Conférence Chambly 20 février

Picardie 1939 – 1945 et l’ANACR vous convient à une conférence le samedi 20 février 2016 ayant pour thème la Résistance dans la secteur de Chambly (Oise).

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Il sera question notamment du maquis de Ronquerolles, mais également du maquis des Kroumirs, tous deux emmenés (entre autre) par le détachement FTP « Patrie ».

 

 

19e GRDI, Mdl Jean LASNIER

19grdi

Lasnier
Maréchal des Logis LASNIER Jean
Croix de Guerre 39-40 avec étoile de vermeil
Légion d’Honneur

19grdi

Né le 12 mai 1904 à Loché (Saône-et-Loire), il était cultivateur à Igé quand il contracta un engagement volontaire pour cinq ans en avril 1922. Il fut incorporé au 5e Régiment de Chasseurs d’Afrique qu’il rejoignit en Algérie. Il passa en août 1923 au 3e Régiment de Chasseurs d’Afrique puis au 8e Spahis en février 1924. Avec ce nouveau régiment il se retrouva au Maroc et participa à la guerre du Riff. 

Il s’y distingua a plusieurs reprises comme en témoigne cette citation du 29/8/1925 : « Spahis d’une grande bravoure et d’un sang-froid qui fait l’admiration de tous. A rempli de nombreuses mission de liaison sur des terrains excessivement dangereux. le 22/4/25, faisant partie d’une patrouille de flanc accrochée par un adversaire très mordant, s’est de sa propre initiative porté sur un crête d’où il a pu grâce à son tir précis tenir en respect un fort groupe ennemi, ce qui a permis au peloton de s’emparer d’une position favorable.
Le 2 mai en avant de nos lignes, à une cenaine de mètres des dissidents qui dirigeaient sur lui un feu nourri, a tué un marocain et a pris à celui-ci des documents d’une certaine importance.
le 25 mai, a été volontairement chercher un Légionnaire blessé et l’a ramené dans nos lignes sur sa selle malgré le feu intense de l’ennemi ».

En janvier 1926, il fut nommé brigadier et passa au 9e Spahis en août après avoir prolongé son engagement de quelques mois. Renvoyé dans ses foyers en avril 1927, son retour à la vie civile ne fut que de courte durée. On le retrouve dans la Gendarmerie Mobile en 1928, où il fut garde à cheval , avant d’être admis dans le corps des sous-officiers. En 1931, il s’embarqua pour la Guadeloupe où il séjourna jusqu’en 1933. Après quelques mois de convalescence en France, il démissionna en mars 1935… pour se rengager dans l’Armée deux mois plus tard.

Il retrouva à Casablanca son ancien régiment, le 8e Spahis, avec le rang de brigadier, pour le quitter avec le grade de maréchal-des-logis en novembre 1937 pour la métropole et le 10e Dragons. Le 9 avril 1938, il se retirait à La Roche Vineuse (Saône-et-Loire) après avoir fait valoir ses droits à la retraite. Il n’eut guère le temps de se consacrer pleinement à ses trois enfants puisqu’il fut rappelé le 2 sptembre 1939 et affecté au 19e GRDI, groupe de reconnaissance de la 16e DI.

