ou de la cheddite dans un emplacement prévu à cet effet sous le pont mais il ne veut pas exposer ses hommes aux tirs des Allemands.  De plus, il n’a pas d’explosif. Il arrive donc le soir avec un chargement de 80 bombes à ailettes de 2 kg chacune, bombes qui sont normalement lancées d’un avion. Il explique à deux de mes hommes qu’il faut les placer sur le parapet du pont bout à bout, c’est-à-dire tête contre culot et en faire un serpentin puis un de ses hommes amorce la dernière avec un peu d’explosif et une mèche lente donnant un temps de 30 secondes avant explosion. Il allume la mèche et tous mes soldats et moi-même reculons d’une centaine de mètres pour assister à un magnifique feu d’artifice.

Nous revenons à toute allure pour éviter que les Allemands ne profitent du fait que le pont pendant un instant n’était plus défendu.

Arrivé au pont, je constate que seul le goudron de parapet a disparu mais que le pont est toujours en place. Le lieutenant qui savait que le résultat serait nul avait disparu avec ses hommes. Le lendemain, je demande à Fraudeau de se plaindre auprès du Colonel commandant le Régiment et 2 jours après, je vois revenir le même lieutenant qui me déclare qu’il s’est procuré de la cheddite (150 sacs de 2 kg chacun). Même mise en scène que la fois précédente avec les sacs se chevauchant en serpentin, mise à feu, recul de tout le monde et explosion. Cette fois, tout le ciment du pont sur 4 à 5 mètres avait disparu, laissant apparaître quelques poutrelles d’acier retenant le reste du pont. La traversée du pont devenait une aventure dangereuse et cela nous tranquillisait.

Au bout de 5 jours sans presque pouvoir dormir, je demande à être relevé et une section de renfort va remplacer la mienne pour 36 heures, ce qui va nous permettre de dormir dans une maison située à 200 mètres en arrière. Les hommes sont épuisés et veulent se coucher tout de suite mais je suis inquiet de la chute possible d’obus et j’insiste pour que des sacs soient remplis de terre, que des madriers qui sont dans la grange soient placés dessus puis à nouveau des sacs de terre mis dessus, tout ce travail fait dans la grange, les hommes se glissant sous les madriers pour dormir. J’entends les soldats gronder de colère. Mais, dans la nuit, un obus touche la maison qui s’effondre sur les sacs du dessus. Les hommes sortent indemnes et convaincus que leur chef ne se trompe jamais.

Dix-sept jours après notre arrivée, le bataillon avait perdu un tiers de ses effectifs (morts et blessés). C’est alors, au cours de notre deuxième période de repos, que nous recevons l’ordre de repli. Nous ne savions pas ce qui s’était passé, notre horizon de guerre se limitant à quelques centaines de mètres sur le canal. Ce n’est que longtemps après que nous devions apprendre que les Allemands se méfiant du Pont Saint-Marc à cause de l’automitrailleuse incendiée, des coups de canon tirés, du pont détruit et de la résistance acharnée de nos hommes avaient décidé d’attaquer assez loin sur le canal pour nous contourner et filer vers Paris.

Au moment même où nous nous préparions au repli, nous apercevons 3 petites chenillettes françaises arrivant derrière nous et nous avons la surprise d’être mitraillés par les occupants qui sont des Allemands. Nores, fils du Président du Tribunal d’Alger est abattu en même temps que de nombreux soldats et les 3 Allemands des chenillettes. Le repli commence de nuit et en colonne par un pendant que les Allemands circulent parallèlement sur les routes et de jour.

(Pour la suite voir la partie Oise)

Archives familiales transmises par Jean-Claude Chétrit

© Marc Pilot  –  Picardie 1939-1945  –  mars 2017

65e BCA, Historique

65 bca

 

18 mai 1940

Par Jussey, Bourbonne, Chaumont, Troyes, Sézanne, Montmirail, le convoi atteint enfin l’entrée, de Château-Thierry, où il s’arrête à 9 heures, plus ou moins bien abrité sous les arbres de la route, en attendant les ordres.
À 11 heures, les chasseurs assistent au bombardement de la gare de Château-Thierry par une grosse escadrille allemande.
À 18 heures, le 65e reçoit l’ordre d’aller occuper Tergnier. La colonne reprend aussitôt la route qui a été encadrée par de nombreuses bombes. À Villers-Cotterets, la voie ferrée a été sérieusement endommagée et un train de munitions achève de brûler.
Dans la nuit, la colonne se scinde et s’égare dans les chemins de traverse qui lui ont été fixés. Il n’y a plus de Régulatrice Routière et le bataillon n’a qu’une seule carte Michelin.
Par Blérancourt et Manicamp, le Lieutenant du Chaffaut parvient cependant à atteindre Tergnier, avec un détachement de six sections de voltigeurs et deux sections de mitrailleuses (Lieut. Benezit, Lieut. Repellin, Sous-Lieut. Raynaut, médecin Sous-Lieut. Petit). Il est 23 h. 45.

 

19 mai 1940

La ville est déserte. La gare, où sont immobilisées de nombreuses rames de wagons, a été sévèrement bombardée. La ville n’est tenue que par deux chars légers et deux canons de 47, axés sur la grande route Tergnier-Fargnier. D’après un officier du G.R.D. 34 rencontré à Viry, l’attaque allemande est attendue pour 4 heures du matin. Les chasseurs, aussitôt, organisent hâtivement les points de passage obligatoires : carrefour des Quatre Chemins, au centre, pont sur le canal de St-Quentin vers Condren, au sud, pont de la route nationale vers Fargnier, à l’est.
Le reste de la demi-brigade arrive enfin vers 8 heures et le 65e se hâte de s’organiser dans le secteur qui lui est confié ; il doit couvrir Tergnier, face à l’est et au sud, de la gare au pont sur le canal de St-Quentin.
Cependant, l’attaque annoncée à nouveau pour 8 h. par la demi-brigade ne se produira pas. Par contre, dans l’après-midi, le Régiment d’Infanterie vient, relever les chasseurs ; la 6e demi-brigade doit être enlevée par camions dans la nuit. Mais les camions n’arriveront que le lendemain après 9 heures, et les chasseurs, malgré le froid, passeront la nuit sur les trottoirs de Tergnier.

 

20 mai 1940

À 10 heures, la 6e demi-brigade, rassemblée à la sortie Ouest de la ville commence à monter dans les camions du train. Deux bataillons du 3e R.I.A. s’embarquent également à proximité.
La colonne du 24e B.C.A. vient de partir lorsqu’une trentaine d’avions fondent soudain en piqué sur le convoi immobile, qu’ils mitraillent et bombardent avec intensité. De 10 h. ¼ à I0 h. ½ , les bombes ne cessent d’encadrer la colonne et les mitrailleuses de crépiter.
Aussitôt les avions éloignés, les camions se garnissent, de nouveau à la hâte. Le convoi du 25e B.C.A. vient de partir et celui du 65e commence déjà à s’ébranler. Mais de nouveau, vers 11 heures, quarante avions ennemis, environ, reviennent et bombardent pendant une heure entière, non seulement les camions qui se trouvent encore là, mais aussi la gare et la ville de Tergnier.
La conduite des hommes à ce baptême du feu est excellente. Malgré les « piqués » impressionnants et les mitraillades des bombardiers, les quatre mitrailleuses placées en D.C.A. tirent sans arrêt et les compagnies de voltigeurs mettent spontanément une dizaine de F.M. en batterie au milieu des maisons écroulées.
Leur zèle est, d’ailleurs récompensé puisqu’un avion est abattu par le 65e à 10 h.25. Il tombe en flammes sur la ville et brûle longuement au sol. Les servants des mitrailleuses de D.C.A. seront cités à l’ordre du bataillon.
Le 3e R.I.A., également a abattu un avion.
Par miracle, il n’y a aucune perte chez les chasseurs, mais le 3e R.I. A. annoncera deux tués et six blessés.
Vers 12 h. 15, les camions du 65e s’ébranlent à nouveau, en bon ordre, guidé par la Régulatrice Routière, mais, presque aussitôt, la tête du convoi se voit accueillie par trois coups de 25 et par les feux de plusieurs armes automatiques qui partent de la première hauteur qui domine la ville…
Ce sont des hommes du 32e R.I. qui se sont imaginés que les Allemands attaquaient à la faveur du bombardement et ont ouvert le feu…
Les premiers camions sont criblés de balles et un chasseur est légèrement blessé à la tête. Les camions s’immobilisent aussitôt et quelques patrouilles se forment spontanément et progressent vers les fermes d’où le feu est parti. Quelques coups de feu et deux rafales de F.M. sont tirés par les chasseurs avant que leurs officiers aient pu les faire taire.
Cependant, le 32e continue à tirer, mais au bout de quelques, minutes il se rend compte de son erreur et le convoi peut repartir.

(suite du texte dans la partie Oise)

© Marc Pilot  –  Picardie 193-1945 – mars 2017

Capitaine Marchand, GB II / 23

Capitaine Marchand
Groupe de Bombardement II / 23

march1

 

LeO 451 N° 214

Capitaine Marchand  Chef de Bord
Sergent Defendini  Pilote  …
Adjudant Mariani  Radio …
Caporal-Chef Boileau  Canonnier

 

march22



Récit du caporal-chef Robert Boileau

 « 6 juin, 14H15 : rassemblement des équipages, mise en alerte de vol. Le capitaine nous retrouve et nous explique notre mission : bombardement de Panzer dans la région de Chaulnes et de Poix. Quelle altitude mon capitaine ? 800 mètres; je hausse les épaules, il me regarde, ne dit rien, mais je sais qu’il pense comme moi. Pas la peine d’avoir monté notre beau viseur perfectionné, qui ne sert que de 4 à 8000 mètres, pour viser au « pif ». D’autre part notre LeO, dès qu’il est vers 5000 tape le 520 à l’heure, alors que vers 800 ou 1000 mètres il ne fait que 360. Nous aurons la chasse, dit-il pour nous consoler.

Et nous allons occuper nos postes. Au moment de partir, Defendini remet ses papiers personnels à notre mécano, je ne sais si d’autres papiers lui ont été confiés, mais j’ai refusé gentiment de laisser en garde les miens. Les moteurs ronflent, le pilote est moins doux que d’ordinaire et en sortant le LeO du camouflage, donne un coup de gaz un peu fort et un chêne rend oblique la dérive droite, le gouvernail fonctionne alors nous prenons la piste, point fixe, et départ, nous effaçons la piste. Defendini coupe les gaz, nous reprenons la piste. Nous l’effaçons à nouveau et roulons dans du blé très haut, je remarque que le bout des ailes vibre très fortement, à la sortie du champ de blé Defendini arrache le taxi, nous arrivons dans un champ de pommes de terre, et quatre femmes étaient en train d’y travailler. Une fois le régime des moteurs revenu à la normale, les ailes ont cessé de vibrer. Nous tournons en cercle en attendant nos équipiers, les LeO du capitaine Bienvenu et du lieutenant Berrard 1

 

march3

 

Ceux-ci décollent sans histoire et au moment de prendre notre cap, beaucoup de bras s’agitent à terre, nous faisons au revoir, nous aussi. En fait ce n’était pas au revoir mais coupez les moteurs que l’on voulait nous dire, mission annulée, personne n’avait pensé à utiliser la radio. J’ai appris cela 25 ans plus tard de la bouche de 1’adjudantVoisine devenu commandant. C’en est fait, chacun à son poste, les 3 LeO volent de concert, le 214 en tête, à ma droite Bienvenu et à son bord le canonnier adjudant-chef Jean qui m’avait dit « dès que je verrai des Allemands je tirerai 3 coups de canon, tu seras averti ». Nous n’allons pas vers notre but, afin de pouvoir bombarder avec comme allié le soleil, si beau dans ce ciel bleu. Peu de temps après nous apercevons au loin de la fumée et des flammes. En un instant, nous survolons ce qui brûle : c’est Montdidier et tout un serpent de feu qui, à mon avis, doit renseigner l’aviation ennemie sur l’avance de ses troupes au sol. A partir de ce moment, le ciel est obscurci et l’odeur de la poudre vous prend au nez et à la gorge.

 Je vois des points noirs au loin ! Je pense de suite : c’est la chasse ! Mais tout va très vite, comme je regarde à nouveau de ce côté, je vois trois nuages blancs qui sortent du canon de l’adjudant-chef Jean, j’ai compris ce ne sont pas des Morane. J’en ai compté quarante-sept. Je n’ai pas le temps de rêver, maintenant des nuages naissent autour de nous, c’est la flak qui nous accueille. À ce moment une trouille impensable me secoue de la tête aux pieds, c’est comme une décharge électrique et tout à fait aussi brève. J’arme mon canon, je suis prêt, j’ai passé le mur de la peur.

