De la Somme à la Bresle

LEFEBVRE Alain, De la Somme à la Bresle, T1-5 juin 1940, Éditions Aurea Vallis  2015
Format 21 x 29,7, 359 pages, 40€.

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Un nouveau livre sur la Somme est un événement rare et je me devais de l’avoir dans ma bibliothèque. De plus j’étais intrigué par ses 359 pages consacrées exclusivement au 5 juin 1940. Un bonne lecture d’été donc et qui allait peut-être remiser aux oubliettes le Juin 1940 sur la Basse-Somme de Vasselle qui faisait autorité.
Disons-le tout de suite, la déception fut grande. Il s’agit en fait d’une compilation de rapports d’officiers in extenso avec de très maigres paragraphes d’articulation, la lecture continue est donc fastidieuse.
Côté illustration ce n’est guère plus engageant… Les photos sont toutes très connues et souvent mal reproduite. C’est également le cas des cartes et croquis, au demeurant fort utiles, qui sont pixellisés.
Les sources sont limitées, surtout côté allemand avec de larges extraits de Rommel.

Ce bilan très négatif peut paraître sévère mais on sent qu’il ne s’agit pas d’une oeuvre d’historien. Si l’on songe à ce que coûte une visite au SHD on peut se consoler en disposant pour le même prix d’un ensemble de documents pour enrichir la lecture de Vasselle qui reste la référence.

Picardie 1939 – 1945 -Marc Pilot – juillet 2016


Alain LEFEBVRE a tenu à apporter les précisions suivantes :

Comme pour l’ensemble de mes livres, le choix a été fait de repartir des sources originales de cette époque et de ne pas se contenter de la bibliographie existante, source d’interprétations.

Le livre s’appuie donc sur les rapports d’officiers et sous-officiers qui ont combattu dans les villages de la région. Ce sont les seuls témoignages dont nous disposons aujourd’hui pour reconstituer l’attaque allemande vue du côté français. Les J.M.O et les historiques des différentes unités présentes dans la région (corps d’armée, divisions, régiments,…) ont également été utilisés. Un total de 90 boites d’archives des Services Historiques de la Défense de Vincennes a été consulté, soit 18 déplacements au S.H.D. (pour rappel, il n’est possible de consulter que 5 documents par visite…).

Après une introduction sur le début de la guerre jusqu’à Dunkerque et la Bataille d’Abbeville, puis un rappel des forces en présence dans le secteur à l’ouest d’Amiens, le livre raconte en trois grands chapitres, correspondant aux secteurs d’attaque des trois corps d’armée allemands de la 4ème armée allemande, la journée du 5 juin. Tous les secteurs, y compris celui de la 51st Highland Division écossaise, présente le long de la côte, sont décrits.

Le choix a été fait de reproduire ces documents : ils permettent à toute personne habitant à l’ouest du département de la Somme de connaître l’histoire des combats dans ou à proximité de son village et d’avoir accès à ces documents de référence. Mais le lecteur pourra également consulter l’histoire des villages alentour. Il pourra, s’il le souhaite, avoir accès à l’ensemble de l’histoire de l’ouest amiénois pendant ces journées tragiques. L’utilisation de ces documents permet de suivre l’évolution des combats pas à pas, village par village, heure par heure et de reconstituer le déroulement de la journée dans son intégralité. Les cartes permettent de suivre l’évolution secteur par secteur. Quand ils sont présents, les schémas accompagnant les rapports d’officiers et de sous-officiers sont reproduits à l’identique pour un maximum de précision.

Ce retour aux sources côté français est accompagné de documents nouveaux et originaux. Outre les traditionnels carnets de Rommel, qui servent de fil conducteur au parcours de la 7ème Panzer Division pour la journée du 5 juin, le livre s’appuie également sur de nombreux documents issus des archives militaires allemandes (Bundesarchiv de Freiburg) : 27 pages de documents allemands traduits en français, facilement repérables dans le livre à leur fond vert pâle, parfois accompagnées des documents d’archives originaux sont présentes et permettent de décrire l’attaque allemande vue du côté allemand, en particulier dans le secteur de la 5ème Panzer Division du général Lemelsen, dans la région de PONT-REMY, et dans le secteur du 38 A.K. du général von Manstein dans la région de PICQUIGNY – AILLY-SUR-SOMME.

Les cartes de Rommel, issues des Bundesarchiv et reproduites à l’identique sur les cartes d’état-major d’époque utilisées par les Allemands sont présentes dans le livre. Elles ont été réalisées par l’état-major du général Rommel au cours de la journée. Ces cartes permettent de suivre l’attaque allemande pas à pas. Elles sont totalement inédites, ne sont citées dans aucun ouvrage historique et apportent un regard nouveau, d’une très grande précision sur le déroulement de l’attaque allemande. Le parcours des blindés de Rommel y est par ailleurs décrit avec une extrême précision.

Bien que connues des amateurs, certaines photographies présentes dans le livre le sont nettement moins du grand public et il semblait intéressant de les diffuser de manière plus large. Certaines photographies, issues d’ouvrages allemands, ont par ailleurs été reproduites avec leur commentaires originaux en allemand, traduits en français, ce qui n’avait pas été fait jusqu’à présent. D’autres sont tout simplement inédites et méritaient d’être connues du public. Le livre contient plus de 300 photographies en noir et blanc et en couleur, prises dans la région par les Allemands, permettant de reconstituer avec précision les combats. Des photos prises sur le terrain sont mises en vis-à-vis des photographies d’époque et permettent d’identifier avec exactitude les lieux des combats.

Bien que « non historien », mais scientifique de formation (ingénieur et docteur HDR), l’auteur a réalisé les livres « Juin 1940 de la Bresle à la Somme – tomes 1 et 2 » avec la plus grande rigueur possible, pour reconstituer les événements et permettre au lecteur de se construire sa propre opinion sur la réalité des combats de juin 1940 dans la région.

Bienvenue

Les vacances sont là et nous en profitons pour terminer la restauration de notre site.  Toutes les contributions sont les bienvenues ! 

