61e BCP (11e DI), Sous-lieutenant Désérable

COURTE RELATION SUR LES COMBATS D’ORMOY-VILLERS

Sous-lieutenant DÉSÉRABLE, CA du 61e BCP


1/ Les lieux

Ormoy-Villers est un village situé sur la Route de Paris à Crépy-en-Valois et bordé par la voie ferrée. Les combats dont je parlerai se sont déroulés entre Ormoy et Charbonnières sur la crête à peu près à mi-chemin entre ces deux villages aux environs du point que nous appellerons comme les militaires « la cote 132. »
Pour le profane qui descend en gare d’Ormoy, s’il veut atteindre cet endroit, il empruntera la route en direction de Paris pendant 800m environ trouvant sur sa droite un petit bois carré. Il en suivra la lisière nord jusqu’à la voie ferrée qu’il traversera, il empruntera le passage souterrain du pont de pierre et s’enfoncera sous le bois se dirigeant vers l’Ermitage, continuera de gravir le chemin sablonneux où l’on s’enfonce jusqu’aux chevilles et débouchera sur une vaste plaine.
Face au nord des champs s’étendent jusqu’à 600 ou 700 mètres puis des haies, des prairies coupées de haies avec quelques bouquets d’arbres. Trois km vers l’ouest le village de Rosières qui flambera pendant deux jours donnant dans la nuit une allure d’autodafé à cette agglomération, au nord-ouest et plus près de nous à 1200m environ un petit bois carré sur lequel une pièce de 81 ferra merveille. Au sud ce sont les bois interminables dans lesquels nous jouerons à cache-cache dans la matinée du 13. Au sud-ouest une lande coupée de haies de bruyères et de taillis, enfin à l’est le bois par lequel nous sommes arrivés et dans lequel nous allons nous installer. Ce bois est assez touffu, composé de haute et basse futaie, la visibilité ne dépasse jamais 20m. Je reparlerai de cet inconvénient au sujet des liaisons et des patrouilles que je fus obligé de faire.

2/ Le terrain et l’organisation défensive

Le terrain avait reçu une organisation défensive et portait je crois le nom un peu prétentieux de Secteur Fortifié de Paris, qu’il ne faut pas confondre avec l’ancien camp fortifié de Paris lequel avait dû être aussi aménagé si l’on en juge par les barrières que l’on avait construites aux portes même de Paris.

Depuis le village d’Ormoy jusqu’au remblai de la voie ferrée à 300 mètres au nord du pont de pierre cité plus haut, un fossé antichar avait été construit au cours de l’hiver, mal clayonné, il commençait à s’effriter et à se combler ; un autre fossé avait été creusé entre la cote 132 et le village de Charbonnières.

Entre ces deux fossés les bois formaient un obstacle que je considère comme de peu de valeur, ces fossés avaient été rendus « actifs » c’est-à-dire infranchissables par le truffement d’armes anti-chars : des canons de 25 sous petites casemates en béton que l’on avait camouflées en cabanes forestières ou en meules de paille et qui flanquaient les arêtes de ce fossé et se remarquaient comme le nez au milieu du visage.

Dès le premier jour du combat des bombes incendiaires réduisirent en cendres les camouflages des trois casemates situées entre la cote 132 et Charbonnières. Je ne sais e qu’il advint du personnel de ces petits ouvrages, toujours est-il qu’aucun coup de feu ne fut tiré de ces emplacements.

À l’intérieur du bois les layons étaient gardés par un certain nombre de canons de 25 dits « de secteur » et qui étaient venus renforcer les nôtres. A la lisière ouest du boqueteau de la cote 132 se trouvaient deux armes anti-chars : un canon de 25 sous petite casemate et un canon de 47 de marine avec parapet. J’emploie le mot un peu prétentieux de casemate car c’était une construction comprenant deux murs en béton et deux cloisons de sacs de terre, pas de porte et pas d’embrasure au créneau. A côté des armes anti-chars, des emplacements d’armes automatiques avaient été aménagés. Ils étaient numérotés et répondaient à une place de feu qui avait dû être étudiée, il n’appartient pas à un lieutenant d’en discuter la valeur. L’ensemble formait une certaine protection.

Le système défensif à en juger par les « trous » non terminés dut subir comme tant d’autres de nombreuses transformations. Ces petits ouvrages répondaient à une idée tactique et on paraissait avoir mis en eux l’espoir d’arrêter l’envahisseur. Les emplacements isolés les uns des autres et non reliés par des boyaux, n’ayant aucune liaison, ne pouvaient être commandés que par le chef de bloc qui était presque toujours, vu le faible effectif, un sous-officier. Qu’un bombardement de plusieurs heures vienne coiffer la position, le personnel aura le sentiment que sous le feu tous ont abandonné le terrain ; sans contact avec ses chefs s’il n’est pas suffisamment aguerri, il sera pris de panique et abandonnera la position. C’est ce qui a dû se passer pour les trois blocs situés entre la cote 132 et Charbonnières. Le réseau était inexistant, ça et là quelques mètres de fil de fer tendu comme une clôture de pâture sur 10 ou 20 mètres formaient une barrière morale aux abords des emplacements.

Le terrain avait été organisé par des unités qui stationnaient à Ormoy depuis de longs mois mais les travaux n’étaient guère avancés. Manque de matériel, insuffisance du personnel, confusion dans le plan d’exécution ou plus simplement la psychologie du fait que les travailleurs avaient la certitude, comme d’ailleurs tous les Français, que ce qu’ils faisaient était peine perdue et pendant les mois de calme le travail avait dû avoir le rythme du petit boulot.

3/ Le personnel

Les pionniers partirent des lieux le 11 juin au matin pour nous laisser la place toute chaude. Cette place n’était d’ailleurs pas vide. Des éléments disparates l’occupaient partiellement depuis une quinzaine de jours : 7 cavaliers d’un dépôt en instance de réforme avaient mission de servir un canon de 25 dont ils ignoraient tout, 3 marins de la 2e réserve de la région parisienne étaient affectés au canon de 47, ce canon tira un coup sur une meule de paille derrière laquelle s’étaient réfugiés quelques ennemis et la manqua.

Deux autres petites unités d’infanterie étaient rassemblées sur cette cote 132. Je veux parler d’une section de mitrailleurs du 285e RI, une vingtaine de pauvres diables sans beaucoup d’instruction, dépourvus de tout entraînement au feu. Enfin une section de voltigeurs d’un groupement nord africain commandée par l’aspirant Julien. Son chef mis à part on peut dire que c’était une troupe inégale, un peu ridicule si indulgent qu’on veuille être. Elle comprenait des éléments très divers : africains, traînards ou farceurs qui n’ont fait d’autre chose dans la bagarre que de se terrer ou de se sauver. Ils étaient arrivés là au moment où l’ennemi avait atteint la Somme et on avait vidé les dépôts de l’arrière pour construire à la hâte quelques bouchons pour arrêter les éventuelles incursions d’éléments légers motorisés que l’on comptait ainsi vouer à la destruction suivant une formule souvent entendue. Tel est le terrain qu’une compagnie du 61e BCP avait mission de défendre et les combattants auxquels nous allions prêter main forte.

La journée du 11 juin 1940

Le 61e BCP était installé la veille sur la rive sud de l’Aisne aux abords du pont du Francport. Le 1à juin à 14 heures le bataillon reçoit l’ordre de décrocher immédiatement. Le point de rassemblement était situé près du carrefour de l’Armistice et nous nous mettons immédiatement en marche vers le sud. Nous avons marché à travers les chemins de la forêt de Compiègne dans un ordre parfait. De temps en temps des avions forçaient la colonne à se disperser sous les couverts avoisinants et aussitôt la marche reprenait guidée en hâte par Weil dont l’éloge n’est pas à faire.

L’ennemi avait depuis deux jours passé l’Aisne quelques km en avant de Compiègne et fonçait en direction de Crépy-en-Valois que ses avant-gardes occupaient déjà. D’autre part une autre colonne ennemie avait traversé l’Oise en amont du confluent Oise-Aisne et il avançait en direction de Paris. Nous allions être pris dans une tenaille dont les deux pinces allaient se raccorder à Crépy et qui n’étaient que le 11 au petit matin qu’à 6 ou 7 km de distance. Il s’agissait pour le commandement français de faire passer les troupes dans cet étranglement en l’espace d’une nuit et il n’y avait qu’une toute petite route passant par Duvy et Ormoy-Villers.

Décrire l’enchevêtrement des colonnes d’artillerie, des combattants à pied, des véhicules de toute sorte serait peine perdue et ce devait être peu de chose à côté des colonnes de réfugiés. Les hommes de toute nature et de toute unité se mélangeaient mais fidèle comme un chien à son maître je suivais Weil entraînant derrière moi mes mitrailleuses et les engins du Bataillon auquel s’était joint le mortier de la ½ Brigade.

Un peu avant d’arriver à Duvy vers 2H30 un tir de harcèlement arrose la route et fit accélérer le pas. Peu après je rencontrai le chef de bataillon qui me remit une carte et me donna le point de destination.

Le village de Duvy étant soumis à un tir d’artillerie efficace flambait en maints endroits. La traversée fut faite au pas de course et à la sortie ne retrouvant plus Weil qui avait dû prendre un autre chemin, je m’orientais et fonçais ayant plus de 400 hommes à me suivre en direction d’Ormoy. Je ne voulais pas perdre de temps ni me faire repérer car le jour était déjà levé.

J’arrivai à Ormoy à 7 heures, je trouvai le Commandant et BEGEL qui m’indiquèrent un emplacement de repos. C’était le petit bois à droite sur la route de Paris à 800m au sud du pays.
Arrivés là les conducteurs dételèrent, nous camouflons les voitures, les hommes mangèrent et se reposèrent. Je m’enroulai dans un couvre-pied et dormis 2 heures.

À 10 heures Marque (mon capitaine) vint me chercher et m’affecta à la 1ère Cie (Cap. MABIRE) et me dit d’aller reconnaître la cote 132. On sent que la journée va être décisive. Un brouillard noirâtre vient vers nous, nous enveloppe et s’épaissit, on entend tirer d’un peu partout. Des avions sillonnent le ciel, on ne les voit pas, et sur la route en direction de Paris les convois se succèdent sans arrêt, attelage au trot, plusieurs files d’autos de front.

GIORGI (mon mécanicien moto) trouve abandonné un side-car Gnome-Rhône 2 roues motrices en parfait état de marche, essence y compris et bourré de cigarettes anglaises et de lait condensé.

Accompagné de mes 2 chefs de groupe, nous partons à 4 sur ce side-car qui marche merveilleusement. J’arrive à l’endroit prescrit, donne des ordres aux deux chefs de groupe pour qu’ils reconnaissent le terrain et redescends au point de départ chercher la section. Mes 2 chefs de groupe n’ont pas l’air très rassurés de me voir descendre, le village de Charbonnière flambe et on entend des tirs d’armes automatiques devant nous et à notre gauche.

Le brouillard devient plus épais et plus noir, on ne sait s’il s’agit d’une attaque par gaz ou d’un rideau de fumée émis par les troupes françaises pour soustraire aux attaques aériennes les unités qui se replient et qui sont encore sur la route. On saura quelques jours plus tard que c’était des réservoirs d’essence que l’on avait incendiés.
Je retrouve ma section, fait décharger le matériel superflu, mon havresac y compris qui a dû être perdu là. Je préviens la Compagnie MABIRE, lui indique le chemin, rencontre Couturier et nous nous acheminons vers nos emplacements. Les hommes marchent gaiement bien que l’expédition n’ait pas l’air de leur sourire. Un seul s’est esquivé pendant que j’étais à la reconnaissance avec les chefs de groupe
Aussitôt arrivés sur les lieux les hommes creusent rapidement quelques éléments de tranchée qui seront bien utiles dans la soirée, mais surtout le lendemain. Quand le danger se fait sentir la terre se remue par enchantement.

J’ai 8 mitrailleuses, 1 F.M., 1 canon de 25 et 1 de 47 mais peu de personnel. La 1ère ne m’a pas suivi, je suis en place vers 12 heures et la Cie de voltigeurs n’arrivera que vers 16 heures. Il me faut me défendre et interdire toute la plaine à gauche en direction de Charbonnières. 4 mitrailleuses avec hausses échelonnées et jusqu’à limite de portée vers le nord du petit bois carré.

Sur notre gauche 2 mitrailleuses tireront sur la lisière ouest de la cote 132 et droit devant elles dans les prairies coupées de haies, enfin les 2 dernières dans le bois interdiront les 2 layons par lesquels l’ennemi peut déboucher. La liaison à droite est prise avec Julien, puis plus tard avec la 1ère Cie. Je patrouille, je m’avance jusqu’à 500m et ne trouve personne. Je m’en soucie peu car le terrain est découvert et on voit bien. Dans la soirée une unité de 8e BCP viendra s’y installer.

Je n’ai aucun renseignement sur l’ennemi, j’ignore qu’une compagnie est en avant-poste devant nous, erreur qui aurait pu être grave de conséquence, car cette compagnie se repliera vers 16H30 et nous tirerons sur elle sans dommage heureusement.

Vers 16 heures la 1ère Cie arrive sur les lieux. Les hommes sont très fatigués par la marche de nuit. Les sections sont très réduites, des hommes se sont perdus dans la colonne ou exténués de fatigue sont montés dans des véhicules divers et n’ont pas rejoint. L’effectif est inférieur à 100 hommes et le mortier de 60 qui aurait été si précieux n’est pas là. Nous n’avons aucune grenade ni à main ni à fusil, nous avons dû les jeter dans l’étang du Francport.

Le capitaine MABIRE décide d’envoyer Lutz à 100m environ au nord du chemin sur les emplacements numérotés. Je vais avec lui reconnaître et il met en place sa section. La section Bastien se place à ma droite et la section Giraud à droite de cette dernière. La liaison entre MABIRE et moi est parfaite. La compagnie MABIRE est à peine en place que le feu devient plus nourri et plus rapproché, je ne vois toujours rien. La plaine à l’ouest est toujours calme, tout à l’air de se passer dans le bois. Devant nous toujours rien. Rien n’est plus désagréable que d’entendre tirer dans un bois et de ne rien voir.

Sur le front de la Sarre nous avions fait des coupes dans le bois, abattant arbres et taillis pour aménager des couloirs d’interdiction qui étaient battus par des armes automatiques. Ici rien de tel.

Tout-à-coup on entend des hurlements de toutes sortes qui se joignent aux crépitements des mitrailleuses. La section Lutz recule au centre et vient s’installer sur le chemin. Un certain flottement. Bastien rétablit la situation. Des hommes courent le long de la lisière ouest du bois. Une de mes mitrailleuses entre en action.
C’est alors que l’on entend « tirez pas nous sommes Français. » Une cinquantaine d’hommes du 26e RI et 2 lieutenants apparaissent. Personne heureusement n’a été touché. Ils se mettent entièrement à ma disposition et me donnent le commandement du tout. Mes 2 mitrailleuses de la lisière continuent de tirer, 2 autres à côté de moi tirent également. Deux hommes dont je reparlerai, CATELLA et RICHARD simples chasseurs l’un et l’autre, commandent comme de vrais chefs. Je place à la hâte 4 F.M pour ma défense rapprochée et je constate avec effroi que quelques hommes ont quitté leur poste. Un de mes sous-officiers avec sa pièce qui tirait sur le layon a démonté et s’est replié au sud du chemin. Les marins également ont disparu et quelques cavaliers manquent à l’appel. J’apprends où ils sont et je vais les chercher. L’assaut de l’ennemi paraît être arrêté car le bombardement reprend. Un cavalier est très grièvement blessé au thorax, on le couche dans la tranchée et on le panse sommairement. La situation se stabilise. Je prends la liaison avec Bastien, nous coordonnons le plan de feu. Les 2 lieutenants du 26e RI sont un peu déroutés, un calme relatif règne, quelques coups de feu par- ci par-là. Le bombardement a presque entièrement cessé. Je revois Bastien et nous décidons de prendre la liaison toutes les heures. Je vais près de chaque arme et donne les consignes de reconnaissance. Le jour tombe. Une corvée de ravitaillement arrive avec du pain et des haricots verts qui sont froids mais que l’on est heureux de se partager car l’effectif est de plus du double des rations.

La 1ère Cie ne sait rien du bataillon. Je décide d’envoyer quelqu’un. Deux volontaires se présentent : CATELLA est volontaire pour descendre le cavalier blessé au P.C du bataillon et prendre la liaison. Il fait un brancard en branches, rassemble les 2 ou 3 éclopés et se tient prêt.

Pendant ce temps je discute avec MABIRE qui ne sait que faire et les 2 lieutenants du 26e. Nous sentons que la position n’est pas tenable et que si la situation paraît être rétablie, l’ennemi attaquera certainement le lendemain en force. C’est alors que je commets la faute de demander des ordres au chef de bataillon. Je lui expose la situation et je vais même jusqu’à solliciter de sa part un ordre de repli. Un certain malaise collectif régnait à la nuit tombante. Nous avions l’air isolé au milieu du bois ; je ne sais comment la 1ère Cie assurait les liaisons à sa droite et rien n’est plus désagréable que de passer une nuit au contact, sans visibilité, sans réseau ni grenades. Vers 22 heures CATELLA revient du P.C du bataillon portant la réponse à ma question indiscrète et que je n’aurais jamais dû poser : « Tenir coûte que coûte. » Le coin est de plus en plus calme. L’ennemi semble s’être replié. On entend un coup de feu mais semble être assez loin. Le village de Charbonnières brûle toujours. Le tour de garde est organisé et je passe d’arme en arme m’asseyant à la lisière pour écouter. Je ne dormis pas cette nuit-là. Un peu avant minuit Bouture de l’échelon et un agent de transmission porteur d’un ordre écrit ordonne aux mitrailleuses du 235e RI de se replier. Je trouve le fait un peu brutal, nous ne sommes déjà pas beaucoup, nous avons besoin de nous serrer les coudes pour tenir, mais enfin je les laisse démonter les pièces et charger leur matériel. C’est alors que Bastien entendant du bruit vient me voir et refuse de les laisser partir.

C’est contraire à tous les règlements. Ils sont sous le commandement de notre Cie et ils ne partiront que lorsqu’ils seront relevés ou que le commandant en aura donné l’ordre. Je me rallie à cette idée. Il n’est évidemment pas agréable de camper cette nuit-là mais Bastien est intransigeant et les voitures redescendent à vide.

La journée du 12 juin 1940

Je décide d’appliquer les consignes que nous avions aux avant-postes sur le front de la Sarre. Tout le monde aux postes de combat à 3H45. Je ne doute pas qu’au petit jour l’ennemi va recommencer sa pression. Le jour est à peine levé qu’un crépitement nourri se fait entendre devant nous, puis des cris, nous ne tirons pas et 200 Tirailleurs Tunisiens conduits par plusieurs officiers dont un commandant rejoignent nos lignes. Ils étaient encerclés depuis 2 jours dans Crépy-en-Valois et pendant la nuit ils ont réussi à passer les lignes allemandes… Quelques-uns uns sont blessés, ils ont soif, je n’ai rien à leur donner mais je leur prête un guide. Ils m’abandonnent leurs cartouches. Deux ou trois plus durement touchés sont restés dans le no man’s land. Je promets aux officiers qui sont épuisés de tout faire pour sauver ces infortunés ; il ne me sera malheureusement pas possible d’aller les chercher, toute tentative étant suivie de salves de la part de l’ennemi.