 

march-4

Le chef de bord a pris ses dispositions, les trappes du lance-bombes sont ouvertes, j’entends les ordres au téléphone. Les chasseurs qui arrivent en groupe derrière nous se disloquent et cherchent leur cible eux aussi, ce sont bien des Me 109, Un grou­pe de 7 se dirige vers nous, l’un d’eux pique et tire : je crie attaque à gauche. Defendini amorce une manoeuvre mais Marchand ordonne : non tout à droite.

Tout va très vite, Mariani lache une longue rafale, le chargeur de la MAC a dû y passer. Deux 109 se planquent derrière chaque déri­ve, un cinquième dans l’axe du fuselage, je les ajuste l’un après l’autre mais mon canon refuse de tirer. Ces aviateurs connaissent bien le LeO, ils s’amusent avec moi, ils sont tout près, protégés par 1’angle de garde du canon, peu de temps avant un LeO est tombé intact entre leurs mains, ils l’ont étudié savamment.

Un septième 109 reste beaucoup plus haut, plonge vers nous, et tire de loin, il continue d’approcher alors que je l’ai dans mon collimateur, alors plein but sans correction de tir, je lui lâche une rafale, je vois trois de mes obus traçants s’écraser sur le 109, un sur le cockpit et deux autres sur l’avant en plein moteur, comme après chaque traçant, j’avais deux ordinaires, cela faisait au minimum sept impacts mortels. L’avion partit aussitôt en abattée suivi d’une large traînée de fumée noire, en arrivant au sol il explosa. Je l’avais eu, je ne ressentais aucune joie 2

 Je m’apprêtais à chercher une autre cible, lorsque dans un bruit infernal, je ressentis en même temps sur ma cuisse gauche un choc, un souffle qui me colla au sol de ma cabine, j’allais me relever quand une autre rafale fracassa le tableau de bord placé à la hauteur de mes épaules lorsque j’étais debout. Je me relève, je sens quelque chose de chaud qui coule le long de ma jambe droi­te, je dis je suis touché. Il y a un trou de 40 cm de diamètre dans le flanc gauche de la carlingue. L’avion a reçu un coup mortel, il y avait des flammes, Marchand donne l’ordre d’évacuer.

 march5

Orberleutnant Erbo von Kageneck

Ce pilote de 22 ans du 2. / JG1 descendit le LeO du capitaine Marchand. Il fut abattu à son tour en Lybie en décembre 1941 et mourut de ses blessures trois semaines plus tard. Il avait remporté 67 victoires et était chevalier de la Croix de fer avec feuilles de chênes.

 march6

La moitié des bombes ont été larguées, ma trappe d’évacuation est hors service, je passe dans le couloir, vers la porte du fuselage. Pendant ce trajet de trois mètres environ j’essuierai six rafales. C’est la curée, ils tirent avec des balles incendiaires, je vois des traits de feu qui passent de part et d’autre de la carlingue, je me fais tout petit. J’arrive près de la porte, je vois Defendini le regard fixe, il tient l’avion en ligne droite, je lui parle, il ne répond pas : est-il mort ? Je n’en sais rien. Mariani a sauté, je vois son câble d’ouverture automatique accroché, Marchand encore à son poste. Je n’accroche pas mon câble. Je pose un pied sur l’aile, l’avion en piqué pleins moteurs va très vite, je suis arraché de la carlingue, alors que j’essuie une dernière rafale, je tombe à travers les flammes, je m’évanouis, très peu de temps, je suis sur le dos, je vois deux doigts arrachés à ma main gauche, là je repars dans les pommes (c’est mon attitude à la vue du sang). Lorsque je reviens à moi, je me sens comme immobile dans l’air, je tourne sur moi-même, j’aperçois les avions, je reprends mes esprits, je tire sur la poignée du parachute, rien. Je tire plus fort alors un choc formidable, je me retrouve comme un pantin au bout de mes ficelles. Stabilisation : un balancement en arrière, un en avant et pan ! Dans le blé, sur les fesses. Je me relève aussitôt pour voir un énorme panache de fumée, suivi d’une terrible explosion : c’est notre LeO qui vient de terminer sa carrière. Ce si bel avion dont j’étais si heureux d’être le servant. Je ramasse mon parachute déchiré et vais me cacher sous des pommiers, près d’une peupleraie. Bonne idée, un 109 me cherchait en balançant ses ailes, et les peupliers m’ont dissimulé. Le calme revenu, je relève la jambe de mon pantalon, assis dans l’herbe; avec mon couteau, je déchire mon caleçon, je vois ma cuisse pleine de trous, meurtrie et pleine de sang. Je ne souffre pas, le sang ne me choque plus, il me reste une phalange au médium et à l’annulaire gauche, les deuxièmes phalanges n’ont plus que l’os à montrer. Les premières sont parties avec la chair.

C’est le câble de Mariani qui m’a sauvé, sans lui, j’aurai peut-être ouvert mon pépin plus tôt. Mais je suis un peu groggy, et comme j’ai lu dans Paris-Soir que les Allemands achevaient les blessés, alors j’ai eu des idées noires, je sors mon revolver, en faisant ce geste je découvre ma montre où à la place du cadran j’avais glissé la photo de ma femme, elle me sourit. Alors Boileau redevient le bélier qu’il est depuis sa naissance, je fais un garrot à mon poignet avec ma cravate, je me lève et pars vers le soleil, laissant mon parachute et ne gardant que mon revolver. Je traverse un champ de blé et puis un champ de pommes de terre, alors que je me dirige vers une ferme où je pense trouver de quoi me soigner, je suis aperçu par deux motocyclistes qui posent pied à terre et me mettent en joue, c’est à peine si je lève le bras droit, je m’arrête et j’attends : Français ? Oui ! Et j’avance vers les deux inconnus. Le plus âgé que je prends pour un sous-officier vu ses deux galons blancs, se présente : lieutenant Joseph Darnand du 28e CA et caporal-chef Lévy, corps francs. Ils m’amènent sous un hangar plein de bottes de paille, nous discutons sur le combat. Alors que je les interroge, ils me font part de la découverte du corps de Mariani, criblé de balles, plus de trente impacts 3 Je leur indique le lieu où le LeO s’est écrasé, et leur fais part de mes craintes au sujet de Marchand et Defendini, Lévy va chercher mon parachute et tous deux repartent à moto chercher une ambulance. J’assiste à un curieux spectacle en attendant leur retour, douze biplans Henschel 123 s’approchent et à 4 ou 500 mètres d’altitude, tournent en rond jusqu’à ce que l’un d’eux fasse une abattée et lâche deux bombes. Les onze autres font de même, et je vois ce chapelet de bombes tomber vers le sol comme dans une parade. II y avait un convoi de camions sur la route voisine, me dira Darnand à son retour.

Le spectacle est terminé, tout est calme, je vois du blé qui bouge, il n’y a pas de vent, je pointe mon revolver, alors un grand gaillard se lève, il fait un geste et six autres hommes se lèvent et viennent à moi. Les voilà en rond autour de moi, mitraillette au poing :
– D’où sors-tu ?
– Moi je descends de là-haut !
– Parachutiste ?
– Non aviateur !
– Bah ! Tu es le premier que je vois, il n’y a pas d’aviateurs, tu me racontes des blagues !
– Vous n’avez pas vu de combat tout à l’heure ?
– Si !
– Alors vous pensez que les Boches se battent entre eux ?
– Alors, qu’est-ce que tu fais ici ?
– J’attends le lieutenant Darnand
– C’est faux, il est mort !
– Je ne peux te dire autrement, un type en bleu s’est présenté sous ce nom.

On me regardait d’un œil soupçonneux, heureusement voici le lieutenant qui revient. Quel accueil, quelle joie ! Ils s’embrassent comme des gosses.

– On m’avait dit que tu étais mort
-Penses-tu j’ai fait 80 prisonniers aujourd’hui. Je croyais en faire un de plus : pas de chance, c’est un Français.

Pas de galons, en bras de chemise, sans peur. C’étaient nos corps francs.

L’ambulance arrive. L’infirmier Henri Lavastre, un Marseillais m’offre un verre de vin ; je le bois doucement malgré ma soif et je m’aperçois que mon foie est guéri. Je ne souffre pas pour le moment, je ne sens même pas l’alcool à 90 que l’infirmier coule sur mes doigts et mes plaies. Après un pansement général, l’ambulance m’amène à Beaulieu-les-Fontaines, à l’infirmerie de campagne mais je reste dans l’ambulance, parquée dans la cour de la maison. Je vois des fantassins tirer au Lebel sur les avions, essayant en vain d’en abattre. Nous attendons la nuit pour bouger, voulant aller vers Noyon. Un officier cuirassier de son char nous barre la route en nous indiquant un autre chemin. Peu après on nous amène dans l’ambulance un fantassin nommé Chevalet, il est couché, une balle dans l’épaule, une dans un rein et une troisième au genou. On me met assis près du chauffeur pour laisser la place à Chevalet. Dès la nuit nous roulons sans phares, nous croisons des artilleurs, arrêts fréquents et plus ou moins longs. Vers 22 heures, les marmites sifflent et miaulent au-dessus de nos têtes, nous passons à mi-chemin des coups de départ et des explosions. Vers minuit, bien que je souffre depuis quelques heures, je m’endors. Lorsque je m’éveille, l’ambulance est immobile au milieu d’un long convoi, il fait grand jour, environ 5 heures, et déjà dans le ciel le mouchard allemand est à son poste de guet. Un Lorrain vient me trouver je souffre beaucoup, surtout de la main : « Attends je vais te chercher un coup de mirabelle, tu as battu la campagne toute la nuit, tu as réclamé ta femme, dans des phrases très souvent incohérentes. C’est moi qui ai fait la mirabelle, elle est presque pure. bois-la doucement ». Je bois deux gorgées de cette eau-de-vie forte. Nous sommes aux environs de Ribécourt. Déjà j’ai plus chaud, cet élixir a endormi mon mal et pendant le voyage qui me conduira à Senlis, où nous arrivons vers 10 heures, je ne sentirai plus mes blessures. Là, c’est le train sanitaire, départ à 12 heures avec un chargement complet de blessés. J’ai enfin quelque chose à manger. Je peux écrire et envoyer à ma femme une carte prévue à cet effet, direction les Vosges. Je m’endors ensuite, j’ai perdu beaucoup de sang. »

 

Quel fut le sort du capitaine Marchand ? Ce planteur d’Abidjan, âgé de 55 ans, n’a dû la vie sauve que grâce à l’intervention du Corps Franc du 24e BCA.

« En revenant d’Ognolles, à 400 mètres du village, un groupe de la 1ère Compagnie du Capitaine Gillot avait découvert un Officier aviateur français blessé, les deux jambes brisées, son appareil abattu en flammes par des Messerschmidt. Le Capitaine Marchand, de l’Escadre de Bombardement d’Etampes, gisait depuis 48 heures en lisière des taillis sans pouvoir faire un mouvement. Grelottant de douleur et de fièvre. Mourant de soif.

La 1ère Compagnie avait essaye de le transporter sur son parachute replié ; l’excès de douleur avait rendu son transport impossible. II fallait une civière. On avait promis de venir le rechercher.

« Si vous le permettez, mon Commandant, j’y vais. » Darnand venait de se lever. Pour une pareille mission, autorise-t-on Darnand ! Les yeux brillants, vingt volontaires sont déjà prêts : où n’irait-on pas avec lui…? L’ennemi, vers l’Est, le long du canal a largement débordé les villages. Son infiltration révélée par l’observatoire se poursuit, méthodique. N’a-t-il pas à l’ouest profité des bois pour s’infiltrer aussi ? Qu’importe ! Un blessé à sauver est là-bas, un blessé à qui on a promis de revenir. Promesse deux fois sacrée.

Darnand choisit son monde, le Sergent Planet, les Chasseurs Enjalric, Basile, Martelly, d’Aubarède, du Corps Franc, les brancardiers Mouly, Strub, Tailleu et Pepino.

