94e RI – Opérations sur l’Aisne et la Vesle

94e ri

Débarquées à Braisnes, les unités du 94e (I et II/94 et CRE) après une reconnaissance de l’Aisne dans la région de Villers et Maizy, reçoivent l’ordre d’aller tenir la rivière de Pontavert inclus à Berry-au-Bac inclus (I/94) et un bataillon en réserve à Guyancourt et Chalons-le-Vergeur. PCRI à Guyancourt. La division cuirassée du Colonel de Gaulle opère dans la région Sissonne-Craonne.
Au cours de la reconnaissance faite par le Colonel commandant le 94e et le commandant du I/94 (Commandant BEL) une unité légère ennemie arrive à Berry-au-Bac et entame la lutte avec la fraction de Chasseurs à Pied et du Génie tenant la barricade au nord du pont sur l’Aisne. Elle est rejetée.
La relève s’effectue dans la nuit du 19 au 20 mai : un groupement temporaire occupe chaque groupe de ponts sur l’Aisne et le canal : Berry-au-Bac, 2e Compagnie ; Pontavert, 1ère Compagnie.
La 3e Compagnie réservée partiellement tient l’Aisne à Gernicourt (2 sections) et établit la liaison entre les deux autres compagnies.

Mission du I/94 : tenir les ponts sans les détruire pour permettre le repli des unités opérant au nord de l’Aisne.
À peine arrivé, le poste installé pour couvrir au nord le pont sur l’Aisne à Pontavert, est attaqué par l’ennemi qui le repousse, s’empare du pont et y installe un canon de 37. Contre-attaqué immédiatement, il laisse le canon et un prisonnier entre les mains de la compagnie qui continue son installation.
À 12H30, deux colonnes ennemies motorisées progressent de Corbeny sur Berry-au-Bac et Pontavert débarquent de l’infanterie au nord de Pontavert et de Berry-au-Bac, hors de portée de nos mitrailleuses. Le groupe d’appui direct du bataillon n’est pas encore arrivé et ne pourra intervenir que peu avant la nuit. Quelques tirs seront obtenus difficilement de la 44e DI (gauche) vers 17H30 au profit de la compagnie de Pontavert. Le Ier Bataillon devra combattre avec ses seuls moyens d’abord, puis avec les mortiers de la CRE.
Il est vigoureusement attaqué jusqu’à la nuit par des effectifs nombreux, bien appuyés par artillerie et mortiers, qui réussissent à s’emparer des ponts sur l’Aisne, mais ils sont contenus sur le canal.
À l’ouest de la plâtrerie de Pontavert, une contre-attaque du Lieutenant CHARROY, qui est grièvement blessé, le rejette à la nuit sur la rive nord du canal que certains éléments avaient réussi à franchir. Le commandant de la 1ère Compagnie (Lieutenant SALOMON) a dû faire sauter le pont du canal. Deux compagnies du II/94 poussées en avant par le Colonel au nord-ouest de Bouffignereux pour contre-attaquer n’ont pas à intervenir.
Violemment canonné dès la tombée de la nuit et harcelé par les tirs de nos mortiers, l’ennemi ayant subi des pertes sévères, retire ses unités au nord de l’Aisne, après avoir enlevé au cours de la nuit ses morts et blessés.

Le 21 mai, il tient Pontavert, Berry-au-Bac et les ponts sur l’Aisne.
Nos pertes, trois officiers et vingt gradés et soldats tués ou blessés, sont assez faibles malgré la violence des tirs ennemis, parce que nos hommes, en quelques heures s’étaient déjà assez profondément enterrés.

22 au 27 mai : Nos unités s’organisent sur l’Aisne elle-même et le canal. Tirs d’artillerie et d’infanterie. Action de patrouilles.
Deux bataillons occupent le front :
Ier Bataillon à Berry-au-Bac
IIe Bataillon à Pontavert
IIIe Bataillon réservé dans les bois à l’ouest de Cormicy.
Le commandant de l’Armée donne l’ordre de détruire les ponts sur l’Aisne.

Nuit du 27 au 28 mai : reprise du pont de Berry-au-Bac. Un détachement mixte de la 2e Compagnie et de Génie, sous les ordres du commandant de la 2e Compagnie (Capitaine MANSUY) s’empare par surprise du pont de Berry-au-Bac après une courte préparation d’artillerie effectuée sur les postes ennemis qui en assurent la garde et qui se replient. Le détachement du Génie détruit le pont. Réaction tardive de l’ennemi. Pas de pertes de notre côté.