Vers 7 heures le commandant vient sur place, je le mets au courant et il ne fait aucune allusion à mon papier de la veille. Je réconforte MABIRE qui paraît effondré.

Les hommes du …..e vont partir et rejoindre leur unité ; la section du 235e RI sera relevée par la section COURBIN du 61e BCP, enfin un mortier de 81 viendra sur la cote 132. Une section du 8e BCP viendra à notre gauche et s’installera dans les haies. Le capitaine MABIRE prendra le commandement de toute la position. Une heure plus tard les renforts arrivent mais déjà l’attaque ennemie est déclenchée et la section du 235e RI ne pourra pas partir. Nous avons une bonne quantité de feu : 12 mitrailleuses et le problème du ravitaillement commence à se poser. Nous avons consommé une partie des caissettes et je fais mettre sur bande les cartouches des Tirailleurs Tunisiens et une caisse de cartouches en paquets que j’avais en supplément. La dotation est ainsi complétée.

La pression ennemie est très forte à droite, c’est-à-dire entre l’ermitage et la cote 132. On entend des crépitements ininterrompus. J’apprends que Bastien a été tué d’une balle en plein front. La vague d’assaut est venue mourir à 10 mètres de lui. Je revois le capitaine MABIRE, la mort de Bastien l’affecte beaucoup et il me dit « nous y passerons tous. » J’essaye de lui remonter le moral. Bastien était un bon camarade, un chef de tout premier ordre et nous nous comprenions bien sans doute parce que tous deux anciens du 15-2.
A peu près au même moment le lieutenant du 8e BCP est blessé grièvement par une balle au ventre. On le descend au poste de secours. L’assaut est terminé. A part les 2 officiers déjà cités il y a peu de pertes : 3 ou 4 tués, 6 ou 7 blessés. Loin à droite le combat se prolonge. Vers 11 heures je préviens Marque que je vais prendre un peu de repos. Je me couche dans une tranchée et dors profondément. A 14 heures le bombardement a repris et une dizaine d’avions commencent leur ronde infernale au-dessus de nos têtes nous mitraillant au hasard et ne lâchant pas de bombes. Ils ne causent aucun mal mais l’effet est moral. Marque décide de ne pas tire pour rien, on révèlerait ainsi l’emplacement de nos armes automatiques, nuisant à soi-même plus qu’à l’ennemi.

Par contre il faut que chacun observe l’ennemi avec toute l’attention dont il est capable ; les avions disparaissent et dans la plaine à gauche une vague d’assaut débouche en groupes de 6 à 8 hommes marchant au petit trot. Huit mitrailleuses entrent en action et tirent jusqu’à 1800m. La vague se couche et l’ennemi progresse sur notre flanc par bonds, homme par homme. A chaque bond toutes nos mitrailleuses fonctionnent. Les champs sont couverts de récolte sauf un où sur la terre brune on voit 3 ou 4 corps étendus définitivement. Nos armes marchent merveilleusement, aucun enrayage et le moral est alors très haut. Malgré nos tirs l’ennemi arrive à prendre pied dans le petit bois carré.

MARQUE commande un tir de 81 qui produit plein effet ; Une quarantaine d’obus provoque le repli des assaillants qui sont alors repris par nos mitrailleuses et par un tir de 75 qui arrive là juste à point.

Le bombardement reprend arrosant un peu partout comprenant des obus fusants à répétition. Ils fusent et éclatent au sol comme des pétards en prenant à chaque fois une direction différente. Ils font plus de bruit que de mal. La fusillade est très forte à droite devant la 1ère Cie où des infiltrations individuelles se produisent. J’ai fait entre 15 et 18 heures trois patrouilles de liaison et de nettoyage avec quelques volontaires dont CATELLA et Richard. Le premier nommé tirait au jugé comme à la chasse des boîtes chargeurs entières et les isolés décampaient entre les arbres. J’apprends au cours de ces patrouilles que le capitaine MABIRE est blessé d’un éclat au poumon. J’ai l’impression qu’il a été blessé un peu par imprudence. A 14 heures, je l’avais vu ; il ne prenait pas la peine de se camoufler. Il avait fait le sacrifice de sa vie… On descend MABIRE au poste de secours. Vers 19 heures arrivent de mauvaises nouvelles : BLAS tué, GUILLOT et BRESSON blessés, sans compter les nombreux hommes qui attendent au poste de secours leur évacuation… Les assauts ayant été brisés, je suis contre un arbre et observe. Un obus de calibre moyen touche l’arbre juste au-dessus de moi. Je suis enseveli par les branches cassées et m’en tire pour la peur. Marque qui m’avait vu m’appelle et c’est plein de joie que je le rejoins dans la tranchée. Nous sommes alors soumis à un bombardement implacable. Le tir allemand est réglé à la perfection. Des mottes de terre, des pierres retombent dans la tranchée. On entendait avec appréhension le sifflement se rapprocher jusqu’à l’éclatement dans un vacarme étourdissant. Ce bombardement dura plus d’une demi-heure et nous coûta 2 tués et 2 blessés graves. Les tranchées étroites et profondes que l’on avait creusées la veille nous avaient bien protégés.

On reprit conscience de la situation. Je fais le tour des emplacements… Il est difficile de circuler. Des arbres ont été abattus Marque prend liaison avec la 1ère Cie, nous nous installons pour la nuit. Mêmes consignes que la nuit précédente, on resserre le dispositif La nuit est moins calme. On entend de temps en temps des rafales de mitraillettes. Je saurai plus tard que quelques Allemands se sont infiltrés et se sont couchés sous les voitures du mortier de 81.

La journée du 13 juin 1940

Je dormis très peu. Une heure peut-être à côté de CATELLA qui veillait et observait à ma place. Au petit jour Marque fit le tour du coin et constata que la section du 8e BCP à notre gauche était partie. Elle avait laissé les affûts et les munitions. Aucun doute n’était possible, ils avaient dû recevoir l’ordre de repli. Je saurai plus tard que la liaison entre la 1ère Cie et la Cie de droite était rompue et qu’à partir de 20 heures le P.C du bataillon n’ayant plus de nouvelles de nous nous croyait encerclé. Marque décide de décrocher immédiatement, on emmène le matériel portatif. La culasse et la lunette du canon de 25 sont enterrées. Nous fonçons à travers bois en colonne par un. Marque en tête, puis Julien Lutz et moi en arrière-garde. Nous avons deux blessés graves qu’il fallait porter.

Après 2 km environ de marche sous bois plein sud nous nous dirigeons sur la voie ferrée que nous traversons. Tout est calme. Un brouillard masque tout à 100m. Nous atteignons la route et marchons en direction de Nanteuil en empruntant les bas-côtés. La route est déserte et ça et là des stocks d’obus intacts, des chariots renversés ou autres signes de la retraite précipitée. Puis c’est le village qui nous offre un bien triste spectacle. Une colonne d’artillerie hippo a été soumise à un bombardement aérien. De nombreux chevaux sont au milieu de la rue, pattes raides, ventres gonflés, des véhicules de toute nature détruits encombrent la rue, des maisons sont éventrées. Peu après Nanteuil, le brouillard se lève, nous abandonnons la route pour suivre les taillis de la voie ferrée. On rencontre un cheval errant et on charge les blessés, cela nous soulagera. La marche se poursuit, nous passons Dammartin…

Le lieutenant DÉSÉRABLE sera capturé avec une partie de ses hommes à Villeparisis.

 

Document transmis par Monsieur Jean DÉSÉRABLE d’Amiens.

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 – janvier 2012)

66e BCP (57e DI), 2e Cl Raymond Garnier

66e BCP, CHR

2e Classe RAYMOND GARNIER

En route vers le front

Le 9 juin, nous nous réveillons à Vesoul. Bientôt, nous nous rendons compte que nous prenons la direction de Paris et sommes fixés. Tout le long du parcours, pas d’arrêts notables, ce qui veut dire sans doute qu’il faut que nous arrivions au plus tôt. Dans nos wagons sont jetées des cigarettes, des friandises, toutes sortes de bonnes choses, gestes que nous apprécions hautement quoique pour l’instant nous ne soyons pas privés au point de vue nourriture. Et le soir du 9, après avoir à Villeneuve-Saint-Georges « attaqué » la grande ceinture nous débarquons à Mitry-Clay, où des évacués (train en gare) nous assurent que les Allemands sont à Creil. Il ne s’agit plus maintenant de croire à une plaisanterie et je suis bien persuadé que chacun se demande quelle sera sa contenance dans quelques jours, dans quelques heures. Départ quelques instants après. Nous nous installons au plus beau milieu de la campagne, au bord de la route et passons là la nuit. Je me rappelle y avoir fort bien dormi, sur un tas de graviers. Le lendemain matin, nous attendons vainement le café : la roulante avait disparu ; les restrictions commençaient ! Le même jour, embarquement par camions. Je suis favorisé puisqu’avec une dizaine de bons camarades, je dois faire l’étape à bicyclette, ce qui me ravit ! Et nous partons en direction d’un petit village : Etavigny, situé à quelque 70 kilomètres.

C’est sur la route que va commencer à nous apparaître le vrai visage de la guerre ou plutôt ses conséquences. Ce sont d’abord deux jeunes femmes qui fuient en direction de Meaux : tout en pleurs, elles nous annoncent que Soissons, Senlis, Compiègne… sont en ruine, que des forêts sont en feu, que les Allemands avancent sans qu’aucun obstacle ne puisse les en empêcher. Nous ne sommes pas très rassurés ! Bientôt commence l’interminable file de voitures (autos et hippos) chargées d’objets hétéroclites, mais sur toutes : des femmes en larmes, des enfants endormis ou mal réveillés, des hardes diverses, file à laquelle se mélangent quelques piétons maudissant ceux qui ne veulent pas faciliter leur fuite. Je revois cette mère de cinq jeunes enfants nous contant la mort de son mari, survenue la veille (bombardement de Nanteuil), récit coupé par de bien compréhensibles sanglots. Tous, nous admirons le courage des femmes réagissant de toutes leurs forces contre l’implacable destinée. Malgré ce lamentable et pitoyable exode, il nous faut malgré tout continuer notre route ; il fait très chaud et pour nous « remettre du cœur au ventre » nous avons la bonne fortune de trouver, vers 11 heures, une ferme où on distribue du cidre aux soldats, le propriétaire tenant essentiellement à vider ses tonneaux avant de partir lui aussi.

Bientôt les rencontres ne sont plus les mêmes ; au lieu de civils démoralisés (certains), nous croisons des petits groupes de militaires partant en désordre, tout joyeux, en direction de Paris, tous allégés au grand maximum. Ils sont heureux… Ne tournent-ils pas le dos à la bagarre ? A tous, nous demandons : que se passe-t-il plus loin ? Et les réponses sont toutes, les mêmes : « nous n’avons pu tenir, nous nous sommes sauvés ! » Quelques officiers nous confient qu’ils sont sans nouvelles de leurs hommes, ils errent dans la nature. Ceux qui avaient pour mission de tenir se seraient-ils dégonflés ? Comment se fait-il que ceux qui doivent commander jusqu’à la toute dernière minute se trouvent ainsi seuls ? Sincèrement, nous ne comprenons pas !

Le midi, une petite pause casse-croûte, dans un bois, à proximité d’un passage à niveau, nous choisissons bien nos endroits ! ! Nous nous endormons très rapidement nous souciant fort peu des avions paraît-il nombreux dans ces parages. Vers 4 heures, nouveau départ : nous faisons la route en touristes, toutefois, de temps en temps, il faut se précipiter dans les fossés pour se soustraire le plus possible aux vues de ceux qui nous survolent. Nous trouvons très drôle de ne pas voir d’appareils français. Dans la soirée, 17 gros appareils arrivent, nous assistons à 17 piqués effectués sans aucune inquiétude : c’est Nanteuil qui prend pour la seconde fois. Mais quel petit froid dans le dos ! ! ! Le soir, nous retrouvons la C.H.R où nous dînons avant d’aller dormir, au milieu des champs ; car, nous entendons les mitrailleuses, les fusils-mitrailleurs, les canons : il s’agit donc de se disperser le plus possible. Près de chaque dormeur, bien à portée de 1a main, le fusil chargé : il faut vraiment peu de choses pour tranquilliser (relativement) un homme.

De la situation exacte, évidemment nous ne savons plus absolument rien. Nous ignorons totalement ce qu’a fait Mussolini, décision qui nous intéresse cependant au suprême degré.

Au front

Très tôt le lendemain, nous partons pour Etavigny, où nous arrivons peu après. Pendant le trajet, nous n’avons plus rencontré de civils cette fois, mais des troupeaux abandonnés, des artilleurs affairés, mettant le plus rapidement possible leurs batteries en position. C’est à Etavigny que se trouve le P.C. du Bataillon : une ferme modèle située au milieu du village. Nous ne nous y sentons qu’en sécurité relative, toutefois, jusqu’au soir, il ne se passe rien d’anormal. Vers 22 heures, ordre est donné à la section de commandement de prendre position aux alentours du P.C. pour s’opposer à toute avance éventuelle des Allemands. Bientôt quelques 77 viennent éclater à proximité de nous, c’est notre baptême du feu ! Ce n’est cependant pas la panique, mais chacun trouve très sage de se précipiter dans la tranchée voisine. Et là, à genoux, souvent le nez dans la boue, nous attendons le matin pendant que les fusants allemands continuent à pleuvoir, ne faisant, heureusement, aucune victime parmi nous.

Le lendemain matin, à 3 heures, en compagnie de 5 camarades, je dois gagner Boullare où le Commandant, paraît-il, nous attend. Nous ne sommes pas rassurés, ni les uns ni les autres, néanmoins, nous partons. C’est en arrivant dans ce village que nous faisons connaissance avec les mitraillettes dont les détenteurs, inlassablement cherchés, restent introuvables. Nous passons la journée à Boullare, … et quelle journée !

Le 12 juin 1940. Nous séjournons au P.C. de Boullare, vaste villa située au milieu du village : décidément on en pince pour ce qui se trouve au centre des agglomérations. Beaucoup de mouvement en cette immense maison, un va et vient perpétuel, et le tout agrémenté, naturellement, par d’incessants tirs de mitraillettes dont l’effet est surtout démoralisant.

De bonne heure le matin, riposte de la part des Allemands à nos violents feu d’artillerie de la veille : contre-attaque allemande ; les tirs d’armes automatiques deviennent plus fréquents, plus proches, plus rageurs et, bientôt, les 77 arrivent dans notre direction. Au début, émotion relativement petite, mais devant l’intensité du feu, il nous faut partir vers la tranchée-abri où nous nous trouvons les uns sur les autres : les obus tombent parfois très près de nous, les branches des sapins camouflant l’abri nous dégringolent sur 1a tête, quelques éclats atterrissent dans le boyau, mais peu importe puisque, par miracle peut-être, aucun d’entre nous n’est atteint. Vers midi, légère accalmie… c’est gentil, nous en profitons pour manger un peu, grâce à des Marocains qui nous passent un morceau de bœuf. Un verre de vin blanc, et nous sommes d’attaque pour recommencer la séance du matin, car nous supposons bien qu’elle va reprendre. Elle a lieu, en effet, mais avec une intensité beaucoup plus grande, les vitres de la maison volent en éclats, les tuiles tombent, les murs tremblent, la cour, déserte maintenant, n’est que feu … décidément la précision des tirs devient inquiétante, aussi, allons-nous tout bonnement à la cave, une bonne cave voûtée où nous nous croyons plus en sécurité mais où le fracas des explosions nous semble plus formidable encore. Quelques instants auparavant, j’avais eu l’occasion de rencontrer le Commandant, légèrement blessé à l’œil gauche, qui me dit nous quitter pour aller se rendre personnellement compte de ce qui se passait un peu plus loin.
- Garnier, je pars faire un petit tour en premières lignes, mais j’ai bien l’impression que vous ne me reverrez plus.
- Mon Commandant, il est à souhaiter que « ça cogne » un peu moins que ce matin.
- Je suis mal fichu, ça ne va pas… Et il s’en va !
En effet, il ne devait jamais revenir. Tué ? Prisonnier ? Jamais plus nous n’avons entendu parler de lui ! Il y a de ces pressentiments… ! À la cave, pour passer le temps, à la lueur d’une bougie, bien calmement ma foi, je trace une longue lettre à ma compagne de la vie, mentant plus que jamais, assurant que le calme est absolu ; n’est-ce pas en ces instants que toutes les pensées sont pour ceux qui sont si chers ? Mais, moi aussi, je me demande si je vais sauver ma peau. Les obus tombent toujours, ce ne sont que des fusants auxquels nous sommes habitués ; ils nous font un peu moins peur que les autres. Dans la semi-obscurité, nous fumons cigarette sur cigarette, persuadés ou essayant de nous persuader qu’il ne s’agit pas de celle du condamné. Vers 17 heures, le lieutenant C….., arrive à la cave, très énervé :
- « Les Allemands sont dans le village, que chacun regagne son poste ».

Sans trop d’empressement, nous prenons nos armes, gagnons l’étage où nous attendent nombre de caisses de grenades, nous nous installons à proximité des fenêtres et attendons. Dehors, dans la rue, c’est 1a fusillade, les rafales de mitraillettes, d’armes de toutes sortes se succèdent, sans arrêt, les blessés défilent assez nombreux, cette fois c’est vraiment la guerre et nous y sommes bien.
Bientôt de nouveaux ordres arrivent : il s’agit pour chacun de regagner le poste qu’on lui a confié en tout premier lieu. Il me faut donc me débrouiller pour rejoindre le P.C. à Etavigny. À 5 nous devons partir. Hâtivement, nous traversons la cour où brûlent motos et voitures et courons en direction d’un barrage en moellons derrière lequel nous supposons naïvement que nous serons à l’abri. Nous en sommes à 50 mètres… un percutant arrive et le barrage saute !!! Derrière nous, de semblables percutants, ceux-1à que nous craignions, donnent de rudes coups à cette maison que nous venons de quitter, mais déjà nous sommes dans le jardin de Monsieur le Maire. Il s’agit maintenant de traverser le parc, d’escalader un haut mur et nous serons sur la grand’route, sauvés sans doute… Les mitraillettes tirent sans arrêt, et de toutes les directions ! Serions-nous visés ? Peu importe, nous savons que les tirs sont relativement peu précis et pour l’instant, nous avons une idée bien arrêtée. Enfin, nous arrivons au mur, juste au moment où nous entendons un fracas formidable : c’était le pignon de la villa du Maire qui s’écroulait ; encore un effort et nous voilà sur 1a route ! Hélas, elle est soumise, elle aussi, à un bombardement de première importance, il va falloir par conséquent ramper ! Je ne me croyais pas capable de faire un long kilomètre le nez dans la terre, n’osant lever la tête, tendant simplement l’oreille aux bruits des obus pour essayer de deviner approximativement le point de chute. Que de forces insoupçonnées devant le danger ! Enfin, tant bien que mal, après avoir vécu mille et mille émotions, après m’être dit des centaines de fois que je ne m’en sortirais pas, nous arrivons à un hangar où nous retrouvons le lieutenant G….. et quelques camarades. Cinq minutes de repos sur de la paille et nous repartons pour Etavigny où nous faisons notre entrée à la tombée de la nuit. Là quelques obus mais ce n’est rien ! On nous demande toutes sortes de renseignements !!! Maintenant je commence à comprendre les réponses de ceux que nous rencontrions sur la route, ceux-là même qui s’en allaient tout joyeux en direction de Paris. C’est le soir ; tout le monde a faim : rien à manger !