La patrouille part, Planet et ses hommes éclairant la marche de haie en haie, de lisière en lisière. Du P. C., on la suit des yeux tant qu’on peut. Les hommes disparaissent définitivement dans les taillis. Les minutes sont longues, longues… Sera-ce un nouveau Forbach ? Aux aguets on écoute : pas de coups de fusil, pas de crépitement de mitraillette. Seuls les sifflements des 105 fusants, qui encadrent la Panetterie, rompent le silence.

Une heure et demie après son départ, un siècle, Darnand réapparaît en lisière d’un bois. En tête, les brancardiers se relaient. A quelques centaines de mètres derrière eux, Darnand et ses hommes protègent le retour.

Encore cinq minutes. Ils sont là. Le Capitaine Marchand est sauvé. II a été relevé à proximité immédiate de l’ennemi, juste à temps ! Les premières rafales éclatent, le contact vient d’être pris sur le tunnel du canal. On abrite le blessé dans la cave de la Panetterie à cause des fusants qui pleuvent. II demande à boire. II sourit d’un pauvre sourire. II serre avec effusion la main de Darnand et celle du Commandant. « Je ne tomberai pas aux mains des Allemands dit-il. Je n’oublierai jamais les Chasseurs; je leur dois la vie… »

Le soir, transporté à dos d’homme jusqu’à Campagne, sous le feu de l’artillerie ennemie, le Capitaine Marchand allait être évacué. « Mon parachute ? » s’inquiète-t-il, les yeux pleins de fièvre. Le parachute était resté dans la cave de la Panetterie. Pouvait-on ne pas répondre au désir du blessé ? « Fonce », dit à son motocycliste de liaison le Capitaine Laurent aussitôt monté en croupe. Un quart d’heure après, installé sur une sanitaire, serrant précieusement son parachute récupéré, le Capitaine Marchand nous adressait de sa pauvre main tremblante un dernier geste de cordiale gratitude. Les cavaliers allemands étaient déjà à la Panetterie… ».

 

    Capitaine MARCHAND                                                                                                                                                Lyon, le 2 février 1942.
        Dépôt de Stockage
Base Aérienne Bron (Rhône).

             Mon Commandant,

          J’ai eu une très heureuse surprise en recevant votre lettre qui me donne de bien précieux détails sur mon sauvetage que vous avez opéré in extremis avec le Lieutenant Darnand et les braves Chasseurs du Corps Franc. Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point je vous suis reconnaissant de n’avoir pas hésité à opérer ce sauvetage malgré la ruée des Allemands. Si vous avez encore sous vos ordres quelques-uns des volontaires qui m’ont ramené, je vous prie de leur transmettre toute ma gratitude. Mais même si j’étais resté sur le carreau, j’aurais eu la satisfaction d’être vengé, car mon avion ayant été incendié avant d’aborder les lignes ennemies, j’ai tout de même eu le temps d’accomplir ma mission et de décharger mes 16 bombes de 50 kg. sur les colonnes de chars. J’espère avoir fait du travail utile ; et ce n’est qu’au retour, en revenant au-dessus des lignes françaises que j’ai donné l’ordre d’évacuer l’avion où il commençait à faire vraiment chaud. Ce n’est pas sans émotion que je me remémore ces instants où, étendu sur le sol, j’ai entendu la bataille se rapprocher. Mes souvenirs de la dernière guerre que j’ai faite de 14 à 18 me faisaient croire qu’il y avait, derrière la première ligne, des unités de soutien et de réserve. Mais cette fois, je ne voyais personne, je n’entendais pas l’artillerie de chez nous, et j’ai compris à ce moment que nous n’avions, en face de la ruée de la masse allemande, qu’un faible rideau de troupes; et c’est alors que j’ai compris que notre défaite n’était plus qu’une question d’heures. Je ne voudrais pas revivre ce moment-là ! Mais le souvenir de ces instants terribles où nous avons du reculer jusqu’au moment de déposer les armes s’estompe devant l’espoir de l’avenir qui sera meilleur, si nous savons le forger durement.

          Pour moi, après un long séjour dans les hôpitaux, car j’avais des fractures des deux jambes, du bassin, de la colonne vertébrale et des côtes, sans compter quelques plaies et des contusions internes, j’ai été convenablement raccommodé, et vous ne reconnaîtriez plus le bonhomme que vous avez vu arriver en bien piteux état.

          Peut-être un jour, aurais-je la chance et la joie de pouvoir voler de nouveau. Ayons donc foi dans l’avenir et dans les destinées de notre pays.

          Je vous prie d’agréer, mon Commandant, l’expression de ma reconnaissance et de mon profond respect.

 

                                                                                                                                             Signé : MARCHAND

 

Sources :

« Ils étaient là » Jacqueline et Paul Martin, Aéro Editions, ISBN 2-9514567-2-7
« Mémorial du 24e BCA 1939-1940 »  Imprimeries Nouvelles Réunies, Nice 1943.

© Marc Pilot – Picardie 1939-1945

 

 

 

 

 

 

[1] LeO 260 et 204. Le 260 sera abattu par la Flak à Gruny (80), seul le 204 parviendra à rejoindre la base.

[2] Leutnant Ernst Vollmer, 3./JG3

[3] Mariani fut d’abord inhumé à Ognolles avant d’être transféré dans la nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt.

2e RIC – Rapport CAB2

2-ric

Rapport du capitaine MAILLOUX commandant la C.A.B.2
Concernant les événements survenus le 7 juin 1940



La C.A.B.2 était répartie comme suit : 

– P.C. section de commandement, 4e S.M. (adjudant-chef SOMMIER), groupe de 81 (lieutenant BLANCHET), un fusil Boys à REMIENCOURT.
– 1ère S.M. (lieutenant DUBOIS) et 2e S.M. (Adjudant VIGOUROUX), 2 canons de 25 (sergent-chef DELANNOY) avec la 6e compagnie à DOMMARTIN.
– 3e S.M. (sous-lieutenant LE SAUX) avec la 5e compagnie à FOUENCAMPS.

A REMIENCOURT – Les éléments de la C.A.B.2 étaient disposés le 7 au matin :

– Section de commandement (Adjudant LE CLECH) au P.C. du capitaine dans la ferme à l’Est de l’usine de tissage.
– S.M.4 (P.C. avec G.M. du sergent LEVERN), 1 G.M. (LERVERN) au passage à niveau Sud battant de la voie ferrée au petit bois, 1 G.M. (sergent-chef LECLEACH) à l’ouest du cimetière battant les points de passage sur la Noye.
– Le groupe de 81 m/m dans le pré, entre la place de l’église et le parc du château ; tirs préparés sur le pont A et sur le plateau sud du village.
– Le fusil Boys, près du P.C. du capitaine en direction du pont B de l’usine de tissage. En début de la matinée le lieutenant VIE, commandant la section de la C.D.A.C. vint placer un canon de 25 à cet endroit ; j’en rendis compte au chef de bataillon et lui proposai, pour éviter le double emploi, de placer le fusil Boys dans le parc du château avec les éléments de la 7e compagnie qui venait de s’y mettre, pour interdire le pont C, ce qu’il approuva et fut fait.

Dans la matinée du 7 juin vers 6 heures environ je reçus l’ordre de faire partir les voitures de la C.A.B.2 (sauf les voiturettes) sur la corne sud du bois situé au S.O. d’AILLY S/NOYE. Le sergent comptable, le sergent chef d’échelon, le caporal d’ordinaire, les cuisiniers ainsi que les conducteurs des voitures quittèrent REMIENCOURT immédiatement par la route d’AILLY S/Noye. Il restait avec la section de commandement l’adjudant chef de section, le sergent chargé des transmissions, le caporal-chef second comptable, le caporal mitrailleur mécanicien et les agents de transmission.
Les premiers coups de feu se firent entendre vers 10 heures venant de la direction du pont A et du S.O.. En même temps des éléments ennemis étaient vus, s’infiltrant entre les deux bras de la Noye, remontant vers le Nord en direction de la ferme D et du pont.
Je fis déclencher les tirs préparés des mortiers, un mortier prenant à parti les éléments ennemis du pont et l’autre tirant sur les éléments venant derrière le bois au Sud. Je portai les hommes de ma section de commandement sur le bord de la Noye (bras Est) pour faire face à l’infiltration et celle-ci continuant malgré notre intervention au mousqueton, je dissocia le G.M. LE CLEACH et mis la pièce du caporal-chef LE GOFF avec la section de commandement.
Les groupes ennemis progressèrent par bonds derrière les arbres et parvinrent à passer derrière la ferme D et nous prirent sous leur feu, l’adjudant LE CLEACH fut blessé à la tête. L’ennemi abrité derrière la ferme n’étant plus justiciable de nos armes à tir tendu, j’intervins alors au V.B. jusqu’à épuisement des obus dont je disposais.
Il me fut rendu compte à ce moment que l’ennemi progressait vers le Sud par le plateau (entre ROUVREL et la voie ferrée) j’en informai le chef de bataillon et lui proposai de dissocier également le G.M. LE VERN pour faire face à ce nouveau danger ; sur son acceptation je me rendis auprès de l’adjudant-chef SOMMIER à qui je donnais l’ordre de placer une pièce sur le haut de la falaise surplombant la voie ferrée et dominant légèrement le plateau vers le Nord. J’assistai au début de l’exécution et revins à ma section de commandement que je ramenai à mon P.C. en continuant toutefois de faire surveiller la ferme D. Le décrochage put se faire sans pertes malgré un violent bombardement par Minenwerfer.
Je plaçai la pièce de mitrailleuses sur le bord du pré face à l’angle N.E. du pré et la crête au-delà de la voie ferrée et entrai en liaison avec le lieutenant BLANCHET à qui j’ordonnais de se garder de ce côté. Il plaça le F.M. de la C.D.A.C. qui se trouvait avec lui et les hommes disponibles du 81 sur le talus entre la route et la voie ferrée. Les interventions du F.M et de la mitrailleuse eurent pour effet de faire disparaître les ennemis hors du compartiment du terrain. Une automitrailleuse allemande gravit la pente du passage à niveau Nord et se rendant à ROUVREL fut arrêtée et mise…. placé près du lieutenant BLANCHET.
J’appris alors par le sous-lieutenant FETIS que l’ennemi occupait l’allée du château après avoir repoussé les éléments de la 7e compagnie qui s’y trouvaient. La section FETIS près de l’usine de tissage, faisait face à la NOYE et au château, la mitrailleuse pris l’allée depuis le château jusqu’à l’angle Nord-Est et le lieutenant BLANCHET, prévenu, ramena ses hommes et le F.M. de la C.D.A.C. dans ses tranchées et leur fit faire face à l’angle N.E.
Vers 14 heures l’ennemi occupait les maisons environnant l’usine. Les sections de la 7e compagnie et le canon de 25 de la C.D.A.C. du pont A avaient été enlevés. J’ordonnai au lieutenant BLANCHET de tirer sur ces résistances, ce qu’il fit avec succès. Vers 14H.15 j’appris que le sous-lieutenant FETIS venait d’être tué et que les Allemands progressaient par la contre-allée venant du château à mon P.C. Quelques hommes de la 7e compagnie se réfugiaient près de moi. Ils avaient un F.M. dont le caporal-chef LE GOFF et le soldat PIOLOT de la C.A.B.2. assurèrent le service tandis que j’assurai personnellement le commandement de la pièce de mitrailleuse. Le sergent JOANNIN de la section de commandement, avec les hommes de la 7e compagnie et les miens fit face, de la grange à la rue et à l’usine. Nous arrêtâmes l’ennemi que le lieutenant BLANCHET de son côté prit à parti au mousqueton.
Vers 15 heures j’appris que l’adjudant-chef SOMMIER était blessé au crâne mais LEVERN, son chef de groupe, tenait bon. LE CLEACH de son côté se battait comme un lion.
De l’usine et des maisons voisines nous vinrent des rafales sérieuses ainsi que de l’allée. Un tir de 81 réglé de mon P.C. calma ces rafales. Nous tenions, empêchant de nouveaux groupes de déboucher du château.
Vers 16 heures 2 automitrailleuses furent vues sur la crête à 800m ou 1000m venant du N.O. et allant vers le S.E (direction de ROUVREL) L’intervention du 25 qui se trouvait avec le lieutenant BLANCHET n’eut pour résultat que d’en faire disparaître une derrière la crête et de faire rebrousser chemin à l’autre. Le 25 s’enraya et ne put intervenir à nouveau avant que cette automitrailleuse eut le temps de disparaître.
L’ennemi devint plus actif autour de mon P.C. sans doute sa progression avait-elle pu se faire par les maisons. Nous entendîmes des commandements allemands « en avant ». J’ordonnai un tir de 81 « sur moi ». Le tir donna des résultats.
De nouveaux commandements allemands auxquels nous répondîmes par « Vive la Coloniale ». Nous reçumes des grenades à manche au P.C. Le sergent JOANNIN et moi-même eûmes des éclats mais non sérieusement touchés. Nous répondîmes à la F1. Il n’y avait plus de cartouches de F.M., j’en demandai à la voix au P.C. du bataillon. Le caporal-chef LE GOFF et le soldat PIOLOT tirèrent au mousqueton pour y suppléer. PIOLOT, blessé à la main put continuer.
Les balles tirées par les allemands allumèrent des plaques de paille éteintes immédiatement. Toutefois les tas de paille du pré à proximité de BLANCHET flambèrent. Des obus de 25 tirés sur le P.C Btn et C.A.B.2. Le feu se propage vers le lieutenant BLANCHET qui put continuer ses tirs de la tranchée profonde jusqu’à épuisement de ses munitions. Nous tînmes ainsi jusqu’à 21H.15 heure à laquelle les allemands réussirent à mettre le feu à mon P.C. Tout flamba rapidement et il fut impossible de rester dans les flammes. Je dis au soldat HELLEC de se saisir de la pièce de mitrailleuse et de se rendre au PC. Bataillon en essayant de traverser la maison. Je bloquai tout le monde près de la grange sud, dis à VIE de mettre en marche sa chenillette pour sortir le 25, que nous allions rallier la place près du P.C. Bataillon. Départ à mon signal tout le monde ensemble aussitôt prêt. La chenillette en état de marche, je déverrouillai la porte et ordonnai de partir. Nous réussîmes par surprise à passer. Du petit groupe que nous formions il manquait à l’arrivée le lieutenant VIE (mort) et le caporal-chef BLIN.
Sur la place les hommes furent placés dans les tranchées près du sergent-chef LE CLEACH qui également chassé par les flammes s’y était retiré avec sa pièce.
J’allais au P.C. Bataillon pour retrouver HELLEC et la pièce de mitrailleuse et rendre compte au chef de bataillon à qui je demandai des cartouches. Le commandant m’apprit qu’il n’y avait plus de munitions, que toutes les issues de la place étaient tenues par l’ennemi et que le P.S. n’était pas en flammes. Les allemands surgirent sur la place et nous mitraillèrent à 10m. Nous étions prisonniers et fûmes dirigés sur DOMMARTIN où je retrouvais le s/Lt LE SAUX et sa 54e S.M. Le lieutenant BLANCHET fut pris dans sa tranchée et nous y rejoignit ainsi que le sergent LE VERN et son groupe.
Le commandant de compagnie a appris en captivité que le lieutenant DUBOIS a quitté DOMMARTIN avec sa section. Il n’a pas de nouvelles de la 2e section et de son groupe de 25.

