24e B.C.A. (29e DIA) – Carnet de Guerre

Sergent-chef Lucien MARTELLI, 2e Cie

24e BCA

 

La publication de ce témoignage a été rendu possible grâce à l’aimable autorisation de sa fille, Monique BOURGEOIS-MARTELLI, qui a voulu rendre hommage à son père 1 à l’occasion du soixante-dixième anniversaire des combats de 1940. Tous droits de reproduction du présent carnet lui sont réservés.

Liminaire

Les lignes qui vont suivre sont extraites d’un carnet de guerre, sorte de petit journal, parfois succinct, écrit au jour le jour par Lucien Martelli. Nous en donnons le détail entre le 22 mai et le 12 juin 1940. A cette date, le24e B.C.A., est déjà sorti du département de l’Oise en direction du canal de l’Ourcq. Le carnet de guerre s’achève le 17 juillet 1940.

Ce récit dépouillé mais non moins authentique sera mis encore plus en relief par une lecture parallèle de la page consacrée au 24e BCA sur notre site Picardie 1939 -1945.

Dans un ordre général adressé aux officiers, sous-officiers et soldats de la VIIe Armée, en date du 24 juin 1940, 23 heures, quelques heures avant la mise en application de l’armistice, le Général Frère déclarait :

« La guerre se termine sans que la VIIe Armée ait été battue. Attaquée sur la Somme et sur l’Ailette par un ennemi disposant d’une supériorité écrasante en aviation et en engins blindés, vous n’avez pas cédé.

Ces durs combats ont été suivis de la douloureuse épreuve de la retraite. L’avance de l’ennemi sur nos deux flancs nous menaçant d’encerclement, il a fallu, pour échapper à son étreinte, opérer un repli de plus de 400 kilomètres. Je connais les efforts surhumains que vous avez dû fournir. Si je vous les ai demandés, c’est pour vous éviter la honte et les misères d’une capitulation en rase campagne. 
[…]

Soldats de la VIIe Armée, vous représentez une force contre laquelle l’ennemi s’est brisé et qu’il n’a pu dissocier. Il faut que les vôtres le sachent, quand vous rentrerez dans vos foyers. »

Carnet de Guerre

22 – 5 – 40  :
Nous bivouaquons au carrefour de l’Armistice où nous avons l’occasion d’aller visiter le fameux wagon et le monument commémoratif [note]Lucien Martelli ne se doute pas qu’un mois plus tard ce lieu accueillera la signature de l’armistice demandé par la France.[/note].

23 – 5 – 40  :
Nous rejoignons le bataillon à Pontoise-les-Noyons [note]Pontoise-les-Noyon.[/note] Ferme de la Courcelle 2

25 – 5 – 40  : 
Mouvement sur Brethigny 3

26 – 5 – 40  :
Mouvement sur Babœuf 4

27 – 5 – 40 :
Halte dans la forêt d’Avricourt 5

28 – 5 – 40  :
Nous arrivons à Moyencourt (Somme) 6
Le bataillon est arrivé à l’endroit qui lui est désigné.

2 – 6 – 40 :
Étant en 2ème ligne, les compagnies F.V. vont prendre position derrière le canal du Nord.

3 – 6 – 40  :
À partir de ce moment, l’activité aérienne de l’ennemi devient de plus en plus formidable, d’autant plus qu’aucun avion français ou allié ne se montre.

4 – 6 – 40  :
L’attaque ennemie semble se dessiner. Quelques engins blindés forcent le front sur notre droite. Celui-ci se referme, les engins blindés sont détruits plus en arrière par nos armes anti-chars.

5 – 6 – 40  :
Attaque ennemie. Réveil en trombe.

6 – 6 – 40  :
Assistons depuis Moyencourt au bombardement par les avions allemands des villes de Roye – Nesle – Liancourt-Fosse – Avricourt. 
Les avions ennemis évoluent comme au-dessus d’un terrain d’exercice. Il est vrai que le champ est libre et qu’aucune résistance ne se révèle à eux.

Débordement par la gauche d’une colonne ennemie. Prise par eux de Fosse, Liancourt.

La 6e ½ qui se trouvait à Fosse, disparaît en entier. 
Les Allemands ont une cohésion, formidable et une liaison toute mathématique entre les différentes armes. Nous n’avons rien d’autre que nos armes propres à leur opposer.

7 – 6 – 40  :
Nous quittons Moyencourt à 1 h. 30. Avons ordre de nous porter à Flavy-le-Meldeux 7 Ce secteur était tenu par le 141e R.I.A. Lorsque nous y arrivons, il n’y a plus qu’une section, car le repli général a été ordonné. Peu après notre arrivée, nous devons nous replier sur Murancourt 8 L’ennemi est à nos trousses et recevons ordre de nous replier sur Tricot.