Début juin 1940 cette unité s’apprêtait à contenir l’offensive allemande qui débouchait de la tête de pont d’Amiens. Ce n’était pas une tâche facile pour un GRDI, équipé légèrement, dont la mission principale était la reconnaissance. Voici les circonstances dans lesquelles le Mdl Lasnier perdit la vie :
« Contre-attaque française sur Oresmaux (5 juin, 18 h. 30). – Le chef d’escadron de Persan, commandant la G.R.D. 19 avait constitué sa base de départ à l’est d’Essertaux en arrière de la route Conty-Ailly-sur-Noye. Vers 18 heures, le 1er escadron du capitaine Gatinet, le 2e escadron du lieutenant d’Orgeix, et le 3e escadron du lieutenant Cotxet y sont réunis 1.
L’appui d’artillerie est fourni par la 24e division qui tient le plateau d’Essertaux ; 12 chars R 35 de la 3e compagnie du 12e bataillon, sous les ordres du capitaine Gastine, vont soutenir l’action.
Déclenchée à 18 h. 30, l’attaque progressa facilement à l’aile gauche ; il n’y eut aucune résistance de la part des Allemands au sud d’Oresmaux. Le chef d’escadron de Persan et le lieutenant adjoint de la Presle s’avancèrent au centre du dispositif avec le peloton Rolland ; par contre, à l’aile droite, l’escadron du capitaine Gatinet se heurta aux chars ennemis qui se trouvaient sur la route Oresmaux- Jumel.
A 19 h. 50, notre progression de ce côté est stoppée, les Allemands avancent ; le maréchal des logis Lasnier, du G.R.D. est tué ; trois de nos chars sont arrêtés par des obus frappant de plein fouet des organes de roulement. Le 1er escadron se replie de 300 mètres pour s’établir sur les pentes escarpées du bois de Domont. Un tir d’artillerie est demandé. Il est exécuté sans tarder. Les chars allemands qui s’étaient avancés dans la plaine sont pris sous le feu des batteries de la 24e D.I. établies derrière la 16e D.I. Plusieurs engins sont atteints. La région est nettoyée ; déjà le peloton Rolland, s’avançant dans un chemin creux au sud-est d’Oresmaux, a pu pénétrer dans le village ; il y a retrouvé un petit groupe de défenseurs parmi lesquels un adjudant d’artillerie de la B.D.A.C. 2. L’escadron Gatinet ne tardera pas à entrer, lui aussi, dans Oresmaux ». 

La famille multiplia les démarches pour savoir s’il était toujours en vie. En décembre 1940, le témoignage d’un brancardier du 19e GRDI ne laissait plus beaucoup d’espoir comme en témoigne cette lettre. 
Ce n’est que le 30 juillet 1942 que l’état-civil militaire enregistra officiellement son acte de décès

lasnier lettre 2

 

 lasnier tombe lasnier deco
         Nécropole nationale de Maucourt (Somme)
                          tombe 2356 bis
Le 18 août 1946 devant le monument aux morts de Nice, Bernard Lasnier reçoit la Légion d’Honneur que son père avait reçue à titre posthume

Archives familiales transmises par Catherine RICHARD

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Sous-officiers et cavaliers du 19e G.R.D.I. tués au combat à Oresmaux le 6 juin 1940 :

ARNOUX Robert, né le 2 août 1912 à Chorey-lès-Beaune (Côte d’Or), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus

BILLET Pierre Léon, brigadier, né le 23 mars 1914 à Montapas (Nièvre), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus

BILLOTTE Jean- Baptiste, cavalier, né le 16 mai 1940 à la Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus, inhumé dans le NN de Maucourt (Somme), tombe 2352 bis.

BRODE André Louis, cavalier, né le 21 mars 1912 à Courtain (Yonne), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus

BUY Marius, cavalier,né le 26 décembre 1910 melay (Saône-et-Loire), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme), inhumé dans le NN de Maucourt (Somme), tombe 2351 bis.

COUTADEUR Georges Célestin, cavalier, né le 16 février 1910à Marcilly (Loiret), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme)

DUJANCOURT Pierre Louis Arthur, cavalier, né le 28 novembre 1914 à Aubervilliers (75), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme)

FONTAINE André Edgard, brigadier, né le 12 février 1911 à Fontaine-Mâçon (Aube), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme)

GALLOIS Maurice Gaston André, cavalier, né le 18 janvier 1911 à La Ville-aux-Bois (Aube), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus

MINET André Albert Edouard François, maréchal des logis chef, né le 8 juin 1909 à Paris (75), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus

MORIN Louis Joseph, cavalier, né le 22 mars 1911 à Vandenesse (Nièvre), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus

NOUHEN Léon, maréchal des logis, né le 20 décembre 1909 à Azé (Saône-et-Loire), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme)

OUDARD André Joseph Antoine, cavalier, né le 1er avril 1914 à Saint-Etienne (Loire), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus, inhumé dans le NN de Maucourt (Somme), tombe 2349 bis.

PIERRE JEAN ADOLPHE André Adolphe, brigadier-chef, né le 1er avril 1911 à Decazeville (Aveyron) [nom et prénoms à vérifier], MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme)

PROST Paul, cavalier, né le 2 avril 1911 à Chalon-sur-Saône (71), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus

ROUX Alexandre, cavalier, né le 28 février 1914 à La Bussière-sur-Ouche (Côte d’Or), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme), inhumé dans le NN de Maucourt (Somme), tombe 2348 bis.

VAILLANT Jean Gabriel, cavalier, né le 22 juillet 1909 à Torvilliers (Aube) , MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus, inhumé dans le NN de Maucourt (Somme), tombe 2347 bis.