Signé MAILLOUX

Propositions de citations

Lieutenant BLANCHET Robert – Officier ayant fait preuve le 7 juin, d’un remarquable mépris du danger ; dans les flammes et sous des tirs ennemis très violents a commandé, avec le plus grand calme, ses tirs de mortier jusqu’à épuisement de ses munitions. (Particulièrement appuyée – signé GILBERT)

2e RIC – JMO

2-ric

 

20 MAI 1940

Au passage à Creil, vers 6H00, la Division fait remettre l’ordre d’opération qui prescrit au 2e RIC de se porter à Boves et Fouencamps pour s’aligner sur l’Avre entre le 24e RTS au sud et la garnison d’Amiens.
PCRI à la ferme de St Hubert.
Point de débarquement Ailly-sur-Noye.
Un groupe d’avions ennemis revenant de la direction de Beauvais laisse tomber quelques bombes aux alentours de la voie ferrée ; un blessé léger au bras.

Arrivée vers 11H00 à Ailly/Noye. Le débarquement en pleine voie se fait rapidement et est terminé vers 13H00. Au sortir de la gare, le général de Division fait connaître au colonel que des engins blindés ennemis progressent au sud d’Amiens et lui prescrit de barrer les issues des villages de Jumel et d’Ailly. Les éléments débarqués (CRE et CDT) vont occuper les sorties nord d’Ailly et les routes partant de Jumel vers l’ouest et le nord. Le dispositif est ensuite resserré pour la nuit, derrière la Noye, à la sortie ouest d’Ailly, avec un bouchon au carrefour ouest de Jumel.

Vers 18H0, l’escadron à cheval du GRD 74 arrive à Ailly et participe à la mise en défense du village. Au cours de la nuit, il recevra une autre destination.
Circulation continuelle de réfugiés vers le sud, et militaires plus ou moins isolés.
Le Régiment en récupère 40 environ, qui forment une section sous les ordres du lieutenant Pozner, du 51e RI, échappé d’Amiens. Cet officier se met à la disposition du colonel et reste au 2e RIC où il demeurera jusqu’au 10 juin.

21 MAI  1940

Vers minuit, le 3e Bataillon, débarqué à Breteuil, est arrivé à Essertaux où il a pour mission d’interdire les routes venant d’AMIENS.
Un détachement commandé par un capitaine, qui s’était porté de St Quentin sur Amiens, se trouve à Guyencourt, le colonel lui prescrit de former un bouchon et d’y tenir le village.
Au cours de la journée, une voiture blindée ennemie suivie de motos se présente à la sortie nord-ouest de Guyencourt. Quelques tirs de part et d’autres ; la voiture blindée se retire. Pertes : 1 tué et un blessé au détachement de Guyencourt.
Le I/2e RIC débarque à Ailly et pousse un élément (2e compagnie) à Guyencourt-Remiencourt, il assure la défense d’Ailly et de Jumel.

22 MAI 1940

Le II/2e RIC arrive dans la soirée à Ailly-sur-Noye, où il prend la mission du 1er Bataillon. Celui-ci se porte sur la Noye.

23 MAI 1940

Le I/2e RIC occupe : 3e compagnie à Fouencamps – 1ère compagnie à Dommartin – 2e compagnie et PC du Bataillon à Remiencourt. Il a pour mission de tenir ces différents points face à l’ouest et au nord.

Dispositif de la 4e DIC :
PC de la Division à la Faloise
A droite : 16e RTS PC à Moreuil
Au centre : 24e RTS PC à Merville-aux-bois
A gauche : 2e RIC PC à Ailly-sur-noye

Le général Tranchant prend le commandement de l’IDC 4 en remplacement du général Quilichini.
Le lieutenant Le Bihan commandant la CRE est promu capitaine à TT pour compter du 1er mai 1940. L’adjudant-chef Le Lay de la 9e compagnie est nommé sous-lieutenant à TT pour compter de la même date.

La 7e DIC arrive à Esserteaux et doit se porter sur St- Fuscien et les hauteurs au sud d’Amiens, vers Dury.
Des éléments de cette Division relèvent le 3e Bataillon du 2e RIC qui doit rejoindre Ailly dans la journée du 24 mai.
Le capitaine Darcy et le lieutenant Pozner effectuent avec des éléments du groupe franc du Régiment, une reconnaissance dans les faubourgs au sud-est d’Amiens (non occupés par l’ennemi).

24 MAI 1940

Le régiment reçoit l’ordre de pousser un Bataillon en liaison avec la 7e DIC pour occuper la côte 82 entre St-Fuscien et Boves et la ville de Boves. LE II/2e RIC exécute cette mission ; il est remplacé à Ailly par le III/2e RIC qui est en réserve de Division.
Le 2e Bataillon se porte en 2 colonnes : à gauche la 5e compagnie (capitaine Le Saout) de Jumel sur la côte 82, à gauche le gros du Bataillon par Guyencourt – Cottenchy sur Boves. Le PC du régiment est à la porte d’Ailly à Cottenchy.

Vers 17H00, la côte 82 et Boves sont occupés sans incidents, des mouvements ennemis se manifestent au nord de l’Avre à Longueau et à l’est. Vers 16H00, la DI donne l’ordre de pousser à la Somme, d’occuper Longueau et la Somme jusqu’à Blangy. Le 2e Bataillon reçoit en conséquence l’ordre d’occuper Longueau et le hameau sud de Camont. Le 1er Bataillon se portera à droite sur Glisy – château de Tronville et Blangy.

Le 2e Bataillon se heurte à des résistances à Cagny ; le pont de l’Avre est sauté. Le 2e Bataillon amorce son mouvement vers le nord de la voie ferrée. Le lieutenant Massy de la 6e compagnie est tué. Le lieutenant Barc, de la 5e compagnie est blessé. L’ennemi occupe Longueau et les croupes de l’est.

Au cours de la nuit, la 5e compagnie traverse la voie ferrée et marche vers la sortie est de Longueau par la route sud. La 7e compagnie occupe Cagny. Une section de la 5e compagnie a passé l’Avre. La 6e compagne, en liaison avec le 1er Bataillon, se porte sur la Somme.

25 MAI 1940

Le 1er Bataillon occupe sans incidents les points qui lui sont fixés : 3e compagnie à Blangy, en liaison à droite avec le 24e RTS et au château de Tronville – 1ère compagnie à Glisy.
2e compagnie et PC dans les bois au sud de la route d’Amiens –Villers-Bretonneux. La 6e compagnie est au cimetière américain (Sic) de Glisy.
La 5e compagnie se heurte devant Longueau à une vive résistance ; elle est renforcée par deux sections de la 7e compagnie.
Le III/2e RIC est remis à la disposition du Régiment. La 9e compagnie est envoyée à la côte 82 pour assurer la liaison avec la 7e DIC entre Boves et St-Fuscien, et s’opposer au débordement de Cagny par l’ouest.

5 chars FT sont envoyés à la disposition du 2e Bataillon. Vers 13H00, 3 des chars débouchent de la voie ferrée au nord de Boves, sur les trois routes partant de Longueau vers l’est et permettent aux éléments du 2e Bataillon très éprouvés devant Longueau, de s’installer défensivement face à Longueau entre le château et la lisière est du terrain d’aviation.

Pertes : capitaine Le Saout, commandant la 5e compagnie, tué d’une balle (plaie au foie), sous-lieutenant Leblanc, de la 7e compagnie, tué par balle. Capitaine Gardebois, commandant la 7e Compagnie, tué par éclat de bombe à Cagny.

26 MAI 1940

Le 3e Bataillon relève le 2e Bataillon à Boves et Cagny. Il occupe :
11e compagnie : ferme de la côte 107, en liaison avec le 7e DIC.
9e compagnie : Cagny et l’Epinette.
10e compagnie : Boves.
PC du Bataillon : Boves.
Liaison à la sortie nord de Boves avec le 1er Bataillon.

Le 1er Bataillon s’est resserré sur la gauche : Blangy et le château de Tronville ayant été occupés par le 24e RTS. La 3e compagnie occupe Glisy, la 1ère compagnie en réserve au bois du PC du Bataillon.
Le 2e Bataillon reçoit l’ordre de tenir la Noye de Fouencamps (2 section) Dommartin (1ère compagnie) – Remiencourt (PC et 1ère compagnie) – à ailly (2 section).
Le capitaine Kervella, adjudant-major au 1er Bataillon, est tué par un éclat d’obus. Le capitaine Darcy commandant la 1ère compagnie, est blessé à la main.

Le PC du Régiment se porte à Fouencamps. Le 2e RIC dispose des feux d’un groupement d’artillerie aux ordres du lieutenant-colonel Fage.

Dans l’après-midi, la DI fait connaitre que la 7e DIC, appuyée par un bombardement d’avion à 19H00, doit déclencher une attaque en direction d’Amiens. En liaison avec le mouvement de la 7e DIC, le 2e RIC occupera Longueau et s’alignera sur la Somme. Il dispose à cet effet d’un groupement d’artillerie et d’un groupe de 105 long. Les ordres sont donnés au 1er Bataillon qui doit occuper Longueau et porter la 1ère compagnie en direction du hameau sud du pont de Camon. L’heure « H » est fonction de l’avance de la 7e DIC. Le 3e Bataillon, en liaison avec la 7e DIC, assurera vers le pont de Longueau la liaison avec le 1er Bataillon.

27 MAI 1940

A 2 H 00, il n’y a encore aucune nouvelle de la 7e DIC. Vers 4 H00, le 1er Bataillon rend compte qu’il a atteint ses objectifs. Le 3e Bataillon reçoit l’ordre de chercher la liaison avec le 1er Bataillon vers le pont de Longueau. A cet effet, il occupe la gare de Longueau avec une section et envois une autre section en liaison avec le 1er Bataillon. Une patrouille allemande venant de la Boutillerie laisse 2 blessés prisonniers à la 9e compagnie à Cagny.

