34e BCC

9 juin 1940 – Combat de Lieuvillers

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Le destin du 34e bataillon de chars, au cours de la campagne de France de 1940, reflète parfaitement les conditions très difficiles auxquelles les unités de l’armée française ont été confrontées alors.
Sur le terrain, le bataillon ne peut compter que sur lui-même. Les moyens radio sont pratiquement inexistants au sein de l’unité. Aucune coordination avec des moyens aériens mais aussi avec d’autres, terrestres, impliquant des chars lourds et de l’artillerie.
Au cours de la retraite, ce 9 juin, le 34e bataillon, isolé, va payer au prix fort le fait de se retrouver au beau milieu d’une Panzer Division qui concentre, elle, tous les moyens évoqués.
Cet extrait tiré de l’appel du 18 juin 1940 du général De Gaulle prend ici tout son sens : « Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. »
L’historique de cette unité blindée, écrit en 1943, va nous permettre de mieux comprendre cette funeste journée.

Le 34e bataillon de chars légers « 35 R », dit aussi 34e bataillon de chars de combat, prend corps peu avant la déclaration de guerre, le 23 août 1939 au camp de Mourmelon. Il se constitue avec des détachements actifs des 508e et 510e régiments de chars. Venus de leurs garnisons de l’Est, Lunéville et Nancy, et placés sous le commandement du chef de bataillon Aleyrangues, ils comprennent : 7 officiers, 23 sous-officiers, 17 caporaux, 91 chasseurs.
Rapidement le bataillon est équipé de 45 chars Renault 35 dont trois sans canons. A la mobilisation début septembre les réservistes venus pour la plupart du Nord et de l’Est affluent 1

Active Réserve Total
Officiers 8 20 28
Sous-Officiers 23 46 69
Caporaux 17 53 70
Chasseurs 91 311 402

 

Bataillon de chars légers Nombre de chars
Chef de Bataillon 1
1ère Compagnie 13
2e Compagnie 13
3eCompagnie 13
Cie d’échelon (chars de remplacement) 5
Total 45

 

Ordre de bataille du 34e bataillon de chars fin mai 1940 2

 

ÉTAT-MAJOR

Chef de bataillon : commandant Aleyrangues (508)
Chef d’état-major : capitaine Latargez
Renseignements : lieutenant Batissier
Adjoint technique : lieutenant Mignotte (P.A.C.C. Mourmelon)
Médecin : lieutenant Bodet
Détails : sous-lieutenant Cabanac

 

COMPAGNIE D’ÉCHELON

Commandant de compagnie : capitaine mécanicien Fauré (510)
Atelier : lieutenant Bastien
Adjoint atelier : lieutenant Debionne
Ravitaillement : lieutenant Aubert

 

1ère COMPAGNIE

Commandant de Cie : capitaine Chauvin
1ère Section de combat : lieutenant Rougée
2e Section de combat : lieutenant Jacquinot
3e Section de combat : sous-lieutenant Jeanguillaume
4e Section de combat : sous-lieutenant Soyez
Section d’échelon : lieutenant Baratte

 

2e COMPAGNIE

Commandant de Cie : capitaine Gallice (510)
1ère Section de combat : lieutenant Bérard (510)
2e Section de combat : lieutenant Salaun
3e Section de combat : aspirant Fabry
4e Section de combat : lieutenant Marguier
Section d’échelon : sous-lieutenant Pingeon ?

 

3e COMPAGNIE

Commandant de Cie : capitaine Blanchot (508)
1ère Section de combat : lieutenant Larrieu
2e Section de combat : lieutenant de Lamothe
3e Section de combat : sous-lieutenant Cabanac (508)
4e Section de combat : sous-lieutenant Bontemps
Section d’échelon : sous-lieutenant Minguet


Journée du 9 juin 1940 : Combat de Lieuvillers

 

