30e BCP (11e DI) – Historique

 

30e Bataillon de chasseurs à Pieds

 

Commandant : Capitaine Méger (au 10 juin 1940)

Etat-Major :

Capitaine Vergnette de la Motte, Adjudant-major
Sous-lieutenant Briard, officier adjoint
Lieutenant Godinot, commandant le groupe franc
Médecin capitaine Garitan
Sous-lieutenant Carnet, officier des détails

Composition :

- 1ère compagnie :

Capitaine Bois, commandant la compagnie
Lieutenant Rogez, chef de section
Lieutenant Reimbeau, chef de section
Sous-Lieutenant Wallart, chef de section

- 2ème compagnie :

Capitaine Roch, commandant la compagnie
Sous-lieutenant Orssaud, chef de section
Sous-lieutenant Baroudel, chef de section

- 3ème compagnie :

Capitaine Gambiez, commandant la compagnie
Lieutenant Lebrun, chef de section
Sous-lieutenant de Poix, chef de section

- la C.H.R.

Capitaine Loesch, commandant la compagnie
Lieutenant Dommange, officier d’approvisionnement

C.A :

Capitaine Béranger, commandant la compagnie
Lieutenant Mejasson, chef de section
Sous-lieutenant Forissier, chef de section

- le T.R.

 


Le bataillon dans le quartier de Rethondes – mai 1940

Les 21 et 22 mai se passent en chemin de fer. Le 20, au soir, le train a dépassé Saint-Dizier. Toute la journée du 21, le train avance par bonds de 400 à 500 mètres dans la région du camp de Mailly. Le 22, le bataillon passe à Sézanne, Coulommiers, et arrive vers 22 heures au Bourget. Le 23 au lever du jour, le train quitte Le Bourget et, vers 8 heures du matin, le bataillon débarque à Verberie.

Le village a fortement été bombardé la veille et est presque complètement évacué. Le bataillon cantonne.

Le 24, à 9 heures, l’ordre arrive de se porter à Compiègne, en renforcement des troupes qui y occupent l’Aisne. Le mouvement s’exécute à partir de midi par la grande route et la forêt. A 17 heures la destination du bataillon est modifiée ; il doit aller occuper le quartier de Rethondes, c’est-à-dire l’Aisne, tout le long du Mont Saint Marc, avec une tête de pont à Rethondes et le P.C à Vieux-Moulin. Le mouvement est terminé vers 23 heures.

Le dispositif du bataillon est le suivant :

- la 1ère compagnie est à Rethondes et aux abords de Rethondes
- la 2e compagnie occupe la moitié est du Mont Saint Marc et l’Aisne, Trosly, Breuil, exclus
- la 3e compagnie occupe la moitié ouest du Mont Saint Marc et l’Aisne
- la C.H.R. est à Sainte-Périne
- le T.R. à Verberie.

Sur cette position, le bataillon travaille avec une grande ardeur. Il fait de nombreux emplacements d’armes et d’abris, pose 28 tonnes de barbelés, des lignes téléphoniques, organise un dépôt de munitions et de vivres pour six jours.

Des abattis sont préparés et des barricades antichars très importantes sont construites dans Rethondes et sur toutes le voies d’accès du quartier. Le bataillon est renforcé de deux pièces de 75 du 8e R.A.D. ayant une mission antichars, et de la section de 24 du lieutenant Fiévet, de la demi-brigade.

Le 5 juin, le chef de bataillon Marlier prend le commandement de ma 1ère demi-brigade (8e, 30e, 61e BCP).
Le capitaine Méger, du 8e BCP prend le commandement du bataillon.
Le bataillon est en état d’alerte.
La position de l’Ailette a été attaquée et des éléments assez nombreux se replient vers le sud par Rethondes et Vieux-Moulin. Le GRDI 16 éclaire la division au nord de l’Aisne. Le 7 juin, le lieutenant Orssaud est envoyé en liaison avec lui.

Le 7 juin, à 16 heures, le capitaine Bois fait sauter le pont de Rethondes. Les éléments amis ont fini de passer et une patrouille cycliste ennemie est signalée.

Du 7 au 10 juin l’ennemi ne prendra aucun contact sur le front du bataillon. Mais, dès l’après-midi du 7, il est pris à partie dans tous ses mouvements par l’artillerie française qui lui inflige de lourdes pertes de jour et de nuit. A partir du 8, au soir, il riposte en tirant sur les batteries qui sont aussi bombardées par les avions en piqué dans la soirée du 8.

