26e R.I., C.A. 2 (11e D.I.)

RI 26

 

Du 19 au 25 mai, la C.A.2 suit le IIe Bataillon sans incident particulier.

Le 25 mai, le Bataillon arrive en forêt de Compiègne. L’ordre est donné de prendre position sur l’Aisne. La Compagnie occupe les bords de l’Aisne, à l’Est de Compiègne. Elle a pour mission d’interdire la passage de l’Aisne.

La première section est aux ordres du Sous-Lieutenant JAVAUDIN. Elle a un groupe entre les réservoirs d’essence de Choisy-au-Bac et le pont sur l’Aisne. Son deuxième groupe est en forêt de Compiègne au carrefour Bellicart. Elle appuie la 6e Compagnie et particulièrement la 5e.

La deuxième section, sous les ordres du Sous-Lieutenant GRANDVALLEE a un groupe à gauche des réservoirs d’essence, sur l’Aisne. Son deuxième groupe est en lisière de la forêt de Compiègne, derrière les étangs. La section appuie la 7e compagnie.

La troisième section est sous les ordres de l’Aspirant PETIAU. Elle a un groupe au confluent de l’Aisne et de l’Oise, l’autre à la sortie Est de Compiègne sur la route de Choisy-au-Bac à Compiègne. Elle appuie la 5e Compagnie.

La quatrième section sous les ordres du Sergent-Chef DARRAGON a un groupe à la lisière de la forêt de Compiègne, à la sortie Sud de Choisy-au-Bac, son deuxième groupe est placé au carrefour d’Aumont avec le 141e.

Un des 25 de la compagnie est au carrefour d’Aumont, le deuxième est au confluent de l’Aisne et de l’Oise, installé finalement à l’intérieur d’une maison suivant les ordes donnés.

Le groupe de mortiers de 81 est face à Choisy-au-Bac, il a pour mission de battre la rive opposée de l’Aisne.

Toutes les sections profitent du répit qui leur est laissé pour s’installer sérieusement. Certains emplacements de pièce sont mêmes bétonnés, d’autres sont recouverts avec des plaques de blindage empruntés aux usines voisines. L’expérience acquise a prouvé qu’un abri solide est toujours utile : l’ennemi peut s’approcher, les précautions sont prises.

Le 9 juin la canonnade se fait entendre sur la droite du bataillon ; les Allemands, dit-on, ont réussi à passer l’Oise et l’Aisne. Les derniers renseignements nous apprennent que l’ennemi avance sur nos ailes.

Le 10, à 16H00, les éléments en ligne reçoivent l’ordre de repli. La Compagnie doit laisser sur place deux groupes de mitrailleuses. Un est pris à la troisième section au confluent de l’Aisne
et de l’Oise, l’autre à la première, au Sud de Choisy-au-Bac, entre les réservoirs d’essence et le pont sur l’Aisne. Les Sergent-Chef BOUILLON et GUIGNARD restent avec ces groupes. Ils ont l’ordre de rester, avec des éléments de compagnies de voltigeurs, jusqu’à la nuit pour protéger le décrochage.

Le reste de la Compagnie décroche sans incident à partir de 18H00 et rejoint le P.C du Bataillon.

Dans la nuit du 10 au 11 juin, la Compagnie, moins les éléments de protection laissés sur place, fait mouvement avec le reste du Bataillon. Une marche de plus de 50 km l’amène dans la région d’Ormoy-Villers. Le Bataillon passe de justesse dans la boucle ennemie qui se resserre. Il essuie un tir de harcèlement d’artillerie vers Béthisy-Saint-Pierre. Il arrive en fin de matinée dans la région d’Ormoy-Villers où les hommes prennent quelques heures de repos.

Pendant ce temps, le GM de la 3e section, à l’heure prescrite commence son repli. Il se dirige, sous les ordres du Caporal-Chef PRIGNOT, vers les faubourgs Est de Compiègne ; il tombe sous un feu très nourri d’armes automatiques. La route lui est coupée ; il se trouve ainsi bloqué face aux abattis réalisés à la lisière Nord de la forêt de Compiègne. A la hache, il se fraye un passage et gagne la voie ferrée qu’il suit pour parvenir au P.C du Bataillon. Il y est accueilli par des rafales de mitraillettes. A la vitesse de 6 km à l’heure et sans pause, il rejoint la C.A à Villeneuve, ayant couvert 50 km en 8 heures.

Le groupe de la première section resté pour protéger le repli, sous les ordres du Sergent-Chef GUIGNARD, moins heureux que celui de la troisième section, ne réussit pas, sans doute, à forcer le barrage ennemi. Il ne rejoindra pas.

Le 11, au début de l’après-midi, la C.A reçoit l’ordre de se porter au Sud de Rosières, pour participer à la reprise du village par le IIe Bataillon.