Missions et ordres

Le 9 juin, vers 2 h. 30, alors que des salves de 77 tombent sur Maignelay / Montigny / Ravenel, jetant la confusion dans les convois qui continuent à s’écouler vers le sud, le bataillon reçoit l’ordre de porter sans délai ses compagnies à la sortie sud-est de Ravenel, point où seront précisées les missions.
Cet ordre émane du commandant de la 3e demi-brigade qui a reçu lui-même, à 1 h. 45, un ordre de la 1ère division cuirassée 3 lui enjoignant de se décrocher à 2 heures pour aller avec un détachement comprenant :
le 34e bataillon ;
une compagnie de chasseurs avec canons de 25, sur la rivière de l’Arée afin d’en interdire les passages entre Saint-Just et Clermont (ces deux localités exclues) 4

L’ordre d’opérations dont il s’agit précisait la mission de la 1ère division cuirassée qui consistait, pour le 9 juin :
jusqu’au lever du jour, à protéger le décrochage du 1er corps d’armée ;
puis, en s’échelonnant sur l’Arée, de Saint-Just à Clermont inclus, à couvrir face à l’ouest le repli du 1er corps d’armée se retirant en direction du sud.
L’ordre répartissait les missions comme il suit :
détachement d’Aboville (1ère demi-brigade), maintenu à Saint-Just, localité qu’il barrait depuis le 8 au soir ;
détachement Pinot (reliquat de la 1ère demi-brigade, gros du 5e B.C.P.) ; objectif : Clermont.

De plus, une compagnie du 34e bataillon devait être envoyée en réserve de division au bois d’Erquery.
Par contre, autant que les souvenirs de l’auteur de cette relation sont exacts, l’ordre ne donnait aucun renseignement sur l’ennemi.
A vrai dire, on savait qu’il était au contact ou presque (actions des autos mitrailleuses sur Saint-Just le 8 au soir ; fusées de jalonnement au nord de Maignelay, puis tirs de 77 sur le village le 9 à 2 heures) et que la direction ouest – sud-ouest était au moins aussi dangereuse que celle du nord. C’est ainsi que le 9 juin, à 2 heures, sachant Saint-Just tenu, le chef de bataillon commandant le détachement avait décidé de porter le plus rapidement possible :
la compagnie de chasseurs sur l’Arée, entre le Metz et Airion ;
une compagnie de chars sur les passages de Valescourt et Saint-Rémy-en-l’Eau, en vue de couvrir le déplacement du gros du bataillon sur l’itinéraire : Ravenel, Angivillers, Lieuvillers, Erquinvillers, Argenlieu. D’où l’ordre de décrochage donné au bataillon alors que vers la même heure (2 h.30) le capitaine Bassinot, chef d’état-major de la demi-brigade partait pour Ravenel, suivi de la majeure partie du P.C., afin d’orienter la compagnie de chasseurs sur les intentions du commandant et lui donner sa mission. 5

L’exécution

A 4 heures, le capitaine Gallice rejoint le commandant du détachement à Ravenel.
Peu après arrive la 2e compagnie (lieutenant Bérard, 12 chars). Orientée aussitôt sur sa mission (ponts de Valescourt et de Saint-Rémy), elle part à travers champs, droit au Sud-Ouest, munie, à défaut de carte, d’un croquis schématique établi à son intention.
La 3e compagnie (capitaine Blanchot, 13 chars, dont 1 en remorque) a eu beaucoup de mal pour se dégager de la cohue de Maignelay, village dont elle gardait les issues. Elle n’arrive qu’aux environs de 5 h. 30 à Ravenel.
Les autres éléments du bataillon, dont la 1ère compagnie (capitaine Chauvin, 4 chars), sont déjà là.
Le capitaine Gallice engage sa colonne sur l’itinéraire prévu, ou, à travers champs, le long de cet itinéraire.
Il la précède, ainsi que le commandant Aleyrangues, se dégageant à grand peine du double courant de véhicules, tant civils que militaires, qui encombre les routes.
Vers 8 heures, aux abords de Lieuvillers, on trouve enfin une route dégagée, sans doute en raison de quelques tirs de mitrailleuses qui se font entendre dans le voisinage.
Dans le village, un officier commandant quelques éléments de la 7e D.I.N.A. signale la présence de groupes ennemis immédiatement à l’ouest, renseignement confirmé presque aussitôt par le sergent-chef Dolweck, de la section d’échelon de la 2e compagnie.