Dans la nuit du 9 au 10 le capitaine Gambiez, avec quelques éléments de sa compagnie et le groupe franc du lieutenant Godinot passe l’Aisne et reconnaît la rue des Bois qui est inoccupée.

Le 10 juin, 6 heures, le lieutenant Dommange, officier d’approvisionnement, rend compte au P.C que des automitrailleuses ennemies bordent l’Oise en face de Verberie depuis la veille au soir et tiennent le village sous leur feu.

Nous savons que, depuis le 8, le 170e RI, à notre droite, mène de durs combats au sud de l’Aisne, dans la région de Vic-sur-Aisne.

A midi, le bataillon reçoit l’ordre de se replier sur Orrouy en deux détachements : de jour, tous les éléments placés sous bois ; de nuit, les éléments qui occupent l’Aisne.


Repli sur Ormoy-Villers

Le repli s’exécute à partir de 12 heures environ pour la première colonne sous les ordres du capitaine Béranger et à partir de 20H30 pour le reste du bataillon aux ordres du chef de bataillon.
Toute la journée l’ennemi harcèle les carrefours de la forêt de Compiègne.

Dès 14 heures la destination des troupes a été changée. C’est à Ormoy-Villers que doit se rendre le bataillon.

Le déplacement représente une quarantaine de kilomètres. Il s’exécute par Orrouy, Duvy, ferme Bouville, ferme Villers, pour la colonne Béranger ; par Orrouy, Duvy, Parc-aux-Dames, Station d’Ormoy, pour la colonne du chef de bataillon.

La section Guéguenant, de la compagnie Gambiez, manque à l’appel depuis les bois, au sud d’Orrouy, où le bataillon a fait une grande halte. Probablement égarée, cette section sera venue par la suite tomber dans le piège, que dès 19 heures, les Allemands ont endu à Crépy-en-Valois.


Journées des 11 et 12 juin

Le 11 juin 1940 le premier échelon du bataillon comprenant une section de mitrailleuses, deux sections de la compagnie Bois, une section de la compagnie Roch, deux sections de la compagnie Gambiez, sous les ordres du capitaine Béranger, arrive vers 6 heures à Ormoy, par la route de Villers ; les éléments sont immédiatement mis en place pour former l’ossature dans laquelle viendra ultérieurement s’intégrer le bataillon.

La position occupée, qui s’étend de la station d’Ormoy incluse à la corne du bois à 500 mètres à l’est du village, comprend quelques éléments du G.M.P déjà en place, offrant une défense antichars sérieuse. A 10 heures, le reste du bataillon arrive, venant du Parc-aux-Dames, par la station d’Ormoy. Il est immédiatement mis en place. Le bataillon est en liaison à gauche avec le 61e BCP, et à droite avec le 141e RI.

La situation du bataillon est la suivante :

- Compagnie Gambiez, englobant la partie est du village d’Ormoy, et occupant le bois à l’est d’Ormoy, jusqu’à la corne de ce bois ;

- Compagnie Roch occupant la partie ouest du village et la station qui forme un saillant prononcé en avant de la ligne ;

- Le point d’appui de la station est occupé par la section Fournier, un groupe de mitrailleuses et un canon de 25. La compagnie Bois occupe les carrefours au sud de la voie ferrée et a une section en réserve de bataillon. La section de 25 du lieutenant Fiévet est en renfort du bataillon dans Ormoy-Villers. Le P.C se trouve dans le bois au sud du château.

Dès le début de l’après-midi des éléments ennemis apparaissent vers Villers et aux lisières du bois du Petit-Hureau. Deux voitures blindées, probablement des chars moyens, viennent reconnaître la station.

