25e BCA (1)

BCP 25

Historique

 

Alerté le 16 Mai, il embarque le 17 sur des autobus parisiens pour une destination inconnue. Il arrive le 19 à Tergnier, l’occupe et y reçoit la 20 le baptême de l’aviation ennemie. Jusqu’au 23 Mai, il garde les passages de l’Oise dans la région de Noyon-Chauny et arrive le 30 à Hattencourt dans la Somme.

Le 2 Juin, le Commandant ROUCAUD, à la tête du Bataillon depuis 1936, reçoit mission de constituer un barrage antichars à hauteur du rû d’Ingon, en arrière et à 9 kilomètres environ des premières lignes de la 29e Division au contact sur la Somme. Ordre lui est donné d’organiser en points d’appui antichars les villages de Fonches et Fonchette, Curchy, Liancourt et Hattencourt et de les défendre sans esprit de recul. Les travaux, activement poussés, sont en cours lorsque le 5 Juin, dès six heures, peu après le début de leur attaque, les formations blindées ennemies abordent la zone tenue par le Bataillon.

C’est alors que celui-ci, par une résistance acharnée de près de 36 heures, va ajouter une nouvelle page de gloire à son Historique : son courage, sa ténacité et son sacrifice, reconnus par l’ennemi lui-même, lui vaudront une cinquième citation à l’Ordre de l’Armée.

Une Compagnie tient chaque village : le P.C. du Comman-dant est avec la 2e Compagnie (Lieutenant CHAPELEAU) à Hattencourt, la 1ère Compagnie (Capitaine LAPRESTE), moins un détachement, à Fonches et Fonchette, la 3e Compagnie (Lieutenant JENOUDET) à Liancourt avec le P.C. de la Demi-Brigade, la C.A. (Capitaine LACOUR) est répartie, l’un de ses Officiers commande Curchy tenu par le détachement de la 1ère Compagnie. La position est médiocre, la coupure du Rû d’Ingon bien faible, l’armement antichars quasi inexistant et pourtant, durant toute la journée du 5 les Chasseurs ne trouveront que des blindés devant eux, l’infanterie portée ne devant attaquer en nombre que le 6 dans la matinée.

Le 5, dès le lever du jour, les premiers avions apparaissent et bombardent à très basse altitude carrefours, points de rassemblement, P.C., observatoires. Vers 8 heures, chaque point d’appui est déjà à peu près encerclé et les liaisons presque impossibles ; de nombreux chars ennemis s’infiltrent un peu partout : par leurs tirs violents et leurs lance-flammes, maintes fois utilisés, ils rendent fort pénible le combat des défenseurs. Vers midi, courte accalmie, mise à profit pour rétablir l’ordre et rassembler de nouveaux moyens de défense, tels les bouteilles d’essence qui, dans la matinée, ont fait merveille.

A Fonches et à Fonchette, la situation devient rapidement très sérieuse. Malgré leur extrême violence, trois attaques lancées sur ce point d’appui n’arrivent pas à l’entamer, mais au cours de la journée la densité des chars ennemis augmente sans cesse. Le 6, dès le lever du jour, les assauts reprennent acharnés ; sentant sa situation critique, le Capitaine LAPRESTE, après avoir répondu comme il se doit à une demande de reddition, décide d’occuper le réduit de Fonches. La 1ère Compagnie le défend avec l’énergie du désespoir sous les coups violents et répétés de l’aviation et d’une infanterie fraîche, nombreuse et mordante qui subit de lourdes pertes. Submergée par le nombre et neutralisée par la puissance du matériel, elle succombe vers 9 heures à court de munitions, non sans avoir, avec son unique canon de 25, détruit une dizaine de chars ennemis et tenté, pour se dégager, plusieurs contre-attaques acharnées allant jusqu’au corps à corps.

A Curchy, la garnison du point d’appui, débordée dans la soirée du 5, n’évacue le village qu’à l’aube du 6 ; pour le reprendre, elle contre-attaque vigoureusement ; l’engagement est des plus violents mais, pressée par le nombre, elle doit décrocher sous un feu nourri et ajusté. Après une manœuvre délicate, ses débris se replient sur le G.R.D.I.

A Liancourt violemment bombardé le 5 et dès l’aube du 6, la 3e Compagnie repousse plusieurs attaques appuyées par des chars. Le 6, vers 15 heures, remarquablement soutenus par leur aviation, les fantassins ennemis, après de fortes pertes, abordent le village ; c’est alors un combat confus et acharné, une succession de contre-attaques désespérées malheureusement impuissantes. Vers 18 heures, complètement submergé, le Lieutenant JENOUDET est mis hors de cause, non sans avoir aussi opposé un refus formel à une sommation ennemie et essayé, pour empêcher l’inévitable, une percée sans espoir.