28 MAI 1940

Une section de tirailleurs sénégalais de la 7ème DIC vient occuper le cimetière de Cagny en liaison avec la 9e compagnie (il y a déjà à Cagny des éléments du GRD de la 7e DIC).
LONGUEAU est organisé en point d’appui aux ordres du capitaine Feyler qui disposent des éléments de la 9e compagnie et de ceux du 1er Bataillon (2e Cie et CA).
La 1ère compagnie est au sud de Camon derrière la Somme, en liaison à droite avec la 3e compagnie à Glisy. L’ordre est donné de s’installer en points d’appui fermés approvisionnés qui devront résister sans esprit de recul. Une patrouille allemande vient devant Cagny ; elle laisse 1 tué (un Feldwebel) sur le terrain.

Le Sous-Lieutenant Perrodo de la 2e compagnie est évacué malade. Le sous-Lieutenant Vandenschrick prend le commandement de la 5e compagnie en remplacement du Capitaine Le Saout tué. Le Lieutenant Gouriou prend le commandement de la 7e compagnie en remplacement du Capitaine Gardebois, tué.

29 MAI 1940

Nouvelle patrouille ennemie au sud-ouest de Cagny ; elle laisse 2 tués sur le terrain. Un avion ennemi tombe en panne sur l’aérodrome de Glisy, l’équipage (1 officier, 3 sous-officiers ou hommes) est fait prisonnier. Le Génie de la Division essaie de faire sauter le pont de Longueau, mais sans résultat.

30 MAI 1940

La 7e DIC commence à être relevée par la 16e DI. Les éléments du GRD de Cagny sont relevés.

31 MAI 1940

Le 89e RI (de la 16e DI) relève les Sénégalais du cimetière de Cagny.

1er JUIN 1940

Un groupe de combat du 89e RI exécute une patrouille sur la Boutillerie, fortement tenue par l’ennemi.

2 et 3 JUIN 1940

Le 89e RI doit occuper Cagny et Longueau dans la nuit. Le I/2e RIC tiendra la Somme depuis le cimetière de Glisy (3e compagnie) en liaison avec le 89e RI jusqu’à Blangy inclus (1ère compagnie). PC du Bataillon : bois sud de la route Amiens-Villers-Bretonneux. Le 3e bataillon maintiendra un élément (10e Compagnie) à Boves, et portera une compagnie (11e Cie) à l’est au bois de Gentelles. La 9e Cie occupe Fouencamps (2 sections) et la Ferme du Paraclet (1 section) et Cottenchy (1 section).

P.C. du bataillon au Nord de Fouencamps, puis à Fouencamps. Les relèves prévues sont effectuées dans les nuits du 1er au 2 juin et du 2 au 3 juin. Le groupement du Lieutenant-Colonel Fage quitte Fouencamps ; il est remplacé par le groupement du Commandant Galbert (305e R.A.).

4 JUIN 1940

L’ennemi attaque en force sur le sous-secteur du 89e R.I., dont le P.C. au Chalet reste en liaison avec le P.C. du 2e R.I.C. toute la journée (liaison téléphonique ou radio).
L’artillerie du sous-secteur du 2e R.I.C. effectue de nombreux tirs au profit du 89e R.I.
Importante circulation ennemie sur la route Amiens-Albert.
L’attaque ennemie progresse, mais éprouve de sérieuses résistances à Saint-Fuscien et à Sains.
La liaison est rompue avec le 89e R.I. Le lieutenant Lemordant effectue, avec son G.F., une patrouille pour reprendre la liaison avec le 89e R.I.

5 JUIN 1940

La liaison est rétablie par fil avec le 89e R.I. La Division prescrit de relever le 24e R.T.S. à la ferme 2 km N.E. de Blangy. Le S/Lieutenant Vasseur, de la 1ère Cie s’y porte avec sa section. Ils sont attaqués le soir ; le S/Lieutenant Vasseur est blessé ainsi que 2 hommes de sa section, et se replie sur le carrefour 1 km est de Blangy où doit se faire la liaison avec le 24e R.T.S.

L’attaque à l’ouest continue. Le 2e R.I.C. reçoit l’ordre de recueillir et de ravitailler les éléments restant du 89e R.I. Des chars ennemis se présentent devant Cottenchy. Le Colonel Commandant le 89e R.I. se porte au Paraclet et, avec ses éléments régimentaires et la 9e Cie du 2e R.I.C., assure la défense de la Noye au Paraclet-Cottenchy : face à l’ouest et au nord.

Le Commandant du 3e Bataillon se porte à Boves, dont il assure la défense face à l’ouest et au nord ; il prend sous ses ordres le bataillon du 89e R.I., qui tient Longueau. Situation du 1er Bataillon : inchangée. Des infiltrations ennemies sont signalées au cimetière de Glisy.

6 JUIN 1940

Patrouille ennemie sur Boves. Visite des Généraux cdt. La D.I. et l’I.D. La ferme N.O. de Blangy est occupée par un élément de la 1ère Cie, qui signale des infiltrations ennemies dans l’après-midi. Dans la nuit du 6 au 7 juin, le Régiment reçoit l’ordre de se replier au sud de la route Ailly-Moreuil. Le II/2e R.I.C. doit assurer la protection en occupant la Noye du pont nord de Fouencamps jusqu’à Remiencourt, faisant sauter les ponts une fois le mouvement terminé.

7 JUIN 1940

Les mouvements des 1er, 3e bataillons, éléments régimentaires, éléments du 89e R.I. s’effectuent sans incidents. Le 1er bataillon se rassemble au bois d’Ailly, en liaison à gauche avec le 78e R.I. à Ailly. A droite, occupation de la Briqueterie en liaison avec le 3e bataillon. Le 3e bataillon occupe Merville-au-Bois (9e et 10e Cie, P.C. du Btn). La 2e Cie est à Louvrechy. Les éléments de la 5e Cie de Fouencamps sont accrochés, vers 8 heures, sur le plateau sud-est de Louvrechy. Le Lieutenant Robert, blessé, est évacué par le 24e R.T.S. A la fin de la matinée, le 2e Bataillon est entièrement aux prises avec l’ennemi. Vers 14 heures, le Chef du Btn, BLOIN, Cdt le Bataillon rend compte par T.S.F. que le cercle se resserre autour de Remiencourt. Le S/Lieutenant Fetis, de la 7e Cie, est tué.
Une partie des éléments de la 5e Cie atteint Rouvrel, occupé par le G.R.D. Une section est faite prisonnière au bois de Machoublin.
Vers 18 heures, le G.R.D. abandonne Rouvrel, enlevant ainsi toute possibilité aux éléments de Remiencourt de se replier. Deux sections de la 5e Cie et 1 S.M. rejoignent Louvrechy, où se trouve le P.C. du Régiment. Le Lieutenant Lebaudy, de la C.R.E. est blessé par un éclat d’obus à Merville-au-Bois.

Ordre est donné d’occuper le cours de la Noye, de Ailly jusqu’à La Faloise, face à l’ouest, en liaison avec le 78e R.I. Le 24e R.T.S. occupe Merville-au-Bois. Le 2e R.I.C. occupe Louvrechy et la briqueterie d’Ailly. P.C. du régiment à Chirmont. En conséquence, le 1er Bataillon porte une compagnie au nord de Thory (1ère Cie). La 2e Cie et le P.C. du Bataillon à la Carrière de Corcelle, la 3e Cie à La Faloise. Le 3e Bataillon occupe Louvrechy et porte une Cie (10e Cie) à la Briqueterie d’Ailly. P.C. du Bataillon à Louvrechy. 2 sections de la 2e Cie à Chirmont. Le Capitaine Aballain arrive au Régiment, il prend le commandement des éléments du 2e Bataillon qui ont rejoint Chirmont, encadrés par les Lieutenants Vandenschrick, de la 5e Cie, et Dubois, de la C.A. 2.

8 JUIN 1940

Au jour, les différents emplacements prévus sont réalisés. La liaison est établie avec le Commandant du 78e R.I. A 11 heures, la D.I. prescrit de faire occuper Paillard, pour éviter un débordement par le sud. Deux sections de la 2e Cie et 1 section de mitrailleuses de la C.A. 1 sont envoyées sur ce point qui est occupé par l’ennemi avant leur arrivée.

A 14 heures, le Commandant de la C.H.R. rend compte que l’E.M. du 10e C.A. signale la présence de l’ennemi à Breteuil et sa progression vers le sud-est. A 16 heures, le Lt-Colonel Rousseau va en liaison à la D.I. A 17 heures, le 78e R.I. quitte la Noye et se replie dans le bois de la Faye. Parti de la Division vers 20 heures, le Lt-Colonel Rousseau trouve le chemin barré par l’ennemi à l’entrée sud d’Esclainvillers. Il parvient à rejoindre Chirmont vers 22 heures, avec l’ordre de replier le Régiment sur Quinquempoix (1er Bataillon) et Brunvillers (2e bataillon) et P.C. du Régiment.

Le mouvement commence aussitôt. L’ennemi a évacué Esclainvillers, mais occupe les environs. Le mouvement s’effectue sans difficulté jusqu’au sud de Coulemelle. Seule, la 2e Cie, qui voulant éviter Esclainvillers, l’a contourné, s’est heurtée à des forces ennemies et a disparu.

 

1st Lt HJELM Rex Paul

1st Lt HJELM Rex Paul

343rd Fighter Squadron (55th Fighter Group)

rex1

rex2
Embarquement dans un camion pour les pistes
Bas à gauche Edward J. Dvorak, à droite Joseph B. Jiorle
Haut à gauche Rex P. Hjelm, à droite Bill (William) H. Hallen

Le 11 juin 1944 le 1st Lt Rex Paul HJELM fut abattu dans la région de Compiègne aux commandes de son P38. Après s’être parachuté, son avion alla s’écraser à Bailleul-le-Soc près du hameau de saint-Germain-le-Pauvre.

rex3Rex P. HJELM dans le cockpit de son P-38J 42-68102

 

Témoignage du 2nd Lt L.H. Sturdivan : 

« Le 11 juin 1944 j’étais le N°2 du Tudor Yellow Flight mené par le Cpt Hoeper. Le Lt Hjelm conduisait le deuxième élément avec le Lt Goethal comme ailier. Nous arrivâmes sur notre cible à Compiègne vers 15H00. Le Cpt Hoeper piqua sur la rotonde de chemin de fer et la gare de triage. Après avoir largué mes bombes, nous effectuâmes un 270° et le capitaine amorça sa passe. Je le suivais en le surplombant, Hjelm et Goethal étaient derrière. Délesté de ses bombes le Cpt Hoeper gagna les nuages qui étaient formés à 7 ou 8/10e par des cumulus. En regardant derrière je vis que la rotonde avait reçu des coups directs. C’est alors que Hjelm appela le Cpt pour connaître sa position, ce dernier la lui indiqua. Quelques minutes plus tard Hjelm appela de nouveau pour dire qu’il ne nous trouvait pas et se joignait à deux autres appareils. Le Lt Goethal était encore probablement dans son aile. Je n’ai plus entendu parler des Lt Hjelm et Goethal après cela. »

Témoignage du Major Edward B. Giller :

« Alors que je menais le Tudor Squadron dans une mission de bombardement le 11 juin 1944, nous fûmes assaillis par une dizaine de 190 et de 109 dans le secteur nord-ouest de Compiègne entre 15H00 et 15H30, de 4000 à 8000 pieds. Quand nous fûmes alertés par l’arrière notre escadrille (blanche) vira à 180° et je vis un 190 descendre en flammes à 7000 pieds. Quelques minutes après je distinguai un parachute à 5000 pieds puis un autre à 400 pieds plus bas. (…) Je pense que l’un des parachutes ou les deux pourraient être ceux des Lt Hjelm et Goethal descendus par la première attaque ennemie venant de l’arrière. »

 

Témoignage du 1st Lt Ralph S. Seely :

« Alors que je volais à 2 miles à droite et devant une escadrille de P 38 au cours d’une mission le 11 juin 1944, je remarquai qu’ils étaient attaqués. Je vis l’un des P 38 en perdition. Les 190 passèrent alors sur le dos et je tentais de les suivre mais je dus renoncer à cause de deux 190 qui s’étaient mis dans ma queue. Je dépassai un P 38 qui fumait et perdait des débris. Je ne sais pas s’il s’agissait d’un avion qui avait subi l’attaque dont j’avais été témoin plus tôt. Après avoir effectué un Luftberry autour d’un nuage, je vis deux parachutes sensiblement au même niveau. Je passai suffisament près de l’un d’eux pour constater que c’était un Américain et je pense que c’était un de nos gars. Je n’étais pas assez proche pour distinguer qui était l’autre. »

 

Cinq FW surgirent à l’arrière et le ciel fut rempli de traçants. L’ailier fut abattu immédiatement. Rex parvint à descendre deux adversaires avant de succomber sous le nombre, instruments détruits et dérive endommagée. C’est ainsi que le Leutnant Wiegand qui se trouvait en-dessous quand il ouvrit le feu fut amené à passer devant Hjelm qui put tirer à son tour. Les deux pilotes se parachutèrent.

rex4

Lt Gunther « Gerd » Wiegand, Jagdgeschwader 26, 32 victoires. Ce fut sa dernière victoire. Son fémur brisé l’empêcha de piloter à nouveau

 

Au cours de sa descente Rex observa des troupes allemandes qui convergeaient vers les deux points de chute. Il repéra un champ de blé qui pouvait offrir un bon couvert s’il l’atteignait avant que les Allemands n’arrivent. Aussitôt arrivé au sol il se débarrassa de son parachute et avança à quatre pattes aussi vite qu’il le pouvait. Les Allemands arrivèrent et tirèrent sur le parachute et les alentours pendant un court instant. Il ne pénétrèrent pas dans le champ de blé et quittèrent la zone. Rex ne quitta le champ de blé qu’à la nuit tombée, marcha un peu et se dissimula dans une meule de foin.