En cours de route, nous avons subi des bombardements furieux, principalement à Campagne et Cattigny 9 où nous sommes restés plus de deux heures.

Plus de cent avions étaient sur nous. Cela ressemblait même à un grand meeting s’il n’y avait de la casse. 
Enfin bombes, mitraille ne nous ont pas été ménagées.

8 – 6 – 40  :
Arrivons à Tricot au petit jour. Avant midi gagnons Mairie 10 Après-midi, étape Mairie – Estrés-Saint-Denis.

9 – 6 – 40  :
Estrées-Saint-Denis – Pont-Sainte-Maxence. Campons dans la forêt d’Arlatte 11

10 – 6 – 40  :
Déplacement dans la forêt d’Arlatte et prise de contact sur l’Oise. Après-midi, vif engagement pour le bataillon. Encerclement de la 1ère Compagnie. Avons le dessus, et repli normal du bataillon sur Avilly-Saint-Léonard 12

Durant toute l’après-midi, avons été sous le feu de l’artillerie allemande (77 et minens).

Entre temps le T.C. se replie sur Fosse 13, après un arrêt dans la forêt de Coye.

Nous attendant à trouver une ligne de résistance avec des troupes fraîches sur l’Oise, grande est notre déception de ne rien trouver. Le bataillon est seul et livré à ses propres moyens. Il s’acquitte très bien de sa tâche. Nous commençons cependant à comprendre que nous sommes trompés et que nous ne sommes pas les plus forts.

11 – 6 – 40  :
Sans ordres précis, déplacement inutile de Fosse à Lagny. 
Lagny – Orry-la-Ville (Seine et Marne).

12 – 6 – 40  :
Repli d’Orry-la-Ville à Vaujours (Seine et Oise).

 

© Éric Abadie – Picardie 1939 – 1945 – mai 2012)

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Bibliographie Oise

Actualisation le 17 mai 2017

Généralités

► BEAL Jacques, Hommes et Combats en Picardie 1939/1945, Martelle Éditions, 182 p.
► BESSE Jean-Pierre, L’Oise septembre 1940 – septembre 1944, Creil, 1994.
► BESSE Jean-Pierre et LECLÈRE-ROSENZWEIG Françoise, 1944, l’Oise est libérée !, Archives départementales de l’Oise et le Conseil général de l’Oise, 2004.
► BONNARD Jean-Yves, Atlas de la Libération de l’Oise (28 août-2 septembre 1944), Mémoire de l’Oise n°21, mars 2015.
► BONNET-LABORDERIE Philippe (dir), La libération dans l’Oise et à Beauvais, Bulletin du GEMOB n°61-63, 1994.
► BONNET-LABORDERIE Philippe (dir), L’Oise de la défaite à la victoire, Bulletin du GEMOB n°67-68, 1995.
► Collectif, Ils ont fait le sacrifice de leur vie… Le prix de la liberté dans l’Oise, 1940-1945, ANACR-Oise, 2002.
► MAIGNON Jacques, L’Oise dans la guerre 1939-1945, Horvath, 1989.
► MEISSEL René, L’Oise au XXe siècle (1914-1986), in L’Oise de la Préhistoire à nos jours, Éditions Bordessoules, 1990.
► ROSENZWEIG Françoise, L’Oise allemande 25 juin 1940 – 2 septembre 1944, Résistance 60, 2004.
► SCHECK Raffael, Une saison noire, Les massacres de tirailleurs sénégalais mai-juin 1940, Éditions Taillandier, 2007.
► VASSELLE Pierre, Les combats de 1940, 18 mai – 9 juin, Haute-Somme, Ligne de l’Avre et de l’Ailette, Montdidier 1970.

Monographies

Articles

► ANGOT J.-P. et CAUDROY Pierre, Les Noyonnais racontent 1939-1945, Thhraaasses, 2004.
► ANONYME, La vie de quotidienne à Cires-les-Mello et Mello de 1939 à 1945, Association Lire et Communiquer.

► BESSE Jean-Pierre, HÉRISSON Émile, Lacroix-Saint-Ouen 1939-1945, ANACR Oise, 1989.
► BONNET LABORDERIE Philippe, Beauvais en 1940, Bulletin du GEMOB, n° 76-77, 1996.
► BRASSET-VECTEN Lucie, Jeunesse de guerre, souvenirs 1940-1944 (concerne Belloy), Annales Historiques Compiégnoises n°141-142, 2016.