 

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Tombes de l’IR 10 à Rosières

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Le dernier livre d’Alain NICE

 

 

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Les vacances sont là et nous en profitons pour terminer la restauration de notre site. Pourquoi ne pas profiter de ce moment pour relancer la campagne de photographie des monunents aux morts de notre région ?  Toutes les contributions seront les bienvenues ! (voir de le forum l’état d’avancement du projet)

 

Article à la Une

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Nouvelles

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Picardie 1939-1945 tiendra un stand le samedi 22 octobre à Amiens.
N’hésitez pas à venir rencontrer notre président…

 

N° 10 Squadron RAF

N° 10 Squadron RAF

Halifax codé ZA-W

 

La désorganisation des voies de communication (Transportation Plan) amena le Bomber Command à procéder à deux raids dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 juin 1944. Les cibles étaient les gares de triage de Metz (Moselle) et Blainville-sur-l’eau (Meurthe-et-Moselle). Le Halifax ZA-W fut attaqué lors du retour par un chasseur de nuit, les sept membres d’équipage périrent sur le territoire de Feigneux où leur avion s’écrasa.

P/O M.Livesey KIA
Sgt J.R.Sissons KIA
F/S A.G.Rhodes KIA
WO2 T.G.Evans RCAF KIA
F/S L.W.Hughes KIA (2e en partant de la droite)
F/S W.Tudberry RAAF KIA
Sgt K.E.Chandler KIA

Le point de chute de l’appareil se situe à « La garenne de Morcourt », à proximité du croisement

 

Comment la France a honoré un aviateur « porté disparu »

La France était sous l’occupation allemande. Montrer de l’amitié envers les Britanniques était dangereux. Mais Mme Élisabeth Huraux alla courageusement au commandement militaire allemand de l’Oise le 29 juin 1944, et demanda à l’officier la permission d’enterrer sept membres d’un bombardier Halifax de la R.A.F.
Malgré les difficultés la permission fut accordée et les aviateurs anglais, avec des fleurs sur leurs cercueils, furent inhumés dans le petit village de Feigneux près de Crépy-en-Valois.
Ce n’est qu’en juin de cette année, plus de deux ans après la guerre, que la mère de l’un des aviateurs, Mrs Hughes, Abbey Road Penthey, fut mise en relation avec Mme Huraux par l’intermédiaire du Ministère de l’Air. Elle a appris des détails de la mort de son fils, opérateur-radio, duquel elle ne savait rien d’autre que « porté disparu ».

 

*  *  *  *

SA LETTRE

Mme Huraux écrit :

« j’espérais depuis longtemps être mise en rapport avec les familles de ces pauvres garçons qui sont tombés et reposent ici et je vous dirai tout ce que je sais sur la mort tragique de votre fils.
Vers 2 heures du matin le 29 juin 1944, un escadron de bombardiers revenant d’un raid sur l’Allemagne fut attaqué par des avions de combat allemands. Je vis et entendis l’attaque de la fenêtre de ma chambre. Il y eut une flamme sortant d’un bombardier et ensuite une explosion.
A l’aube, montée sur mon cheval, je suis allée jusqu’à l’endroit où l’avion avait été abattu en espèrent trouver quelqu’un de vivant. Je ne trouvai que des morceaux fumants de l’avion au bord d’un petit bois, sur les terres de mon mari. Hélas, il n’y avait aucun survivant. Les aviateurs avaient probablement été éjectés hors de l’avion par l’explosion.

*  *  *  *

« VERBOTEN »

Les soldats allemands arrivèrent et interdirent à toute personne d’approcher des débris. Je suis allée voir le Commandant allemand et demandai la permission d’enterrer les morts. C’est difficile…, dit-il. Mais je lui ai demandé de me laisser prendre la place de leurs mères ou de leurs femmes, et il décida de me donner l’autorisation. J’ai dû promettre toutefois que seuls le maire du village, le prêtre et moi-même seraient à l’enterrement avec les porteurs des cercueils. Je fis fabriquer sept cercueils ; sept gerbes de fleurs, des bleuets, des fleurs de lis et des roses rouges furent placées dessus. Le temps était superbe le jour de l’enterrement, lorsque nous avons traversé le village pour aller au cimetière. Les cercueils étaient placés sur une charrette de ferme. On entendait le seul bruit des sabots des chevaux. Les gens du village formaient une haie sur la route à notre passage. Ensuite, au bord des tombes, il y eut des moments que je n’oublierai jamais ; tout était si simple et cependant si mémorable. »

*  *  *  *

PHOTOGRAPHIES

Dans une lettre du 7 septembre, Mme Huraux envoya à Mrs Hughes des photos en espérant que d’autres parents recevraient aussi un jour des nouvelles de leurs fils « portés disparus ».
W/O William Hughes, second fils de Mrs Hughes, était élève à l’école de Marham. Il avait 22 ans quand il fut tué. Il était engagé volontaire dans la R.A.F. à l’âge de 19 ans et avait effectué plus de trente missions de bombardement.
Mrs Hughes a écrit à Mme Huraux pour la remercier de son attention. «  J’espère que d’autre mères qui ont des fils « portés disparus » reprendront courage devant mon expérience, a confié Mrs Hughes à un reporter, elles peuvent encore espérer avoir des informations aujourd’hui ».

 

Extrait du LYNN NEWS & ADVERTISER. FRIDAY, SEPTEMBER 26, 1947

Acte de décès et d’inhumation rédigé dans son registre paroissial par l’abbé Henriot, curé de Morienval desservant Feigneux, le 29 juin 1944 : « N° 7. Inhumation de sept aviateurs canadiens ou anglais.

Récit de l’abbé Henriot, curé de Morienval desservant Feigneux, le 3 juillet 1944 : « Un avion bombardier canadien a été mitraillé par un avion allemand, et il est tombé en flammes dans le bois de Morcourt dans la nuit de mercredi à jeudi 29 juin 1944. On a relevé sept aviateurs morts, tous canadiens, et leur corps était intact. Ils n’ont pas sauté assez haut en parachute et ils se sont tués en tombant à terre. Leurs corps ont été transportés à Feigneux, et déposés au frais, dans la cave-prison. Ces aviateurs s’appellent : Sissons, Tudberry, L.W. Hughes, Rhodes, Evans, Chandler, le dernier reste inconnu 1 pour le moment, n´ayant pas sa plaque. Ils faisaient partie du Blood-Group 40.
Le vendredi soir à 19 h 07 j’ai fait la conduite au cimetière, avec seulement les porteurs et M. le Maire, car les autorités allemandes ont voulu qu’il n’y ait aucune manifestation. En cours de route j’ai récité les vêpres des morts et j’ai chanté le libéra au cimetière. Justement il se trouvait que deux jours après, le 2 juillet, c’était la fête patronale à Feigneux, et donc le lendemain 3 juillet il y avait une messe de requiem, comme de coutume pour les défunts de la paroisse, et j’ai eu une attention spéciale pour ces sept canadiens. Une population très nombreuse assistait ; à cette cérémonie
 ».