À la nuit, sur un ordre du Colonel, nous reprenons les positions à proximité des canons de 25, dans des trous aménagés pour la circonstance. Les Allemands, dit-on, avancent en direction d’Etavigny, il s’agit de les arrêter. La tâche ne va pas être facile, nous sommes au plus trente ! Dans la nuit, rien de nouveau si ce n’est vers trois heures du matin l’arrivée du premier ordre de repli. Devant nous, à droite, à gauche, des villages brûlent, pendant que notre artillerie postée, comme de juste, à proximité de nous, pilonne sans arrêt.

La retraite

Regroupés, dans 1a mesure où il nous est possible de le faire, nous « mettons le cap » sur Acy que nous atteignons peu après ; là, l’artillerie allemande a fait de gros dégâts en faisant mouche sur une de nos colonnes en retraite. Sur le pont, des cadavres, en dessous des chevaux à demi immergés ; nous passons sans trop faire attention et continuons cette fois en direction de Meaux (…).

© Jacques Garnier – Souvenirs de guerre de Raymond Garnier (1939-1940), TRAMES N°8, décembre 2000.

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 -juin 2012)

81e RANA (7e DINA), Robert Bassac

Robert BASSAC

81e RANA (Régiment d’Artillerie Nord-Africaine)

Vous avez tous vu Robert Bassac (né à Nice le 29 janvier 1910) : il faisait partie de la troupe de Marcel Pagnol où il interprétait des seconds rôles. Il fut Pierre Dromard dans « César » (1936), le percepteur dans « Regain » (1937), l’instituteur dans « La femme du boulanger (1938), Dromard dans le Schpountz (1938). Il tourna deux films avec d’autres réalisateurs en 1939 avant de s’engager et de devenir agent de liaison au 81e R.A.N.A, matricule 1658, recrutement de Marseille.

Robert Bassac aux côtés de Raimu dans la « Femme du boulanger » (1938)

Sans nouvelles, sa famille lança des recherches : il avait disparu à Erquinvillers le 9 juin 1940. Certains le déclaraient mort tandis que le Capitaine Daudet, adjoint au Colonel, et le Lieutenant Segond affirmaient qu’il avait été évacué dans un état très grave. En fait la batterie hors rang du 81e R.A.N.A le déclarait mort dans sa situation administrative du 9 juin 1940 mais sans donner de précision.

Le Lieutenant Decarpigny, 1er peloton du 34e Escadron anti-chars rattaché au GRDI 97 (7e DI), donne un récit de son passage à Erquinvillers dans une lettre du 23/2/41 :
« J’arrive à Erquinvillers à 5H45. À l’entrée nord du pays des réfugiés refluent, 40 casques français d’artillerie gisent sur le trottoir. Un capitaine d’artillerie, j’ignore son régiment, paraissant affolé me donne des explications confuses, une rapide reconnaissance du pays m’apprend ceci : des chars ennemis sont venus donner un coup de poing. Ils ont dû faire des prisonniers (les casques). Un immense drapeau à croix gammée est accroché au toit de l’église. Un lieutenant artilleur français voulant le décrocher a fait sauter un P.A.C (Piège à Con) qui en tombant sur la chaussée a enflammé un camion d’essence. L’officier a reçu une rafale de balles explosives. Un conducteur de T.C se meurt à quelques pas de là (c’était paraît-il un artiste de cinéma) »

La liste des militaires tombés à Equinvillers mentionne un inconnu, présumé Bassac du 81 R.A, transféré au cimetière le 24.4.41 (source : Service des Sépultures Militaires de l’Oise). En avril 1942 on se préparait à l’exhumer pour identification. Celle-ci devait être assez aisée car il devait porter des vêtements de grosse toile kaki de motocycliste, présenter des blessures aux deux jambes, au bassin et au bras droit. De plus il avait la particularité d’avoir un tour de tête peu commun : 62. Son corps fut identifié et restitué à la famille qui le transféra au cimetière de Vallauris.

On trouve ici un portrait de lui en uniforme et une lettre de l’aumônier qui l’a assisté dans ses derniers moment
[http://acteurschezpagnol.blog4ever.com/blog/lire-article-224485-9235564-robert_bassac.html]

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 -juillet 2012)

94e RI (historique)

94e RI

Ier Bataillon, juin 1940

Chef de Bataillon BEL
Capitaine Adjudant-Major DEMOULIN
Officier Adjoint : Sous-Lieutenant MERCK
Médecin : Sous-lieutenant CORDIER
Section de Commandement :
groupe : Adjudant-Chef BOUSSELIN
groupe : Adjudant JEANDEMANGE
groupe : Médecin-Auxiliaire TRONC

1ère Compagnie
Capitaine MIDROUILLET
Comptable : Sergent-Chef MARCOUT
Section de Commandement : Sergent-Chef CHAMPION
Chefs de Sections :
Lieutenant SALOMON
Sous-Lieutenant THEVENIAUD
Adjudant-Chef HENNENFENT
Sergent-Chef HUDELOT

2e Compagnie
Capitaine MANSUY
Comptable : Sergent-Chef HUNTZIGER
Section de Commandement : Sergent-Chef LASSALLE
Chefs de Sections :
Sous-Lieutenant DELATTRE
Aspirant BLANQUART
Aspirant MELIK
Sergent-Chef WAYER

3e Compagnie
Lieutenant BAISSE
Comptable : Sergent-Chef CANNARD
Section de Commandement : Sergent-Chef CREISMEAS
Chefs de Sections :
Sous-Lieutenant VUILLEMIN
Sous-Lieutenant CATTEAU
Sous-Lieutenant DEMEY
Adjudant-Chef MOGIN

CAB 1
Lieutenant KREMPFF
Comptable : Sergent-Chef HOCQUAUX
Section de Commandement : Adjudant CAILLAC
Chefs de Sections Mitrailleuses :
Sous-Lieutenant PINAULT
Aspirant DURVIN
Adjudant-Chef SAUNIER
Adjudant GREGOIRE
Engins : Adjudant-Chef SIROT
Mortiers : Adjudant ROUTA
Canons de 25 : Sergent JANPIERRE
Groupe Franc : Lieutenant de VILLERS



COMBATS du 1er BATAILLON DETACHÉ DU REGIMENT

8 Juin

Le 1er Bataillon, réserve de Division à VILLERS-FRANQUEUX est embarqué le 3 Juin à 11H00 et dirigé sur SENLIS, ainsi que la Batterie du Capitaine De TOULOUSE LAUTREC du 61e Régiment d’artillerie.

Débarqué à 19H00 en lisière de la forêt de Senlis, le Bataillon est mis à la disposition de la 7e Armée pour organiser et tenir les ponts de l’Oise. Il forme trois groupements temporaires :

1er groupement sous les ordres du Capitaine MIDROUILLET : 1ère Compagnie, 1 section de mitrailleurs (Sergent-Chef GREGOIRE) 1 canon de 25 et 1 canon de 75, tiendra PONT-Ste-MAXENCE et dépendra du. Colonel CARRE Commandant une formation territoriale.

2e groupement sous les ordres du Capitaine MANSUY : 2eCompagnie, 1 section de mitrailleurs (Adjudant-Chef SAUNIER) 1 canon de 25 et 1 canon de 75, tiendra le pont de CREIL. Le groupement dépendra du Colonel CRUSE Commandant une formation territoriale.

3e groupement sous les ordres du Chef de Bataillon BEL : 3e Compagnie, P.C. du 1er Bataillon, le reste de la C.A B.1 et de la Batterie, tiendra VERBERIE et ses ponts ainsi que le pont des Ageux, pont de la voie ferrée sur l’Oise.

À partir de ce moment, chacun de ces groupements va agir isolément avec de rares liaisons avec les autres groupements du Bataillon.
Chacun d’eux tiendra fermement les positions qui lui sont confiées, remplissant toutes ses missions, alors qu’autour d’eux il n’y aura que désordre, désorganisation et fuite.


Groupement MIDROUILLET

Le Groupement fait partie du sous-secteur de FLEURINES. Sa mission est d’organiser et défendre le PONT-Ste-Maxence. Il est en place le 9 Juin.

10 Juin – Violent bombardement du pont par avions. Une bombe fait jouer le dispositif de destruction du pont et le pont saute à 15H35 avec 1 caporal et 5 hommes de la Compagnie. Le Capitaine demande à la 47e D.I. dont il dépend, la construction d’un pont pour faire passer le personnel et le matériel des unités qui se replient. N’ayant pu obtenir satisfaction, il aiguille le personnel vers une passerelle écluse située à 2 Kms en amont. Les hommes peuvent ainsi passer jusqu’au 12 Juin. Les chevaux et le matériel roulant doivent être abandonnés sur la rive Nord.
Après la destruction du pont, le Commandant de la Compagnie a reçu du commandant du sous-secteur le renseignement : liberté de manœuvre le 10 à minuit.

L’ennemi ne se montrant pas pressant, quelques motocyclistes seulement essayant de pénétrer dans le village par la lisière Nord, le Capitaine décide de rester en place et de renforcer la défense de la passerelle.

Il récupère au Nord de la rivière sous la protection d’une section, 5 mitrailleuses, 2 mortiers de 81, 12 F.M. qui vont être utilisés par sa Compagnie.

Le 11 Juin à 3H00, aucun élément armé ne passant plus à la passerelle, la destruction est opérée. Une Compagnie du 44e B.C.P. est mise à la disposition du Capitaine MIDROUILLET pour renforcer la défense de la rivière.

À 15H00, ordre lui est donné par le Général de la 47e D.I. de se replier et de rejoindre le 1er Bataillon à partir de 22H00. A 16H00, l’ennemi, après un violent bombardement de mortiers et des tirs précis de canons de 37 cherche à franchir la rivière avec des embarcations légères. Il est repoussé sur tout le front, sauf à la gauche de la Compagnie du 44e B.C.P. (Capitaine LE GALL). Une section de la 1/94, Lieutenant SALOMON, contre-attaque appuyée par les mortiers récupérés. Elle rejette l’ennemi au Nord de la rivière, mais perd 7 tués et blessés. L’ennemi ne renouvelle pas ses tentatives, mais bombarde sans interruption la défense qui subit des pertes sérieuses.

Le 11 à 22H00, décrochage sans difficulté. Le détachement traverse la forêt d’HALATTE, malgré la présence de nombreux ennemis qui s’y sont infiltrés.
En réponse à un compte-rendu adressé au Commandant du 1er Bataillon au sujet du repli prescrit, le Capitaine a reçu l’ordre de se relier avec la 2e Compagnie et si cette unité doit aussi se replier, d’attendre avec elle le reste du Bataillon dans la forêt d’HERMENONVILLE près du champ de tir.

La liaison ne peut être établie avec la 2e Compagnie et le 12 Juin à 12H00, un cycliste de la 1ère Compagnie détaché du P.C. du Bataillon, rend compte au Capitaine MIDROUILLET qui attend au rendez-vous fixé par le Chef de Bataillon, que celui-ci avec son P.C. et le reste de la 3e Compagnie, très éprouvée les 9 et 10, ont été encerclés le matin du 12. Après s’être dégagés ils ont de nouveau été encerclés plusieurs heures plus tard. Après une vigoureuse résistance, les survivants ont été faits prisonniers. Le cycliste croit avoir seul échappé.

Le Capitaine MIDROUILLET, se plaçant sous les ordres du premier commandant d’unité rencontré, le Commandant du II / 109 reçoit mission le 12 soir de défendre le NONETTE. Il suit le II /109 sur la Nonette, à PONTAUT COMBAULT, sur le canal de 1’OURCQ, puis sur la LOIRE.

Après l’armistice, le Commandant LEGER, de la 47e Division a fait parvenir au Colonel commandant le 94e R.I. l’appréciation suivante sur la 1ère Compagnie qui confirme sa belle tenue au cours des combats de Juin : « Une de vos unités, je crois que c’était la 1ère Compagnie, gardait PONT-SAINTE-MAXENCE par où toute la 7e Armée et ma Division, la 47e, retraitèrent le 6 Juin. Depuis ce jour cette unité resta avec nous, remplissant fidèlement sur chaque coupure, sa mission de bouchon anti-chars. L’ayant croisée plusieurs fois au cours des étapes, j’avais toujours été frappé par sa bonne allure et sa cohésion. Je l’ai vue pour la dernière fois au pont de JARGEAU sur la Loire le 19 Juin. Elle le tenait depuis le 16. Tel est le petit fait que je tenais à vous signaler ».


Groupement MANSUY

Le 8 Juin à la tombée de la nuit, le groupement atteint CREIL, dont il a mission de défendre le pont. Il renforce les barricades et en établi d’autres.

Le 9, le dispositif est le suivant :
* la 1ère section placée sur la rive Sud de l’Oise encadre le pont.
* la 2e section s’installe à l’Ouest et surveille la rivière.
* la 5e section s’installe à l’Est.
* la 4e section est en réserve dans les jardins publics.
* le mortier de 60 se tient prêt à tirer devant les barricades Nord du pont et sur la route de CLERM0NT.
* le canon de 25 interdit le pont et la route de CLERMONT.
* la S.H. placée au Sud du pont tirera à balles perforantes sur les blindés qui franchiront les barricades de la route de CLERMONT.
* un canon de 75 interdit l’entrée du pont en tir d’écharpe.
* un char R. 35 qui s’est mis à la disposition de la Compagnie se fixe au Sud du pont.

Vers 15 H50 plusieurs vagues de bombardiers bombardent le pont et la ville. Le pont saute. La ville est en feu. Il y a des quantités de morts parmi la population non évacuée et les colonnes de troupes qui refluent par le pont.

Le bombardement reprend à 16 H15. C’est un massacre de la population civile. La Compagnie n’a que des blessés légers, mais ses positions sont bouleversées et la défense doit être réorganisée. Les hommes non indispensables aux armes principales aident à secourir les blessés. Le Médecin TRONC est débordé. Il panse plus de 150 blessés graves et ne peut en évacuer qu’une partie au cours de la nuit suivante, faute de moyens de transport.
Au cours de la nuit, passée sans incidents, quelques petites unités en repli renforcent la Compagnie.

Le 10 Juin, matinée calme ; La Compagnie continue à ramasser les morts et les blessés. La Compagnie a perdu onze gradés et soldats.

Le Capitaine reçoit à 8H00 le premier ordre du Colonel CRUSE ; en résumé il dit : « la défense de l’Oise va être étoffée par la 7e D.I.C. sur la droite de la compagnie en particulier. Impossible de vous ravitailler ». L’ordre est du 8 Juin. Un quart d’heure après, le Capitaine reçoit l’ordre de tenir avec le dispositif réalisé et de conserver le pont jusqu’à relève par des éléments de la 7e D.I.C.
Or les patrouilles de la Compagnie ne trouvent sur 7 à 8 Kms de part et d’autre de CREIL aucune unité de la 7e D.I.C.

À 17H00, l’ennemi attaque sur tout le front. Ses engins blindés et son infanterie sont arrêtés partout et refluent. L’infanterie cherche cependant à passer la rivière et elle est au corps à corps avec les éléments placés au Nord. Elle déborde CREIL en nombre malgré les patrouilles qui prolongent la défense de l’unité sur ses flancs.

À 18 heures, le Capitaine reçoit l’ordre de repli. Il exécute à 21H30 après avoir organisé deux rideaux de feux sur la crête Sud de CREIL et en lisière des « bois sur la route de CHANTILLY.
La Nonette est franchie le 11 Juin à 1H00. La Compagnie est mise au repos dans la forêt de CHANTILLY pendant que le Capitaine va à PLESSIS LUZARCHE où est signalé le P.C. de le 19e D.I. Il reçoit l’ordre de défendre LASSY, puis de tenir la lisière de la forêt face à BORAN.
Le 12 Juin la Compagnie reçoit l’ordre de participer à une attaque avec chars exécutée par le Commandant du 41e R.I. pour nettoyer la forêt. L’attaque a lieu à 5H00, la Compagnie suivant les chars atteint la lisière de la forêt et l’occupe. Elle récupère un canon de 155 et de nombreuses munitions qui sont remis à un Officier d’artillerie qui va bientôt les utiliser.

Le Sergent LEBEAU, observateur de la Compagnie repère à 16H00 des rassemblements ennemis au Sud de BORAN et règle le tir de la pièce qui anéantit l’objectif signalé. Aucune attaque ennemie ne débouchera ce jour-là de BORAN. Le moral de la Compagnie est redevenu excellent et l’ordre de repli arrivé à 20H50 déçoit toute l’unité.

Le repli s’effectue au cours de la nuit, l’unité étant devancée par la 19e D.I. disposant de camions. Elle évite plusieurs embuscades en progressant loin des routes sillonnées par les blindés allemands. Elle atteint GOURNAY à 17H00 qu’un Bataillon de la 19e D.I. quitte sans pouvoir la renseigner.

À partir de ce moment, la Compagnie ne recevra ni ordres ni renseignements lui permettant de se joindre à une formation organisée, les efforts du Capitaine pour en obtenir seront vains. Elle continue son repli le 13 à 17H00 sur VILLENEUVE-St-GEORGES où elle arrive le 14 à 2 heures. L’ennemi a déjà franchi la Seine et la route est coupée.


Groupement BEL

Le 8 Juin, devançant son groupement, le Commandant BEL arrive à VERBERIE à 23H00, malgré les routes encombrées de convois d’artillerie se repliant. Quelques éléments du 24e Régiment régional occupent VERBERIE et des travaux défensifs sont ébauchés.

Le P.C. du groupement s’installe près, de la barricade Sud de VERBERIE, sur la route de SENLIS. Le reste du groupement arrive dans la nuit du 3 au 9. Pour le lever du jour il est en place.

La 3e Compagnie occupe et organise le château de VERBERIE où sera le P.C., la section VUILLEMIN au château de St CORNEIL et en bordure de l’Oise avec un groupe de mitrailleurs flanquant le pont des AJEUX (chemin de fer) tenu par la section CATTEAU qui garde en outre l’écluse et sa passerelle.