Nuit du 28 au 29 mai : reprise et destruction du pont de Pontavert. Un détachement mixte composé d’une section de volontaires aux ordres du Sous-Lieutenant SWETTLOFF, deux sections de protection de la 1ère Compagnie et une fraction du Génie en sont chargées. L’opération doit être faite par surprise.
Un encagement d’artillerie, de mortiers et de mitrailleuses est préparé. Il sera déclenché par le Sous-Lieutenant SWETTLOFF si la surprise est éventée.
Le Sous-Lieutenant SWETTLOFF réussit son approche, tue ou blesse au pistolet-mitrailleur les deux guetteurs du pont dont son détachement de volontaires s’empare d’un bond. Le poste ennemi de garde surpris, s’enfuit ou se terre. Le Génie réussit la destruction du pont, qui saute une demi-heure après avoir été repris.
La réaction ennemie est assez tardive, mai cependant deux volontaires du Sous-Lieutenant SWETTLOFF sont blessés dont un mortellement.

29 mai au 3 juin : grande activité aérienne et d’artillerie. L’ennemi s’est considérablement renforcé et la nuit surtout les bruits de moteur dénoncent des mouvements et transports nombreux. De notre part tirs de harcèlement sur les points sensibles à proximité de l’Aisne et les couverts ou l’ennemi transporte du matériel. L’organisation de notre position est activement poussée.

Nuits des 3 au 4 et 4 au 5 juin : le 94e est relevé par des unités de la 45e DI, du 31e à Berry-au-Bac, du 113e à Pontavert. Il va s’intercaler entre le 80e et le 151e, le dispositif de la DI étant resserré.
Dispositif :
PCRI à Brimont
3e Bataillon (Capitaine BRILLE) tient l’Aisne de Menneville inclus à l’île sud de Brienne exclus. PC à Bertricourt.
La 10e Compagnie (Capitaine EUZEN) à gauche tient l’Aisne devant Menneville, le canal, le pont sur le et le bois 800 m au sud. PC à ce bois.
La 11e Compagnie (Capitaine CARREY) tient de même l’Aisne et le canal de l’ouest de Pignicourt à l’île exclus au sud de Brienne, ainsi que l’écluse et le village de Pignicourt, PC à Pignicourt.
La 9e Compagnie établit la liaison avec deux sections entre les 10e et 11e Compagnie. PC au bois des Diamants. Un solide PA est organisé au PC du bataillon à Bertricourt.
Mission du III/94 : tenir l’Aisne sans esprit de recul. Rejeter au nord de l’Aisne, par des contre-attaques, l’ennemi qui aurait franchi la coupure.
À sa gauche, le 80e tient Guignicourt –Variscourt, à sa droite le 151e tient Brienne-Neufchatel et le bois des Grands usages.

2e Bataillon (commandant LE GUILLOU) : tient la Suippe. PC du bataillon près de la voie ferrée, au sud de Merlet.
6e Compagnie (Capitaine LASSALETTE) à Merlet, au pont sir la Suippe.
7e Compagnie (Lieutenant LEROND) à Orainville et au pont sur la Suippe.
5e Compagnie (Capitaine DEBRAY) à la disposition du Colonel pour tenir le massif de Brimont.
La CRE et une partie de la CDAC et quelques canons du 61e assurent la défense en profondeur et la défense antichars entre l’Aisne et la Suippe.

Mission du II/94 :
1/ Être en mesure d’interdire à une attaque ennemie venant du nord le franchissement de la Suippe entre le pont de chemin de fer exclu, ouest de Merlet au 80e et Pontgivart exclu au 151e.
2/ Interdire à une attaque ennemie venant du nord-ouest toute progression sur l’axe de la route Merlet-Orainville et par les couverts de la vallée de la Suippe.
3/ Couvrir l’artillerie et le premier barrage d’engins antichars placés dans la vallée de la suippe.
4/ Contre-attaquer éventuellement sur l’Aisne
5/ Capitaine DEBRAY (5e Cie) doit tenir les massifs boisés de Brimont et en interdire l’accès à des unités parachutistes. Couvrir l’artillerie et le barrage antichars du massif de Brimont.
Ier Bataillon (Commandant BEL) : réserve de DI à Hermonville et aux abords. Missions de contre-attaquer dans la zone de la DI.