Les cercueils des aviateurs devant le mur du « Poste » à Feigneux.
Ce local servait de prison au XIXe pour enfermer les mendiants. Les corps de l’équipage y furent placés la nuit du 29 juin avant la mise en bière


L’abbé Henriot lors de la bénédiction. Madame Huraux se tient en retrait.
Cette photo montre que si, conformément à l’interdiction des autorités allemandes, les habitants ne suivirent pas le cortège funèbre ils se regroupèrent en revanche au cimetière.


Les sapeurs-pompiers rendent les honneurs aux aviateurs
dans le cimetière de Feigneux après la guerre.
Les croix de bois n’ont pas encore été remplacées par les stèles du Commonwealth.


Fleurissement des tombes le 8 mai 1994. Ce même jour s’est tenue une exposition à la mairie.


Plaque apposée à l’entrée du cimetière par l’association FENI’VAL

Sources :

Jean-Claude Huraux, fils de Madame Elisabeth Huraux
Jean Létrillard
André Carrier
Daniel Gibert, président de FENI’VAL
(Sauvegarde du patrimoine historique, culturel, naturel et esthétique à Feigneux )

© Marc Pilot – Oise 39 – 45, juillet 2009 / Picardie 39 – 45, août 2013


 

Captain Blakeney, 117th IR

Capitaine BLAKENEY Charles S.

112th Infantry Regiment, 28th Infantry Division

 

Presque deux mois et demi s’étaient écoulés depuis que son épouse avait reçut la nouvelle de sa blessure. C’était le week-end de Thanksgiving, il se passait chez des cousins dans le Massachusetts. Les voisins téléphonèrent, ils avaient réceptionné un télégramme et demandaient s’ils devaient l’ouvrir. On les en pria et ils lurent : «  le Capitaine Blakeney est mort le 2 septembre 1944. »

 

Sa fille, Ruth White, a soutenu une thèse sur les aumôniers militaires en 1983. Elle y évoque la disparition de son père : citoyen canadien, pasteur d’un petit village du New Hampshire qui ne devait pas être incorporé en raison de son âge (37 ans en 1943) et de sa santé. Mais il était volontaire et on manquait d’aumôniers…

« Dans la forêt de Compiègne le régiment de mon père tomba sur des tireurs embusqués en arrière-garde. Quelques hommes furent touchés et l’on appela l’aumônier. Alors qu’il se rendait au chevet des blesses mon père reçut une balle dans le ventre. Les premiers médecins qui vinrent lui porter secours furent tous tués par les mêmes tireurs.
Il fallut un certain temps avant que Jim Sullivan, l’assistant de mon père, puisse le conduire au poste de secours. Il déclara que mon père était conscient et réalisait qu’il était gravement touché. Jim ne l’a jamais revu mais il sait que mon père à été transporté à l’hôpital de campagne 1. Plus tard une lettre de l’hôpital nous informa de ce qui lui était arrivé mais ce fut bien après quand les informations n’étaient plus censurées.
 »

Le Capitaine Minch, un officier dentaire et l’un des plus proches amis de mon père raconta à ma mère que « les Allemands se cachaient dans les bois et protégeaient un dépôt de munitions. Le détachement de Charles tenta de les déloger. Le poste de secours se déplaça vers l’avant. Charlie et deux autres médecins arrivèrent pour soigner les blessés. Quelqu’un s’écria « à terre ! » mais il était trop tard. Il fut blessé au ventre et les homes vinrent à son secours. Charlie et un autre furent blessés, le reste fut tué. Charlie a été proposé pour la Silver Star. »
L’aumônier Madden qui était à l’hôpital de campagne se souvient que « l’aumônier Blakeney fut admis le 1er septembre vers 16H30. « Quand je le vis il était somnolent à cause de la morphine qu’on lui avait administrée contre la douleur. Je lui parlais de la confiance que j’avais en l’équipe chirurgicale et il était convaincu qu’ils feraient de leur mieux mais il réalisait qu’il pouvait également mourir. Il avait été blessé par du petit calibre. La balle qui l’avait touché avait traverse la région abdominale. Il n’a jamais repris conscience après l’opération et il mourut le 2 septembre vers 14H00. Je lui avais parlé à de nombreuses reprises au cours de la nuit et du matin suivant. Il était calme la plupart du temps et quand il s’exprimait c’était au sujet de sa famille et de son désir de rentrer chez lui.  »

 

L’historique de la Compagnie de Commandement ne donne guère d’autres renseignements : « Le 1er septembre nous étions déjà bien avancés vers Compiègne que l’on atteignit à l’aube. On débarqua des camions et marcha à travers la ville où l’on rencontra les habitants qui étaient sortis de leurs abris pour voir ce qui se passait. Quand ils découvrirent que les Américains étaient arrivés, ils manifestèrent leur joie de nous voir et nous offrirent du café, des biscuits, des pommes… Nous suivîmes la route dans la forêt au-delà de la ville où nous nous heurtâmes à quelque résistance. Notre aumônier, le Capitaine Charles S. Blakeney fut blessé et dût être évacué. Finalement l’ennemi se replia et nous restâmes où nous étions en attendant de nouveaux ordres. Le soldat Jose Mangini 2fut tué sur une position antichar. »

Robert F. Flynn
2nd Lt., H.Q Company, 112th Inf.

Sources :

http://www.indianamilitary.org/28TH/Diaries/CharlesBlakeney/CharlesBlakeney.htm

HQ COMPANY : a WW2 Unit History by Lt. Robert « Bud » Flynn of the 112th Infantry Regiment, 28th Division

 

© Marc Pilot – Oise 39 – 45, février 2008 / Picardie 39 – 45, août 2013

Artillerie Regiment 194

 10. Batterie

 

Ce régiment comprenait trois batteries légères et une batterie lourde, c’est à cette dernière qu’appartenait le témoin : Heinz REICHENBACH. Le récit qui suit est essentiellement tiré de son carnet de route (lettre du 30 mars 1994).

9 juin 1940

La 10e Batterie se dirigea vers le sud en direction de Catigny et Lagny en laissant le village de Campagne sur sa gauche. Là on apprit que l’ennemi s’était retiré de 30 km au cours de la nuit dernière.