Le S/Lieutenant DEMAY disposant de sa section, du groupe de 81 et d’un canon de 75 tient le pont route de VERBERIE et le parc du château. La section MOGIN en réserve au château tient la barricade de la route de PONT-Ste-MAXENCE à la sortie de VERBERIE.
Les groupes du 24e Régiment régional tiennent l’intérieur de VERBERIE. La liaison est établie vers midi avec les groupements MIDROUILLET et MANSUY.

Le Général BLIN, commandant les Etapes, confirme le front à tenir, mais ne peut renseigner sur le ravitaillement. Il part le soir avec son P.C. pour MELUN-VERBERIE, embouteillé par les troupes et convois de toutes armes qui refluent en désordre et par une foule de réfugiés.

À 14H00, le pont est bombardé sans résultat par l’aviation. La section DEMEY n’a pas de pertes, mais elles sont importantes dans les unités en repli. Des barricades de paille sont préparées au Nord de l’Oise. Le feu y sera mis lorsque les blindés ennemis arriveront. Le pont ne devra être détruit que sur ordre du Commandant BEL et le Lieutenant BAISSE reste sur place pour le faire exécuter.

À 17H00 le Commandant de la 7e Division d’infanterie coloniale prend le commandement du secteur et confirme qu’il faut conserver les ponts. Il précise qu’il peut relever le 10 Juin le Bataillon et le G.R.C.A.
À 13H00, les unités tenant le pont route et les châteaux de VERBERIE et St CORNEIL sont attaquées. Les automitrailleuses essayent de franchir le pont. Le reflux des troupes et des civils a heureusement cessé et la défense peut agir vigoureusement malgré les tirs de 37 qui balayent le pont. Nos mortiers agissent efficacement en avant de la barricade de PORT SALUT. Le combat est très meurtrier à la section DEMEY qui résiste vigoureusement. Le S/Lieutenant DEMEY est frappé mortellement et sa section à peu près anéantie. Les blindés adverses, nombreux qui longent l’Oise, mitraillant ses défenseurs, ne sont plus arrêtés que par les barricades de paille qui flambent en avant du pont
À 21H30 l’ordre est donné de faire sauter le pont. A 22H30 le combat se calme, l’ennemi ayant subi un échec très net.

Le 10 Juin à 1H30 le Commandant du G.R.C.A. 25 prend le commandement du sous-secteur et ajoute ses effectifs à ceux du groupement. Une patrouille, envoyée en barque sur la rive Nord, trouve 3 blindés incendiés à la barricade de paille en avant du pont. Les cadavres allemands les plus proches sont fouillés et leurs papiers transmis à 1’Etat-Major de la 7e D.I.C.

Le reflux des éléments armés a continué par le pont du chemin de fer que bat l’artillerie adverse. L’ennemi attaquant en force, le Commandant du 7e Régiment colonial le fait sauter à 11H00.

À 12H30 des infiltrations ennemies sont signalées à Roberval. Le Lieutenant de VILLERS y est envoyé avec deux groupes de combat.

À 14H00, le commandant du GRCA demande d’envoyer une section contre-attaquer à Roberval. Le sergent PONT, avec des éléments du PC et le 3e groupe de la section de VILLERS reçoit cette mission. Le Lieutenant de VILLERS a atteint Roberval tenu par environ 200 ennemis qui, devant le mouvement de la section, ont reflué vers les bois, mais reprennent bientôt leur progression obligeant la section de VILLERS à se replier, ayant perdu le tiers de son effectif. La section PONT est arrêtée et rejetée également.

À 17H00, le combat reprend vigoureusement sur tout le front, l’ennemi bombarde sans arrêt Verberie et tous les points d’appuis tenus. La progression ennemie continue surtout sur les Ajeux tenus par les Coloniaux et à l’ouest de Verberie ou combat le GRCA.
Divers ordres reçus au cours de la soirée sont contradictoires, les uns prescrivent le repli de certains éléments, les autres l’envoi de renforts d’unités coloniales.

Le Bataillon n’ayant reçu aucun ordre précis, continue à tenir Verberie. Dans la soirée le groupe BLANCHARD, du GRCA, est obligé de se replier sur le château de Corneil. La pression sur l’ouest de Verberie continue. Aucun des renforts coloniaux annoncé n’est arrivé. Des renseignements sont reçus de la 1ère Cie qui tient solidement Sainte Maxence et n’a que de faibles pertes. Cette compagnie a reçu l’ordre de se replier à minuit et de rejoindre son bataillon derrière la Nonette. Le Capitaine demande des instructions. Ordre lui est transmis d’attendre le Chef de Bataillon et son Groupement au champ de tir d’Hermenonville, d’en aviser la 2e Cie et de se replier avec celle-ci si me Groupement BEL ne l’a pas rejoint dans la journée du 11 juin.

À 20H30, 2 chars R35, sur 5 annoncés, arrivent et nettoient la ferme ouest de Verberie. Un 3e char arrive à 21H15 et vérifie que la progression ennemie s’est arrêtée entre la station et Verberie. L’action des trois chars a arrêté l’attaque ennemie à l’ouest de Verberie. Les deux autres chars ont été capturés par l’ennemi qui s’en servira le lendemain pour attaquer la Briqueterie et s’emparer traîtreusement du PC du Bataillon.

Extrait de l’historique dactylographié du 94e RI 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 – mai 2012

109e RI, de Crapeaumesnil à Senlis

109e RI

 


DE CRAPEAUMESNIL À SENLIS (9-12 juin 1940)

Du 8 au soir au 12 juin, le 109e participe à une manœuvre en retraite de grande amplitude qui, après un court arrêt sur l’Oise, l’amène sur la position de la Nonette, dans la région de Senlis.

L’intensité de l’effort demandé pendant la marche, dans une ambiance qui s’assombrit peu à peu pour devenir finalement catastrophique, désarticule le régiment et le prive de ses principaux moyens matériels. Cependant, l’épreuve ne l’anéantit pas : après un court repos, les quelques effectifs qui lui restent trouvent encore l’énergie nécessaire pour arrêter l’ennemi.

Le combat de Senlis est une suite d’actions sporadiques livrées immédiatement après une installation hâtive. Inquiétant en un point tant par l’importance tactique du terrain perdu que par les pertes en hommes qui y sont subies, il n’aboutit pas à un important succès ennemi.
En cristallisant l’énergie de tous, l’attitude splendide de certains éléments retarde l’attaque adverse pendant la durée espérée du commandement.


I. – LE REPLI DERRIERE L’OISE
(8 AU SOIR – 10 JUIN)

La journée du 9

À partir de Conchy-les-Pots, le tragique de la situation générale apparaît. Les incendies de villages forment deux demi-cercles de feu à 20 kilomètres environ de part et d’autre de l’itinéraire suivi. Seule une trouée sombre existe, entre Creil et Compiègne, semble-t-il. La traînée d’un rouge sinistre va-t-elle la gagner avant notre arrivée ?

Telle est la pensée des hommes du régiment, dont la colonne s’étend sur plus de 6 kilomètres le long de la route nationale où les villages sont déserts. Le pesant silence n’est troublé que par le piétinement accablé des fantassins, les indications des jalonneurs et, recouvrant le tout de temps en temps, par le fracas d’obus de gros calibre éclatant vers Canny-sur-Matz et Conchy-les-Pots, ou par la rumeur du combat qui parvient des zones où s’est produite la percée ennemie.

Au lever du jour, les premiers éléments du régiment arrivent dans les couverts sud de Belloy, les derniers atteignent Cuvilly. La fatigue est telle qu’un repos est indispensable ; la vitesse de marche est tombée à 2 kilomètres et nombre d’hommes se traînent lamentablement, le corps courbé, le visage terne et semblant hors d’état de continuer. Le commandant du régiment ordonne une halte dans les couverts de Belloy, puis il part à Moyenneville pour prendre contact avec les éléments de la 29e D.I. qui doivent en assurer la garde.

Il n’y trouve qu’un flot d’émigrants poussés par la panique et quelques fractions de corps voisins qui franchissent hâtivement le pont de l’Aronde. Aucune défense n’est établie en ce point. Intrigué, le colonel va jusqu’à Beaupuits. Rien, si ce n’est la queue d’un régiment d’artillerie en marche vers Grandvilliers.

Sans chercher à éclaircir davantage une situation qui lui paraît bizarre, le commandant du régiment revient à Moyenneville. Il y trouve ses secrétaires venus aux renseignements et leur dicte cet ordre pour le commandant Barthe, chef de l’E.M.R.I, resté dans les bois de Belloy : « Chaque fraction exécutera dans les couverts de Belloy une halte de vingt minutes ; il est impossible d’en donner davantage. Les bataillons ne se rassembleront qu’aux cantonnements qui seront indiqués au passage à Grandvilliers ! »

Cet ordre parti, le colonel file vers Grandvilliers. C’est au cours de ce trajet que la situation lui est exposée dans sa simplicité tragique par un officier de l’E.M. 47e DI., lancé à la recherche des chefs de corps. L’ennemi est à Compiègne et à Clermont ; il faut atteindre au plus tôt Pont-Sainte-Maxence où seront donnés de nouveaux ordres. La marche est donc prolongée de 17 kilomètres afin d’échapper à l’enveloppement..

À Grandvilliers, les T.C. sont déjà arrivés ainsi que les jalonneurs, dépassés par les derniers élé¬ments du régiment ; le colonel expédie les premiers à Pont-Sainte-Maxence et, avec les cyclistes et les motocyclistes, attend le régiment. Les fractions qui passent, longuement échelonnées, sont exténuées ; les havresacs ont disparu, mais les armes sont encore au complet. La réaction des cadres et celle des hommes sont à peine perceptibles lorsque la prolongation de la marche leur est annoncée. Aucun murmure ne se fait entendre, le poids de la fatalité marque chacun de son empreinte. On marche machinalement, tête baissée, le regard éteint.

Que se passe-t-il à l’arrière ? Aucun bruit de combat ne parvient et, bientôt, un des derniers jalonneurs arrive ; il rend compte que l’ennemi n’a pas repris le contact et que la queue de colonne a dû franchir l’Aronde. Il est 9H30 lorsqu’un ordre, daté de 6H00 est remis au commandant du régiment :
– la 29e D. I. ne couvre plus le repli sur l’Aronde ; elle doit dégager à l’avance les itinéraires ;
– le repli se fera sous la protection du G. R., puis sous celle d’arrière-gardes d’infanterie installées sur la ligne Sacy-le-Grand – Le Marois – Bazimont – Houdaincourt ; le 109e est chargé de la défense de ces deux derniers points.

Il apparaît bien que cette mission ne sera pas réalisée à temps par les troupes à pied. La section d’éclaireurs moto et les cyclistes présents sont donc dirigés sur Houdaincourt, sous les ordres du commandant de la section d’éclaireurs. Les trois pièces de 25 tractées et de l’infanterie renforceront ultérieurement ce détachement.

Et la marche continue péniblement vers Estrées-Saint-Denis. Jusque-là, il y avait de l’ordre dans les unités. Dès l’arrivée sur la route N.17, le régiment se disloque parce que la chaussée n’est plus praticable aux piétons. Des véhicules de toute nature, de l’artillerie lourde tractée au fourgon hippo, en tiennent toute la largeur, avançant de 100 mètres, puis stoppant pendant de longues minutes. Les bas-côtés sont encombrés de civils en marche vers le sud.

Les fractions en ordre se faufilent d’abord entre les camions, mais bientôt les hommes, ayant perdu toute agilité, fuient l’écrasement. Comme il y a de nombreux véhicules vides, l’autorisation est donnée aux cadres d’y faire monter les unités, et l’ordre est communiqué sur toute la profondeur de la colonne non encore engagée sur la route N. 17 de se rallier à la sortie sud de Pont-Sainte-Maxence, C’est le seul moyen de franchir l’Oise à temps, à condition qu’en tête de l’immense cohue, le mouvement soit régulé.

C’est dans cet espoir que le commandant du régiment fonce, suivi de deux sous-officiers, à motocyclette. Il est bientôt contraint de se plier à l’allure de la masse qui le précède et il est plus de 15 heures lorsqu’il franchit l’Oise, où deux officiers de 1’E.M.47 font régner la discipline. Au passage l’indication du regroupement du régiment est reçue : en bordure ouest de la route de Senlis, à 1000 mètres au sud de Pont-Sainte-Maxence.

Vers 15 h. 30 arrivent les premiers éléments du régiment, une compagnie environ. Des guides sont installés sur la route pour orienter les arrivées suivantes. Au pont de l’Oise, le mouvement est continu et, vers 16H00, des fractions de toutes les unités ont débarqué : elles représentent environ l’effectif de trois compagnies F.V., mais de bataillons différents.

Malheureusement, l’élan est bientôt rompu. Des avions ennemis surviennent et, en toute quiétude, attaquent la longue colonne à la bombe et à la mitrailleuse. Une bombe fait jouer le dispositif de destruction du pont, qui s’abîme dans l’Oise… Sur une dizaine de kilomètres, camions, voitures auto et hippo, voiturettes, étroitement imbriqués, sont immobilisés au nord de la rivière. La troupe les abandonne et, par les bas-côtés ou en pleins champs, reprend sa marche vers Pont-Sainte-Maxence.

Près des maisons du pont soufflées par l’explosion et où l’incendie fait bientôt rage, il se passe des actes d’héroïsme. Oubliant l’étape de 50 kilomètres qu’ils viennent d’accomplir et la faim qui les tenaille, des hommes, énergiquement encadrés, organisent un va-et-vient avec des barques trouvées sur la rive, des portes, des tonneaux. Des blessés sont ainsi ramenés sur la rive sud.

Par la suite, une passerelle d’écluse, découverte à 2.000 mètres à l’est du pont, sert de passage, mais en colonne par un. Les armes lourdes des bataillons et de la C. R. E. sont encore à 5 kilomètres au nord. Elles seront amenées cependant en partie jusqu’à l’Oise ; quelques mitrailleuses sont portées sur la rive sud, les autres sont précipitées dans la rivière. Les canons de 25 n’ont pu dépasser la colonne des véhicules ; les servants les mettent hors d’usage. Les voiturettes doivent être également abandonnées.

Au crépuscule, Pont-Sainte-Maxence est parcourue par des isolés appartenant à de nombreux régiments et à toutes les armes. A la sortie sud, c’est le désordre. Les guides du 109e n’arrivent plus que très difficilement à se faire entendre des hommes du régiment, étroitement mélangés aux autres isolés dans un vacarme assourdissant. Ils réussissent cependant à en récupérer quelques centaines ; d’autres vont camper non loin du bivouac sans le savoir ; d’autres, enfin, ne quitteront le flot qui les entraîne qu’aux environs de Senlis. Ils rejoindront en plein combat.

Ainsi se termine cette journée du 9 juin. Le régiment a échappé à l’étreinte ennemie, mais il n’a plus de T.C. hippo, plus d’armes lourdes et un nombre important de ses hommes, même parmi les plus braves, sont tombés anéantis de fatigue dans un fossé de la route avant de franchir l’Oise. Par ailleurs, la rivière est à peine gardée par des éléments clairsemés du 94e R.I ; bien que l’ennemi n’ait pas encore repris le contact, le détachement replié de Houdaincourt est installé de part et d’autre du pont, selon les indications du commandant de la division.
Et, sur la ligne même de cette mince couverture, face aux maisons de la rive droite qui flambent, le colonel rend compte au général des péripéties de cette dure journée. L’effectif récupéré ne sera vraiment connu que le lendemain matin. Pour le moment, un silence absolu règne au bivouac ; un sommeil pesant a abattu cadres et hommes. Sur la route, le regroupement des retardataires continue. Enfin, pour hâter la remise en état de la troupe, l’officier d’approvisionnement amène des vivres au bivouac qu’il a réussi à trouver après avoir sauvé la quasi-totalité de son T.R.

La journée du 10

Après un repas littéralement dévoré, l’appel est fait aux premières heures du 10. Les vides sont nombreux : la moitié de l’effectif du 7 au soir, mais nous espérons en retrouver plus tard. Le moral remonte car, lorsque des volontaires sont demandés pour aller récupérer des armes sur la rive droite, l’ennemi n’étant pas encore en forces, il faut en réduire le nombre. Parmi les actes de bravoure accomplis au cours de cette mission, voici celui du groupe franc du II /109e, commandé par le lieutenant Perceval, dont nous avons relaté la conduite à la cote 101, le 8 juin au soir.

Vers 11 heures, pendant que le caporal-chef Leroy et quelques hommes aident les brancardiers à dégager morts et blessés des décombres du pont, le chef de groupe franc reçoit l’ordre de repasser sur la rive droite et de couvrir une récupération de matériel. S’il est attaqué par l’ennemi, il devra se replier. Le sergent Lanteres, les soldats Debruère, Pignard, Desresmais et le sergent-chef Belperrin, celui-ci de la C. A. 2, l’accompagnent.

Il est près de midi quand le détachement arrive sur les bords de l’Oise, à 400 mètres à l’ouest de la passerelle. Sur la rive opposée, un soldat français demande du secours. Immédiatement, le groupe franchit l’Oise en barque. Ce soldat, c’est le chasseur Pierre du 71e B. C. P.

Invité à attendre, près de la barque, le retour de la patrouille, il répond : « II reste un capitaine et trois sous-officiers de mon bataillon dans la ville, je veux vous accompagner. » Il n’a pas vu d’ennemis dans les rues, mais désigne, à 400 mètres au nord de la passerelle, une ferme occupée par les Allemands.

Se basant sur ces renseignements, le groupe, suivi du chasseur Pierre, longe l’Oise à l’abri de la berge, jusqu’à la hauteur des premières maisons. Elles ne sont séparées de la rivière que par de petits jardins entourés de murs et un chemin de terre. Les hommes, montés sur la berge, vont bondir dans les jardins. A ce moment, des rafales de mitraillettes les plaquent au sol. Un râle et un bruit de chute dans l’eau : c’est le sergent Lanteres qui, atteint de plusieurs balles, la poitrine rouge de sang, tombe à la renverse dans l’Oise. Deux Allemands, embusqués dans les jardins, sont abattus, mais, des maisons, l’ennemi continue à tirer. Le sergent-chef Belperrin est blessé à la jambe, le chasseur Pierre est atteint par plusieurs balles à la poitrine et aux cuisses. Ils sont portés sur la barque.

Du sergent Lanteres qui a les deux bras croisés sur la poitrine, il ne reste qu’un cadavre qu’entraîne le courant. Le lieutenant Perceval nage vers lui, le saisit par un pied, essaie vainement de le ramener. Le soldat Debruère tente un effort désespéré, mais inutile ; quelques bulles montent à la surface, puis on ne voit plus rien… Le repli est ordonné.

Pendant ce temps, les Allemands, embusqués aux fenêtres des maisons, continuent à tirer sur la barque. Enfin, sous la protection des F.M. du 94e R.I. en batterie sur la rive gauche, le groupe franc repasse l’Oise emmenant les deux blessés.

Au bivouac, la matinée est marquée par le survol de nombreux avions ennemis et par l’arrivée d’un ordre concernant la défense de l’Oise. Il est en cours d’exécution lorsqu’un contre-ordre arrive : « La division va s’installer vers Senlis, dans les défenses du camp retranché de Paris. »
À peine reposées, les unités du 109e vont entreprendre pesamment une marche de 15 kilomètres.