VAUDET René, maréchal des logis, né le 22 novembre 1904 à Lalheue (Saône-et-Loire), MPF le 6 juin 1940 à Oresmaux (Somme) par éclat d’obus, inhumé dans le NN de Maucourt (Somme), tombe 2350 bis.

 

© Érie Abadie et Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 -mai 2013

Leichte Flak-Abteilung 71, 3. Batterie (Sf)

Flak 71

Dans la soirée du 8/6/40 nous étions à Wavignies, en pointe. On avait capturé d’innombrables prisonniers et matériels, nous ne savions pas ce qu’il y avait à droite et à gauche. On avait donc disposé les pièces en demi-cercle et nous étions allongés pour la nuit dans le trèfle, seules quelques sentinelles veillaient.

Le lendemain matin à 4H nous étions en route, il fallait s’emparer de Saint-Just et cerner d’importantes forces stationnées au nord. Quant à nous, il s’agissait de tenir les carrefours pour endiguer le flot continu des colonnes de véhicules français que l’on voulait encercler. Pour sécuriser ce dernier itinéraire de repli, les Français avaient mis en ligne deux chars de 32t, sans penser que nos canons de 2cm étaient beaucoup trop légers. Nous avions attaqué immédiatement pour fermer la nasse et capturer d’importantes forces ennemies.

Nous avons déclenché les premiers tirs à une distance de 200m mais nos obus étaient sans effet sur ces gros blindés. Encore un peu plus près… Un camarade et moi nous sommes rapprochés. 150m, 100m, toujours aucun résultat, le char tirait sur nous à la mitrailleuse mais cela ne nous impressionnait pas. Soudain les colosses se déplacèrent, de vrais lâches jurions-nous, ils voulaient disparaître. En avant ! L’un était déjà endommagé et l’autre le remorquait, ils ne devaient cependant pas nous échapper ! J’avais parcouru 50 m quand un coup, une détonation, une grosse fumée et une gerbe de terre éclaboussa mon canon. Un bonjour de l’artillerie allemande. La première pensée fut c’est fini ! Bientôt cependant la fumée se dissipa et l’on vit les deux chars fuyant devant nous. Le tir d’artillerie ne nous avait pas touchés. Maintenant le char tirait de toutes ses armes et touchait mon moteur, m’empêchant d’avancer, il restait cependant sous mes tirs. Je me fis remorquer par mon camarade jusqu’au prochain croisement où je pouvais prendre la route sous mon tir et réparer mes avaries. Personne n’était blessé, Dieu soit loué, seule notre voiture de liaison était criblée de balles. Pas le temps de penser à autre chose car une nouvelle colonne de véhicules approchait toute vitesse et ils n’échappèrent pas à nos tubes. En quelques minutes tous les véhicules étaient en flammes et malgré une défense farouche tous les personnels furent capturés. Nos obus avaient été terriblement efficaces. Des corps étaient démembrés, l’un avait la poitrine à moitié arrachée mais ce furent des semaines difficiles et de nombreux camarades étaient tombés.

Le combat n’était pas fini, les Français cherchaient à percer de toutes leurs forces  et nous envoyaient des chars. 15 de ces mastodontes venaient vers nous et nous n’avions que deux canons légers. Mais il n’y avait rien à faire, les positions devaient être tenues. On ouvrit le feu sur eux, des étincelles jaillirent, je ressentis une douloureuse brûlure à la cuisse gauche et tombais au sol. La douleur lancinante ne passait pas mais je devais continuer à diriger les tirs de mon canon. Il n’y avait que la jambe gauche qui n’allait plus. Les canons tiraient toujours et les chars aussi. Deux chars étaient détruits sur la route et un troisième était en feu. Nos véhicules étaient percés comme des écumoires mais nous tirions toujours, la distance était d’une trentaine de mètres. Mon canonnier droit eut la tête déchiquetée par un obus, son voisin sauta sur son siège, le chef de pièce fut grièvement blessé à côté de moi et s’écroula sans un bruit.

Sept chars ennemis détruits dirent nos chefs dans un bref message. Sept chars ennemis… Mais trois camarades avaient terminé leurs courtes vies et cinq autres avaient versé leur sang pour l’Allemagne. Tel fut le jour de gloire de la 3. Batterie du Leichte Flakabteilung 71.

Karl Niepenberg, Leutnant et Adjudant