Cette section, partie de Ravenel derrière sa compagnie, avait en effet, reçu du lieutenant Bérard l’ordre de se rendre, par Angivillers et Lieuvillers, à la ferme de la Folie.
Au débouché de Lieuvillers, (sortie ouest) elle était tombée sous les feux de groupes ennemis, dissimulés dans les blés, de part et d’autre du chemin. Ayant dû laisser les tracteurs de ravitaillement sur place, le personnel venait de regagner la village, ramenant le chasseur Coppin, blessé aux jambes.
Il est environ 8 h. 30 la 3e compagnie arrive. Avant d’aller plus loin, il faut se donner de l’air sur la croupe de Lieuvillers.
La section de tête de la 3e compagnie (sous-lieutenant Bontemps) est engagée.
Le sergent-chef Dolweck, qui connaît le terrain, en prend le commandement, l’officier remplaçant l’un de ses chefs de char.
Ayant dépassé les tracteurs abandonnés, elle entreprend le nettoyage du terrain, tire sur quelques groupes et sur une pièce antichars située vers le coude de la route conduisant à la Folie.
Elle rentre vers 9 h. 30 au village avec un tourelleau enlevé, un canon coincé sur son frein et de nombreux impacts de balles de 20 ou d’obus de 37. Le personnel est indemne, mais deux chars sont inutilisables.
Entre temps, un renseignement a fait connaître que le village d’Erquinvillers est tenu par des éléments ennemis.
Le commandant du détachement ne sait encore rien de la 2e compagnie, orientée sur Valescourt et Saint-Rémy, pas plus que de la compagnie de chasseurs.
Il semble, d’autre part, que l’on n’ait affaire de façon immédiate qu’à des résistances fragmentaires d’éléments à pied et cela bien que deux ou trois engins ennemis – chars ou autos-mitrailleuses – aient été vus croisant aux abords de la ferme de La Folie.
Comme, d’autre part, il faut articuler le dispositif du gros du bataillon encore en colonne de route, la tête à Lieuvillers, le commandant du détachement, pressentant qu’il lui sera difficile d’arriver à l’Arée, décide de s’accrocher tout d’abord aux deux villages de Lieuvillers et d’Erquinvillers, puis de voir venir.
Enfin, il ne saurait plus être question désormais d’envoyer une compagnie de réserve à Erquery. D’ailleurs, la division doit y disposer déjà de deux sections de la 1ère compagnie, détachées à son P.C. depuis minuit. D’où l’ordre :
à la 3e compagnie, d’attaquer Erquinvillers et de s’y accrocher face au nord et à l’ouest ;
à la 1ère compagnie, renforcée par les trois chars armés de la section de remplacement, de se porter aux lisières de Lieuvillers et de nettoyer une fois de plus la croupe immédiatement à l’ouest car, de ce côté, l’ennemi a repris ses tirs. Débouché à 10 h. 15.
Les deux compagnies débouchent à peu près simultanément. De la sortie sud de Lieuvillers où la capitaine Blanchot est monté en char pour la dernière fois, suivi par ses sections dans un ordre admirable, on peut observer de bout en bout le combat de la 3e compagnie.
L’unité s’engage sur deux échelons de part et d’autre de la route conduisant à Erquinvillers. Parvenue à bonne distance du village elle ouvre le feu sur ses lisières.
Au moment où les sections de tête vont l’aborder, elle est prise brusquement à partie par des chars qui apparaissent sur les croupes au sud de la ferme de la Folie, ou qui débouchent du bois 1 km. 500 nord-ouest d’Erquinvillers.