A Hattencourt enfin, au début de l’après-midi du 5 se déclenche sans succès une attaque d’une trentaine de chars fortement appuyés par l’artillerie et l’aviation qui bombarde et mitraille au sol. Les blessés commencent à affluer, de nombreux incendies s’allument, remplissant les rues de fumées épaisses. Vers 17 heures, plusieurs rafales de 155 bien appliquées dispersent un rassemblement de près de deux cents chars dans la région Sud de Hallu et en détruisent une demi-douzaine non loin des lisières du point d’appui qu’ils préservent d’une attaque en force.

Après une nuit agitée, passée à veiller et à rétablir les nombreux postes détruits ou neutralisés, une activité accrue reprend dès le lever du jour. Le 6 à 4 h. 30, la défense bloque une attaque de chars précédée d’un bombardement massif, le premier d’une série à peu près ininterrompue, puis, toutes ses liaisons coupées, attend, en vain, la contre-attaque de chars amis annoncée et tant espérée. Vers 9 heures, quelques blindés ennemis font incursion dans le village, détruisant tout ce qu’ils peuvent déceler ; notre feu les repousse. Vers 10 heures, nouvelle attaque en force suivie par des fantassins : une barricade est prise d’assaut, une contre-attaque immédiate la dégage aussitôt. Des éléments ennemis, mitraillette en main, s’infiltrent dans les lisières Nord et Est du village et, vers midi, les chars, toujours de plus en plus nombreux, pénètrent dans Hattencourt.

Vers 14 heures, l’attaque redouble, tous moyens réunis : elle va dès lors se développer sans arrêt avec une intensité croissante : au feu destructeur de toutes les armes, s’ajoute celui des « minen » qui harcèlent le P. C. du Commandant et le centre du village et celui des 105 chenillés qui, à 800 mètres, réduisent systématiquement toutes les résistances en lisières. Les incendies gagnent, le feu devient général et, vers 15 heures, l’infanterie ennemie, très manœuvrière, aborde Hattencourt par trois lisières à la fois, sous la protection de ses chars contre lesquels le canon de 25 de la 1ère Compagnie continue à faire merveille (trois chars détruits, plusieurs stoppés).
Durant une heure c’est un combat de rues et de maisons avec toutes ses alternatives : les Chasseurs, sous l’énergique impulsion du Lieutenant CHAPELEAU et du Capitaine LACOUR, résistent avec acharnement et s’opposent pied à pied à l’ennemi, lui causant des pertes sévères. Mais ce dernier, de plus en plus nombreux, avance toujours et arrive à une cinquantaine de mètres du P. C. du Bataillon, réduit de la défense. La situation est désespérée et, pour essayer de sauver la garnison, le Commandant ROUCAUD donne l’ordre de repli : il est 16 h. 30. Par petits groupes, les Chasseurs, sous l’héroïque protection d’éléments de la C.A. et de la 2e Compagnie, tentent d’échapper à l’étreinte, mais avions, chars et fantassins ennemis poursuivent inexorables.

Telle est la page glorieuse et douloureuse à la fois de ce sublime sacrifice, où le 25e donnant le meilleur de lui-même, multiplie les actes de courage. Quelques-uns entre beaucoup : 
 Contre-attaquant dans un élan superbe à la tête de sa Section sur qui l’ennemi se rue pour la quatrième fois, un Officier tombe très grièvement blessé ; il se redresse, continue avec une énergie sublime è entraîner ses Chasseurs et ne consent à être pansé qu’après avoir rendu compte à son Capitaine. 
 Apercevant un canon de 25 sur le point de tomber è l’ennemi, un Sous-Officier affronte sans hésitation, seul et de son propre chef, un feu destructeur, se faufile entre les chars adverses, le ramène au prix de quels efforts dans nos lignes et dirige son feu avec une telle maîtrise qu’il détruit trois chars ennemis et en arrête plusieurs autres. 
 Au plus fort de la mêlée, un Chasseur se glisse à travers les décombres, bondit sur un char ennemi, arrache son fanion de commandement et le rapporte è son Lieutenant. 
 Un autre enfin, au cours d’une reconnaissance, s’approche, en rampant, d’un char ennemi en action, lance une grenade par sa tourelle entrouverte, met les occupants hors de combat mais tombe la cuisse fracassée.

Le 8 au matin, du magnifique Bataillon qui, le 5, comptait 22 Officiers, une centaine de Sous-Officiers et environ 900 Chasseurs, il ne reste plus que 5 Officiers et 150 Gradés et Chasseurs. Ces débris, commandés par le Lieutenant CHAPELEAU, se joignent le 9 Juin à Pont Sainte-Maxence au 24e B.C.A. et à ce qui subsiste du 65e B.C.A.

2011 – 2016 Picardie 1939 – 1945