Journées des 4 au 8 juin : organisation du terrain par les bataillons. Dans la nuit du 7 au 8, le Colonel du 94e reçoit un bataillon de pionniers pour tenir et organiser le massif de Brimont et un autre pour tenir Bourgogne. Il procède aux reconnaissances avec les deux Chefs de Bataillon.
Du 4 au 7 juin : activité très grande des patrouilles la nuit sur le front du IIIe Bataillon. Pertes légères au IIIe Bataillon par tirs d’infanterie et au IIe Bataillon par artillerie. Grande activité aérienne d’observation ennemie. Des escadres aériennes chaque jour passent très haut dans le ciel.
8 juin : le Ier bataillon est enlevé en camions et transportés dans la matinée dans la région de Senlis. Il ne rejoindra jamais le 94e et le Colonel n’aura de ses nouvelles que plusieurs mois après l’armistice.

Journée du 8 juin : calme presque absolu. À 22H30, ordre de relever de Pontavert inclus à Gernicourt exclu avec le IIe Bataillon et les unités régimentaires, les unités de la 45e DI retirées du front et devant s’embarquer en camions avant le lever du jour (il est prévu pour la nuit du 9 au 10 juin le regroupement du 94e à l’aile gauche de la DI).
Un détachement motocycliste de GR précédera le II/94 pour relever d’urgence les unités des points d’appui les plus importants du front à tenir par le bataillon qui ne pourra arriver avant le lever du jour. Le II/61, déployé sur la Suippe, se portera à Guyencourt en appui direct du II/94.
Le PC du 94e s’installera à Guyencourt, le III /94 passera temporairement sous les ordres du Colonel commandant le 151e. Deux sections du 151e remplacent le II/64 à Merlet et Orainville.

Mission du II/94 et unités régimentaires : tenir l’Aisne et le canal de Pontavert inclus à Gernicourt exclu en liaison à droite avec le 80e RI qui relèvera une partie du 31e RI qui relèvera la gauche du 113e RI.
Dispositif du II/94 : les trois compagnies accolées, de l’ouest à l’est : 5e, 7e, 8e. Les mortiers de la CRE appuieront le bataillon.

Combats des 9 et 10 juinII/94 et unités régimentaires

L’attaque allemande est déclenchée à 3H30 appuyée par l’artillerie et l’aviation avec emploi dense de fumigènes.
À la pointe du jour, le II/94 est au nord de Cormicy. Il a progressé malgré les harcèlements de l’artillerie.
À 4H00 chaque compagnie est axée sur son futur sous-quartier en formation d’approche et progresse malgré les feux violents de l’artillerie.
Les fractions du 31e et du GR sont déjà aux prises avec l’ennemi à la lisière nord du bois de Gernicourt. Des isolés du 113e venant de la Plâtrerie et de la passerelle sud-est de Pontavert disent que l’ennemi a franchi les deux obstacles et tient le bois de la Plâtrerie, la passerelle et le corne ouest du bois de Gernicourt, le bataillon du 113e qui les tenait n’y ayant laissé que de petites fractions et s’étant retiré pour s’embarquer. Celle de la passerelle sud-est de Pontavert s’est repliée sans la détruire. Le Colonel du 94e trouve à Guyancourt le Colonel du 113e (resté avec un petit élément de PC) qui ne peut préciser la position de ses unités. Les lignes téléphoniques du 113e ont été repliées dès l’ordre de la relève. Le groupe d’appui direct du 55e RA est resté en position au nord de Guyancourt.
À droite, le Colonel commandant le 31e, sachant l’attaque déclenchée a maintenu en place so bataillon de Berry-au-Bac ; Il a conservé une fraction de PC à chalons-le-Vergeur et est allé s’embarquer avec son régiment.
Le colonel du 94e juxtapose son PC à celui du 113e. Quelques fractions du 113e sont au nord de Bouffignereux, éparses dans les bois ainsi que dans les bois est de Roucy. Elles sont en désordre et ne paraissent pas commandées. Aucune nouvelle de celles de la Plâtrerie.

La progression du II/94 est très gênée par la violence des tirs d’artillerie et les fumigènes. Le contact de l’ennemi est bientôt pris dans le bois de Gernicourt et dans la plaine au nord de Bouffignereux. Le commandant de la 7e Compagnie, précédent sa compagnie avec un groupe a disparu dans le bois, le Sous-lieutenant PIGE prend le commandement de l’unité. Le bataillon s’accroche au terrain. L’officier de renseignements du 94e est envoyé en chenillette reconnaître la situation. Il signale à 6H30 que l’ennemi tient la partie nord-ouest du bois de Gernicourt, les bois des deux cotes 60 et le bois est de Chaudargue et progresse sur Bouffignereux et Roucy. Le IIe Bataillon résiste vigoureusement mais sa gauche (5e Cie) n’est pas couverte. Celle-ci, violemment bombardée, est attaquée, sa fraction de tête subit de fortes pertes mais elle s’accroche au terrain et avec sa SM prend le flanc de l’ennemi qui progresse sur Bouffignereux et l’arrête. Mais elle ne peut rien contre celui qui va attaquer Roucy en partant du bois est de Chaudargue.