Ce sont des P.Z.W. 3 ou W. 4, facilement reconnaissables par leur tourelleau caractéristique et leur antenne à l’avant. Une douzaine au moins, en station ou en marche, s’opposent directement à la compagnie, laquelle, se sentant menacée à droite, se redresse bientôt face à la ferme.
Nos chars, tirant sans arrêt, se rapprochent de leurs adversaires. Ils cherchent, semble-t-il, l’abri d’un changement de pente intermédiaire, où quelques-uns viennent finalement prolonger la gauche de la 1ère compagnie.
Des pièces d’assez fort calibre (105 vraisemblablement), installées auprès de la ferme et dont les lueurs sont bien visibles, appuient les appareils ennemis. Elles ne tardent pas à faire flamber quelques maisons de Lieuvillers.
Peu à peu, le feu de nos chars s’éteint, la plupart sont immobilisés, quelques-uns brûlent.
De 11 h. 15 à midi, calme absolu, mis à profit pour évacuer, sur les rares voitures dont on dispose, touristes y compris, les blessés qui ont pu regagner le village. Peu avant midi, des motocyclistes allemands suivis d’une voiture tous terrains y pénètrent.
Reçus à coups de mousquetons, ils sont abattus ou font demi-tour.
Le commandant du détachement ne disposant plus que de 2 chars, dont un a reçu un obus dans le barbotin, décide alors de se replier sur Cressonsacq. Le personnel valide est fractionné en deux groupes disposant chacun d’un char. L’un d’eux est commandé par le capitaine Chauvin. Il part du petit bois 0 km. 500 nord-est de Lieuvillers.
Le second, conduit par le commandant Aleyrangues, avec un char du sergent-chef Janin, quitte le village peu après midi.
Au moment du départ, le capitaine Gallice, qui s’était attardé, est accroché par des motocyclistes. Blessé par des éclats de grenades, il se défend au pistolet, abat l’un de ses adversaires et, s’étant dégagé, peut rejoindre le groupe à la sortie du village. Fort heureusement le char permettra son transport, car il marche plus que très difficilement.
Sans plus être inquiété, le groupe arrive à Cressonsacq vers 13 h. 30, après avoir recueilli en route le sous-lieutenant Bontemps et son mécanicien.
Là, il faut brûler le char, presque à sec d’essence. Le capitaine Gallice est confié à un véhicule, partant pour Pont-Sainte-Maxence, tandis que nos hommes sont autorisés à monter sur les voitures d’un régiment d’artillerie. La plupart, cependant, retraitent à pied car, vers 15 heures, la route directe de Pont-Sainte-Maxence par Eraine est menacée par une fraction assez importante de blindés adverses.
Les derniers éléments du bataillon, dont le capitaine Latargez et le sergent-chef Janin, serrés d’assez près par l’ennemi entre Rouvillers et Estrées-Saint-Denis rejoignent, dans cette dernière localité, une arrière-garde de la 47e D.I. qui se replie en bon ordre. C’est avec elle qu’ils parviennent à l’Oise au soleil couchant.
Depuis 16 heures, le pont n’existe plus. 6

 

Renseignements complémentaires

Tel fut, vécu par le commandant du détachement, l’engagement de Lieuvillers.
Les renseignements recueillis par la suite permettent aujourd’hui de se faire une idée plus exacte de cette affaire malheureusement où, bien que très nettement surclassées par l’ennemi, nos compagnies lui firent face de façon admirable.
Les plus intéressants sont ceux rapportés par le lieutenant Bérard après son évasion. Ils peuvent se résumer comme suit.
Partie la première de Ravenel avec pour objectifs les ponts de Valescourt et de Saint-Rémy, la 2e compagnie avait atteint et franchi sans encombre la croupe de la cote 162.
Poursuivant sa progression en direction du coude de la route nationale de Saint-Just à Clermont, elle fut soumise, presque aussitôt après avoir dépassé cette route, à des feux provenant de la cote 148 (est de Saint-Rémy).
Le lieutenant Bérard décida alors d’utiliser un léger vallonnement pour s’abriter, accéder à nouveau sur le plateau et de là, se redresser face à la ferme de La Folie dont les abords commandent toute la région.
Ce mouvement terminé, vers 8 heures, les sept chars qui lui restaient vinrent s’aligner devant les P. Z. W. 3 postés face au nord en avant de la ferme 7
Deux avaient été détruits dès le début de l’engagement (aspirant Fabry, sergent Blondiaux)..
En très peu de temps, nos chars furent mis hors de cause (armement, épiscopes détruits, chars démolis ou brûlés).
Dès qu’ils ne tirèrent plus, les appareils allemands s’en vinrent au milieu d’eux et firent prisonniers les équipages restés sur place.
Conduit auprès de la ferme avec quelques autres, dont le sergent Sohet grièvement blessé à l’épaule, le lieutenant Bérard y resta pendant près de deux heures.
Là il put observer à loisir. A la ferme même était installé un P.C. important (postes radio à terre, nombreux motocyclistes). Non loin se trouvaient 2 canons automoteurs et tout autour, plus ou moins déployés, deux groupes comportant une douzaine de chars (7 T.P. polonais, P. Z. W. 3), tous appareils armés d’un canon de 47.
Plus en arrière, sur la route de Clermont et l’embranchement de Saint-Rémy, il y avait des voitures tous terrains servant au transport de personnel, voitures vides de leurs occupants, une demi-douzaine d’autos-mitrailleuses à roues et un fort détachement de P. Z. W. 4 (25 à 30 appareils).
Arrivé à Saint-Rémy, l’officier y trouvait quelques centaines de prisonniers appartenant à divers corps de la 7e D.I.N.A. qui avaient été pris au cours de la nuit précédente, sur les routes conduisant de Saint-Just à Clermont.