 

II. – LE COMBAT DE SENLIS (11-12 JUIN)
L’installation (10 soir -11 matin)

Au 109e est confiée la défense du centre de résistance de Senlis, de part et d’autre de la route de Paris. Les précisions seront données à Senlis où se trouve le P.C. du commandant du centre.

Le régiment est amputé de son 2e bataillon, affecté à la 23e demi-brigade qui a beaucoup souffert lors du repli de la veille. Il lui reste la valeur d’un bataillon au total, y compris la C.R.E. qui, ainsi que les compagnies d’accompagnement des bataillons, agira comme compagnie de fusiliers-voltigeurs. Mais, selon les renseignements, les ouvrages sont déjà occupés par des éléments du camp retranché. Il s’agit donc simplement de les renforcer ; les I et III / I09e sont maintenus avec leurs effectifs du moment.

À partir de 16H00, les balles claquent sur les rives de l’Oise. Des éléments ennemis sont signalés vers Pontpoint et Roberval ; bientôt, dans cette dernière direction, le bruit de la fusillade descend vers le sud.

Jalonné par les cavaliers du groupe de reconnaissance, l’itinéraire passe par le carrefour de Pontpoint, Chamant, Villemétrie ; la traversée de Senlis est interdite. Sous quelques tirs de harcèlement, le régiment s’ébranle à 20H00 et, lentement, reprend sa marche en direction du carrefour de la Muette que son chef lui a donné comme point de première .destination, avant de partir lui-même à Senlis pour se mettre au courant de sa mission.

Le P.C. du centre de résistance est dans le point d’appui du « Château » (P.A.2). Le colonel y accède peu après un tir ennemi d’artillerie lourde longue qui obstrue, non loin de là, la patte d’oie des routes menant de Senlis à Pontarmé, à Creil et à Compiègne. Ce bombardement a fortement impressionné les occupants de Senlis qui, composés d’hommes de vieilles classes et de recrues indigènes, reçoivent le baptême du feu ou revivent, dans une atmosphère infiniment moins martiale, leurs souvenirs de 1914-1918. Le capitaine Millet, commandant du centre de résistance, s’efforce de remonter le moral avec une belle crânerie. Il y parvient peu à peu, mais ne cache pas ses appréhensions au commandant du régiment. La garnison des ouvrages est composée de ces vieilles classes, de spahis qui, hier encore, étaient instruits à Senlis et de marins servant des pièces de 47 ; ces éléments disparates ne sont amalgamés ni tactiquement, ni surtout moralement. Quant aux effectifs, ils sont réduits à une trentaine d’hommes par point d’appui dont chacun est organisé de manière à être occupé par une compagnie au complet ; or, de Senlis au sud-est de Villemétrie, il en existe cinq et les compagnies du 109e compteront de 20 à 50 hommes au début du combat…

Rendez-vous est pris pour le 11 à l’aube, au P.C. Millet d’où les guides conduiront les unités du 109e. Dans cette nuit noire, les reconnaissances seraient inopérantes et, en raison de l’extrême fatigue de la troupe qui est en butte à des tirs de harcèlement, il faut que tous les cadres, chefs de bataillon inclus, demeurent auprès d’elle.

Il est une heure lorsque, après avoir repris liaison avec la colonne, le colonel arrive au P.C. qui lui est fixé : la maison forestière de la Muette. A la lisière de la forêt, un escadron de spahis est déployé. Installé au début de la nuit entre Oise et Nonette avec mission retardatrice, il a reçu l’ordre de se replier avant que le contact soit pris avec l’ennemi. Peu après, cet ordre est généralisé ; les troupes indigènes partiront vers l’arrière dès leur relève. Décidément, la lutte semble devoir reposer entièrement sur le 109e.

Les premiers éléments du régiment arrivent vers 3H00 au carrefour de la Muette. L’épuisement est total ; à peine arrêtés, cadres et hommes s’abattent d’un bloc et dorment d’un sommeil profond, malgré la fraîcheur très vive de l’aube. Un repos est accordé jusqu’à 6H00 aux éléments arrivés, puis commence le mouvement qui est une relève partielle. Tout se passe sans accroc, malgré la traversée du terrain découvert qui sépare la lisière nord de la forêt des rives de la Nonette, car un événement fortuit favorise ce déplacement. Le ciel est soudain obscurci par une épaisse couche de fumée d’où descendent des particules de suie : ce sont les incendies des dépôts d’essence de la région parisienne qui camouflent ainsi l’occupation du terrain.

Le 3e bataillon occupe P.A.1, P.A.2 et une barricade à la sortie de Senlis, ainsi que le bois qui fait face à l’Hôtel-Dieu. Le Ier bataillon tient P.A.3, P.A.4 et P.A.5. La C.R.E., arrivée à 11H00, et les secrétaires, cuisiniers, etc… du 3e bataillon, sont installés à la lisière nord-est de ta maison forestière de la Muette, que le personnel du P.C.R.I. organise en point d’appui.



La journée du 11 juin

La fin de l’installation (7H00) coïncide avec le début de la prise de contact à la gauche du sous-secteur, alors que la liaison n’est pas encore établie avec les voisins de ce côté. Le tir des mitrailleuses ennemies se déplace peu à peu vers le sud et aucune réaction amie n’est perceptible du P.C.R.I. Cependant, des tirs exécutés par un F.M. de la 10e compagnie réussissent à arrêter les éléments qui s’avancent vers le terrain de manœuvre. De ce côté, l’affaire en restera là pendant toute la journée du 11, la 29e D.I., voisine de gauche, ayant poussé son G.R. vers le terrain de manœuvre à midi.

Il n’en est pas de même à P.A.1. Ce point d’appui est ainsi organisé et occupé :
- 2 ouvrages bétonnés en construction, armés d’un canon de 25 et occupés au total par 1 sous-officier et 4 spahis ;
- 1 élément de tranchée tenu par 2 sous-officiers et 6 spahis ;
- 1 mitrailleuse agissant en D.C.A., servie par 3 hommes et 1 mitrailleuse enfilant le chemin du moulin ;
- 4 spahis sont installés au pont détruit de la Nonette avec mission « d’incendier les blindés ». Cette faible garnison est renforcée par les 15 hommes de la 11e compagnie avec un F.M. et le point d’appui passe aux ordres du capitaine Labouyse, adjudant-major du 3e bataillon, secondé par l’adjudant Jean Martin.

La lutte est très brève. Trente minutes après l’arrivée de ce renfort, alors que la garnison est au travail, une section de fantassins ennemis surgit du pont de la Nonette, surprend les spahis qui s’y tiennent et une dizaine d’hommes du 109e occupés à creuser un emplacement de combat au sud du chemin de l’Hôtel-Dieu-des-Marais. C’est le désarroi : quelques coups de 25 sont tirés, le F.M. des hommes du 109e s’enraye, les spahis se replient et les Allemands de même, car une rafale de 75 survient fort opportunément. La mitrailleuse de tir à terre est actionnée ; privée d’affût, elle est maintenue en position de tir par un homme couché sur le dos et tenant la pièce par les tourillons. L’adjudant Jean Martin assomme un Allemand qui était resté sur la position et voulait le ceinturer…

Mais deux soldats du 109e sont tués, le capitaine Labouyse, l’adjudant Bornet et six soldats sont blessés, il reste deux ou trois hommes qui, totalement isolés, se replient sur Senlis et le bois de la Muette sans être inquiétés par l’ennemi ; ils y rejoignent ceux qui, capturés au début de l’action, se sont libérés à la faveur du bombardement ami. P.A.1 est perdu et sa chute coïncide avec d’importantes infiltrations dans P.A.2, dont les organisations, implantées dans la partie sud de Senlis, barrent la route de Paris.

ll y a là, occupés et servis par des hommes de vieilles classes et des marins :
- 1 canon de 75, 1 canon de 25, 1 canon de 47 de marine ; ces pièces battent les deux rues qui forment la route de Paris après leur réunion au sud de la Nonette ;
- 3 F.M. 1915 : 2 avec la pièce de 75, 1 avec le canon de 25.

Toutes ces armes sont installées dans des emplacements de fortune. Le « château » de Senlis devait constituer l’ossature du point d’appui, mais aucune organisation n’y a été entreprise.

C’est l’adjudant-chef Spatz qui, avec 20 hommes de la 11e compagnie du 109e, renforce P.A.2 et sera l’âme de la défense (croquis n° 4).

Il est à peine arrivé à B, où il a installé son P.C., que deux groupes d’infanterie allemande apparaissent. Il prend lui-même le F.M., laisse approcher l’ennemi et tire ; les deux groupes sont anéantis. Quelques instants plus tard, il ouvre le feu sur des motocyclistes… Puis le calme renaît.

Spatz va alors se rendre compte de la situation en A ; il y trouve la pièce de 75 abandonnée, les deux F.M. enrayés, deux blessés et deux morts. Dans la rue, il aperçoit un groupe important d’ennemis rassemblés à qui le chef donne des ordres. Il met un des F.M. en état de servir, tire deux chargeurs et détruit le bel objectif qu’il a pris pour cible.
Il part chercher un sous-officier et un homme qu’il poste en A. À ce moment, un obus éclate contre le bouclier de 75 et blesse Spatz à la cuisse. B étant calme, il y vient se faire panser. Mais un char est signalé au carrefour et semble hésiter sur la direction à suivre. Le canon de 25 est pointé et chargé. Le blindé se dirige vers B, s’arrête et repart plusieurs fois. Spatz attend, comptant en voir apparaître d’autres, mais ce char est seul ; il approche lentement, cherchant certainement un objectif. Un premier obus l’immobilise, un deuxième le perce en pleine tourelle.

Malgré la blessure qui le fait souffrir, l’adjudant-chef retourne en A. Le sous-officier et le soldat amenés en renfort, il y a un instant, sont mourants et les Allemands neutralisent le poste par un tir violent de mitrailleuses. Il décide donc d’abandonner A et de baser la défense sur B et D. Après avoir récupéré un marin laissé seul en C, il installe un groupe au carrefour E.

L’artillerie donne quelque répit à ce détachement en tirant sur les carrefours situés de part et d’autre du château. Vers 14H00, le groupe franc Richard, avec qui marchent le commandant Jacquot et le capitaine Legueu, apparaît au carrefour E ; il part en avant pour nettoyer les deux rues aboutissant au château. Spatz accompagne cette magnifique formation. Il est alors grièvement blessé ; une balle lui fracture le tibia. Le sergent-chef Holweg et deux hommes l’emportent sous les rafales d’armes automatiques. A peu près au même instant, le lieutenant Richard est tué à la tête de ses hommes, mais ces sacrifices ont permis de rétablir la liaison avec le « château » où commande le capitaine Millet
Or, cette garnison vient de manifester des signes de lassitude. Il a fallu refouler de la lisière du bois de la Muette une partie de ses hommes, qui s’y étaient repliés sans ordre.

Le commandant du régiment n’a aucune réserve depuis le début du combat. Il songe cependant à dégager ou reprendre le château avec sa C.R.E., qui représente une unité constituée d’une quaran¬taine d’hommes, au moral élevé. Mais faut-il lui faire quitter les emplacements qu’elle occupe déjà à la lisière nord de la forêt alors que le château est peut-être abandonné entièrement par sa garnison ? Le trou que son départ créera dans la ligne ténue installée à la lisière risque d’être exploité par une avance ennemie, que tout laisse supposer comme probable : bombardement incessant de la lisière par l’artillerie, tirs intermittents de la 10e compagnie à l’ouest de la route de Paris et renseignements du I / 109e, annonçant la prise de contact sur le front du P.A.3,

Une décision du général commandant la division lève l’hésitation du commandant du régiment ; le G.R. est mis à sa disposition à 14H30, Cette belle unité arrive à 15H00 au P.C.R.I. ; un de ses pelotons renforce la défense de la 10e compagnie non encore liée à la D.I. de gauche, un autre renforce le Ier bataillon, le reste est maintenu en réserve. L’ordre est alors donné à la C.R.E. de dégager P.A.2.

Le capitaine Habert décide de mener cette action avec une quinzaine d’hommes placés sous son commandement direct. Le lieutenant Maupin amènera le reste de la compagnie sur nouvel ordre.
Un spahi connaissant parfaitement le terrain sert volontairement de guide au détachement qui débouche de la forêt à 16H00. A la sortie sud de la ville, il prend contact avec le groupe franc du 3e bataillon qui, comme nous l’avons vu plus haut, a nettoyé les rues qui mènent au château.
De fait, le détachement y arrive sans essuyer un coup de feu. Il trouve là une dizaine d’hommes au moral très bas ; ils sont affaissés. Aucune surveillance aux fenêtres et portes, aucun aménagement de combat. Les blessés se lamentent dans le hall.

Le capitaine Millet informe le capitaine Habert de la présence de groupes ennemis dans le parc d’où ils harcèlent les défenseurs. Les deux officiers décident d’exécuter une sortie avec les hommes du 109e, ceux qui composent la garnison étant hors d’état de fournir un tel effort. L’action se fera en deux temps :
- nettoyage des abords du château par un groupement commandé par le capitaine Habert ;
- pousser tout le détachement sur la Nonette, sous les ordres du capitaine Millet.

Vers 16H4, le groupement Habert tente de s’infiltrer dans le parc. Dès son premier bond, des tirs de mitrailleuses l’arrêtent et le contraignent à revenir à son point de départ.

Le deuxième temps est alors exécuté. Sous l’impulsion des deux officiers, le détachement s’élance en faisant feu de toutes ses armes. La progression continue malgré le tir adverse. L’enthousiasme est général. Le soldat Breton., muni de son F.M., s’installe crânement au milieu de la chaussée et, debout, injurie l’ennemi invisible en le conviant en combat singulier. Des hommes arrivent sur la Nonette et s’installent dans un lavoir, conduits par le sergent-chef Deneux. Il est 18H00.

Sentant leur flanc menacé, les groupes ennemis se retirent au nord de la rivière. La mission est donc remplie. Elle a coûté un tué (le spahi qui s’était offert comme guide) et six blessés dont quatre graves : leur évacuation est assurée.

Le château est organisé par le reste de la C.R.E. amené par le lieutenant Maupin. Le capitaine Millet prend le commandement d’ensemble.

Mais le répit sera court. De nombreux effectifs allemands débarquent au nord de Senlis et, bientôt, repassent la Nonette, s’infiltrant de chaque côté du château. L’insuffisance des munitions et la fatigue des combattants incitent alors le capitaine Millet à donner l’ordre de repli, qui s’opère à 22H00, à la faveur de la nuit. P.A.2 est également perdu.
Au cours de cette journée du 11, la prise de contact s’étend peu à peu vers l’est. L’ennemi se présente à 9H30 devant le pont de Villemétrie, défendu par P.A.4, qui est ainsi organisé et armé :
- 3 abris légers bétonnés pour armes automatiques ;
- 3 abris légers sous rondins ;
- 1 grand abri de repos, de repérage facile, la terre de la fouille formant une grande tache blanche au milieu d’un champ de blé ;
- le pont n’est pas miné, mais deux lignes de mines légères y sont posées. Un réseau de barbelés à trois panneaux couvre le front du P. A. ;
- l’armement comprend 3 F.M.15, 1 mitrailleuse Hotchkiss, 2 canons de 25 ; il existe 2.000 coups au total pour les armes automatiques. 3 FM. 29 sont amenés par les hommes du 109e R.I.

La garnison comprend :
- une poignée de soldats du 74e, disciplinés, avec 3 sous-officiers énergiques ; 18 vieux soldats qui ont combattu en 1914-1918. Ils traitent le lieutenant Roux de « jeune » et lui précisent que leurs paquets sont arrimés sur leurs bicyclettes, parce que leur rôle n’est pas de se battre. Le lieutenant leur fait comprendre « qu’il est décidé à abattre ceux qui ne lui obéiront pas ». La suite du combat devait, écrit le lieutenant Roux, « montrer que ces gens étaient, en général, capables de bien faire, à condition d’être mis dans le creux. »
- d’excellents éléments du 109e : l’adjudant-chef Eymeri, l’adjudant Culson, le sergent Bourgeois, le caporal Vitrey, et 40 hommes. Ils renforcent les précédents et utilisent les armes de secteur laissées par les spahis.

Le sergent Buisson et deux soldats sont volontaires pour servir la mitrailleuse. La pièce est installée dans un abri destiné à un canon de 25 qui n’est pas en place et dont le créneau, trop large, sera meurtrier. A l’extrême droite du P.A., le sergent Bourgeois et un caporal, jeune séminariste, sont installés, les pieds presque dans l’eau, avec un F.M. 29 et un F.M. 15.

Le lieutenant Roux, un des héros de Beuvraignes, commande P.A.4. Pendant que ses hommes s’installent rapidement, il termine sa reconnaissance par le pont, dont il amorce les mines antichars alors que les premiers coups de mitraillette claquent.

La grande visibilité des créneaux est très tôt démontrée. À son P.C., Roux a juste le temps de s’aplatir pour échapper aux balles qui pénètrent à l’intérieur. Le feu ennemi devient rapidement nourri et meurtrier. Au créneau de la mitrailleuse, le sergent Cuisson et les deux servants sont blessés et la pièce est enrayée. Sous les balles, l’adjudant-chef Eymeri va remplacer Buisson, remettre la pièce en état et réconforter les blessés qui ne pourront être évacués que de nuit. Le point d’appui est la cible des tirs d’infanterie et d’artillerie adverses. En progressant par bonds. Roux parvient néanmoins à établir la liaison avec ses différents groupes.

Vers 14 heures, il se rend compte du ralentissement du tir de ses armes automatiques et, pendant une accalmie, un gradé vient lui annoncer à trop haute voix qu’il n’y a plus de munitions. Il a fallu, en effet, tirer sans cesse sur des éléments qui se déplacent par petits paquets dans la rue principale de Villemétrie, ou apparaissent aux fenêtres, ou progressent par bonds vers le pont.

Cette nouvelle est entendue des Allemands et bientôt une voix chaude, persuasive jaillit de leur côté : « Ne tirez plus, les gars, vous n’avez plus de munitions, déposez les armes et venez avec nous ! »
Très inquiet. Roux se demande quelle va être la réaction de sa troupe répartie sur une trop grande étendue pour qu’il en puisse toucher personnellement tous les groupes dans un délai que la situation exige très court. Il prend alors une décision de chef. Il bondit en terrain découvert et, à pleine voix, clame un mot prononcé jadis en pareille circonstance, insulte l’ennemi et ordonne à ses hommes de tirer. De place en place, des rafales très courtes de F.M. et de mitrailleuses répondent à son adjuration. Rassuré, Roux regagne son P.C. non sans avoir été copieusement salué par les rafales rageuses des Allemands.

À la nuit, le ravitaillement en munitions est réalisé. Le maréchal des logis Moser, du G.R.D.I, arrive avec 9 cavaliers et 3 F.M. Le moral est excellent.