Le groupe du 55e RA actionné par le Colonel du 94e de son observatoire de fortune installé à 500 m au nord du groupe prend vigoureusement à parti l’ennemi successivement dans les bois signalés ci-dessus et aide puissamment le IIe bataillon. Peu après 11H00 le II/61 interviendra à son tour et relaiera le 55e dont déjà plusieurs pièces sont détruites et qui a des pertes sensibles car il est bombardé sans répit alternativement par l’aviation et l’artillerie ennemies.
Le Groupe du 55e RA actionné par le Colonel du 94e de son observatoire de fortune installé à 500 mètres au nord du Groupe prend vigoureusement à partie l’ennemi successivement dans les bois signalés ci-dessus et aide puissamment le 2e Bon. Peu après 11h00 le II/61e interviendra à son tour et relaiera le 55e dont déjà plusieurs pièces sont détruites et qui a des pertes sensibles car il est bombardé sans répit alternativement par l’aviation et l’artillerie ennemies.
À trois reprises au cours de la journée l’ennemi appuyé par l’aviation et ses mortiers et progressant par les bois et les blés se lance à l’attaque du II/94e. Ce sont des combats presque corps-à-corps, souvent un peu confus.

Le II/94, la CRE et les cavaliers du GR37 très bien approvisionnés en munitions par chenillettes, arrêtent les attaques par leurs feux de mortiers et d’armes automatiques, individuelles et de grandes et par des contre-attaques locales de groupes ou de sections. L’ennemi subit des pertes considérables (qu’un officier allemand avouer dans un récit de la Hamburger Zeitung de février 1941). La position sera maintenue jusqu’à la nuit malgré l’avance ennemie plus à l’ouest où Roucy, défendu par des fractions du 173e, est encerclé et cesse la résistance vers 17H00.
Des fractions décimées du 113e qui couvraient le Groupe du 55e se replient sur Guyancourt vers 13h00 et ce qui reste du groupe doit être ramené en arrière.

La progression ennemie continue sur Guyancourt qu’une partie des éléments du PC 94e et de laCDT vont défendre appuyés vigoureusement par le II/61e et qu’ils tiendront qu’au lendemain à 1h00 sous les ordres du Chef d’état-major du 94e, le Commandant BOURGET (le PC du RI s’est reporté par ordre du Général commandant la DI à 19h00 aux Champignonnières sud de Châlons Vergeux).
Maintenu à Guyancourt et Bouffignereux, l’ennemi ne cherche pas à progresser entre les deux villages, où cependant il n’y a personne. L’escadron à cheval du GR37 vient vers 18h00 tenir le couloir de Châlons le Vergeux.

Les attaques cessent la nuit, à l’ouest de Guyancourt, l’ennemi a atteint les hauteurs qui dominent la Vesle. Notre front à ce moment est Guy Guyauancourt-Bouffignereux-centre du bois de Gernicourt et lisière nord-est du bois, le 31e est toujours è Gernicourt et Berry-au-Bac.
À 18h30, en raison de l’avance ennemie sur la 44e DI et des infiltrations profondes le long de la vallée de la Suippe en direction de Merlet, le Général commandant la 42e DI prescrit de rompre le contact à la nuit et de reporter la défense en ce qui concerne le 94e sur la ligne Fermr de Vaux-Varenne-Ferme de St Joseph-hampignonnières ouest d’Hermonville-bois de Cormicy ; PC Hermonville.
À la tombée de la nuit, deux compagnies du bataillon HAILLOT du 31e RI et le peloton mitrailleur du GR37 mis à la disposition du Colonel commandant le 94e, tiennent le bois de Cormicy, les hauteurs des Champignonnières et barrent la route de Bouvancourt.
Emmenant leurs blessés, les fractions du Groupement LE GUILLOU rompent le contact à partir de 22 heures, couvertes par des groupes de volontaires qui tiennent le contact et auront encore quelques blessés au cours du décrochage de nuit.
À Guyancourt, le commandant BOURGET ne rompt qu’à 1H00 sur un ordre formel du colonel.
Nulle part l’ennemi ne poursuit. Il a subi de telles pertes qu’un officier allemand a déclaré à un de nos officiers prisonnier :  » nous avons subi de telles pertes sur l’Aisne que nous allions arrêter l’attaque Si vous ne vous étiez pas repliés ».