Le capitaine Bassinot, chef d’état-major de la 3e demi-brigade, parti de Montigny vers 2 h. 30, n’avait pu rejoindre le 5e bataillon de chasseurs qu’au bois d’Erquery.
Il y avait trouvé également le général commandant la division et les deux sections de la 1ère compagnie détachées à son P.C. depuis minuit sous les ordres du lieutenant Rougée.
Le général ayant approuvé les ordres donnés par le commandement du détachement, une compagnie de chasseurs fut envoyée sur l’Arée pour reconnaître le pont d’Airion.
Là aussi l’ennemi nous avait devancés. Le détachement Rougée stationna aux lisières ouest du bois d’Erquery jusqu’au début de l’après-midi, aidant au décrochage des éléments du bataillon de chasseurs restés dans cette région.
Un peu plus tard, alors que le gros de la division (1ère demi-brigade, 5e B.C.P.) s’était enfermé dans Clermont où il devait résister jusqu’à la nuit aux attaques ennemies, le détachement put se replier et passer au sud de l’Oise en utilisant le pont de Saint-Leu.
Grâce à l’initiative de son chef qui avait réussi à se ravitailler en cours de route, il ramenait 5 chars, le 6e, en panne, ayant été détruit (char du sergent Drombois).
Plus au nord, le détachement d’Aboville (1ère demi-brigade), arrivé à Saint-Just le 8 au soir, y avait détruit incontinent quelques autos-mitrailleuses qui venaient de faire des ravages sérieux dans une colonne de la 7e D.I.N.A.
Interdisant dès lors cette localité aux blindés allemands, il ne devait la quitter que le 9 juin peu avant midi. Ayant perdu un char B, il avait détruit une dizaine d’engins ennemis.

Au cours de son repli par Cressonsacq et Bailleul-le-Soc, le détachement s’engagea à nouveau, vers 15 heures, auprès de cette dernière localité, pour dégager une arrière-garde de la 47e D.I., accrochée par un groupe de blindés ennemis… Il perdit dans cette affaire, ses trois chars R. 40.

Enfin, et pour en revenir au 34e bataillon, les sections d’échelon (1er et 3e compagnies), groupées au début du combat dans la région de Pronleroy, s’étaient repliées sur ordre aux environs de midi en direction de Pont-Sainte-Maxence.
Mais, ayant été totalement retardées par les actions de l’aviation adverse au nord de Bazicourt et surtout par l’encombrement de la route aux approches du pont, elles n’y parvinrent que peu après sa destruction.
Six chars seulement avaient pu franchir l’Oise en ce point : trois chars non armés de la section de remplacement et trois autre chars évacués sur l’atelier dans la nuit précédente ou dès les premières heures de la matinée. 8

 