Au cours de notre progression on découvrit les traces des durs combats de la veille. Partout, dans les jardins, dans les rues et les chemins on voyait des soldats et des bêtes tués qui se décomposaient très vite à cause de la chaleur estivale. Une batterie française lourdement chargée avait été prise pour cible par notre artillerie en cours de route et avait été détruite. Les chevaux gisaient dans les harnais. Les pièces étaient en partie détruites.

Notre marche se poursuivit sans encombre par Suzoy, Ville, Passel, la Divette, Chiry, Ribécourt en direction de Béthancourt. A cause d’une coupure de la route on fit demi-tour en direction de Machemont et Mélicoq pour rejoindre la route principale. On l’atteignit à hauteur de Thourotte et l’on se dirigea vers Longueuil-Annel. On obliqua à droite vers Giraumont. On cantonna peu avant cette localité et le bivouac fut installé dans un bois. La 10e Batterie devait prendre position près de Bienville au nord de Compiègne.

L’aviation française effectua des reconnaissances nocturnes et lança des bombes éclairantes sur tout le secteur
Dans le secteur au sud de la Divette entre Passel et Ribécourt on avait vu les traces de la déroute des troupes françaises. Les bas-côtés et la chaussée étaient jonchés de casques et d’équipements. Des barricades avaient été érigées à la hâte avec des charrettes remplies de pierres et des automobiles. Certaines particulièrement écoeurantes étaient faites de bétail tué, des vaches et des chevaux. Les animaux empilés gonflaient et éclataient avec la chaleur dégageant une odeur insupportable.

10 juin

Importants mouvements de troupes allemandes en direction de Compiègne. Dans la matinée le 10./AR 194 installa un poste d’obversation au Mont de César. La colline dans la forêt de Compiègne fut prise sous des les tirs nourris de l’artillerie française. Le commandant de notre IV.Abt / AR 194, Le Lieutenant-Colonel Matzke, y installa son PC et dirigea en personne les tirs sur des cibles précises dans Compiègne.

11 juin

On marcha des heures dans la forêt de Compiègne. Là aussi il y avait eu de durs combats la veille. Sur la large chaussée en béton je vis cinq tanks français détruits. Manifestement le commandement français avait tenté de stabiliser le front. Les services de santé allemands s’occupaient des tués et des blessés français. Dans la matinée le 10./AR 194 quitta Bienville pour Compiègne dont on s’était emparé la veille au soir.

La ville offrait un triste spectacle. Nous avons traversé la voie ferrée et vu la gare qui brûlait encore au milieu des ruines. Nos soldats et cheminots s’activaient déjà avec des civils aux travaux de déblaiements. Tous les pont sur l’Oise avaient sauté. On traversa sur un pont de bâteaux que nos pionniers avaient déjà lancé. On croisait toujours plus de groupes de prisonniers.

À Gilocourt on quitta le forêt et on se dirigea vers Béthancourt-en-Valois tout proche. La 10e Batterie prit la direction de Crépy pour s’installer sur de nouvelles positions. On ne tira pas de là. La batterie traversa Glaignes et Huleux et occupa une nouvelle position. Ce village était sous le feu nourri de l’artillerie française. Un violent orage accompagné de fortes pluies gêna l’avancée des travaux.

12 juin

Tôt le matin l’observatoire de la batterie fut établi au Mont Cornon. Vers midi changement de position pour Fresnoy-le-Luat. On se dirigea vers la sucrerie de Beaurain au sud

Dans l’après-midi toutes les batteries tirèrent sur Crépy-en-Valois.

Dans la soirée nous fûmes pris sous des tirs de contrebatterie si violents qu’il fallut déplacer le train de combat. Nos positions furent aussi touchées. Il fallut aussi se creuser des trous derrière le mur d’un parc pour se protéger des éclats tout en s’abritant de la pluie avec les toiles de tentes. Malgré l’intensité des tirs il n’y eu, Dieu soit loué, aucune perte

13 juin

Vers midi reprise de la progression vers l’est. Le IV.AR.194 qui avait soutenu une division voisine pendant deux jours rentra dans le giron de la 94 ID.

On traversa Duvy pour atteindre Crépy-en-Valois sévèrement bombardé. Sous un meilleur temps on traversa Levignen et on installa le bivouac pour la nuit à Boissy-Fresnoy.

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 – janvier 2012

224e Régiment Régional

224e Régiment Régional de Travailleurs


Parmi les régiments régionaux de travailleurs éparpillés sur le territoire, on en retrouve encore un dans l’Oise, attaché à la construction de la ligne Chauvineau – secteur 10. Basé à l’origine à Luzarches (Val d’Oise), on le retrouve à Chantilly. Pour preuve, cette lettre écrite par le soldat Louis Nowiak, du 2e bataillon, à sa chère Marguerite, un dimanche 19 novembre 1939. (Ndla : la lettre est recopiée telle quelle.)


« Dimanche soir
Ma chers Marguerite
Je viens de recevoir ta lettre la quel ma fait eu très grande plaisir de avoir de te nouvelles. Ma chérie je voudrais aller te voire mais tout le permission sont suprimé et surtout (?) (?) (?) pour le mieux viens me voire et jeudi suivant nous iront tout le deux voir (?) parsque je demande au mon officier la permission seulement pour cette semaine. Dont à toi ma chérie a décidée. Je espere que ta santé bonne comme moi. tout la semaine nes allez pas je été fortement grippé. Je suis plus au Chateau mais toujours pas très loin. si tu vient tu iras toujours chez la Concierge elle te indiqras oux je suit avec mes officiers.
Je fini mes quelque line et t embrassant de tout mon coeur comme t’aime.
Ton Louis
et a jamais si tu peux.


 

 

Ce courrier nous apprend que le régiment était logé au château de Chantilly ou aux abords (dans le parc ? dans les bois près du château ?). Il existe une plaque sur le monuments aux morts à Courteuil (près de Chantilly) évoquant le 224e RR.

 



Pour les détails du secteur 10 de la ligne Chauvineau auquel était rattaché le 224e RR voir cette page : http://lignechauvineau.free.fr/List…

 

© Picardie 1939 – 1945 – Frédéric Gondron – 2013

222e Régiment Régional

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Le 222e RRT fut employé au cours de l’automne 1939 à des travaux sur la ligne Chauvineau dans le secteur Betz – Macquelines – Antilly. Son activité peut être suivi grâce au JMO du secteur 6 http://lignechauvineau.free.fr/Journalmarche.htm

Il fit paraître un journal humoristique : La Gazelle, le 1er numéro date du 15 février 1940 et le dernier, le numéro 8 du 31 mai.