Vers 16 heures, les Allemands, à l’effectif d’un bataillon, attaquent la station d’Ormoy-Villers. L’adjudant-chef Fournier attend qu’ils soient à bonne portée et déclenche brutalement un tir qui fait subir à l’ennemi des pertes très sérieuses et qui l’arrêtent de front. Pendant cette action d’infanterie, l’artillerie ennemie prend à partie le château d’eau au pied duquel se trouve le P.C du capitaine Roch, où se tiennent cet officier et le capitaine Méger, commandant le bataillon. Cependant, les Allemands s’infiltrent sur le flanc gauche de la section Fournier et atteignent le village. Au P.C du bataillon, le capitaine Bois prépare l’intervention de la section réservée. Un violent bombardement d’artillerie s’abat sur le P.C et fait plusieurs blessés.
Le capitaine Méger rentre au P.C. La section Fournier tient admirablement, on peut monter un coup de main de dégagement. Le groupe franc, sous les ordres du lieutenant Godinot, est chargé de l’opération, renforcé de la section Wallart (compagnie Bois) qui occupera la voie ferrée et couvrira le flanc au point d’appui de la station en assurant sa liaison avec le 61e BCP. L’opération réussit parfaitement. Le groupe franc se heurte à une patrouille allemande dans le village. Le lieutenant Godinot blesse mortellement le lieutenant qui la commande. Un caporal et un soldat sont faits prisonniers. Ils sont conduits au P.C dans le courant de la nuit. La section Wallart occupe son objectif et assure la liaison à droite et à gauche.
L’aspirant Delmas s’offre spontanément à servir un canon de 25 du G.M.P.

La situation est rétablie, la nuit est calme. Cependant vers 22 heures, un char moyen ennemi pousse jusqu’au canon de 25 de la station et mitraille les servants qui ont un tué et deux blessés, dont le chef de pièce. Le sous-lieutenant de Poix, de la compagnie Gambiez, pousse une reconnaissance jusqu’à la ferme de Villers, qu’il constate fortement occupée par l’ennemi.

Au petit jour, le 12 juin, la section Fournier envoie au P.C un sous-lieutenant allemand qu’elle a fait prisonnier au cours de la nuit.

Le capitaine Roch, le sergent-chef Gravouil et le sergent Jacques vont rechercher, en avant des lignes, le caporal Vuidard, de la C.A, qui a été laissé pour mort par les Allemands. Un chasseur de la C.A, blessé dans les mêmes conditions, est rentré seul dans nos lignes. Nous n’avons plus personne entre les mains de l’ennemi. Mais l’on peut compter, devant la station, plusieurs centaines de cadavres allemands. Dans la matinée, l’ennemi tente à nouveau une infiltration par la voie ferrée. Son action est appuyée par une mitrailleuse lourde et un mortier que les observateurs situent aux abords d’une meule de paille sur la route de Villeneuve. Le lieutenant Mejasson qui ne peut, de ses emplacements, intervenir avec ses mortiers, transporte ses pièces dans le bois en lisière de la route de nanteuil. Son tir ajusté bloque l’infiltration ennemie, mais, au moment de la sortie de batterie, il a quatre hommes sérieusement blessés par les éclats de mine qui s’acharnent sur lui.

Dans la matinée une section de la compagnie II / 2 du Génie est envoyée au bataillon. Cette section, jusqu’au repli, organise en première ligne la barricade du passage à niveau de la station d’Ormoy.

Vers midi arrivent au P.C l’officier de liaison et l’officier observateur d’artillerie. Leur arrivée est saluée par un nouveau bombardement du P.C, mais leur action très efficace s’affirmera dans l’après-midi quand les obus rapides du 75 écraseront les Allemands dans leur nouvelle tentative d’infiltration sur la voie ferrée.
Depuis midi, en effet, l’attaque sur le 61e BCP est très violente, la section Fournier est à nouveau menacée de débordement. Le capitaine Roch part immédiatement pour la dégager avec sa section de commandement. Il rétablit la liaison avec la section Wallart. Le sergent-chef Baetchel, de cette section, qui, avec le capitaine Roch, cherche à repérer une mitrailleuse ennemie, est tué d’une balle en pleine tête.
L’attaque continue très violente sur le 61e BCP. L’artillerie ennemie bombarde sans arrêt les bois au sud d’Ormoy, cherchant notre artillerie. A 16 heures, une nouvelles tentative d’infiltration a lieu. Le groupe franc fouille les bois qui encadrent la route de Nanteuil. L’ennemi est arrêté, mais la route de Nanteuil et le passage sous la voie ferrée deviennent entièrement impraticables étant sous le feu de l’ennemi. Sans tenir compte du danger, le sous-lieutenant Forissier, de sa propre initiative, va mettre en place les éléments de barricade antichars au passage à niveau.

La section Rogez, de la compagnie Bois, est placée en bretelle entre le P.C et la route de Nanteuil, afin de rétablir la liaison avec le 61e BCP qui semble avoir marqué un léger repli.