Bilan et conclusion

Entre Saint-Just et Clermont, les Allemands nous avaient largement devancés sur l’objectif assigné ; la coupure de l’Arée.
Lié par sa mission, le bataillon fut engagé dans des conditions difficiles, parce que mal renseigné, isolé et sans appui, ne disposant pas des moyens nécessaires pour se couvrir de façon efficace.
C’est ainsi qu’il vient buter à partir de 8 heures, autour de la ferme de La Folie, sur un groupement blindé beaucoup plus puissant tant par le nombre que par la qualité et la diversité de l’armement.
Les chars allemands n’apparurent que lorsque nos compagnies se furent entièrement déployées devant des éléments à pied dotés d’armes antichars.
Dès lors accrochées et nettement surclassées, sinon par le nombre des appareils ennemis en ligne, du moins par la supériorité incontestable de leurs armes, elles n’eurent plus qu’un réflexe : faire face et se battre.
Elles le firent de leur mieux, au prix de pertes sévères, atténuées cependant quant au personnel, par la qualité des blindages. Après de longs mois de recherches, ces pertes peuvent aujourd’hui s’établir de façon à peu près exacte.
Dix de nos camarades, dont les pauvres restes, le plus souvent difficiles à identifier, sont inhumés auprès de leurs chars détruits, ont trouvé une mort glorieuse dans ce combat inégal. Ce sont :
3e Cie : le capitaine Blanchot et son mécanicien Mandavy (char 13),
le sous-lieutenant Miguet et son mécanicien Dérout (char 1),
le chasseur Marchand, mécanicien de char n° 2
2e Cie : le sergent Blondiaux et son mécanicien Brunerie
1ère Cie : le caporal-chef Testevuide ;
Cie d’échelon : le sergent Laidet et son mécanicien Guérin
Nous avions perdu ce jour-là : quatorze blessés récupérés ou faits prisonniers dont deux très grièvement atteints, le sergent Sohet (2e) amputé, le sergent Malo (3e)aveugle ; une vingtaine de prisonniers de tous grades, non blessés, parmi lesquels quelques-uns disparurent au cours du décrochage.

Du point de vue du matériel, le bilan était plus lourd encore. Soit du fait de l’ennemi en ce qui concerne plus spécialement les chars, soir par suite de la destruction prématurée des ponts de l’Oise, le bataillon avait perdu 31 chars, tous ses tracteurs de ravitaillement et voitures tous terrains, 3 voitures de liaison, un tracteur Somua, quelques camionnettes.
22 chars détruits ou brûlés, le fanion haut et face à l’ennemi, jonchent encore le terrain du combat.
Bilan tragique pour un premier engagement et que seuls vinrent adoucir, par la suite, les témoignages d’estime de nos chefs ou ceux des rares fantassins qui purent voir nos équipages à l’oeuvre.
Mais contrairement à ce que nous avons pu penser au soir de cette triste journée, tant d’abnégation ne fut pas sans résultat.
Il est avéré, en effet, qu’aucun appareil allemand ne vint, entre 8 heures et 13 heures, promener ses chenilles à l’est de la ligne : Angivillers – Lieuvillers – Nauroy et que ce délai, particulièrement précieux, ne fut pas perdu pour les colonnes du 1er corps qui, en arrière de nous, se pressaient vers les ponts de l’Oise. 9

 

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Tués au combat le 9 juin 1940 :

 

Jean Camille Pierre BLANCHOT, capitaine, né le 15 novembre 1900 à Gray (Haute-Saône), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers, sur la route de Lieuvillers. Inhumé dans la Nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt, tombe n° 343.

André Henri Joseph BLONDIAUX, sergent, né le 7 octobre 1909 à Fluquières (Aisne), Mort pour la France le 9 juin 1940 officiellement à Saint-Rémy-en-l’Eau.

Félix Claude BRUNERIE, chasseur, né le 5 avril 1918 à Nexon (Haute-Vienne), Mort pour la France le 9 juin 1940 officiellement à Saint-Rémy-en-l’Eau.

Jean-Louis DEROUT, chasseur, né le 4 octobre 1906 à Scaer (Finistère), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers. Inhumé au carré militaire de Villejuif.

Georges Arthur GRIMONPREZ, chasseur, né le 10 janvier 1913 dans le département du Nord, Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers.