Le matin il vit des Français sortir de leurs maisons et se diriger vers le champ en agitant les mains et en criant. La famille française l’accueillit comme l’un des siens, quelques uns parlaient un peu Anglais. Il resta avec elle environ deux semaines. La Résistance fut prévenue. A deux reprises elle signala que les Allemands cherchaient toujours Rex dans le secteur et à chaque fois, apeurée, la famille le cacha dans une crypte. La place voisine était occupée par un capitaine tombé au cours de la Première Guerre Mondiale. Un peu plus tard des petits tracts furent distribués dans la région avec son nom et d’autres informations qui figuraient sur le fuselage de son appareil. D’après la Résistance, le pilote qu’il avait descendu était semble-t-il d’un rang élevé et était en colère d’avoir eu une jambe brisée (soit par une balle, soit en sautant).

Au cours de la troisième semaine la résistance décida de transférer Rex à Paris, chaque jour de son trajet fut soigneusement planifié. Le matin il quittait son asile avec une miche de pain et du fromage et poursuivait sa route. A Paris on lui indiqua qu’il devrait rester dans sa planque jusqu’à l’arrivée de l’US Army qui n’était plus très loin. En attendant il accompagna le résistance presque partout. Une fois avec un résistant il était assis à la terrasse d’un café quand un officier que le Français connaissait vint s’asseoir avec eux. Il commença par dire une blague et tapa sur la cuise de Rex tout en riant très fort. On avait dit à Rex de se taire et de rire quand tout le monde riait. Cela a marché.

rex5

Fausse carte d’identité fournie par la Résistance.
L’éloignement entre les lieux de naissance et de résidence rendait les vérifications difficiles.

Sources :

HJELM Jr P. Rex
MACR 5574
« Mavré » page 269
http://www.web-birds.com

Major William H. MERRIAM

Major William H. MERRIAM

mer3

mer2
(Archives familiales Merriam)

 

Le samedi 3 juin 1944, à 14h30, est décédé au lieu-dit « la carrière St- Christophe » à Saint-Leu-d’Esserent, le Major William H. MERRIAM, matricule O-399678.

mer4Épave du P 47 (Collection Laurent Dolbet)

William Horton MERRIAM (Bill) est né le 12 mai 1917 à Lethbridge au Canada. Á cette époque ses parents étaient exploitants agricoles La famille Merriam émigre aux Etats-Unis, et s’installe à Fullerton en Californie. William effectue de brillantes études scientifiques au campus universitaire californien de Berkley, il est diplômé en 1939 et décide alors de s’engager dans l’Army Air Corps pour devenir pilote de chasse Sa formation passe par les bases de Hancok Field à Santa Maria puis Randolph et Kelly Field au Texas. En avril 1941, alors que les U.S.A. ne sont pas en guerre, il est choisi avec 11 autres pilotes pour apprendre, auprès de la RAF, les techniques de combat de la Luftwaffe. Le groupe sera reçu à Buckingham Palace.

De retour aux USA, ce noyau formera de nombreux instructeurs de l’USAAF. Le 3 mars 1942 est célébré à la Nouvelle -Orléans, le mariage du lieutenant William Merriam et de Miss Jane Cadwell (infirmière). De cette union, le 28 janvier 1944, naîtra Katheryn Ann. Peu de temps après, il part avec son unité pour l’Europe.

Le major Merriam assure le rôle de Group Operation Officer au sein de 406th Fighter bomber Group. (3 squadrons, 512, 513 et 514) de la 9ème U.S. Air Force, basé à Ashford (Grande-Bretagne).

Le 3 juin, 1944 eut lieu la mission n° 24 du IX fighter command., nom de code:  Tiger Banjo, qui prévoyait une attaque du trafic ferroviaires sur les secteurs de Louvres (95) à Creil et Chantilly – Senlis.

Au cours d’un mitraillage le Major pilotait un chasseur-bombardier P47 D « Thunderbolt » portant le serial number 42-75083. Il fût abattu par la Flak, positionnée au bord de l’Oise, côté St-Maximin (témoignage de M. Claude Queffellec). Malgré l’interdiction des autorités allemandes, une grande partie de la population de St-Leu assista aux obsèques du jeune pilote et le cercueil fût recouvert de nombreux bouquets. Un couvre-feu fut alors instauré à 20h00 (« Le Patriote de l’Oise » journal clandestin juin 1944).

mer1Tombe dans le cimetière communal (Collection famille Simon Lefèvre)

William H. MERRIAM repose désormais au cimetière militaire de Colleville-sur-Mer, en Normandie. Á titre posthume, il fut nommé Lieutenant-Colonel.

 mer5Colleville-sur-Mer : Plot D, Row 18, Grave 47

 

Source :

MACR 6189 via Marc PILOT
Famille MERRIAM via Graham Taylor
Rapport de mission du 406th FBG en date du 5 juin 1944
Témoignage de Claude Queffellec
Archives municipales de Saint-Leu-D’esserent

© Jean-Philippe MATHIEU / Picardie 1939-1945/ décembre 2016

Aviateurs et avions français, Santerre 1940

Répertoire des aviateurs et des avions français abattus dans le Santerre en 1940

Beaucoup de témoignages de soldats insistent sur l’absence d’avions français dans le ciel au cours des combats des mois de mai et juin 1940, alors qu’ils sont bombardés et mitraillés par l’aviation allemande. La terreur du Stuka et de ses piqués terrifiants ont hanté plus d’un fantassin au cours de cette période.

Et pourtant, les aviateurs ont payé un lourd tribut au cours des six semaines de la campagne de France. « Le taux d’attrition parmi les navigants est pour le moins impressionnant. L’armée de l’air compte, pour l’ensemble de la campagne, 541 tués, 364 blessés et 105 disparus, soit 40% des officiers et 20% des sous-officiers et hommes de troupe navigants aux armées. » (1)

Plusieurs études ont tenté de répertorier les aviateurs et avions français abattus en Picardie et particulièrement dans la Somme. Tout d’abord celle de Mme Germaine L’HERBIER-MONTAGNON dans son livre « Disparus dans le ciel » (2), puis Pierre VASSELLE dans « Les combats de 1940 18 mai-9 juin Haute-Somme et Santerre » (3), enfin Jean-Marc ENGRAND et Jean-Pierre DAVID, du Comité du Souvenir Français du canton de Montdidier dans « Mai-Juin 1940 Les aviateurs français dans le ciel de la Picardie », en 2000 (4).
En complément, les livres de Paul MARTIN « Invisibles vainqueurs » (5) et « Ils étaient là… » (6), avec la collaboration de Jacqueline MARTIN, nous serviront de référence tout au long de ce sujet. Le répertoire ci-dessous, limité à une large part de l’est du département de la Somme, le Santerre, a pour ambition de faire le point des connaissances sur cette question.

L’entrée (discutable) de ce répertoire se fera à partir de deux facteurs : la chronologie et les noms de lieux cités dans l’ordre alphabétique ; ce dernier choix avait été celui des deux premiers auteurs cités.

repertoire_des_aviateurs_et_des_avions_francais

34e BCC

9 juin 1940 – Combat de Lieuvillers

34e-bcc-1

 

Le destin du 34e bataillon de chars, au cours de la campagne de France de 1940, reflète parfaitement les conditions très difficiles auxquelles les unités de l’armée française ont été confrontées alors.
Sur le terrain, le bataillon ne peut compter que sur lui-même. Les moyens radio sont pratiquement inexistants au sein de l’unité. Aucune coordination avec des moyens aériens mais aussi avec d’autres, terrestres, impliquant des chars lourds et de l’artillerie.
Au cours de la retraite, ce 9 juin, le 34e bataillon, isolé, va payer au prix fort le fait de se retrouver au beau milieu d’une Panzer Division qui concentre, elle, tous les moyens évoqués.
Cet extrait tiré de l’appel du 18 juin 1940 du général De Gaulle prend ici tout son sens : « Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. »
L’historique de cette unité blindée, écrit en 1943, va nous permettre de mieux comprendre cette funeste journée.

Le 34e bataillon de chars légers « 35 R », dit aussi 34e bataillon de chars de combat, prend corps peu avant la déclaration de guerre, le 23 août 1939 au camp de Mourmelon. Il se constitue avec des détachements actifs des 508e et 510e régiments de chars. Venus de leurs garnisons de l’Est, Lunéville et Nancy, et placés sous le commandement du chef de bataillon Aleyrangues, ils comprennent : 7 officiers, 23 sous-officiers, 17 caporaux, 91 chasseurs.
Rapidement le bataillon est équipé de 45 chars Renault 35 dont trois sans canons. A la mobilisation début septembre les réservistes venus pour la plupart du Nord et de l’Est affluent 1

Active Réserve Total
Officiers 8 20 28
Sous-Officiers 23 46 69
Caporaux 17 53 70
Chasseurs 91 311 402

 

Bataillon de chars légers Nombre de chars
Chef de Bataillon 1
1ère Compagnie 13
2e Compagnie 13
3eCompagnie 13
Cie d’échelon (chars de remplacement) 5
Total 45

 

Ordre de bataille du 34e bataillon de chars fin mai 1940 2

 

ÉTAT-MAJOR

Chef de bataillon : commandant Aleyrangues (508)
Chef d’état-major : capitaine Latargez
Renseignements : lieutenant Batissier
Adjoint technique : lieutenant Mignotte (P.A.C.C. Mourmelon)
Médecin : lieutenant Bodet
Détails : sous-lieutenant Cabanac

 

COMPAGNIE D’ÉCHELON

Commandant de compagnie : capitaine mécanicien Fauré (510)
Atelier : lieutenant Bastien
Adjoint atelier : lieutenant Debionne
Ravitaillement : lieutenant Aubert

 

1ère COMPAGNIE

Commandant de Cie : capitaine Chauvin
1ère Section de combat : lieutenant Rougée
2e Section de combat : lieutenant Jacquinot
3e Section de combat : sous-lieutenant Jeanguillaume
4e Section de combat : sous-lieutenant Soyez
Section d’échelon : lieutenant Baratte

 

2e COMPAGNIE

Commandant de Cie : capitaine Gallice (510)
1ère Section de combat : lieutenant Bérard (510)
2e Section de combat : lieutenant Salaun
3e Section de combat : aspirant Fabry
4e Section de combat : lieutenant Marguier
Section d’échelon : sous-lieutenant Pingeon ?