La reconnaissance des chefs de section est effectuée vers 18H00 sous un tir de harcèlement de l’artillerie ennemie. Les 2e, 3e et 4e section de mitrailleuses, ainsi qu’une section d’engins, partent avec les compagnies du Bataillon pour réoccuper complètement Rosières. A 20H30, sous un bombardement violent de mortiers et d’artillerie, les trois sections pénètrent intactes dans le village et le bois et vont se placer à l’endroit fixé par le commandement : la 2e à l’Est du village avec pour mission d’arrêter coûte que coûte toute contre-attaque ennemie ; la 3e au Nord-Ouest avec mission d’assurer la défense rapprochée du village et du château ; la 4e à l’Ouest du bois de Rosières. Malgré la fatigue occasionnée par la retraite de la veille et l’occupation des emplacements actuels, les hommes travaillent sérieusement à s’enterrer. La nuit est éclairée par la lueur des incendies allumés par les bombardements ennemis.

Le 12, les premières heures de la matinée sont employées à perfectionner le travail de la nuit. A 10H00, trois artilleurs allemands se présentent devant un des G.M de la 3e section, G.M commandé par le Caporal-Chef PRIGNOT. S’apercevant que le village est occupé, ils cherchent à s’abriter derrière un barrage antichar qui se trouve à proximité. Le soldat BERNARD, qui les a aperçus, bondit à la pièce et ouvre le feu. Un Allemand est tué, un deuxième se jette dans le fossé, le troisième réussit à s’échapper. Le Sergent DINELSPAK du 141e RI s’approche de l’Allemand, qui reste dans le fossé, et tire deux coups de pistolet, le blessant à l’épaule. L’Aspirant PETIAU et le Caporal-Chef PRIGNOT allèrent relever le blessé et le ramenèrent dans nos lignes.

L’ennemi cependant préparait une attaque sur Rosières. A 15H00, un violent bombardement d’artillerie s’abat sur nos lignes et sur le P.C du Bataillon. En même temps l’ennemi attaque au sol, à la bombe. A 15H45 l’attaque ennemie débouche. Elle est clouée sur place par nos armes automatiques qui, pour la compagnie, étaient restées toutes intactes.

C’est à ce moment que se placèrent quelques actions d’éclat, déjà signalée dans un précédent rapport.

Le bombardement ennemi ayant mis le feu à une grange précédemment occupée par des éléments d’un régiment voisin, le Caporal-Chef PRIGNOT, accompagné d’un de ses hommes, se porta au secours de ces gens. Au cours même du bombardement il fouilla le bâtiment, jusqu’au moment où il put acquérir la certitude que personne n’y restait.

Le groupe de mortiers se montra également héroïque. Comme il ne pouvait tirer de l’emplacement préparé de la veille, le Sergent GODFROY décida de porter une pièce en terrain découvert. Le Caporal BUISSON, les soldats CHEVREUX, MACONNERIE, DALLOT et MATHIAS répondirent à sa demande de volontaires. On plaça la pièce rapidement. Comme l’ennemi s’avançait très près, le Caporal BUISSON et le soldat CHEVREUX prirent le tube à la main. La pièce tira ainsi jusqu’à l’épuisement du stock de munitions, contribuant très efficacement à arrêter l’infanterie ennemie.

Pendant ce temps le Sous-Lieutenant JAVAUDIN était blessé ; il avait reçu l’ordre de porter l’unique groupe qui lui restait de sa section à un autre emplacement. Il se trouva qu’en cours d’exécution de cet ordre, le groupe fut pris sous le bombardement ennemi. Touché, le Sous-Lieutenant JAVAUDIN cacha un moment sa blessure, donnant des ordres à ses hommes malgré tout. Il s’effondra épuisé. Le chef de groupe fit prendre immédiatement des dispositions judicieuses pour retirer ses gens de la zone des tirs d’artillerie pendant que le Sous-Lieutenant était évacué par les brancardiers, se plaignant de quitter ses hommes quand « enfin il y avait quelque chose à faire. »

Ce même jour la compagnie eut un certain nombre de blessés au cours du bombardement. Les Sergent BOERLEN, NISOT, GODFROY (en procédant à un ravitaillement en munitions), CHATELAIN, qui cependant ne fut pas évacué et resta très courageusement jusqu’au bout avec la compagnie ; les soldats DELORET et BOISDRON. Un homme fut porté disparu au cours de cette attaque : le soldat DUCREUX. Enfin le Commandant de compagnie, le Lieutenant FISCHER, fut lui-même blessé par un éclat d’obus au P.C de la Compagnie.

Cependant l’attaque ennemie avait réussi à progresser sur la gauche du Bataillon et sur la droite de la Division. A 22H00, l’ordre est transmis de se tenir prêt au repli. Le 13, à 1H00, les différents éléments effectuent leur repli. Les sections de mitrailleuses ramènent tout leur matériel et la plus grande partie de leurs munitions. Il est impossible de retirer les canons de 25. L’adjudant-chef WERA fait alors, sur ordre, retirer les culasses et les lunettes de pointage. Le décrochage réussit pour tous les éléments de la compagnie. Le 26e prend la direction de la Marne : seuls quelques tirs de harcèlement gêneront le repli vers Nanteuil.

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 – décembre 2011