► BRAYET Maurice, Beauvais ville martyre juin-août 1940, Beauvais, 1964.
► CAGNIARD Émile, Journal d’un habitant de Trosly-Breuil pendant la guerre (1940 – 195), Mémoire d’Attichy et de son canton, n°7 et n°8, 2013.
► CHAPUIS Nina et Julien GROUMAULT, La vie des villages du canton de Chaumont-en-Vexin sous l’occupation allemande ‘1940-1944), Cahiers de la SHGBE n°34, 1994.
► DE FRANCE Guillain et WAFLART Didier, Croutoy (18 août – 30 août 1944), Notes du général Fernand DE FRANCE, Mémoire d’Attichy et de son canton, n°8, 2013-2014.
► DUMONT Philippe, La Libération, 25 août – 5 septembre 1944 (concerne Rouvillers), Revue du pays d’Estrées, n°11, juillet 2004.
► GUETTE Daniel, Entre Aronde et Matz, un épisode méconnu de la Libération : j’avais 15 ans en 1944 ! Société archéologique et historique de Boulogne, Conchy, Hainvillers et alentours, n°54, avril 2002.
► GONDRON Frédéric, La ligne Chauvineau, une ligne fortifiée aux portes de Paris, Histoire du Valois n°5, 2015.
► GONDRON Frédéric, PILOT Marc, Le commandement de la Luftwaffe dans l’Oise (1940-1943), Mémoire de l’Oise n°13, 2011.

► HIQUEBRANT Joël, Rémy 1940 / 1944, un village à l’heure allemande, Revue du pays d’Estrées, n°11, juillet 2004.
► LUCOT René, Attichy sous l’occupation allemande, octobre 1942, Mémoire d’Attichy et son canton, Bulletin n°2, 2010 et aditif dans le Bulletin n°3, 2011.
► PAPAUX Jacqueline, L’Exode à Jaulzy, Mémoire d’Attichy et de son canton, n°4, janvier 2012.
► PILOT Marc, Attichy–Croutoy– Hautefontaine,  Le camp de la faim » (1944-1947), Annales Historiques Compiégnoises n°101-102, 2006.
► PILOT Marc, Choisy-au–Bac et les deux guerres mondiales, Annales Historiques Compiégnoises n°115-116, 2009.
► PILOT Marc, Mémoires des guerres. Compiègne – Royallieu, 1918-1940-2012, Annales Historiques Compiégnoises n°127-128, 2012.
► PILOT Marc, Les deux guerres mondiales à Berneuil-sur-Aisnes, Annales Historiques Compiégnoises n°129-130, 2013.
► PILOT Marc, Le château de Compiègne durant la Seconde Guerre mondiale, Annales Historiques Compiégnoises n°141-142, 2016.
► PILOT Marc, L’Oise sous les bombes (1940-1944), Mémoire de l’Oise n°9, CDDP de l’Oise, janvier 2010.
► PIOT Pascal (Dir), Neuilly-en-Thelle se souvient, 1994
► RAMOND Mathieu, Verneuil 1940 – souvenirs de sites oubliés, ASPAG, 2008.
► VERON Pierre, la guerre de 1940 à Varinfroy et Crouy-sur-Ourcq, Bulletin d’information de l’association pour la sauvegarde de la Basse vallée de l’Ourcq, n°25, décembre 1995.
► VICOGNE Jean, Le Coudray-en-Thelle, quartier général de Goering 1940-1944, Mairie de Coudray-en-Thelle, 1994.

► WAFLART Didier, Attichy en mai juin 1940, Mémoire d’Attichy et de son canton, Bulletin n°1, 2011.

 

Livres

► BERNAY Jacques et Monique, La Ligne Chauvineau à Précy : Histoire de la dernière fortification permanente française (1939-1940)Association Précy au fil du temps2010.
► DELATTRE Daniel, Grandvilliers, la Seconde Guerre mondiale, Éditions Delattre, 2015.
► DUMONT de MONTROY Jacques, Tillé pendant la guerre de 1939 – 1945, 2004.
► DUROS Patrick, Chambly durant la Seconde Guerre mondiale, 2004.
► LECLERCQ-METZLER Annette, Souvenirs d’enfance : Saint-Leu d’Esserent pendant la Seconde Guerre mondiale, Héritage Lupovicien, 2010.
► MARINIER Max, Thiers-sur-Thève de l’Occupation à la Libération, 1940 – 1944, 1995.
► ZIOLO Jean, Lannoy-Cuillère, 1939 – 1945 chez nous, Éditions Delattre, 2015.

 

Combats

Articles

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► BARBANSON Érik, POTIE Régis, Picardie, juin 1940: Les chars de la 7e Armée dans la tourmente, Histoire de Guerre n°15, pp.22-49, mai 2001.
► BAUDOUX Augustin, Les journées des 6 et 7 juin 1940: Combats autour de Noyon, Société archéologique de Noyon, Tome XXXIII.
► BAYNAST (de) Philippe, La seconde guerre mondiale sur le plateau picard mai/juin 1940, l’ultime résistance de l’armée française près de Sains-Morainvillers, Bulletin de la Société historique de Maignelay-Montigny, N° 15, mars 2007.
► BODEL Alain, 25 août 1944 la mission 135 : « Black friday » pour l’US Air Force, 39/45 Magazine n° 220, février 2005.
► BODEL Alain, 25 août 1944 le crash du 2nd Lieutenant James Leahy,  39/45 Magazine n° 225, juillet-août 2005.