L’ennemi n’a pas plus de succès devant P.A.3 qu’animé le capitaine Simonpieri, commandant la 1ère compagnie du 109e. Le système défensif, l’armement et les effectifs de ce P. A. sont les suivants :
- 3 abris bétonnés pour F.M. et un ouvrage plus important pour une mitrailleuse et un F.M. ; des éléments de tranchées inachevés et ne communiquant pas entre eux ;
- 1 canon de 25 et l de 47 de marine. Placés dans des abris non terminés et mal camouflés, ces deux pièces seront neutralisées dès le début de la prise de contact ;
- 1 mitrailleuse de 13,2 servie par des hommes du 212e R.I, non instruits ; la pièce ne pourra être mise en œuvre.
- le lieutenant Foléa, 17 sous-officiers et 78 hommes du 109e. Un blanc d’eau protège le P.A. au nord.

L’ennemi prend contact à 14H00 comme à P.A.4, il cherche à atteindre le moral des défenseurs : « Français, rendez-vous, la guerre est finie. » De même, la réponse de la Vieille Garde gicle des postes de combat. Quelques motos et une voiture blindée s’approchent alors du pont, mais se retirent sous le feu des défenseurs.

Le bombardement commence vers 15H00. Sous sa protection, plusieurs motos et des blindés avancent sur la route nord de la Nonette ; pris à parti par F.M., ces ennemis se retirent précipitamment, laissant même une voiture blindée sur place.

Le sort de P.A.5 inquiète davantage le commandant du régiment, car les nouvelles en sont inquiétantes. Là commande le lieutenant Larousse, secondé par les sous-lieutenants Granier et Liebert. La 3e compagnie, qui en compose la garnison, compte environ 35 hommes extrêmement fatigués et les organisations ainsi que l’armement qu’elle a trouvé sont à peu près nuls :
- aucun emplacement bétonné ;
- quelques ouvrages en superstructure, non achevés, profonds de 0 m 50 environ et qu’il est impossible de creuser davantage, l’eau apparaissant au-dessous de cette profondeur ;
- 2 F.M. 1915 et quelques fusils, aucune arme antichar.

L’ennemi rôde déjà à proximité du point d’appui, au nord de la Nonette, quand la 3e compagnie s’installe. Il réussit bientôt à s’infiltrer sous bois pendant que le point d’appui est l’objectif de l’artillerie allemande.

Vers 20H00, un compte rendu du commandant du Ier bataillon signale la situation critique de P.A.5, dont la garnison est presque entièrement encerclée. Peu après, un renseignement venu de l’arrière signale la chute du point d’appui. Un peloton du G.R. est alors envoyé au carrefour du Poteau de la Victoire, avec mission de couvrir la droite du I / 109e pendant la nuit et de rechercher la liaison avec le régiment voisin.
Fort heureusement, la situation est infiniment moins critique qu’elle apparaissait dans ces comptes rendus. Vers 23H00, le commandant Chauvelot fait connaître que P.A.5 est toujours tenu par la 3e compagnie et que, de ce côté, l’ennemi ne semble pas avoir franchi la Nonette avec des éléments importants.

En cette fin de journée du 11 juin, l’ennemi a été maintenu au nord de la Nonette, sauf à l’ouest du sous-secteur où la situation est sérieuse.

Le coup de main de la C.R.E. a eu pour effet de retarder l’ennemi dans sa poussée au sud du cours d’eau. Il n’en demeure pas moins que l’agglomération de Senlis est perdue. L’ennemi y sera probablement en force à l’aube et les effectifs exsangues du régiment ne permettent plus que de tenir sur place. Si les brillantes actions du groupe franc du III / 109e et celles de la C.R.E. ont fait une impression profonde sur les combattants de la lisière de la forêt, l’artillerie ennemie cause de cruels ravages parmi eux. Le poste de secours régimentaire, installé en plein air près du P.C.R. I., fonctionne sans interruption depuis midi.
Cependant, quoique manquant d’outils depuis la catastrophe de Pont-Sainte-Maxence, les hommes ont pu aménager, dans le courant de la journée, des trous de tirailleurs au pied des arbres ; des mitrailleuses et des F.M. ont été amenés par les officiers de l’I.D. qui sont allés les chercher à Paris et le G.R., quoique cruellement réduit en effectifs, lui aussi, est prêt à agir.

Le colonel décide donc de tenir à la lisière nord de la forêt ; les P.A.3, 4 et 5, attaqués plus tard que les précédents et vigoureusement défendus résisteront sur place. La section d’éclaireurs motocyclistes établit la liaison entre la 10e compagnie et les éléments de toutes sortes qui jalonnent la lisière au nord de la Muette ; elle s’installe à leur hauteur en bordure de la route de Paris. A minuit, la C.R.E. occupe le bois en L, saillant boisé situé à 1.000 mètres nord-est de la Muette d’où elle flanquera P.A.3. Le groupe franc du 3e bataillon demeure à la barricade du faubourg Saint-Martin en poste d’écoute. Le groupe d’appui (2 batteries) est prêt à exécuter un tir d’arrêt au plus près de la forêt, sur la route de Paris.

L’effort principal de la défense est ainsi porté au sud de Senlis, dans la zone qui commande l’importante pénétrante formée par la route de Paris et que barre, à hauteur du P.C.R.I, une section de 47 de la B.D.A.C., commandée par le lieutenant Tixier-Vignancourt.

La journée du 12

La nuit est marquée par des tirs de harcèlement fréquents sur la lisière de la forêt au nord et au nord-est de la Muette et vers P.A.5 ; de ce côté, le peloton du G.R., installé au carrefour Poteau-de-la-victoire, subit des bombardements qui le privent de la moitié de son effectif. Sur la route de Paris, le groupe franc du III / I09e est fréquemment inquiété. Mais tout le dispositif tient

Vers 3H00, le commandant du régiment a l’heureuse surprise de voir arriver à son P.C. les capitaines Hugo et Fady de la lère D.C.R. Ces officiers devancent un détachement composé d’une compagnie de chars 35 R et d’une compagnie de chasseurs portés mis à la disposition du 109e par le général commandant la division. Malheureusement, ces unités sont réduites à 5 chars et la valeur de deux sections de chasseurs… Elles arrivent vers 5H00 au carrefour de la Muette.

Ces faibles effectifs, bien fatigués par les marches et contremarches qu’ils ont effectuées la veille avant d’être affectés à la 47e D.I, participeront au maintien de l’intégrité de la position dans la région de la route de Paris, la plus importante et la plus menacée. L’ordre qui leur est donné fixe :
- leur mission : agir en direction carrefour de la Muette – bois en L ou carrefour de la Muette – corne N du bois est du terrain de manœuvre. L’objectif sera, soit le bois en L, soit la lisière nord du bois situé à l’est du terrain de manœuvre ;
- les modalités d’exécution : le détachement sera actionné par le commandant du régiment. Position de départ et de ralliement des chars : carrefour de la Muette.
- l’action de l’artillerie : appui direct des deux batteries de 75 de part et d’autre de la route de Paris à la sortie sud du faubourg Saint-Martin. Tirs de protection du 155 demandés sur la lisière sud de Senlis déjà bombardée la veille par l’artillerie lourde de la division.

L’arrivée de cet intéressant renfort coïncide avec celle d’une cinquantaine de soldats du régiment qui, égarés depuis le passage de l’Oise, ont réussi à retrouver leur unité malgré le désarroi qui règne à l’arrière. Quoique non remis de sa blessure, le lieutenant de Mollans est à leur tête. Le colonel peut donc renvoyer au P.C.D.I. le G.R., moins ses pelotons engagés. Il répond ainsi à un ordre du général, lui prescrivant de remettre cette unité à sa disposition dès qu’il l’estimera possible ; elle constituait la seule réserve de D.I, lorsque le général l’avait envoyée pour renforcer le 109e.

Jusqu’à 17H00, l’ennemi s’efforce de resserrer le contact qu’il a pris la veille ; il sera maintenu à distance par le feu et par un coup de boutoir lancé au sud de Senlis.

Dans la matinée, des éléments d’infanterie franchissent la lisière sud de Senlis et, utilisant les vergers, progressent vers le bois en L et le saillant forestier sud de l’Hôtel-Dieu-des-Marais. Stoppés par les feux de la C.R.E., de la 10e compagnie et des éléments divers qui tiennent la lisière entre ces deux saillants, l’ennemi reflue. À l’est, il s’enterre à la lisière de la ville ; à l’ouest, il ne dépasse pas les couverts de l’Hôtel-Dieu.
Mais des effectifs importants sont signalés dans Senlis et l’artillerie adverse bombarde sans arrêt la lisière du bois et les batteries amies. Vers 9H00, une trentaine de blessés passent au poste de secours et leur nombre s’accroît sans cesse ; la lisière est à peine tenue par des hommes clairsemés, épuisés par la fatigue et les privations. Bientôt, les minen entrent en action. Malgré les tirs qui la visent, notre artillerie riposte énergiquement sur les lisières et les carrefours de Senlis, contraignant de nombreux groupes allemands à changer fréquemment d’emplacements. La C.R.E., moins violemment bombardée dans son bois en L, exécute des « tirs au lapin » sur tout ce qui bouge devant elle. Quoique des renforts lui parviennent sans cesse, l’infanterie ennemie ne progresse pas, mais il est certain qu’elle attend le moment qui lui semblera favorable pour se ruer en avant. Pour comble de malheur, le détachement de la 1ère D.C.R. reçoit l’ordre de partir avec une autre mission, hors de la zone d’action de la 47e D.I. Des comptes rendus alarmants sont alors envoyés au commandant de la division qui ne peut que répondre de tenir quand même.

Vers 14H00, désireux d’en imposer à l’ennemi, le colonel autorise le commandant Jacquot à tenter un coup de main sur la bifurcation sud de la ville, en avant de la barricade dont les défenseurs n’ont plus de munitions. Le commandant Jacquot prend sous son commandement le groupe franc de son bataillon et une vingtaine d’hommes de la 11e compagnie, ayant à leur tête l’adjudant Jean Martin, dont nous avons vu l’action dans P.A.l la veille.

L’opération est menée très rapidement, sous un feu d’infanterie et d’artillerie des plus violents. Le commandant Jacquot charge l’adjudant Martin de tenir la barricade et d’interdire les infiltrations venant de l’hôpital. Puis, prenant avec le capitaine Legueu la tête du groupe franc, il atteint rapidement la barricade de la fourche. Les maisons situées dans le voisinage sont vite nettoyées à la grenade, tandis que les fusiliers tirent en marchant sur tout ce qui sort des maisons.

La situation est parfaitement rétablie, mais les pertes sont malheureusement sévères. Il faut signaler la belle attitude du sergent-chef Cathelin et du soldat Motreuil, du groupe franc, qui, ayant épuisé toutes leurs munitions, demeuraient debout dans la rue et injuriaient leurs ennemis. Ravitaillés, ils reprirent la lutte avec une telle ardeur que, le soir, ils s’effondrèrent, littéralement « forcés » et durent être évacués. L’exploit du soldat Breton était ainsi remarquablement réédité,

À 17H00, l’infanterie allemande n’a pas encore avancé, mais les pertes éprouvées du fait de l’artillerie ennemie et des minen deviennent catastrophiques. Entre la 10e compagnie, réduite à 30 hommes, et la C.R.E., moins cruellement touchée, la lisière est tenue, sur un front de 500 mètres, par une dizaine d’hommes. L’ennemi restera-t-il dans l’expectative, jusqu’à la tombée de la nuit ? Il semble attendre l’épuisement complet des défenseurs que l’action énergique du groupement Jacquot lui fait entrevoir comme non entièrement obtenue. Ses avions survolent la forêt, à très basse altitude depuis midi.

La situation est meilleure dans les autres points d’appui.
De P.A.3, des infiltrations blindées sont signalées à 10 heures dans les couverts nord de la Nonette. Rien ne Se produit jusqu’à 17H00.
Devant P.A.4, la garnison arraisonne des petits groupes qui défilent sans arrêt de Senlis vers Villemétrie, par la rive nord de la rivière. Certains d’entre eux se sont probablement installés dans les arbres, certainement dans les couverts et derrière les volets des maisons. Tout mouvement devient impossible à l’intérieur du point d’appui à partir de 10H00, du fait de la fusillade ennemie et surtout du pilonnage de l’artillerie dont les tirs s’abattent tantôt sur les organisations, tantôt sur le P.C. du commandant Chauvelot, situé en arrière, à la lisière du bois.

Pendant les accalmies, l’avion d’observation vient constater les dégâts et le tir recommence. L’artillerie amie riposte de son mieux, souvent efficacement, mais ces deux batteries sont insuffisantes pour répondre aux demandes qui arrivent sans cesse et, sur ordre du commandant du régiment, elles agissent par priorité aux lisières sud de Senlis. Cependant, les pertes de la garnison de P.A.4 sont légères et l’ennemi n’a pas encore tenté de franchir la Nonette.

Enfin, devant P.A.5, les Allemands se contentent de maintenir un contact étroit. A 18H00, la menace ennemie est toujours à l’état latent, mais son artillerie a totalement anéanti les occupants de la lisière, entre la 10e compagnie et le bois en L tenu par la C.R.E.

C’est à ce moment qu’arrivé un renfort qui permet de voir la situation sous un jour moins sombre : le Ier bataillon du 107e R.I. est mis à la disposition du commandant du 109e. Le commandant du régiment décide de donner à cette unité la garde de la partie de la ligne de résistance qui s’étend de la route de Paris incluse au bois en L inclus et de regrouper au carrefour de la Muette les éléments épuisés du 109e.

La reconnaissance de terrain est immédiatement entreprise, sous le bombardement, par le colonel, le chef de bataillon et son mitrailleur. De retour au P.C.R.I. où les commandants de compagnie sont rassemblés, le commandant Validire donne ses ordres et leur exécution est commencée, quand l’ordre de repli parvient au commandant du régiment…

Il est 20H30. Le bombardement d’artillerie et celui des mortiers d’infanterie visent maintenant la 10e compagnie. Des groupes ennemis s’insinuent entre les maisons de la lisière de Senlis ; ils sont stoppés par les feux de la C.R.E.

La rupture du contact s’opère aisément dans les couverts de la forêt de Pontarmé, même pour les garnisons de P.A.3 et P.A.4 qui décrochent de nuit. La C.R.E. assure la sûreté du mouvement jusqu’à 23 heures.

Le 109e reprend sa marche accablée vers Villeparisis, lieu de première destination qui lui est assigné.
Certes, le 109e n’a pas été énergiquement suivi au cours de sa retraite et, à Senlis, l’ennemi s’est borné à prendre un contact étroit. Mais n’est-ce pas à son attitude au feu qu’est due la prudence de son adversaire ?
Après les deux journées très dures des 7 et 8 juin, le régiment réussit à atteindre l’Oise, après une étape de 50 kilomètres exécutée devant la vision d’un demi-cercle de feu qui menace de se fermer totalement autour de lui, sous la mitraille des avions, au milieu du lamentable spectacle qu’offre la route de Pont-Sainte-Maxence dès l’aube du 9, et qui menace de se terminer sur la rive nord de la rivière après la destruction catastrophique du pont qu’il devait franchir. Malgré la lenteur de la marche due à l’épuisement physique ou au manque d’entraînement, les motorisés ennemis ne le rejoignirent pas. L’énergie déployée au cours des combats antérieurs est certainement un des éléments déterminants de cet événement.

Le courage manifesté pendant l’étape qui dura vingt heures en moyenne, sans autre repos qu’une halte de vingt minutes et sans ravitaillement, permit au 109e d’échapper à la menace venant du nord et des directions de Compiègne et de Clermont. Le 10 au matin, il manifestait de nouveau sa vitalité sur les rives de l’Oise ; le groupe franc Perceval en témoigne éloquemment.

À Semis, l’attaque allemande ne se produisit pas. Cependant, dès le début de la matinée du 11, le contact était effectif dans la ville et terminé sur tout le front du régiment vers 14H00 avec infanterie et blindés. Dès 7H00, la Nonette était franchie par surprise à Senlis, devant une vingtaine d’hommes encore incomplètement installés.
La situation en resta à ce point jusqu’au moment du repli. Toutes les tentatives de l’ennemi pour exploiter ce succès échouèrent devant l’attitude d’une poignée d’hommes résolus à lui en imposer. Les actions risquées par le commandant Jacquot, le capitaine Habert, le lieutenant Richard ; la splendide défense statique du lieutenant Roux, de l’adjudant-chef Spatz et de tous les éléments disséminés le long de la lisière, de la forêt de Pontarmé comptent certainement encore parmi les causes de stagnation d’un combat entrepris cependant par des troupes supérieures matériellement, physiquement et au moral exalté par la victoire.

Une fois de plus, le 109e a rempli sa mission, mais il est épuisé. C’était une troupe encore solide, qui rompait le contact le 8 au soir. C’étaient des hommes exténués qui composaient les unités exsangues, luttant désespérément les 11 et 12 devant la prise de contact allemande. Ce sont des ombres qui se dirigent maintenant vers un avenir que l’espérance n’éclaire plus.

Extrait de : Colonel MARCHAND Edmond, Un régiment de formation au feu, Editions Berger-Levrault, Paris 1947 (109e RI)

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 – mai 2012)]

170e RI, 2e Bataillon (11e DI)

170e RI, 2e Bataillon

170

 

Le 5 juin au matin lors du déclenchement de l’attaque allemande sur l’Aisne, le II/170 occupe la rive sud de l’Aisne depuis Vic-sur-Aisne inclus jusqu’à Port exclu.
Les trois compagnies de F.V. sont en premier échelon.

– A gauche, la 5e Cie (De Laître), à cheval sur le pont de Vic-sur-Aisne, assure la défense de la tête de pont de Vic, la gauche du pont, la défense de la rive sud de l’Aisne et du carrefour de la Vache Noire, couvrant l’axe de pénétration : Vic – cote 140 – Coeuvres.

– Au centre, la 6e Cie (Cholet), occupe la rive sud de l’Aisne en face de la cote 56 jusqu’à hauteur de la sortie est de Roche.

– A droite, la 7e Cie (Martin), occupe la rive sud de l’Aisne en face du hameau de Vaux, en liaison avec les éléments de la 16e Demi-Brigade.

- Le P.C. du bataillon est installé aux abords de la cote 140.

Le 5 juin dans la journée, rien à signaler dans le quartier sauf le tir d’une pièce à longue portée en batterie dans la forêt de Saint Gobain qui envoie quatre obus qui encadrent le pont de Vic sans causer de pertes.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, refluent sur la rive sud de l’Aisne les T.C. et C.R. de la 87e DI.

Le 6 juin au matin, entre 9H30 et 11H00, ont lieu des bombardements successifs par avions sur les colonnes d’artillerie et les T.C. de la 87e Division sur Vic et la cote 140. La route de la Vache Noire est coupée par endroit par des cadavres de chevaux et par des voitures.

Route de Vic-sur-Aisne à 140, après bombardement d’un convoi d’artillerie, 6 juin 1940.
Cliché paru dans un numéro de l’Hirondelle, organe des Anciens du 170e RI.