Son parcours est résumé dans l’ordre du jour qui suit, proclamé au moment de sa dissolution. Il est fait mention de soldats tombés à Gondreville, Cuvergnon et Nanteuil-le-Haudoin mais il n’existe aucune fiche concernant ces localités sur SGA.

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© Marc Pilot – Picardie 39 – 45, octobre 2013

7e DIC – Historique

LA 7e DIVISION D’INFANTERIE COLONIALE
DANS LA CAMPAGNE DE FRANCE (1939-1940

À partir du 1er Juin, la Division est en réserve de la VIIe Armée. Regroupée après sa relève entre Poix et Breteuil ses éléments font mouvement sur la région située entre Lassigny et Noyon. Les attaques sur Amiens, ont fort éprouvé les unités et la fatigue des hommes est encore très grande. Aussi l’arrivée du 4e R.I.C. est-elle bien accueillie. Ce beau régiment fera désormais partie de la Division. Au cours de l’hiver il avait été en Alsace avec la 4e D.I.C. Commandé par le Lieutenant-Colonel Jouannet, il vient de la réserve de l’Armée des Alpes et après un pénible voyage de trois jours et trois nuits en chemin de fer, débarque le 3 Juin à Ourscamps et Ribécourt. Il subit un bombardement au cours du déplacement qui suit son arrivée.

Derrière le Front de la Somme et du Canal Crozat, tenu par le 24e CA. (3e D.L.I. et 23e D.I.), la 7e D.I.C. reçoit pour mission de constituer une position en bretelle sur la rive ouest du Canal du nord et l’Oise de Campagne à Ribécourt face au nord-est, elle doit en outre aménager la forêt de Carlepont au sud de Pontoise-les-Noyon. Le 4 Juin le dispositif réalisé est le suivant :
- Le Sous-Secteur du 7e R.I.C. va de la hauteur de Campagne à gauche à Porquericourt inclus.
- Le Sous-Secteur du 33e R.I.C.M.S. (centre) va de ce village à Chiry-Ourscamps (exclus).
- Le Sous-Secteur du 57e R.I.C.M.S. comprend cette agglomération et s’étend jusqu’à Ribécourt. Il a relevé le 52e B.M.M. de ce village à Pont-1’Evêque.
Sur ce nouveau terrain, la 7e D.I.C. essaie de s’organiser rapidement. Les Officiers effectuent leurs reconnaissances. Les travaux de campagne sont poursuivis. Le Génie prépare les destructions dont les dispositifs seront achevés le lendemain, les colonels commandant les Sous-Secteurs recevant délégation des mises de feux.

L’activité aérienne adverse est intense. Les appareils de reconnaissance s’efforcent sans arrêt de déterminer nos mouvements et nos installations, les bombardiers continuent sans cesse les harcèlements ; le 4e R.I.C. est pris à partie .dans son mouvement sur Lassigny.

 

LES COMBATS DU CANAL DU NORD

Au matin du 5 juin, le dispositif d’ensemble est le suivant : la 49e D.I. est à gauche de la 7e D.I.C., devant laquelle se trouve, en première ligne, la 23e D.I. Sur l’Oise la liaison à droite est réalisée avec le G.R.C.A.25, lui-même voisin de gauche de la 87e D.I.A. A partir de 4 h. 30, de violents bombardements sur tout l’arrière se déchaînent, accompagnement lointain de l’offensive qui se déclenche sur tout le front du 24e C.A. L’ennemi passe l’Oise à Abbecourt, traverse le canal de l’Ailette et essaie de s’infiltrer. L’alerte est donnée aux régiments dont les éléments au travail occupent leurs emplacements de combat. Le G.R.D. reçoit une mission de protection contre les parachutistes et les attaques éventuelles sur le terrain de la Potière. Il doit aussi barrer la route Fresnières-Lassigny. Le 4e R.I.C. qui devait relever le 33e est maintenu en réserve de Division (Lassigny, Thiescourt, Orval). A midi, le Q.G. du Corps d’Armée est fortement bombardé. Devant la gravité de la situation la Division passe à la disposition du 24e C.A. (13 heures 30).

L’effort ennemi s’accroît au cours de la journée. Malgré la résistance acharnée de la 87e D.I. l’adversaire progresse sur la rive gauche de l’Oise. Et, sur la rive droite, la 23e D.I. est sérieusement attaquée, son Q.G. doit se replier sur Beaurains derrière le canal du Nord. Dans la soirée, l’Allemand atteint Pontoise-les-Noyon.

La nuit du 5 au 6 juin est relativement plus calme, mais l’offensive ennemie reprend avec le jour. Les blindés menacent Roye (29e D.I.). Les positions de la 7e D.I.C. sont traversées par les éléments des divisions de première ligne qui se replient et elles subissent de nombreux bombardements. La Division prête main-forte aux voisins. Le G.R.D. est mis à la disposition du Général Arlabosse (11e D.I.) pour la défense de l’Oise de Compiègne à Ribécourt.

Un bataillon du 4e doit relever les éléments du G.R.D. du terrain de la Potière. Le IIe Bataillon (Commandant Paing) est prêté au. Général Jeannel (23e D.I.). Poussé vers Porquericourt, les délais de transmission et de transport le mettent un peu en retard. À 16 heures, avec l’appui des chars, il contre-attaque en direction de Morlincourt, La poche ennemie est détruite, à l’exception des éléments de ce village qui résistent avec acharnement.
Cependant devant la pression ennemie qui s’accentue le 33e reçoit l’ordre de faire sauter les ponts du canal. La proximité de l’Allemand permet au 32e R.A.C d’effectuer des tirs. Ceux de la 6e batterie en particulier obtiennent plein succès.
La situation s’aggrave dans la journée du 7 juin. Les panzer atteignent Champien. La 7e D.I.C. reçoit l’ordre de maintenir l’intégrité de sa position afin d’assurer l’écoulement de la 23e D.I. et de la 3e D.L.I. (Général Duchemin). Sur la rive gauche de l’Oise la 87e D.I. est retirée du front, couverte par les 16e et 77e G.R.D. Toutes les opérations se déroulent soins l’intense activité aérienne habituelle. Par centaines, les appareils allemands attaquent à la bombe et à la mitrailleuse, mais les tirailleurs commencent à s’accoutumer à ce fracas du ciel et la surprise ne joue plus comme au début. L’infanterie adverse borde progressivement le canal. À 7 heures elle est à Porquericourt devant le 33e et devant Sermaize tenu par la 11e Compagnie du 7e R.I.C. Ce régiment doit tenir jusqu’à la dernière minute le pont de Catigny, par où s’écoulent les colonnes de la 23e D.I.

