7e RIC (7e DIC), Capitaine Forgeron

Rapport du capitaine Forgeron sur certains faits d’armes, qui sans être des actes d’héroïsme, montrent cependant que l’accomplissement du devoir jusqu’au sacrifice n’a pas été une chose rare pendant la guerre 1939-1940

 

Combat de Mareuil-Lamotte – 9 juin 1940

Conduite remarquable du S/Lieut. RAYMOND et de l’Adjudant CLEMENT

Après les combats de fin mai au sud d’Amiens notre division avait été transportée à l’ouest de Noyon. Le Ier Bataillon du 7e R.I. était installé dans la région de Lagny. Quoique tenant un large front, la position était facile à défendre ; légers mouvements de terrain, parties plates étendues permettant de réaliser d’excellents tirs de barrage. Le plan de feu avait été minutieusement étudié. D’autre part le moral des gradés et des hommes était encore très bon. Tout le monde croyait encore à la victoire.

Mais le 8 juin alors que seuls les P.A. de 1ère ligne avaient été attaqués par l’ennemi et tenaient fermement, notre division était menacée sur un de ses flancs, peut-être sur les deux.

Le 9 juin vers trois heures du matin l’ordre du repli parvint au Chef de bataillon. Le régiment doit se replier par un itinéraire qui passe par Mareuil-la-Motte, petit village situé à 15 kilomètres de Lagny.

En raison de l’encombrement des routes et des fréquents bombardements aériens, la marche est très lente. Les Sections de Mitrailleuses et la Section d’Engins suivent les compagnies de F.V. qu’elles renforçaient sur la position.

Je me déplace avec ma Section de Commandement, la Section de Commandement du bataillon et la 4e Section de Mitrailleuses commandée par le Sous-Lieutenant RAYMOND, jeune officier de réserve qui au combat du 27 mai s’était fait remarquer par sa belle conduite. A la fin du combat, commotionné par l’éclatement d’un projectile de gros calibre, il avait été évacué. Mais dès qu’il fut guéri, refusant une convalescence qui lui avait été proposée, il avait demandé à rejoindre immédiatement sa compagnie.

Vers 8 ou 9 heures nous remarquons sur notre droite à une distance éloignée, une colonne qui se déplace rapidement et constituée principalement par des voitures auto légères. Nous pensons qu’elles appartiennent à une division voisine. Mais peu de temps après des véhicules s’engagent sur des transversales et se dirigent sur nous : ce sont des Allemands. Ils mettent rapidement e batterie des armes automatiques qui tirent sur la colonne française.

Protégés par quelques éléments nous continuons notre repli et arrivons près de Mareuil-la-Motte. Mais à la lisière sud du village des maisons sont occupées par les Allemands et le IIe Bataillon du 7e R.I.C. qui a stationné est bloqué.

Mareuil-la-Motte est dans une petite dépression et l’ennemi tient les hauteurs ; une vive fusillade éclate, les Allemands arrivent de toutes parts.

Le Capitaine NOUTARY, Capitaine Adjudant-Major au Ier Bataillon donne l’ordre au Sous-Lieutenant RAYMOND d’installer la Section de Mitrailleuses à la lisière nord-est de Mareuil pour arrêter les Allemands dont la menace se fait particulièrement sentir dans cette direction.

Quelques instants plus tard Mareuil est encerclé et le bombardement par projectiles de mortiers commence. Seuls réussissent à s’échapper le Capitaine NOUTARY, moi et une trentaine d’hommes.

Heureusement que les unités de notre bataillon qui nous suivent ont abandonné la direction de marche dès qu’elles ont entendu la fusillade dans la région de Mareuil, obliquant vers l’ouest elles évitent le sort qui fut réservé au IIe Bataillon.

Alors que fatigués nous nous reposions quelques instants dans un bois à trois ou quatre kilomètres au sud-ouest de Mareuil, un sergent de la 3e Compagnie nous rejoint. Il remet un pli au Capitaine NOUTARY : c’est un compte-rendu du Sous-Lieutenant RAYMOND. J’ai pu me rappeler les termes de ce compte-rendu : « Les Allemands sont à 200 mètres, dans quelques instants ils seront sur nous, mes munitions sont presque épuisées, j’ai une pièce détruite, 2 hommes de tués 4 de blessés, avec les autres je reste.  » Nous n’avons jamais su ce qu’est devenu le Sous-Lieutenant Raymond.
Ce C.R., le lendemain, à Saint-Sauveur, a été envoyé au Colonel mais dans la nuit du 10 au 11 mais le chef de son Etat-Major et la Cie de Commandement encerclés étaient faits prisonniers.

Avec la dernière compagnie du Bataillon se déplaçait la Section d’Engins commandée par l’Adjt CLEMENT. Ce Sous-Officier au combat de Dury avait fait preuve d’un grand courage et d’un profond mépris du danger. Les Allemands venaient de contre-attaquer, CLEMENT pour dégager une pièce de 25 prit un F.M. et balayant de son feu les vergers où l’ennemi s’infiltrait l’obligea à se replier.

Le 9 juin vers 8 ou 9 heures, les derniers éléments du Ier bataillon à quelques kilomètres au N.O. de Mareuil sont attaqués. L’adjudant CLEMENT arrive à ce moment à un carrefour. Voyant des autos légères ennemies qui approchent par une transversale il fait mettre ses canons de 25 en batterie mais la 1ère Compagnie de F.V. tout en combattant se replie. Le capitaine dit à CLEMENT que s’ils se laissent accrocher ils vont être encerclés et ne pourront plus se dégager.