 

3e COMPAGNIE

Commandant de Cie : capitaine Blanchot (508)
1ère Section de combat : lieutenant Larrieu
2e Section de combat : lieutenant de Lamothe
3e Section de combat : sous-lieutenant Cabanac (508)
4e Section de combat : sous-lieutenant Bontemps
Section d’échelon : sous-lieutenant Minguet


Journée du 9 juin 1940 : Combat de Lieuvillers

 

Missions et ordres

Le 9 juin, vers 2 h. 30, alors que des salves de 77 tombent sur Maignelay / Montigny / Ravenel, jetant la confusion dans les convois qui continuent à s’écouler vers le sud, le bataillon reçoit l’ordre de porter sans délai ses compagnies à la sortie sud-est de Ravenel, point où seront précisées les missions.
Cet ordre émane du commandant de la 3e demi-brigade qui a reçu lui-même, à 1 h. 45, un ordre de la 1ère division cuirassée 3 lui enjoignant de se décrocher à 2 heures pour aller avec un détachement comprenant :
le 34e bataillon ;
une compagnie de chasseurs avec canons de 25, sur la rivière de l’Arée afin d’en interdire les passages entre Saint-Just et Clermont (ces deux localités exclues) 4

L’ordre d’opérations dont il s’agit précisait la mission de la 1ère division cuirassée qui consistait, pour le 9 juin :
jusqu’au lever du jour, à protéger le décrochage du 1er corps d’armée ;
puis, en s’échelonnant sur l’Arée, de Saint-Just à Clermont inclus, à couvrir face à l’ouest le repli du 1er corps d’armée se retirant en direction du sud.
L’ordre répartissait les missions comme il suit :
détachement d’Aboville (1ère demi-brigade), maintenu à Saint-Just, localité qu’il barrait depuis le 8 au soir ;
détachement Pinot (reliquat de la 1ère demi-brigade, gros du 5e B.C.P.) ; objectif : Clermont.

De plus, une compagnie du 34e bataillon devait être envoyée en réserve de division au bois d’Erquery.
Par contre, autant que les souvenirs de l’auteur de cette relation sont exacts, l’ordre ne donnait aucun renseignement sur l’ennemi.
A vrai dire, on savait qu’il était au contact ou presque (actions des autos mitrailleuses sur Saint-Just le 8 au soir ; fusées de jalonnement au nord de Maignelay, puis tirs de 77 sur le village le 9 à 2 heures) et que la direction ouest – sud-ouest était au moins aussi dangereuse que celle du nord. C’est ainsi que le 9 juin, à 2 heures, sachant Saint-Just tenu, le chef de bataillon commandant le détachement avait décidé de porter le plus rapidement possible :
la compagnie de chasseurs sur l’Arée, entre le Metz et Airion ;
une compagnie de chars sur les passages de Valescourt et Saint-Rémy-en-l’Eau, en vue de couvrir le déplacement du gros du bataillon sur l’itinéraire : Ravenel, Angivillers, Lieuvillers, Erquinvillers, Argenlieu. D’où l’ordre de décrochage donné au bataillon alors que vers la même heure (2 h.30) le capitaine Bassinot, chef d’état-major de la demi-brigade partait pour Ravenel, suivi de la majeure partie du P.C., afin d’orienter la compagnie de chasseurs sur les intentions du commandant et lui donner sa mission. 5

L’exécution

A 4 heures, le capitaine Gallice rejoint le commandant du détachement à Ravenel.
Peu après arrive la 2e compagnie (lieutenant Bérard, 12 chars). Orientée aussitôt sur sa mission (ponts de Valescourt et de Saint-Rémy), elle part à travers champs, droit au Sud-Ouest, munie, à défaut de carte, d’un croquis schématique établi à son intention.
La 3e compagnie (capitaine Blanchot, 13 chars, dont 1 en remorque) a eu beaucoup de mal pour se dégager de la cohue de Maignelay, village dont elle gardait les issues. Elle n’arrive qu’aux environs de 5 h. 30 à Ravenel.
Les autres éléments du bataillon, dont la 1ère compagnie (capitaine Chauvin, 4 chars), sont déjà là.
Le capitaine Gallice engage sa colonne sur l’itinéraire prévu, ou, à travers champs, le long de cet itinéraire.
Il la précède, ainsi que le commandant Aleyrangues, se dégageant à grand peine du double courant de véhicules, tant civils que militaires, qui encombre les routes.
Vers 8 heures, aux abords de Lieuvillers, on trouve enfin une route dégagée, sans doute en raison de quelques tirs de mitrailleuses qui se font entendre dans le voisinage.
Dans le village, un officier commandant quelques éléments de la 7e D.I.N.A. signale la présence de groupes ennemis immédiatement à l’ouest, renseignement confirmé presque aussitôt par le sergent-chef Dolweck, de la section d’échelon de la 2e compagnie.

Cette section, partie de Ravenel derrière sa compagnie, avait en effet, reçu du lieutenant Bérard l’ordre de se rendre, par Angivillers et Lieuvillers, à la ferme de la Folie.
Au débouché de Lieuvillers, (sortie ouest) elle était tombée sous les feux de groupes ennemis, dissimulés dans les blés, de part et d’autre du chemin. Ayant dû laisser les tracteurs de ravitaillement sur place, le personnel venait de regagner la village, ramenant le chasseur Coppin, blessé aux jambes.
Il est environ 8 h. 30 la 3e compagnie arrive. Avant d’aller plus loin, il faut se donner de l’air sur la croupe de Lieuvillers.
La section de tête de la 3e compagnie (sous-lieutenant Bontemps) est engagée.
Le sergent-chef Dolweck, qui connaît le terrain, en prend le commandement, l’officier remplaçant l’un de ses chefs de char.
Ayant dépassé les tracteurs abandonnés, elle entreprend le nettoyage du terrain, tire sur quelques groupes et sur une pièce antichars située vers le coude de la route conduisant à la Folie.
Elle rentre vers 9 h. 30 au village avec un tourelleau enlevé, un canon coincé sur son frein et de nombreux impacts de balles de 20 ou d’obus de 37. Le personnel est indemne, mais deux chars sont inutilisables.
Entre temps, un renseignement a fait connaître que le village d’Erquinvillers est tenu par des éléments ennemis.
Le commandant du détachement ne sait encore rien de la 2e compagnie, orientée sur Valescourt et Saint-Rémy, pas plus que de la compagnie de chasseurs.
Il semble, d’autre part, que l’on n’ait affaire de façon immédiate qu’à des résistances fragmentaires d’éléments à pied et cela bien que deux ou trois engins ennemis – chars ou autos-mitrailleuses – aient été vus croisant aux abords de la ferme de La Folie.
Comme, d’autre part, il faut articuler le dispositif du gros du bataillon encore en colonne de route, la tête à Lieuvillers, le commandant du détachement, pressentant qu’il lui sera difficile d’arriver à l’Arée, décide de s’accrocher tout d’abord aux deux villages de Lieuvillers et d’Erquinvillers, puis de voir venir.
Enfin, il ne saurait plus être question désormais d’envoyer une compagnie de réserve à Erquery. D’ailleurs, la division doit y disposer déjà de deux sections de la 1ère compagnie, détachées à son P.C. depuis minuit. D’où l’ordre :
à la 3e compagnie, d’attaquer Erquinvillers et de s’y accrocher face au nord et à l’ouest ;
à la 1ère compagnie, renforcée par les trois chars armés de la section de remplacement, de se porter aux lisières de Lieuvillers et de nettoyer une fois de plus la croupe immédiatement à l’ouest car, de ce côté, l’ennemi a repris ses tirs. Débouché à 10 h. 15.
Les deux compagnies débouchent à peu près simultanément. De la sortie sud de Lieuvillers où la capitaine Blanchot est monté en char pour la dernière fois, suivi par ses sections dans un ordre admirable, on peut observer de bout en bout le combat de la 3e compagnie.
L’unité s’engage sur deux échelons de part et d’autre de la route conduisant à Erquinvillers. Parvenue à bonne distance du village elle ouvre le feu sur ses lisières.
Au moment où les sections de tête vont l’aborder, elle est prise brusquement à partie par des chars qui apparaissent sur les croupes au sud de la ferme de la Folie, ou qui débouchent du bois 1 km. 500 nord-ouest d’Erquinvillers.

Ce sont des P.Z.W. 3 ou W. 4, facilement reconnaissables par leur tourelleau caractéristique et leur antenne à l’avant. Une douzaine au moins, en station ou en marche, s’opposent directement à la compagnie, laquelle, se sentant menacée à droite, se redresse bientôt face à la ferme.
Nos chars, tirant sans arrêt, se rapprochent de leurs adversaires. Ils cherchent, semble-t-il, l’abri d’un changement de pente intermédiaire, où quelques-uns viennent finalement prolonger la gauche de la 1ère compagnie.
Des pièces d’assez fort calibre (105 vraisemblablement), installées auprès de la ferme et dont les lueurs sont bien visibles, appuient les appareils ennemis. Elles ne tardent pas à faire flamber quelques maisons de Lieuvillers.
Peu à peu, le feu de nos chars s’éteint, la plupart sont immobilisés, quelques-uns brûlent.
De 11 h. 15 à midi, calme absolu, mis à profit pour évacuer, sur les rares voitures dont on dispose, touristes y compris, les blessés qui ont pu regagner le village. Peu avant midi, des motocyclistes allemands suivis d’une voiture tous terrains y pénètrent.
Reçus à coups de mousquetons, ils sont abattus ou font demi-tour.
Le commandant du détachement ne disposant plus que de 2 chars, dont un a reçu un obus dans le barbotin, décide alors de se replier sur Cressonsacq. Le personnel valide est fractionné en deux groupes disposant chacun d’un char. L’un d’eux est commandé par le capitaine Chauvin. Il part du petit bois 0 km. 500 nord-est de Lieuvillers.
Le second, conduit par le commandant Aleyrangues, avec un char du sergent-chef Janin, quitte le village peu après midi.
Au moment du départ, le capitaine Gallice, qui s’était attardé, est accroché par des motocyclistes. Blessé par des éclats de grenades, il se défend au pistolet, abat l’un de ses adversaires et, s’étant dégagé, peut rejoindre le groupe à la sortie du village. Fort heureusement le char permettra son transport, car il marche plus que très difficilement.
Sans plus être inquiété, le groupe arrive à Cressonsacq vers 13 h. 30, après avoir recueilli en route le sous-lieutenant Bontemps et son mécanicien.
Là, il faut brûler le char, presque à sec d’essence. Le capitaine Gallice est confié à un véhicule, partant pour Pont-Sainte-Maxence, tandis que nos hommes sont autorisés à monter sur les voitures d’un régiment d’artillerie. La plupart, cependant, retraitent à pied car, vers 15 heures, la route directe de Pont-Sainte-Maxence par Eraine est menacée par une fraction assez importante de blindés adverses.
Les derniers éléments du bataillon, dont le capitaine Latargez et le sergent-chef Janin, serrés d’assez près par l’ennemi entre Rouvillers et Estrées-Saint-Denis rejoignent, dans cette dernière localité, une arrière-garde de la 47e D.I. qui se replie en bon ordre. C’est avec elle qu’ils parviennent à l’Oise au soleil couchant.
Depuis 16 heures, le pont n’existe plus. 6

 

Renseignements complémentaires

Tel fut, vécu par le commandant du détachement, l’engagement de Lieuvillers.
Les renseignements recueillis par la suite permettent aujourd’hui de se faire une idée plus exacte de cette affaire malheureusement où, bien que très nettement surclassées par l’ennemi, nos compagnies lui firent face de façon admirable.
Les plus intéressants sont ceux rapportés par le lieutenant Bérard après son évasion. Ils peuvent se résumer comme suit.
Partie la première de Ravenel avec pour objectifs les ponts de Valescourt et de Saint-Rémy, la 2e compagnie avait atteint et franchi sans encombre la croupe de la cote 162.
Poursuivant sa progression en direction du coude de la route nationale de Saint-Just à Clermont, elle fut soumise, presque aussitôt après avoir dépassé cette route, à des feux provenant de la cote 148 (est de Saint-Rémy).
Le lieutenant Bérard décida alors d’utiliser un léger vallonnement pour s’abriter, accéder à nouveau sur le plateau et de là, se redresser face à la ferme de La Folie dont les abords commandent toute la région.
Ce mouvement terminé, vers 8 heures, les sept chars qui lui restaient vinrent s’aligner devant les P. Z. W. 3 postés face au nord en avant de la ferme 7
Deux avaient été détruits dès le début de l’engagement (aspirant Fabry, sergent Blondiaux)..
En très peu de temps, nos chars furent mis hors de cause (armement, épiscopes détruits, chars démolis ou brûlés).
Dès qu’ils ne tirèrent plus, les appareils allemands s’en vinrent au milieu d’eux et firent prisonniers les équipages restés sur place.
Conduit auprès de la ferme avec quelques autres, dont le sergent Sohet grièvement blessé à l’épaule, le lieutenant Bérard y resta pendant près de deux heures.
Là il put observer à loisir. A la ferme même était installé un P.C. important (postes radio à terre, nombreux motocyclistes). Non loin se trouvaient 2 canons automoteurs et tout autour, plus ou moins déployés, deux groupes comportant une douzaine de chars (7 T.P. polonais, P. Z. W. 3), tous appareils armés d’un canon de 47.
Plus en arrière, sur la route de Clermont et l’embranchement de Saint-Rémy, il y avait des voitures tous terrains servant au transport de personnel, voitures vides de leurs occupants, une demi-douzaine d’autos-mitrailleuses à roues et un fort détachement de P. Z. W. 4 (25 à 30 appareils).
Arrivé à Saint-Rémy, l’officier y trouvait quelques centaines de prisonniers appartenant à divers corps de la 7e D.I.N.A. qui avaient été pris au cours de la nuit précédente, sur les routes conduisant de Saint-Just à Clermont.