À 9 heures une attaque se déclenche sur Vauchelles occupé par le II/33e. Elle est stoppée par les feux intenses de nos armes automatiques et les tirs violents de nos 75 d’appui direct. Après deux cents cinquante-trois coups tirés sans arrêt, une pièce éclate à la 6e batterie. Mais l’ennemi éprouve des pertes extrêmement sévères. I1 s’infiltre cependant aux abords nord et sud de Noyon.

Un peu plus au nord, à 17 heures, une action se déclenche sur Beaurains (III/7e R.I.C.). Le Lieutenant Tournier contre-attaque immédiatement après avoir fait sauter le pont, il ramasse des prisonniers et des armes. À la tombée de la nuit le sous-lieutenant Morens du même bataillon nettoie les boqueteaux est de Porquericourt des éléments ennemis qui s’y étaient infiltrés. Afin d’éviter les surprises possibles le commandement donne l’ordre de faire sauter tes ponts de l’Oise : à 4 heures ceux en amont de Ribécourt et à 19 heures 30 celui de Thourotte sont détruits.

Le IIe Bataillon du 4e R.I.C. combat magnifiquement, couvrant le mouvement de la 23e D.I. Il arrête l’ennemi à Salency. Durement accroché dans les fermes de Happlincourt, il s’y défend durant deux heures en une lutte désespérée à la grenade et à courte distance. Enfin pour assurer à son tour le repli du Bataillon la section de mitrailleuses du Lieutenant Debray se sacrifie, elle épuise ses munitions. L’ennemi, ne pouvant l’aborder de front, l’encercle. Elle ne rejoindra pas le IIe Bataillon qui pourra se reformer à Thiescourt dans l’après-midi. Le Ier Bataillon du 4e R.I.C. avait été chargé d’assurer la liaison avec la 47e D.I. et de couvrir la gauche du secteur.

Au cours de la nuit, les derniers détachements de la 3e D.L.I. et de la 23e D.I. décrochent. Les routes sont très encombrées, il n’y a pratiquement pas de régulation. L’ennemi se masse dans Noyon et sa pesée s’accroît sur la 87e D.I.A. De même devant le 7e R.I.C. des formations se rassemblent. Des motocyclistes attaquent le pont de Sermaize le 8 juin à 4 heures, ils sont repoussés. Le Lieutenant Graciés fait jouer la destruction. A 6 heures, la 6e Compagnie (Lieutenant Vigneau) met en échec des cyclistes auxquels il fait des prisonniers. A 7 heures des formations serrées ennemies débouchent des bois nord-est de Catigny, les feux nourris de nos points d’appui les arrêtent, mais à 10 heures le Lieutenant Dumez fait sauter le pont de Catigny.

Tenace, l’Allemand étend son action jusqu’à Ecuvilly. À cinq reprises il est repoussé par les tirs violents du Groupement Pierrot d’artillerie d’appui direct.

Les autres groupements effectuent des concentrations sur les chars ennemis vers Tarlefesse et Crisolles malgré les bombardements aériens continuels. Devant le 33e l’ennemi s’est heurté à une résistance extrêmement tenace. Dans les quartiers de Suzoy et du Mont-Renaud, deux contre-attaques menées avec brio débloquent deux points d’appui encerclés et les Allemands éprouvent des pertes sérieuses. Quant aux éléments du 57e ils doivent être relevés par la 23e D.I.

 

LE REPLI SUR L’OISE

En effet le repli de la 7e D.I.C. a été décidé « in-extremis » sur l’initiative du Général Noiret dans l’esprit des directives qu’il a reçues et à l’intérieur du 24e C.A. elle va effectuer une manœuvre très délicate : après avoir défendu le canal de l’Oise face à l’est, elle doit se rétablir sur l’Oise de Verberie inclus à Compiègne (exclu), sur la rive gauche, face à l’ouest.

Ces ordres sont diffusés vers 24 heures. Les éléments non indispensables au combat sont dirigés sur Montlognon, près de Senlis et les bois au sud. Les unités au contact décrocheront avec l’appui du Ier Bataillon de chars et sous la couverture de la 23e D.I., qui barre la vallée de l’Oise de Compiègne à Choisy-an-Bac. Le Quartier Général s’installe au château de la Brévière au milieu de la forêt de Compiègne.

La journée du 9 juin se déroule sous un ciel clair, il fait un temps splendide et très chaud, le soleil semble insulter à nos difficultés. Les routes sont encombrées, embouteillées, soumises aux incessantes attaques aériennes.

Face au nord-ouest le G.R.D, protège la manœuvre. Le décrochage de son premier échelon nord (Ricquebourg, château de Séchelles) se passe à peu près normalement. Le deuxième échelon (Bayencourt, Bois de Ressons) est plus difficile. Le contact est pris, puis rompu à 12 heures 30. L’ennemi réussit à accrocher au carrefour de Monchy-Humières le G.R.D. qui ne peut se dégager que grâce à l’appui des chars. Malheureusement les éléments du 7e R.I.C. ont moins de chance. Dans ce terrain très coupé du nord de la Matz, le IIe Bataillon (Commandant Chatillon) est accroché à Mareuil-la-Motte ainsi qu’une partie du IIIe (Commandant Musso).

La 3e Compagnie du 4e R.I.C. en arrivant à Mareuil-la-Motte est accueillie par de violents tirs d’armes automatiques et éprouve des pertes. Son chef, le Capitaine Boulanger est tué. Le Commandant Chatillon du IIe Bataillon du 7e accourt accompagné de l’Aspirant Organini. Le Sergent Niel prend une pièce de mitrailleuse dont les servants viennent d’être tués, il engage avec l’ennemi un duel serré où son tir précis lui donne l’avantage. La section Bayle aborde aussi le village, met en batterie ses pièces, nettoie la rue et appuie la progression de la 3e Compagnie.

La moitié de la Compagnie Crez s’installe défensivement pour permettre le passage aux autres unités. Le II/7e peut ainsi gagner les bois à l’est de Mareuil. Mais l’ennemi encercle bientôt le village, après un furieux combat et l’épuisement de ses moyens, à 15 heures 30 le détachement Bayle-Crez est fait prisonnier.