Louis Joseph Marie GUÉRIN, chasseur, né le 6 mars 1917 à Belley (Ain), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers.

Auguste Alfred Fernand LAIDET, sergent, né le 21 octobre 1915 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers.

Charles Henri MANDAVY, chasseur, né le 16 novembre 1907 à Paris, Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers, sur la route de Lieuvillers. Inhumé dans la Nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt, tombe n° 346.

André Paul Victor MARCHAND, chasseur, né le 5 mars 1918 à Vinay (Isère), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers, sur la route de Lieuvillers.

Jean MIGUET, sous-lieutenant, 26 août 1900 à Saint-Vallier (Saône-et-Loire), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers ou de Lieuvillers. Inhumé dans la Nécropole nationale de Cambronne-les-Ribécourt, tombe n° 345.

Jules Félix René TESTEVUIDE, caporal-chef, né le 28 août 1917 à Thol-les-Millières (Haute-Marne), Mort pour la France le 9 juin 1940 sur le territoire d’Erquinvillers, sur la route de Lieuvillers.

 

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Cimetière provisoire de Lieuvillers (photo via Jean-François Mouragues)

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Monument commémoratif aux morts du 34e Bataillon de Chars
sur la RD 127 entre Erquinvillers et Lieuvillers

© Eric Abadie – Picardie 1939 – 1945 – novembre 2012

 

  1. [Anonyme], Historique du 34e Bataillon de Chars légers « 35 R », Charles-Lavauzelle & Cie, imprimeurs, Paris-Limoges-Nancy, 1943, 48 pages.
  2. Les noms des officiers d’active suivis de l’indication du corps d’origine sont en caractères italiques. Cet ordre de bataille comporte quelques lacunes. Au cours du mois de décembre 1940, par suite d’affectations spéciales, le 34e bataillon perd une partie de son effectif –quelques sous-officiers et une cinquantaine d’hommes. Du côté des officiers des changements s’opèrent aussi. Le capitaine d’Engente, les lieutenants Gourlin, Larchevêque, Males, Mougenot et Schouler quittent cette unité pour d’autres affectations. Cependant que de nouveaux visages apparaissent : le capitaine Chauvin qui prend le commandement de la 1ère compagnie, le lieutenant Patissier, le sous-lieutenant Pingeon et l’aspirant Fabry. Fait singulier, la promotion au grade de sous-lieutenant de l’adjudant-chef Miguet, aux brillants états de service. 
  3. Ordre d’opérations n° 4746/3 S. du 8 juin, 22 h. 30, dont la transmission entre Léglantier et Montigny fut considérablement retardée par l’encombrement des routes. Cet ordre a été détruit par le commandant de la demi-brigade à Lieuvillers. (In Historique du 34e Bataillon… op. cit.)
  4. L’Arée est une petite rivière, affluent de l’Oise, dont le cours orienté nord-sud entre Saint-Just et Clermont (distance 12 kilomètres environ), comporte six ou sept ponts. (In Historique du 34e Bataillon… op. cit.).
  5. [Anonyme], Historique du 34e Bataillon de Chars légers « 35 R », Charles-Lavauzelle & Cie, imprimeurs, Paris-Limoges-Nancy, 1943, 48 pages.
  6. [Anonyme], Historique du 34e Bataillon de Chars légers « 35 R », Charles-Lavauzelle & Cie, imprimeurs, Paris-Limoges-Nancy, 1943, 48 pages.
  7. Deux chars (sergent Lorlot, caporal Lefoulon) étaient tombés en panne de terrain en franchissant des talus à la sortie de Ravenel. Un troisième (sergent Matter) suivait difficilement, point fixe cassé.
  8. [Anonyme], Historique du 34e Bataillon de Chars légers « 35 R », Charles-Lavauzelle & Cie, imprimeurs, Paris-Limoges-Nancy, 1943, 48 pages.
  9.  [Anonyme], Historique du 34e Bataillon de Chars légers « 35 R », Charles-Lavauzelle & Cie, imprimeurs, Paris-Limoges-Nancy, 1943, 48 pages.