Le capitaine Bassinot, chef d’état-major de la 3e demi-brigade, parti de Montigny vers 2 h. 30, n’avait pu rejoindre le 5e bataillon de chasseurs qu’au bois d’Erquery.
Il y avait trouvé également le général commandant la division et les deux sections de la 1ère compagnie détachées à son P.C. depuis minuit sous les ordres du lieutenant Rougée.
Le général ayant approuvé les ordres donnés par le commandement du détachement, une compagnie de chasseurs fut envoyée sur l’Arée pour reconnaître le pont d’Airion.
Là aussi l’ennemi nous avait devancés. Le détachement Rougée stationna aux lisières ouest du bois d’Erquery jusqu’au début de l’après-midi, aidant au décrochage des éléments du bataillon de chasseurs restés dans cette région.
Un peu plus tard, alors que le gros de la division (1ère demi-brigade, 5e B.C.P.) s’était enfermé dans Clermont où il devait résister jusqu’à la nuit aux attaques ennemies, le détachement put se replier et passer au sud de l’Oise en utilisant le pont de Saint-Leu.
Grâce à l’initiative de son chef qui avait réussi à se ravitailler en cours de route, il ramenait 5 chars, le 6e, en panne, ayant été détruit (char du sergent Drombois).
Plus au nord, le détachement d’Aboville (1ère demi-brigade), arrivé à Saint-Just le 8 au soir, y avait détruit incontinent quelques autos-mitrailleuses qui venaient de faire des ravages sérieux dans une colonne de la 7e D.I.N.A.
Interdisant dès lors cette localité aux blindés allemands, il ne devait la quitter que le 9 juin peu avant midi. Ayant perdu un char B, il avait détruit une dizaine d’engins ennemis.

Au cours de son repli par Cressonsacq et Bailleul-le-Soc, le détachement s’engagea à nouveau, vers 15 heures, auprès de cette dernière localité, pour dégager une arrière-garde de la 47e D.I., accrochée par un groupe de blindés ennemis… Il perdit dans cette affaire, ses trois chars R. 40.

Enfin, et pour en revenir au 34e bataillon, les sections d’échelon (1er et 3e compagnies), groupées au début du combat dans la région de Pronleroy, s’étaient repliées sur ordre aux environs de midi en direction de Pont-Sainte-Maxence.
Mais, ayant été totalement retardées par les actions de l’aviation adverse au nord de Bazicourt et surtout par l’encombrement de la route aux approches du pont, elles n’y parvinrent que peu après sa destruction.
Six chars seulement avaient pu franchir l’Oise en ce point : trois chars non armés de la section de remplacement et trois autre chars évacués sur l’atelier dans la nuit précédente ou dès les premières heures de la matinée. 8

 

Bilan et conclusion

Entre Saint-Just et Clermont, les Allemands nous avaient largement devancés sur l’objectif assigné ; la coupure de l’Arée.
Lié par sa mission, le bataillon fut engagé dans des conditions difficiles, parce que mal renseigné, isolé et sans appui, ne disposant pas des moyens nécessaires pour se couvrir de façon efficace.
C’est ainsi qu’il vient buter à partir de 8 heures, autour de la ferme de La Folie, sur un groupement blindé beaucoup plus puissant tant par le nombre que par la qualité et la diversité de l’armement.
Les chars allemands n’apparurent que lorsque nos compagnies se furent entièrement déployées devant des éléments à pied dotés d’armes antichars.
Dès lors accrochées et nettement surclassées, sinon par le nombre des appareils ennemis en ligne, du moins par la supériorité incontestable de leurs armes, elles n’eurent plus qu’un réflexe : faire face et se battre.
Elles le firent de leur mieux, au prix de pertes sévères, atténuées cependant quant au personnel, par la qualité des blindages. Après de longs mois de recherches, ces pertes peuvent aujourd’hui s’établir de façon à peu près exacte.
Dix de nos camarades, dont les pauvres restes, le plus souvent difficiles à identifier, sont inhumés auprès de leurs chars détruits, ont trouvé une mort glorieuse dans ce combat inégal. Ce sont :
3e Cie : le capitaine Blanchot et son mécanicien Mandavy (char 13),
le sous-lieutenant Miguet et son mécanicien Dérout (char 1),
le chasseur Marchand, mécanicien de char n° 2
2e Cie : le sergent Blondiaux et son mécanicien Brunerie
1ère Cie : le caporal-chef Testevuide ;
Cie d’échelon : le sergent Laidet et son mécanicien Guérin
Nous avions perdu ce jour-là : quatorze blessés récupérés ou faits prisonniers dont deux très grièvement atteints, le sergent Sohet (2e) amputé, le sergent Malo (3e)aveugle ; une vingtaine de prisonniers de tous grades, non blessés, parmi lesquels quelques-uns disparurent au cours du décrochage.

Du point de vue du matériel, le bilan était plus lourd encore. Soit du fait de l’ennemi en ce qui concerne plus spécialement les chars, soir par suite de la destruction prématurée des ponts de l’Oise, le bataillon avait perdu 31 chars, tous ses tracteurs de ravitaillement et voitures tous terrains, 3 voitures de liaison, un tracteur Somua, quelques camionnettes.
22 chars détruits ou brûlés, le fanion haut et face à l’ennemi, jonchent encore le terrain du combat.
Bilan tragique pour un premier engagement et que seuls vinrent adoucir, par la suite, les témoignages d’estime de nos chefs ou ceux des rares fantassins qui purent voir nos équipages à l’oeuvre.
Mais contrairement à ce que nous avons pu penser au soir de cette triste journée, tant d’abnégation ne fut pas sans résultat.
Il est avéré, en effet, qu’aucun appareil allemand ne vint, entre 8 heures et 13 heures, promener ses chenilles à l’est de la ligne : Angivillers – Lieuvillers – Nauroy et que ce délai, particulièrement précieux, ne fut pas perdu pour les colonnes du 1er corps qui, en arrière de nous, se pressaient vers les ponts de l’Oise. 9

 

34e-bcc-2

 

Tués au combat le 9 juin 1940 :

 

Jean Camille Pierre BLANCHOT, capitaine, né le 15 novembre 1900 à Gray (Haute-Saône), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers, sur la route de Lieuvillers. Inhumé dans la Nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt, tombe n° 343.

André Henri Joseph BLONDIAUX, sergent, né le 7 octobre 1909 à Fluquières (Aisne), Mort pour la France le 9 juin 1940 officiellement à Saint-Rémy-en-l’Eau.

Félix Claude BRUNERIE, chasseur, né le 5 avril 1918 à Nexon (Haute-Vienne), Mort pour la France le 9 juin 1940 officiellement à Saint-Rémy-en-l’Eau.

Jean-Louis DEROUT, chasseur, né le 4 octobre 1906 à Scaer (Finistère), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers. Inhumé au carré militaire de Villejuif.

Georges Arthur GRIMONPREZ, chasseur, né le 10 janvier 1913 dans le département du Nord, Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers.

Louis Joseph Marie GUÉRIN, chasseur, né le 6 mars 1917 à Belley (Ain), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers.

Auguste Alfred Fernand LAIDET, sergent, né le 21 octobre 1915 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers.

Charles Henri MANDAVY, chasseur, né le 16 novembre 1907 à Paris, Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers, sur la route de Lieuvillers. Inhumé dans la Nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt, tombe n° 346.

André Paul Victor MARCHAND, chasseur, né le 5 mars 1918 à Vinay (Isère), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers, sur la route de Lieuvillers.

Jean MIGUET, sous-lieutenant, 26 août 1900 à Saint-Vallier (Saône-et-Loire), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers. Inhumé dans la Nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt, tombe n° 345.

Jules Félix René TESTEVUIDE, caporal-chef, né le 28 août 1917 à Thol-les-Millières (Haute-Marne), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers, sur la route de Lieuvillers.

 

34e-bcc-3

Cimetière provisoire de Lieuvillers (photo via Jean-François Mouragues)

34e-cc-4

Monument commémoratif aux morts du 34e Bataillon de Chars
sur la RD 127 entre Erquinvillers et Lieuvillers

© Eric Abadie – Picardie 1939 – 1945 – novembre 2012

 

Infanterie Regiment 53

14-inf

Insigne de la 14 I.D.


florke

Oberst Hermann Florke commandant le 53 Inf. Reg. 
(sur cette photo plus tardive il est GeneralLieutenant et commande la 14. Infanterie Division)

 

Infanterie-Regiment 11 (Stab, I.-III.)
Infanterie-Regiment 53 (Stab, I.-III.)
Infanterie-Regiment 101 (Stab, I.-III.)
Feldersatz-Bataillon 14
Artillerie-Regiment 14 (Stab, I.-III.)
Artillerie-Regiment 50 (I.)
Beobachtungs-Abteilung 14
Pionier-Bataillon 14
Panzer-Abwehr-Abteilung 14
Infanterie-Divisions-Nachrichten-Abteilung 14
Infanterie-Divisions-Nachschubführer 14

Après une campagne en Pologne, le 53e Infanterie Regiment (ex. Infanterie-Regiment Königsbrück), sous le commandement de l’Oberst Hermann Flörke, est envoyé à l’Ouest pour participer à la Campagne de France. Le 10 mai 1940, le 53e Inf. Reg. se présente à Vlodrop (Hollande) et dès le lendemain, il pénètre en Belgique, parcourant 40-50 kilomètres dans la journée. Le régiment va continuer ainsi sa progression en passant par la Picardie.

Le 12 mai 1940, le canal Albert est dépassé. La progression est ralentie par des tirs de barrages Le 17 mai 1940, une attaque à grande échelle est déclenchée sur la Dyle. Après la réparation des ponts, le régiment poursuit sa route jusqu’à Bruxelles.

Le 19 mai, l’avance a été poursuivie sur le canal Dendre. Avant Ninove il y eut des tirs d’artillerie. De là, le régiment a attaqué l’Escaut. Mais les Allemands échouent dans la traversée, dans un premier temps (21 mai). C’est seulement le 23 mai qu’ils réussissent à passer l’Escaut. Le 24 mai 1940, le régiment a traversé l’Escaut et poursuit sa route jusqu’à Dunkerque le 30 mai 1940, non sans être accroché. Jusqu’au 4 juin et la chute de Dunkerque, Les français et les anglais mettent un temps « en échec » les allemands.

Après redéploiement, le 53e Inf. Reg. combat à Henin – Literd, passant au nord d’Arras pour filer à travers la Picardie et traverser les trois départements : Moy (Aisne), Nesle (Somme) et Beauvais (Oise). Ce passage en terre picarde est assez rapide. Le 53e Inf. Reg abordant d‘abord l’Est de la région, elle repart ensuite vers l’ouest évitant ainsi l’attente (certes assez courte !) devant la ligne Chauvineau puis il quitte la Picardie pour poursuivre sa route et la bataille de France via Suznay, Surville , Maison Baugis, Chartres et Briarres Augerville jusqu’à l’armistice à Larchant.

ir-53

nesle_juin_1940-78258

Les rues de Nesle – juin1940

crevecoeur-1fb03

Breteuil sur la nationale 1
En plein sur le parcours du 53. Inf. Reg qui empreinte certainement cette route pour rejoindre Beauvais.


Durant la campagne à l’Ouest, le régiment a subi les pertes suivantes :

morts blessés disparus
Officiers 6 12 18
Sous-officiers 23 68 91
Soldats 111 251 362
TOTAL 140 331 471

 

(© Frédéric Gondron – Picardie 1939 – 1945 – avril 2015)