Le Commandant Chatillon blessé dirige dans les bois au sud du village le feu d’un groupe de mitrailleuses qui interdit à l’ennemi le débouché de Mareuil jusqu’à 17 heures. Ce combat d’arrière-garde a coûté dix-sept morts et soixante blessés au IIe Bataillon. Les restes de cette unité se divisent en deux colonnes. Elles tombent entre les mains de l’ennemi l’une près de Braisnes, l’autre à Antheuil, toutes deux après épuisement de leurs munitions. Grâce à ces sacrifices les autres unités peuvent atteindre l’Oise. Le 33e et le 57e passent l’Oise à Croix- Saint-Ouen, ainsi que des éléments du 32e R.A.C. Les régiments d’infanterie perdront toutefois une partie du matériel lourd, quelques unités ayant été isolées sur la rive gauche par la destruction des ponts, ce qui diminuera leur capacité de résistance.

À 18 heures le G.R.D. traverse la rivière de Verberie. Ce passage important étant occupé depuis le 8 au soir par une Compagnie de voltigeurs et des engins du 94e R.I. commandés par le Chef de Bataillon Bel qui avait pris aussi sous ses ordres les éléments du 21e Régiment Régional se trouvant là.

À 19 heures quelques automitrailleuses viennent prendre le contact. À 20 heures 15 la poussée plus forte s’exerce sur le barrage de Port-Salut. Le Sous-Lieutenant Demey du 94e R.I. et sa section se défendent héroïquement. Finalement pour arrêter les blindés ils mettent le feu à une barricade de bottes de paille. Le lendemain on retrouvera les carcasses de quatre engins ennemis calcinés. Mais l’ennemi écrase la petite section dont le chef a été tué.À 21 heures 45 le Commandant Bel fait sauter le pont. Les éléments de la colonne ouest : 7e et 4e R.I.C., III/32e R.A.C. n’étaient pas encore passés. Ils peuvent néanmoins emprunter le pont du chemin de fer au prix de l’abandon de leurs voitures.

 

VERBERIE

La plupart des éléments de la Division ont parcouru une étape de 50 kilomètres dans des conditions très pénibles. Leur fatigue est extrême.
La défense de l’Oise est assurée de la façon suivante :
- sous-secteur sud de Compiègne : 57e R.I.C.M.S.
- sous-secteur Croix Saint-Ouen : 4e R.I.C.
- sous-secteur Verberie : 7e R.I.C.
- en réserve à Saint-Jean-aux-Bois : 33e R.I.C.M.S.
- des groupements mixtes de 75 et de 155 sont en appui des sous-secteurs.

Le 10 juin à 9 heures, sous la pression adverse, le pont de Croix-Saint-Ouen saute. L’ennemi qui attaque dans cette direction vers 15 heures est repoussé. Mais à 16 heures parviennent les ordres de repli, le 57e R.I.C.M.S, devant occuper des positions entre Rhuis et Verberie. Seule la 3e Compagnie pourra gagner ses emplacements. Le 2e Bataillon, en cours de mouvement, reçoit à hauteur de Verberie l’ordre de repli sur la position de Baron-Versigny, et exécute cet ordre immédiatement.

À 5 heures, le Commandant Musso installe son P.C. à Verberie (station du chemin de fer). À sa disposition se trouve le Lieutenant Smagghe du 52e B.M.M. qui prend le commandement du point d’appui du pont des Ageux et divers éléments du G.R.C.A.25. Le Groupement Padovani, appui d’artillerie au nord du pont, protège le flanc droit du Quartier.

L’action ennemie commence bientôt.À 7 heures des motocyclistes et une trentaine de véhicules se présentent. Le Commandant qui se trouve là les fait prendre sous le feu de la section de mitrailleuses Smagghe. À 7 heures 30 un détachement allemand tente de passer, il est mis en échec, mais riposte par un tir de Minenwerfer.

Heureusement, à 8 heures 30, le détachement Laurendeau rejoint, formé de quatre sections, des 9e et 10e Compagnies du 7e R.I.C. L’ennemi continue à harceler le pont avec ses tirs de mortiers et de 105, puis, après une courte et violente préparation d’artillerie, i1 lance à 10 heures une nouvelle attaque. Mais il est immédiatement refoulé avec des pertes importantes. Le Lieutenant donne l’ordre de destruction du pont. Le Sergent du Génie, qui en est chargé, tombe frappé d’une balle en plein cœur aux côtés de son Aspirant qui continue son travail avec la plus belle abnégation.

Vers midi, l’accalmie permet réorganisation et ravitaillement. Cela ne dure pas longtemps. L’allemand a réussi à s’infiltrer en direction de Moru et aurait atteint Roberval. Le Commandant Bel envoie immédiatement la section de Villiers du 94e R.I. Celle-ci contre-attaque vigoureusement, met en fuite deux cents soldats ennemis, libère une de nos batteries et réoccupe le village. Dans l’ignorance de ce succès, la dernière section de réserve est envoyée vers Roberval. Un nouvel et puissant effort ennemi oblige la section de Villiers à se replier sur Verberie. Au nord l’adversaire s’acharne encore, à 15 heures, après une puissante préparation d’artillerie, il essaie de passer sur les restes du Pont des Ageux et à l’aide d’embarcations l’action va jusqu’au corps à corps, et se solde par un échec pour l’ennemi. Celui-ci attaque alors plus au nord, à 17 heures sur le front du I/7e RIC réussit. Le flanc droit du IIe Bataillon est menacé directement, le Commandant Musso organise rapidement uni point d’appui au passage à niveau. Et à 17 heures 30 ce point d’appui est attaqué à son tour tandis qu’une action en conjugaison avec la première se déclenche sur le pont. Le Lieutenant Laurendeau est tué.

Jusqu’à 21 heures l’ennemi est contenu avec l’aide d’une section de mitrailleuses du I/7e. Le Groupement Padovani se tait. Les munitions s’épuisent. À 21 heures 45 la garnison du passage à niveau est prise, mais la batterie d’appui du 32e R.A.C. a pu se replier. Les restes du IIIe Bataillon, le Colonel Boivin qui avait organisé la résistance, sont pris au cours de la retraite qui suivit le repli, fixé à 21 heures.

Vers 19 heures la pression ennemie se fait plus forte sur Verberie et le Château, venant de la direction de l’ouest. Le Lieutenant-Colonel Lesage du G.R.C.A.25, mis au courant, fait envoyer des chars R.35. L’ennemi stoppé par les feux d’infanterie est alors repoussé au-delà de la ferme de Saint-Corneil.