CLEMENT fait partir ses canons de 25 mais rend compte au Capitaine qu’il a des hommes blessés et qu’il ne peut pas les abandonner. Il les fait porter à un poste de secours installé tout près mais lorsqu’il veut rejoindre ses pièces il est trop tard. Des centaines d’Allemands l’ont dépassé. Les hommes se rendent. CLEMENT sous le feu des mitraillettes allemandes s’enfuit et se cache dans un bois. Un Sergent et un soldat sont venus le rejoindre. Les trois hommes laissent passer les colonnes allemandes. Reposé et ayant pu se procurer quelques vivres abandonnés, l’Adjudant CLEMENT décide de rejoindre les lignes françaises par ses propres moyens avec ses deux compagnons.

Les trois hommes marchent de nuit, se cachent le jour, repoussés par les civils qui craignent les représailles de la part des Allemands. Mais un des hommes, le Soldat LESGOURGUES, épuisé par la fatigue et les privations ne peut suivre. Il est abandonné, CLEMENT n’ayant aucun moyen pour le transporter.

Le 8 juillet dans la matinée CLEMENT et le Sergent SORIEAU franchissent le Cher puis la ligne de démarcation. L’Adjudant LEMENT ignorant où était son régiment s’est rendu à Châteauroux et fut affecté au dépôt 93.

Combat de Verberie / St-Sauveur – 10-11 juin 1940

Après le malheureux épisode de Mareuil-la-Motte le repli continua. Pendant l’après-midi du 9 juin nous fûmes plusieurs fois dépassés par les colonnes motorisées ennemies qui se déplaçaient en particulier sur les grandes artères. A des points choisis des véhicules s’engageaient sur des transversales afin d’encercler les éléments français qui se repliaient.

Dans la nuit du 9 au 10 juin les 2 Bataillons, fortement diminués d’ailleurs, qui restaient du 7e R.I.C. atteignirent l’Oise et la franchirent soit au pont de St-Ouen soit à celui de Verberie. A l’aube les unités furent réorganisées. Comme aucune troupe de réserve n’existait dans cette région le 7e R.I.C. reçut une mission défensive sur l’Oise.

Le 7e R.I.C eut comme mission de défendre l’Oise entre Verberie et les points situés à 5 ou 6 kilomètres vers le Nord-Est.

Dans la journée du 10 un chef de section de mitrailleuses, le Sous-Lieutenant ANTONIETTI devait accomplir magnifiquement son devoir. Dans cette région de St-Sauveur Verberie le terrain est très boisé. Etant donné le front que tenait notre Bataillon et son échelonnement en profondeur les liaisons étaient très difficiles. La 2e Section de Mitrailleuses commandée par le S/Lieutenant ANTONIETTI était installée dans le Sous-Quartier de la 1ère Compagnie sur les bords de l’Oise.

Dans l’après-midi l’ennemi apparaît nombreux sur la rive droite de la rivière. Vers 16 heures des renseignements indiquent que les Allemands ont franchi l’Oise à notre droite où il semble qu’il existe une solution de continuité dans la défense. Vers 17 heures notre Bataillon est attaqué de flanc. Les unités se défendent, complètement isolées, n’ayant ni liaison à vue ni liaison par le feu. Les Allemands s’infiltrent, nous sommes débordés.

De jeunes Allemands, probablement des jeunesses Hitlériennes, en bras de chemise, surgissent dans les bois et nous crient : « Français rendez-vous » Chacun reste à son poste faisant le coup de feu. Ce n’est que vers 20 heures ou 21 heures que l’ordre de repli arrive au Bataillon. Des agents de transmissions sont envoyés avertir les sections mais certains n’arrivent pas ou arrivent trop tard.

Le S/Lieutenant ANTONIETTI avec sa section de Mitrailleuses avait été un des premiers à subir l’attaque des Allemands. Jusqu’à la dernière minute il reste à son poste. Au crépuscule, n’ayant presque plus de munitions et encerclé, il dit à un de ses hommes qui lui signalait le danger que la section courait : « Nous n’avons pas reçu l’ordre de nous replier. » Enfin deux de ses pièces n’ayant plus de munitions il donna l’ordre de rendre le matériel inutilisable et décida de se frayer un passage avec les survivants de sa section.

Il faisait nuit, la poignée d’hommes bondit mais au moment où ANTONIETTI franchissait un fossé un projectile de mortier éclatait près de lui et lui broyait les deux jambes. Ce fait m’a été raconté par deux hommes de sa section qui purent rejoindre la Compagnie. Le S/Lieutenant ANTONIETTI s’était déjà fait remarquer également au combat de Dury en se déplaçant sur une crête balayée par la mitraille ennemie et en se portant debout à la rencontre de chers français qui tiraient sur nous, nous prenant pour une résistance allemande.
Verberie, encore un jour malheureux pour le 7e R.I.C., le IIe Bataillon recevant trop tard l’ordre de repli ne put se décrocher.

Le 11 au matin les débris du se regroupaient et étaient reformés en un seul bataillon. Ce bataillon recevait une nouvelle mission défensive sur la Nonette près de Versigny à 20 kilomètres au Sud de St-Sauveur…

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 -juin 2012)