Dans la nuit du 6 au 7 juin s’effectuent le repli des éléments de la 87e DI. Certains de ces éléments sont regroupés dans Vic. Le Capitaine De Laître s’emploie à les rallier et même à les ravitailler avec ses propres vivres, et à les réorganiser. Les derniers éléments de la 87e DI franchissent le pont de Vic entre 10H00 et 1H30, heure à laquelle se termine leur passage.

Vers 13H00 des éléments ennemis prennent contact aux barricades est de Vic (section Pillard) puis aux barricades nord-est (section Destrem).

A 13H30, le Capitaine De Laître donne l’ordre de repli aux sections de la tête de pont. La section Destrem, accrochée par l’ennemi, se replie par la partie ouest du village et franchit la rivière en barques.

A partir de 13H50 les premiers éléments de la 6e Cie signalent que des éléments ennemis (motocyclistes puis groupes de fantassins) arrivent dans Port.

Le pont saute à 14H36 au moment où des cyclistes allemands allaient s’y engager.

A partir de 15H00, l’ennemi borde la rive nord de l’Aisne, sur tout le front du bataillon. Deux soldats allemands sont tués au fusil par un homme de la 6e Cie au débouché de la route venant du calvaire de la cote 56.


Combats du 8 juin 1940

Devant la 5e Cie

A partir de 7H30 tirs de mortiers immédiatement à l’Est du pont où les Allemands vont tenter jusqu’à 9H00 le franchissement de la rivière sur des sacs « Habert » qu’ils transportent depuis un hangar. Le franchissement fut arrêté par le feu des mitrailleuses de la section Weber (tué au cours des combats) et par le tir des mortiers de 60 m/m.

Vers 10H30, l’ennemi ayant franchi devant la 6e Cie, l’adjudant Peysonnerie, du P.A. de la Vache Noire, reçoit l’ordre de reconnaître sur la droite un bois et de prendre la liaison avec la 6e Cie. Il constate à ce moment-là que l’ennemi s’infiltre dans la zone de la 6e Cie mais ne menace pas le flanc droit de la 5e.

Le Capitaine De Laître n’a plus de liaison avec sa section de gauche, la section Couraud, en position à l’ouest et à 400 mètres du pont. Les agents de transmission qui y sont envoyés ne reviennent pas. A 10H00 l’ennemi attaque le flanc droit de la Cie précédé par des prisonniers français.

Vers 12H00, le lieutenant Destrem avec une partie de sa section reçoit l’ordre de contre-attaquer à droite du talus (300 mètres de l’Aisne) pour reprendre la liaison avec la 6e Cie, mais pris à parti par les armes automatiques ennemies, il ne peut déboucher et organise sur place un P.A. couvrant le flanc droit de la Cie.

La Cie débordée complètement sur son flanc droit et sans liaison avec sa gauche, tient sa position jusqu’à 20H00. Elle décroche alors et gagne le point de rassemblement du bataillon par la Vache Noire, la ferme de Thézy et le Chatelet. Elle rejoint Tannières à 22H00 avec trois sections de F.V, une section de mitrailleuses avec matériel ramené sur roues, un canon de 25 et un mortier de 60.

La section Couraud avec laquelle la liaison était perdue depuis 12H00 était restée sur sa position, en liaison avec la 2e Cie. Vers 3H00 du matin le Sous-Lieutenant Couraud allant chercher la liaison avec son Capitaine rencontra des mitrailleurs qui lui apprirent que la 5e Cie s’était repliée, sa section décrocha en plein jour en deux groupes. L’un commandé par le Sergent-Chef Pierre piqua droit sur le sud par Courtieux et rejoignit le bataillon au château de Montauban. L’autre groupe sous les ordres du Sous-Lieutenant Couraud se replia sur Jaulzy mais n’est pas rentré dans nos lignes.

Devant la 6e Cie

A 5H45 le soldat Gangloff entend dire en allemand sur la rive nord « attention les gars, dans un quart d’heure on commence ». Il va en rendre compte immédiatement à son chef de section.

A 6H00 en effet, l’ennemi déclenche un violent tir de minen sur les sections Mestre et Gasche. Trois barques amenées sur la rivière tentent de traverser en 15-96. Prises sous un feu violent des F.M du groupe Lercher deux des barques coulent, la 3e part à la dérive. Le franchissement est appuyé à partir de 6H30 par les tirs d’une base de feux installée sur la croupe est de Port dirigée contre les organisations des sections Mestre et Gasche.

A 6H45 nouvelles concentrations de minen, à 7H45 radeaux et un groupe de vingt nageurs traversent et attaquent avec succès un groupe de la section Mestre. A 7H5 le groupe Lercher, avec lequel se trouve le Lieutenant Mestre et qui a son F.M hors d’usage, tire avec ses armes individuelles sur les éléments ayant pris pied sur la rive sud.

L’ennemi continue à franchir l’Aisne en face du trou créé dans la section Mestre qui semble avoir disparu. L’ennemi élargit sa brèche en prenant à parti la section Gasche placée à l’est de la section Mestre, puis progresse en direction du sud. Il est pris à parti par les mortiers de 60 sur le point de franchissement, par des feux de mitrailleuses de la section du Lieutenant Grisvald en batterie sur la ligne de soutien.
La ligne de soutien est alors bombardée par l’ennemi et prise sous les feux ennemis en position de tir au sud de port. L’ennemi progressant vers le sud arrive au contact de la ligne de soutien où il est arrêté. Le tir d’arrêt de l’artillerie amie est exécuté à 9H00 sur la rive nord de l’Aisne.

A 10H30, l’ennemi s’est emparé du front des sections Mestre et Gasche qui ont disparu sur les bords de l’Aisne. Il a débordé par l’ouest la ligne de soutien et arrive sur la voie ferrée et la Route Nationale en direction de Montois.

Vers 12H00, le Lieutenant Cholet se replie sur Ressons avec la section Gayaud, sa compagnie étant débordée sur sa gauche et la 7e menacée d’encerclement sur sa droite s’étant repliée sur Mainville. Les éléments de la 6e Cie se joignent dans la ferme de Ressons aux éléments du GRDI 87 et de la 7e Cie.

Devant la 7e Cie

Par ordre du Chef de Bataillon, quelques hommes de liaison avec un sous-officier à bicyclette ont été détachés le 7 au soir au point de passage de Port.

Le 8 juin à partir de 7H00, bombardements sur le port et Gorgny. La section David, sur l’Aisne arrête net une tentative de franchissement en barques.

Mais l’ennemi repousse fortement à l’est les éléments de la 8e DI qui se replient. Le point d’appui des sections de la route nationale est bientôt au contact de l’ennemi face à l’est. La section Simon qui faisait face au nord et à l’ouest dans ce point d’appui est portée sur un nouvel emplacement face à l’est.

A 9H00, l’ennemi progresse dans la zone de la 8e DI et franchit la voie ferrée ainsi que la route nationale. A 10H00 il occupe Gorgny, il est pris à parti par les mortiers de 60.

Entre 12H00 et 15H00, la situation s’aggrave par suite de la progression de l’ennemi dans la zone de la 6e Cie.

A 13H00 le capitaine Martin donne l’ordre de repli à la section David restée sur les bords de l’Aisne. En reportant son P.C au château de Mainville, il constate que Ressons est occupé par l’ennemi et que la section Claudon de sa Cie qui s’y trouvait a disparu. Il donne l’ordre de repli aux sections occupant le P.A de la route nationale.

Se repliant alors vers 14H00 sur la ferme de Ressons se retrouvent les éléments du GRDI 87, quelques hommes de la section David et de la section Simon, la section Dufour de la 7e Cie et la section Gayaud de la 6e Cie.

Le Capitaine Martin venu en liaison à la cote 140 vient à la ferme de Ressons où il ne trouve plus personne. Il se replie alors avec les sections David ainsi que les hommes de la section de commandement de sa Cie sur Montigny-Langrain et rejoint le bataillon dans le ravin de Tannières vers 20H00.

Le Lieutenant Cholet, avec les sections Dufour et Gayaud se replie par le ravin de St Baudry sur la ferme de Pouy où les sections Dufour et Gayaud résisteront toute la journée du 9 juin avec les éléments du 9e Zouaves. Ils rejoindront le bataillon à Chelles le 10 au matin.

Le P.C du bataillon installé aux abords de la cote 140 était au courant de la situation de la 6e et de la 7e Cie dont il recevait les agents de transmission. Il ne reçut rien de la 5e Cie avant 14H00.
L’ennemi qui s’était infiltré entre les 5e et 6e Cie arriva vers 10H00 à Montois et au château. Un point d’appui fut organisé autour du P.C du bataillon avec la section Laurent de la 6e Cie, le groupe de mitrailleuses de la section Legrand, les sections de commandement de la CA2 et du bataillon.

Ce point d’appui arrêta à 11H00 la progression d’éléments ennemis vers 140. A partir de 11H00 des infiltrations furent signalées entre 140 et la ferme de Ressons. Le château de Montois est occupé par un effectif d’une compagnie. Des abattis ont été exécutés sur la grande route allant à 140 pour la barrer.

Vers 13H00, le Chef de Bataillon recevait l’ordre par radio du régiment de se replier sur le ravin de Courtieux. Cet ordre ne fut exécuté qu’à 14H55. le Chef de Bataillon se replia sur Tannières avec la section de commandement et tout son matériel. Le capitaine Eveno fut laissé au réduit de 140 avec une section de F.V et le groupe de mitrailleuses pour continuer à barrer l’axe 140 en maintenant la liaison si possible avec les éléments du GRDI 87 et les éléments du bataillon occupant Ressons de manière à couvrir leur axe de repli.

Ordre était donné au Capitaine Eveno de résister, mais de se replier avant encerclement. C’est ce qu’il fit sous la pression de l’ennemi vers 17H00.

A ce moment-là d’ailleurs, la ferme de Ressons était occupée par l’ennemi et les éléments qui s’y trouvaient s’étaient repliés vers le sud.

Un tir de 105 ami fut exécuté par l’artillerie à 14H45 sur le château de Montois qui avait été signalé occupé par l’ennemi.
L’ennemi réagit par de violents tirs sur la région 140, réglés par survol de l’aviation qui devait d’ailleurs suivre des éléments allemands sur le plateau.

Le bataillon se regroupa dans le ravin de Tannières où il prit la liaison à gauche avec la Cie Bontemps, à droite avec les éléments du 18e Tirailleurs à Montigny.

Le bataillon se replia ensuite sur ordre pour gagner sa nouvelle position de la crête nord-est de Hautefontaine et l’ouest du ravin de Sailly.


Journée du 9 juin 1940

3H00 du matin, le bataillon est installé :

– 5e Cie, avec trois sections et une S.M à cheval sur la route Hautefontaine à la vallée, à hauteur du hangar, face à une crête située à 200 mètres et en liaison à droite avec le 18e Tirailleurs.

– 7e Cie, avec deux sections et un G.M à gauche de la 5e Cie, face au débouché du ravin de sailly en liaison à gauche avec la 2e Cie

– Le P.C du bataillon est installé au chenil du château de Montauban

Au cours de la matinée, d’après les survols d’avions et les tirs d’artillerie, l’attaque allemande se poursuit au nord de Croutoy, au sud de Hautefontaine. L’après-midi la progression allemande semble s’accentuer vers Croutoy en direction du sud.

Des premiers éléments du Ier bataillon sont signalés comme refluant sur le château de Montauban.

A 15H00 le Capitaine De Laître signale une attaque imminente et demande le tir de barrage. A ce moment des avions qui nous survolent bombardent violemment les lignes allemandes sur tout notre front (on n’a jamais pu déterminer s’ils étaient français ou allemands).

Le Chef de Bataillon décide de se porter au château de Montauban de manière à pouvoir surveiller l’axe de repli vers Chelles et de couvrir le flanc gauche du bataillon. Les sections de commandement du bataillon et de la CA2 occupent le mur du château face au nord et au nord-est, gardant les axes et recueillant les éléments en repli.

Vers 17H00, les Cie Martin et Bontemps se replient sur le château de Montauban. Elles n’avaient pas reçu l’ordre et on suppose que le mouvement a été provoqué par le retrait par le Capitaine De Laître de sa section de gauche (Peysonnerie) en liaison avec la 7e Cie, pour la porter à droite de son dispositif en liaison avec les Tirailleurs.

Les Cie Bontemps (séparée de son Chef de Bataillon, passe aux ordres du commandant du II/170) et Martin débouchent du château à 18H00 pour reprendre leurs emplacements ; à ce moment la Cie De Laître signale que les Allemands massent des troupes dans la vallée et se renforcent en arrière de la crête, en avant de lui. De m^me une colonne allemande avec des engins blindés motorisés se masse dans le ravin de Sailly.

A 21H00 a lieu la contre-attaque du III/26 en direction de Croutoy ; quelques temps avant le Capitaine De Laître avait demandé le tir d’arrêt. Néanmoins les positions sont maintenues jusqu’à l’heure du décrochage qui a lieu à partir de 23H00. La 7e Cie forme l’arrière-garde sur l’axe Montauban-Chelles. La 5e Cie se replie par Hautefontaine. Vers 2H00 du matin le II/170 arrive à Chelles, le bataillon comprend :
- section de commandement (Adjudant-Chef Huart)
- 5e Cie (Capitaine de Laître) avec trois sections et un mortier de 60
- 6e Cie (Lieutenant Cholet), ses éléments qui restent sont incorporés dans la 7e Cie.
- 7e Cie (Capitaine martin) à trois sections et un mortier de 60
- CAB2 avec trois groupes de mitrailleuses, un groupe de 81 et deux canons de 25.


Journée du 10 juin 1940

Le bataillon relève à Chelles un bataillon de pionniers faisant partie d’un régiment de la 87e DI.
- La 5e Cie défend les issues du centre sud du village.

– La 7e, qui vient de récupérer la section Dufour et quelques éléments de la section Gayaud occupe la partie nord et le chemin de Vigneules en liaison avec le III/26 au sud de Martimont.
- La C.A est répartie entre les Cies de bataillon.

– Le P.C du bataillon, qui était au début dans le village se reporte vers 10H00 en arrière de la sortie nord de Saint-Etienne pour avoir des vues sur Chelles et au-delà, barrer la route et au besoin l’axe Roylaye / Saint-Etienne en couvrant le flanc gauche du bataillon. Ce déplacement, aperçu par l’avion ennemi est fortement marmité par l’artillerie ennemie. Le capitaine Eveno reste à Chelles pour prendre le commandement du point d’appui composé d’éléments des 5e et 7e Cie.

Le Chef de Bataillon qui disposait depuis le 9 au soir à Montauban d’un sous-officier de liaison d’artillerie, reçoit le Lieutenant Daum comme officier de liaison et dispose des feux d’un groupe de 105.

A 5H30 des cavaliers sont venus prendre contact aux lisières nord de Chelles et ont été refoulés par la Cie Martin. L’ennemi exerce sa pression au sud de Chelles sur Berognes qu’occupe le GRDI87 et pénètre sur la croupe sud-ouest de Chelles où il sera arrêté toute la journée par les Tirailleurs.

L’après-midi l’ennemi tentera à deux reprises de lancer des colonnes de camions dans Chelles. Une première tentative est arrêtée net au centre du village, des camions débarquant des éléments venant du chemin de terre des hangars sud de Hautefontaine sont arrêtés ainsi que des éléments débarqués, par le tir des mitrailleuses en batterie dans la rue principale du village et par un tir d’arrêt du groupe de 105 qui cause de fortes pertes à l’ennemi. Une autre colonne de camions venant par la route du ravin sud du château de Montauban est arrêtée par le tir des mitrailleuses de la 7e Cie, vers le moulin de Vichelines un camion flambe. Le tir d’arrêt de l’artillerie amie se déclenche. Il y a des pertes parmi les éléments débarqués : des brancardiers et des ambulances viennent chercher les blessés. Le motocycliste orienteur de cette colonne a été tué sur la barricade du centre du village de Chelles. Ses documents ont été remis au commandement.

A 18H00 le Chef de Bataillon reçoit l’ordre de se replier au sud de la forêt de Compiègne, mais étant donné que le décrochage ne peut se faire que de nuit au contact de l’ennemi dans un fond, il n’aura lieu qu’à partir de 21H30. C’est d’ailleurs l’heure de décrochage des éléments de Tirailleurs qui sont à notre droite.

Le décrochage s’effectue sans incident à partir de 21H45, la 5e Cie forme l’arrière-garde. Tout le matériel est ramené en arrière.


Journée du 11 juin 1940

Rouville et bois au sud :

Le bataillon qui arriva dans le bois vers 10H00 reçoit d’abord un quartier déjà occupé par des éléments du 140e et 225e RI.
A 22H00 il se porte en réserve de DI à Nanteuil-le-Haudouin.


Journée du 12 juin 1940

Organisation des barricades sous le bombardement d’artillerie et d’aviation ennemie à Nanteuil-le-Haudouin, carrefour nord. A partir de 21H00 repli du bataillon sur la Marne.

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 – janvier 2009)

406e R.A.D.C.A., 302e batterie

406e R.A.D.C.A., 302e batterie

Historique

 

(La 302e Batterie formait avec la 301e Batterie le Groupe 82/406 du Groupement N°1 des F.T.A. de la VIIe Armée en juin 1940, elle était équipée de canons de 75 modèle 32).

 

9 novembre 1939 : Formation du COA de Chârtres par le Lieutenant-Colonel Darcourt. Cantonnement de halte à Saint-Germain-en-Laye.

11 novembre : Mise en batterie à St Leu-d’Esserent par Creil (Oise) 12H30 position de 301e batterie sœur à Cinqueux, et du P.C du groupe au Plessis-Pommeraye (Cdt Valleriaux)

16 novembre : Installation du poste d’écoute E1 à Précy-sur-Oise

21 novembre : Installation du poste d’écoute E2 à Gouvieux

18 décembre : Arrivée de 100 fantassins de Marseille

25 décembre : Noël, inauguration de la cantine

7 mai 1940 : Tir de 61 coups

9 mai : 76 coups. Tir de nuit

10 mai : Attaque allemande sur la Hollande, la Belgique, le Luxembourg, la France. Mort du Lieutenant Farineau au cours du bombardement de Suippes. Commencement du survol de la batterie par les Lioré 45 de la base de Bruyères.

16 mai : Passage dans St Leu des premiers réfugiés de l’Aisne et de Belgique. Les Allemands seraient à 20 km de Laon. 18H envol de 18 Bloch de Chantilly et 5 Lioré vers le nord.

17 mai : Depuis trois jours une division blindée allemande a percé en direction de Laon bousculant trois divisions d’infanterie française. Front à ce jour Marle – Montcornet – Rethel. Bombardement de Compiègne. Passage de 7 Heinkel 111 et de 1 DO 17

18 mai : Installation de la 291e batterie à St Wast-lès-Mello. Batterie repliée de Laon. Premier bombardement de Creil, Saint-Leu, Précy (6 bombes à Saint-Leu, dégâts nuls). Heinkel, 1 Dornier sur Creil, St leu, Bruyères. On parle de deux avions abattus par la DCA et un par la chasse.