Toute la journée les brancardiers font l’admiration de tous par leur dévouement et leur sang-froid. Tous les blessés et les morts sont ramenés au poste de secours.

Au soir la situation du bataillon est intacte. Pas un pouce de terrain n’a été cédé, la couverture du flanc gauche est assurée. Le bataillon est prêt à recevoir l’attaque avec engins blindés que le capitaine Gambiez voit mettre en place en détail sur le front de son sous-quartier.

L’ennemi prend, à ce moment, le contact sur tout le front pendant qu’un bombardement intense s’abat sur notre première ligne ; le bombardement rend impraticable la route du village, la compagnie Gambiez se trouve donc coupée, en ce qui concerne les canons de 25 et les voiturettes de la route de Nanteuil-le-Haudouin.
A 21 heures arrive au P.C l’ordre préparatoire du repli. Les blessés et les munitions sont chargés sur les voitures. Les munitions qui ne peuvent être emportées sont enterrées.

A 22H20, arrive l’ordre de repli. Le bois est d’une obscurité totale. Cependant, la transmission de l’ordre se fait assez rapidement, grâce à l’activité des agents de liaison. Mais la compagnie Gambiez se heurte à des difficultés énormes. Le groupe Drobinski met deux heures à sortir de batterie un canon de 25, qui se trouve dans un taillis épais. Par ailleurs, la route étant coupée, il lui faut passer par le bois en traversant la voie ferrée, ce qu’il ne peut réaliser qu’en dételant les canons de 25 et les voiturettes et en les faisant porter à bras.

De leur côté les voitures hippo et auto de munitions ont les plus grandes difficultés à sortir du bois. Il leur faut plus d’une heure pour regagner la route de Nanteuil, à l’ouest de laquelle les mitraillettes allemandes tiraillent sans réponse. Le bataillon se regroupe à deux kilomètres d’Ormoy, sur la grande route et attend la compagnie Gambiez. Cette attente permet de retrouver un officier blessé du 61e BCP, mais la compagnie n’arrive pas. Aucun bruit ne signale son arrivée sur la route d’Ormoy. Il est 3H30, le jour va se lever, il faut partir. Le bataillon s’écoule sur les chemins pavés, suivi d’un harcèlement de l’artillerie ennemie. Le groupe franc en arrière-garde, chargé de reprendre la liaison avec la compagnie Gambiez, annonce bientôt que cette compagnie, venue par les bois, suit le bataillon à une demi-heure. Le brouillard heureusement prolonge la nuit jusque vers 7 heures ; et lorsque après dix-sept heures de marche par Peroy-les-Gombries, Fresnoy, Saint-Soupplet, le bataillon arrive à Esbly, il n’a pas eu, comme il était à craindre, à se dégager.
Le groupe Thurlure, de la compagnie Roch, a disparu dans Ormoy au moment de repli.

Avant de clore le récit des journées d’Ormoy-Villers il convient de citer, entre bien d’autres, une anecdote qui traduise bien l’état moral de la troupe au cours du combat. Le 12 juin, le chasseur Roux, de la 2e compagnie, qui se trouve depuis 24 heures au contact de l’ennemi, est blessé et renvoyé au poste de secours du bataillon. A peine les soins terminés, ce chasseur demande à repartir pour rejoindre ses camarades sur la ligne de feu.

A citer aussi l’acte de courage du chasseur Lancelot, du groupe franc, qui pour permettre de découvrir une arme automatique ennemie s’élance sur une route découverte et y exécute des bonds sous le feu jusqu’à ce que le résultat recherché ait été atteint.

Quant au cran et à la discipline dont a fait preuve la section Fournier, il n’est pas besoin d’insister, le seul récit du combat en est un témoignage.


Tués à Ormoy-Villers

Sergent-chef Baetchel
Chasseur destolières
Chasseur Duquerroy

Blessés à ormoy-Villers

Sergent-chef François
Sergent Cornette
Sergent Isorez
Caporal-chef Valette
Caporal-chef Kern
Caporal Vuidar
Chasseurs de 1ère classe : Legrix, Collin, Végier, Baechler.
Chasseurs : Rousseau, Chambon, Tillier, Denis (edmond), Rabat, Thomas, Fugier, Grellier, Ducour, Pierron, Gaudru, Garrigue, Vialatou, Denis (Serge), Rasselet, Roux, Douchez, Ory.

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 – janvier 2012