La 3e Compagnie du 57e R.I.C.M.S. avait réussi malgré un barrage d’artillerie à s’installer dans Verberie.
La nuit est assez tranquille, de timides tentatives ennemies sont mises en échec. Dans l’obscurité, un peu dans toutes les directions éclatent les lueurs des fusées allemandes.

La lutte reprend le 11 juin au matin, elle durera encore quelques heures. À 4 heures l’ordre est donné aux éléments qui s’y trouvent encore de se replier sur les hauteurs sud du village, sous la protection des motocyclistes du G.R.C.A. L’ennemi est déjà en place sur ces collines. Un vif combat s’engage, les hommes utilisent les fossés de la route de Senlis. En trois heures 1.500 mètres sont ainsi parcourus pas à pas. Un motocycliste fonce sur la route, surprend l’ennemi et passe. Mais derrière lui, ses huit camarades qui ne peuvent plus profiter de l’effet de surprise, sont abattus les uns après les antres. La journée a été dure. Beaucoup ne sont pas revenus, leur héroïsme toutefois a permis au premier chef les mouvements de la plus grande partie de la Division. Ceux-ci ont été couverts au nord-est par le G.R.D, et une partie de la B.D.A.C. et au nord-ouest par le G.R.C.A.25.

Le 7e R.I.C. réduit à son Ier Bataillon, le 57e R.I.C.M.S. et le 4e R.I.C. à pied gagnent la position organisée à l’avance, dite du Gouvernement militaire de Paris, l’idée de résister sur l’Automne qui avait été envisagée un moment ayant été abandonnée, le 33e immédiatement disponible est envoyé en premier échelon. Seule une partie peut être enlevée en camions, le reste doit suivre à pied, portant à dos mitrailleuses et mortiers à travers les routes toujours embouteillées et où ne s’exerce aucune régulation. L’ordre du Corps d’Armée de poursuivre la retraite jusqu’à la position du G.M.P. est donné en cours de mouvement.

C’est au cours de cette pénible marche qu’eut lieu le combat de Rully.

 

 

(11 Juin 1940)

RULLY

Ce combat n’est qu’un épisode de la longue retraite, mais un épisode éclatant qui montre clairement tout ce qu’on aurait pu attendre des combattants de 1940 et plus spécialement des tirailleurs si leurs moyens matériels avaient été équivalents à ceux de l’ennemi. Obligée, à cause des avions, de marcher a travers les champs de blé une colonne du 33e R.I.C.M.S. comprenant la C.A.3, les 10e et 9e Compagnies approche de Rully, elle est prise à partie par des mitraillettes et des minen. Malgré quelques pertes la progression continue. La 9e Compagnie reçoit l’ordre de faire face au village et de faire taire les résistances ennemies qui ont été repérées. Après un court répit, le feu adverse reprend. Le Lieutenant Amadou Fall donne ses ordres : deux sections doivent marcher sur le village tandis que les deux autres appuieront de leurs feux. Malgré l’épuisement, les tirailleurs sont prêts, sentant l’Allemand non loin d’eux, ils ont hâte de se venger. Au milieu du crépitement des F.M. et dans le tumulte des cris de guerre ils se lancent à l’assaut : un combat rapide et farouche se déroule. L’ennemi s’est tu. A coups de grenades et de coupe-coupe, c’est alors le nettoyage des maisons. Une mitraillette au clocher : le sergent Vibert épaule son F.M. et lance quelques rafales, elle ne riposte plus.

La section Guigon est contre-attaquée par les éléments boches qui ont essayé de tourner le village par le sud-ouest. Elle leur fait face. Le Lieutenant est tué, mais l’ennemi est mis en échec.

Le combat a duré deux heures. La Compagnie quitte Rully en bon ordre, sous la protection d’une section qui stoppe l’Allemand, réveillé de sa surprise et qui voudrait poursuivre avec des renforts. Trop tard !

 

BARON VERSIGNY

Le Quartier Général s’installe le 17 juin a Montgé, puis à Eve. Bien que l’ennemi ne soit pas très mordant les avant-postes du G.R.D. ne peuvent être mis en place. Mais, dans l’après-midi, le III/33e abat de nombreux motocyclistes qui viennent buter dans les barricades de Baron et fait des prisonniers. Les unités s’installent suivant un dispositif assez profond, entre la 47e et la 11e D.I, Le 57e à l’est, le 33e à l’ouest ont leurs premiers bataillons en deuxième ligne. Derrière eux se trouvent respectivement : 52e B.M.M., 7e R.I.C. et I/4e R.I.C. Le I/32e R.A.C. est en appui direct du sous-secteur est, les II et III/321e formant l’appui du sous-secteur ouest. Le 232e R.A.L.C, (action d’ensemble) n’a plus que 19 coups par pièce. Le 32e appuie efficacement par ses feux violents l’action du, 26e R.Ide la division voisine qui, à l’est, reprend le bois de Rozières.

À Rozières, les 2 et 3e Bataillons du 4e R.I.C. supportent le choc allemand jusqu’à épuisement des munitions. Le Commandant Le Cam est tué et la moitié du 3″ Bataillon faite prisonnière. Le 2e Bataillon, ravitaillé par le 26e R.I reprend le village après un dur combat ; il est relevé à la nuit par un régiment de la 11e D.I.

La nuit du 11 au 12 juin est calme, troublée seulement par quelques tirs de harcèlement. Tandis que la matinée se passe pour les 57e et 33e à parfaire leurs organisations, à rechercher les liaisons, remettre de l’ordre dans les unités, l’ennemi effectue ses tirs de réglage. A 14 heures 30, après une violente préparation d’artillerie, accompagnée de bombardement et de mitraillages aériens, l’attaque violente est lancée sur tout le front.

Après le vacarme des avions volant bas, les obus fumigènes aveuglent nos observatoires et désorganisent nos feux. Une partie de l’artillerie a subi des changements de dernière heure, les liaisons téléphoniques ont été très souvent coupées, aussi l’appui n’en est-il pas ce qu’il aurait dû être.

À 17 heures 45, après une courte accalmie l’attaque reprend. Le 33e maintient son front, les Allemands sont repousses par les feux violents des mitrailleuses mais, sur la droite du 57e, des infiltrations se produisent. L’appui de nos canons est devant le IIe Bataillon moins serré, l’effort ennemi plus considérable : le bataillon perdra ce jour-là 4 Officiers, 183 hommes ou sous-officiers. La réserve contre-attaque et rétablit temporairement la situation.

Publié dans la revue des Troupes Coloniales, février 1947

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 -juin 2012