21 mai : Gros raid sur Senlis, Compiègne, Creil. 10H30 un DO 17 abattu par un Potez 63, équipage fait prisonnier au Plessis-Pommeraie. Un Morane 406 piloté par le Capitaine Tchèque Sulerzyki atterrit en panne d’essence à côté de la batterie. A ce moment arrivée de 120 Dorniers qui bombardent Creil, St Leu. La batterie tire 250 coups en 5 minutes. Evacuation immédiate de la population de Creil et St Leu.

22 mai : 6H10 tir sur deux Heinkel 111. En fin de soirée retour de la population de Saint-Leu. Pointe allemande vers la Manche par la vallée de la Somme.

23 mai : Bataille de Boulogne

24 mai : Tir sur 1 Dornier et 3 Messerschmitt

26 mai : Tir sur plusieurs avions allemands, 1 Heinkel est touché soit par la chasse soit par la DCA. 3 des 4 hommes de bord sautent en parachute et sont faits prisonniers par la 302e batterie.

28 mai : L’armée belge dépose les armes. Menace sur Dunkerque

29 mai : Etude d’une position de repli à Gouvieux

1er juin : Gros bombardement à St-leu, Montataire. Mitraillage de la batterie.

2 juin : Départ pour prendre position à Roye-sur-Matz (Somme). Prêt à tirer à l’aube du 3 juin. L’héroïque Boisumault tue sa première truie en 3 coups de mousqueton.

3 juin : Matinée d’un calme complet. 12H ordre de regagner la position de St-Leu. On entend sans les voir les 350 avions qui se dirigent sur Paris pour le fameux bombardement. 19H départ de St Leu.

4 juin : Réinstallation à St-Leu. Tir à 8H30. Dernière évacuation de Dunkerque. Commencement de l’offensive de la Somme.

5 juin : Un Glenn Martin (USA) 167W à cocardes françaises bombarde Creil à 1100m d’altitude. Sitôt après passage de 14 Dorniers 17. 100 coups tirés, mauvais tir de la batterie.

8 juin : Dans la soirée départ de la batterie pour Gouvieux. Mise en position à l’aube du 9. PC du Colonel Tourn …. ? 5 km au sud de Magny. On entend les premiers éléments ennemis sur l’Oise. Réunion de l’Etat-major chez le Colonel Bertot à Verberie. Noire ( ?) 7e Armée tient mais les armées de droite et de gauche sont enfoncées. Il faut se replier et pourtant à la position de 302e on prépare les éléments d’un tir de 75 de campagne contre les chars qui déboucheraient sur les crêtes de la rive droite de l’Oise. Dans la journée Creil a été très démoli et incendié. Au crépuscule on voit les rougeurs de Senlis en feu. Le pont de Creil est détruit. La batterie est levée en position de route. L’infanterie est massée dans les bois de Chantilly. La fermeture des barrages de la route Gouvieux-Chantilly vers 3H30 au matin fait réveiller la batterie. Les barrages réouverts vers 5H, la batterie attend l’ordre de repli. 13H30 : ordre de se replier par Lamorlaye, Luzarches, Survillers, Louvres. Mise en position à Villeron (sucrerie).

11 juin : L’incendie des dépôts d’essence de la Basse-Seine provoque un brouillard noir inquiétant jusqu’à 15H. Levée de la position à la nuit, direction Villepinte. On entend le canon très proche.

12 juin : 4H du matin, départ pour Malnoue par Lognes (Meaux est pris). Journée calme. La 302e batterie est attachée au groupement sud (Colonel Bartoli) de F.T.A. de la 7e Armée. Position de la batterie dans les meules de foin, cantonnement à l’auberge « La chaumière » à Malnoue

13 juin : Départ pour Saint-Sauveur par Melun à 24H. Emerainville, la Queue-en-Brie, Férolles-Attilly, Brie-Comte-Robert, Melun.

14 juin : 8H, mise en batterie à Orgenoy, dans les balles de paille. Tir. 20H, départ pour Perthes, Milly, Malesherbes, Puiseaux, Beaumont du Gâtinais, Mondreville, Préfontaines. Arrêt à 24H en route.

16 juin : 10H, à Préfontaines pas de mise en batterie, les Allemands ont pris Paris le 14 juin, Versailles le 15. Départ par Gondreville, Moulon, Ladon, Bellegarde, Pont de Châteauneuf-sur-Loire, Sigloy, Tigy, Vannes-sur-Cosson, Sennely, Vouzon ; 22H.

17 juin : Mise en batterie à Lamotte-Beuvron. Tir direct sans pointage à volonté sur un Do 17 qui bombarde le village. Le Ministère Pétain, Reynaud, Flandin, Weygand demande l’armistice. 20H, départ pour Romorantin, Selles, Saint-Aignan, Châtillon-sur-Indre, Azay-le-Ferron, Le Blanc.

18 juin : Mise en batterie à 15H à Sauzelles, les Allemands sont à Montluçon, Vichy, au sud de Lyon et de Nantes. Les plénipotentiaires sont en conversation.

22 juin : 13H30, départ pour Le Blanc (bombardement), Mézieres-en-Brenne, Buzancy, Vierzon, or Vierzon vient d’être occupé par les Allemands. Retour vers Sauzelles. Panne de la cuisine roulante. Départ de Sauzelles à 19H pour Saint-Savin, Montmorillon, Moulismes, Saint-Germain, Confolens, Saint-Claude.

23 juin : Saint-Claude, 9H.

24 juin : Départ de saint Claude, 18H, par Cussac, Bussière-Galant Saint Yriex, Lanouaille, Saint-Rabier, Montignac, Campagne, Le Coux, 9H (arrêt à Saint Mathieu).

25 juin : ordre de mise en batterie à Saint-Cyprien, 15H. L’armistice est signé.
La 302e batterie a tiré 1762 obus.

Jean Margot (Archives familiales Mat02)

Jackie Muchembled, porte-drapeau de l’Amicale du 406e RAA,
cérémonie de Remiencourt, 2012 (photo J.ph. Mathieu)

Source : Historique dactylographié communiqué par Daniel Vincent

Marc Pilot, Picardie 1939-1945, mai 2012

610e Régiment de Pionniers

Caporal Jean HERVAGAULT

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  610e Régiment de Pionniers, 1er Bataillon, 1ère Compagnie

 

Durant des années, les vacances du jeune Jean-Yves Hervagault se déroulèrent suivant le même rite immuable : il venait en famille se recueillir sur la tombe d’un soldat inconnu inhumé à Montdidier. Ce pouvait-il que cette tombe renferme la dépouille de son père ? Malgré les incertitudes, il s’en était convaincu peu à peu.

Le 18 mai 1994, un retraité de Montdidier qui retournait son jardin mettait à jour des ossements avec quelques effets personnels dont une montre gousset. A l’intérieur, une gravure sur le couvercle : Jean Hervagault, Val d’Izé. Jean-Yves, devenu prêtre, pouvait enfin faire son deuil et procéder aux obsèques de son père le 11 juin 1994.

Le 610e Régiment de Pionniers, unité indépendante du 10e CA, fut mis à la disposition de la 4e DIC le 4 juin 1940 et quitta Saint-Martin-le-Nœud pour la Somme 1 Le 5 juin, la 1ère Compagnie est mise à disposition du II / 2e RIC à Dommartin. C’est de ce village que Jean Hervagault enverra sa dernière lettre à sa famille le 6. A partir de ce moment il partagera le sort du 2e RIC et la capture.

Fait prisonnier à Angivillers le 10 juin, il entame un long trajet à pied sous un soleil de plomb avec plusieurs milliers de ses camarades. Pierre Durand a également été capturé à Angivillers, dans une prairie à quelques centaines de mètres du clocher. « Les Français étaient fouillés, pour voir si nous n’étions pas armés. Quant à nos camarades africains ils devaient se mettre « à poil », et ils étaient fouillés car ils cherchaient un couteau qui avait servi à couper la gorge à un gardien. A Montdidier, avant de monter en ville, il y a un pont sur un cours d’eau, et j’ai vu sauter à droite 5 ou 6 camarades qui étaient derrière moi, et si moi aussi j’avais pensé à la soif, nos sentinelles ont eu vite fait de faire leur œuvre.

Et nous voilà 3000 montant au calvaire de Montdidier, nous n’avions pas pensé à nous évader, car nous étions surveillés par un régiment de SS, des chefs soit disant, mais je ne pouvais pas regarder tellement ils me faisaient peur.

Sur la place de Montdidier, votre père mon cher Jean-Yves, qui était sûrement un bon patriote, aperçoit un camarade qui vient de s’écrouler après tant d’autres, un sénégalais, il va le secourir et lui donne à boire. Ce n’était pas du goût de la sentinelle qui lui ordonne de rentrer dans le rang. Selon ses camarades il voulait simplement le sauver ; altercation entre les deux hommes, bousculade pour le faire rentrer dans le rang.

Voilà la scène telle que je l’ai vécue : un bruit anormal, un camarade visiblement bousculé par un gardien à 3 ou 4 mètres de moi, je l’ai vu et entendu crier « Vive la France ! ». Une détonation et il s’écroule là ».2

Selon d’autres sources, Jean Hervagault conscient du danger aurait imploré le gardien : « Ne me tuez pas, j’ai une épouse et trois enfants ». Un coup de crosse, une détonation et c’en est fini. Le bourreau n’était certainement pas un SS, c’est la 10e Panzer, le régiment GroßDeuchtsland en particulier qui opéra le coup de filet dans le secteur d’Angivillers. Des massacres y furent commis, d’autres suivirent durant le trajet vers la captivité.

Une plaque apposée par le Souvenir Français rue Aristide Briand rappelle le martyre de Jean Hervagault.

 

Sources :

Archives famille Hervagault
JMO du 610e Régiments de Pionniers

© Marc Pilot – Picardie 1939-1945 – septembre 2008


Des Sénégalais de l’an 40 … dans l’Oise

En consultant les dossiers de la Cour de justice de l’Oise, qui s’est tenue d’octobre 1944 à octobre 1945 à Beauvais, j’ai pu percevoir le sort souvent tragique dont été victimes des soldats africains enrôlés dans l’armée française et désignés sous le terme générique de « Sénégalais ». La plupart des événements évoqués dans ces dossiers se sont déroulés en juin 1940.

Il faut d’abord rappeler le contexte. La ligne Weygand joignait la Somme, une partie du canal de Saint-Quentin, le canal Crozat qui reliait la Somme à l’Oise, le canal de l’Aisne à l’Oise, enfin l’Aisne à l’Argonne. La ligne de front dessinait un saillant important d’Offoy à Chauny. Le pivot du dispositif était la ville de Noyon. Les divisions chargées de la défense de la zone comprenaient de nombreux régiments coloniaux, des « zouaves » aussi bien que des tirailleurs algériens ou des « sénégalais ». Le 8 juin, à l’ouest du département, la VIIe armée du général Frère avait cédé. Deux régiments de tirailleurs sénégalais avaient été anéantis et les quelques survivants fusillés sur place au mépris des lois de la guerre en usage jusqu’alors. Le 12 juin 1940, le général Weygand donne un ordre de retraite général. La 4e division d’infanterie coloniale est disloquée. Dans sa zone de repli, des massacres de Sénégalais perpétrés par les Allemands ont lieu dans l’Oise à Angivillers, Lieuvillers, La Neuville-Roy, Cressonsacq et Erquinvillers. Dans la débâcle, des combattants ont pu se trouver isolés de leur unité : c’est l’origine des faits évoqués quatre ans plus tard devant la cour de Justice de l’Oise.

Le 26 juin 1940, un certain Hardy 60 ans, manouvrier à Cambronne-les-Ribécourt, était informé qu’un soldat Noir se cachait dans une ferme vidée de ses habitants. Il ramenait à son domicile pour le restaurer et l’héberger ce soldat de l’armée française qui avait échappé jusqu’alors aux recherches de [1]. Il était accompagné d’un sieur Defouloy. Hardy fut aperçu avec le Noir par une dame D…..née Lucienne P….., 30 ans,qui alla aussitôt alerter les Allemands en bicyclette. Ces derniers guidés par la dénonciatrice vinrent s’emparer du soldat, le dépouillèrent de ses attributs militaires et l’emmenèrent. Le soldat aurait été fusillé le lendemain à Thourotte.

 

Témoignage de la dame D…..s :

«  Vers la fin de juin 1940, ayant aperçu un soldat sénégalais de l’armée française qui se cachait à Cambronne-les-Ribécourt, j’ai été impressionnée et suis partie immédiatement immédiatement en bicyclette. Arrivée sur la route nationale, j’ai vu une moto side-car montée par trois soldats allemands, je leur ai fait signe de s’arrêter, ce qu’ils ont fait, je leur ai alors dit qu’un soldat sénégalais se cachait à Cambronne-les-Ribécourt. Je les ai guidés jusque chez Hardy où ils ont capturé ce soldat. C’est la peur de voir un homme noir qui m’a fait agir aussi bêtement  ».

 

Sous l’Occupation, Lucienne D….. est partie travailler en Allemagne comme volontaire. Revenue en France, elle a été tondue à la Libération et condamnée le 12 avril 1945 à 4 ans d’emprisonnement et à l’indignité nationale.

 * * * * * 

En juin 1940, Jules A….., aide garde-chasse à Erquery, 52 ans et maire provisoire du village,est prévenu par l’institutrice que 5 soldats indigènes se sont réfugiés depuis une semaine chez un habitant de la commune. Parmi eux, on compte deux blessés. Il va les chercher et les conduit à la Kommandantur de Clermont.

 

Témoignage de Jules A….. [2] :

«  Je suis persuadé d’avoir agi en bon Français et d’avoir sauvé la vie de ces sodats indigènes. Le lendemain, Erquery était occupé par une unité d’artilleurs allemands. Ils auraient certainement découvert et fusillé les soldats indigènes. J’en avais vu fusiller un, quelques jours auparavant,sur la route Compiègne-Clermont par des automobilistes allemands de passage. Ils se sont arrêtés à hauteur du soldat indigène et sans descendre de voiture, ils l’ont abattu comme un chien. Ils sont ensuite repartis sans s’occuper de lui  ».

 * * * * *

Dossier Corneille V….., 38 ans, Hollandais, agriculteur à Campeaux [3] :

Témoignage de Paul Bigand, chef cantonnier,
président du comité de Libération, le 7 mai 1945 :

 

« Corneille V….., avec la complicité de son père et de ses deux frères, a organisé une véritable chasse aux soldats français camouflés dans la commune. Deux soldats sénégalais répondant au nom de Ratsarattefatra cannonnier du 2e RAC et Mazarat René du 221e RALC furent fusillés le 7 juin 1940 puis déposés dans le cimetière de Campeaux ».

 

Témoignage de Léontine Virmontois, 42 ans, ménagère :

 

«  Le 7 juin 1940, dans l’après- midi, je me trouvais dans mon jardin lorsque le nommé Vermunt m’a crié de l’herbage en me demandant si je n’avais pas vu des Noirs dans les parages. Je n’ai pas prêté attention et lui ai répondu « oui, ils viennent de sauter la barrière en face ». Quelques instants après, les Allemands sont venus chez moi et ont perquisitionné partout dans ma maison. Puis ils sont partis. Le lendemain dans la journée, ils ont battu les herbages en face de chez moi et ont découvert les soldats Noirs. Quelques instants plus tard, j’ai entendu tirer et j’ai vu ramener le cadavre d’un soldat Noir. Sans aucun doute, c’est Vermunt Corneille qui est à l’origine de la perquisition effectuée à mon domicile par les Allemands et c’est lui qui a dénoncé aux Allemandsla présence des soldats Noirs dans l’herbage ».

* * * * *

Le 13 juin 1940, plusieurs « Sénégalais » se tenaient dans une pâture, trois semble-t-il, sur le territoire de la commune de Romescamps. Ils ont été dénoncés aux autorités allemandes par une dame Croisier, retraitée, 55ans, et faits prisonniers.
Par ailleurs quatre autres Sénégalais auraient été fusillés près de Romescamps. Ils auraient été dénoncés par un certain L….., mort de vieillesse sous l’occupation [4].

 

Laissons au lecteur le soin de conclure.

 

 

© Françoise Leclère-Rosenzweig- Picardie 1939 – 1945 – août 2013)

[1Extrait du dossier de la Cour de justice. ADO 998W47193

[2ADO 998W47194

[3ADO 998W47206

[4Rapport de l’inspecteur de police Duménil à la Libération

Hier -Aujourd’hui (M-S)

Mareuil-la-Motte

mareuil
Prisonniers sur la place

Noyon

Noyon 1500
1er BCC

Pierrefonds

pierrefonds 1500 2
Rue du 8 mai 1945 (D 973 venant de Palesnes)
pierrefonds 1500
Rue du Mont Berny (D 336 qui mène à Cuise-la-Motte)

Pont-Sainte-Maxence

psm 1500
La photo est prise du quai A. Deschamps, avec vue de la place Perronet et début de la rue Perronet , RN 17, on peut apercevoir le clocher de la mairie en arrière-plan.

psm 1500 2

 

psm 1500 3
Prises de guerre allemandes (juin 1940) sur la place du Maréchal de Lattre de Tassigny.
psm pont
Pont de bateaux à proximité du stade

Saint-Leu-d’Esserent

SLE 1500
Place Barroche
SLE 1500 2
Passage à niveau rue Pasteur
SLE 1500 3
Rue Christine
SLE 1500 4
Rue de l’Hôtel Dieu
SLE 1500 5
Place du Perron

Saint-Martin-Longueau

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La destruction du pont de Pont-Sainte-Maxence contraignit les unités françaises en retraite à abandonner leur matériel lourd. Des fantassins de l’ID 44 jettent un coup d’oeil sur des pièces de DCA de 75 à Saint-Martin-Longueau le 10 juin 1940.
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L’ID 44 dans la poussière.
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Sur la droite un R 35 avec as de cœur sur la tourelle
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La voie a été sommairement déblayée
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Sortie du village direction Creil : halte d’un convoi se dirigeant vers l’arrière

Saint-Maximin

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Rue Jean Jaurès
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Le milieu de la Rue Jean Jaurès
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L’École des filles, impasse Parrain, après les bombardements de 1944
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La Poterne ; l’endroit est impossible à reconnaître si l’on n’est pas Lupovicien…
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La Poterne

Senlis

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Photos prises au niveau du 81 rue de la République (RN17), en regardant vers le sud, direction Paris. La photo Allemande doit dater de la fin de la campagne de juin 1940 ou de l’été 1940. Sur la droite on remarque l’enseigne de l’Hôtel du Grand Cerf et sur la gauche un drapeau avec une croix rouge indique l’emplacement d’un poste de secours.
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Deux prisonniers français avec une escorte décontractée au carrefour de la rue de Paris à gauche et la rue de la République ou RN17 à droite.
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Place Saint Martin, un soldat allemand examine l’embrasure, pour un canon de 25 semble-t-il, pratiquée dans un mur : simple bricolage ou élément de la ligne Chauvineau ?