► BOQUET Henri, La chute d’une forteresse volante à Boubiers le 8 juillet 1944, Cahiers de la SHGBE (Le Coudray-Saint-Germer), n°68, 2009.
► BONNARD Jean-Yves, Le bataillon Somali dans l’Oise, Mémoire de l’Oise n°20, juin 2014

► CALLAIS François, Le département de l’Oise, champ de bataille de la Seconde Guerre mondiale, Annales Historiques Compiégnoises n°28, p.3-15, 1984.
► COTTEREAU Benoît, Les Alliés libèrent l’Oise, 28 août-2 septembre 1944, Annales Historiques Compiégnoises n°61-62, p.21-38, 1995.
► DELBECQUE Gabrielle, 2 septembre 1944 : la Libération de Noyon, Dossier Noyonnais, juillet-août-septembre 1980.
► DUBLANGE Thierry, Les bombardements des Forges, tréfileries et pointeries de Creil en 1940 et 1944, AMOI, n°17, juin 2015.

► FARDEL Eric, Le Typhoon abattu le 3 janvier 1944 à Sacy-le-Grand, Annales Historiques Compiégnoises, n° 121-122, 2011.
► GAUCHET Jacques, Le hérisson de Formerie, Le Monde, 29 août 2010.
► GEFFROY Jean, Un épisode dramatique de la guerre aérienne : le combat aérien du 11 juin 1944 dans le ciel d’Estrées-Saint-Denis, Revue du pays d’Estrées, n° 26, avril 2008.
► GONDRON Frédéric, PILOT Marc, Dans le ciel de l’Oise lors de la Campagne de France (mai-juin 1940), Mémoire de l’Oise n°11, 2011.

► LENOIR Pascal, juin 40 : un as de la chasse  allemande abattu dans le ciel de la région d’Estrées, Revue du pays d’Estrées, n°14, avril 2005.
► LENOIR Pascal, juin Les combats de la 4e DIC et les massacres de Sénégalais en juin 1940, Revue du pays d’Estrées, n°14, avril 2005.
► LUBINEAU de KERMASSON, le 25 août 1944 à Clermont, Association Histoire et Tradition 60, Sources et Racines n° 15, 2007 – 2010.
► MARIONVAL Gilbert, Les bombardemets de la base aérienne de Creil – Verneuil en 1944, Amis du vieux Verneuil, n°57, mars 1996.
► MIDOL Michel, La journée du dimanche 13 août 1944 à Montreuil-sur-Thérain et Villers-Saint-Sépulcre, GRHIL, T 3, 2007 – 2008.

► MOURAGUES Jean-François, Le massacre des tirailleurs sénégalais dans l’Oise en juin 1940, Annales Historiques Compiégnoises, n° 121-122, 2011.
► PILOT Marc, Épisodes de la seconde guerre mondiale à Lacroix-Saint-Ouen, Annales Historiques Compiégnoises, n° 123-124, 2011.
►PILOT Marc,  Quelques jours de 1940 à Crépy-en-Valois, Histoires du Valois, n°05, 2015.

► ROTH Georges, Fin d’alerte, La Semaine de l’Oise, mai 1945.
► (Général) SIMON Jean, Souvenirs d’un chef de section lors des combats de mai-juin 1940 dans notre région, Bulletin de la Société Historique de Maignelay-Montigny n°9, novembre 2000, .
► VERON Pierre, La guerre à Neufchelles et Crouy-sur-Ourcq les 9, 10, 11 juin 1940, Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, T XXXIX, 1994.

 

Livres

► Anonyme, Historique du 34e bataillon de chars légers « 35 R », campagne de France 1939-1940, Lavauzelle 1943.
► Anonyme, Historique du 4e Régiment d’Infanterie Coloniale, Charles Lavauzelles et Cie, 1941.

► ARLABOSSE (Général), La Division de Fer dans la Bataille de France, 10 mai-25 juin 1940, Charles-Lavauzelles & Cie, Paris 1946 (11e DI).
► BOURDAIS Louis, Souvenirs et témoignages sur les opérations et les combats de la 19e Division pendant la guerre 1939-1945, Amicale des Anciens 1939-1940 du 41e RI, Rennes 1947.
► BOURGEOIS Robert (lieutenant), Dans la bataille avec le 60e RI, Amicale des anciens du 60e RI Royal Marine.
► DE FRANCE Michel, Croutoy 9 juin 1940, Édité par les Corneilles de Croutoy, 1989.

► GAUDY Georges, Combats sans gloire (23e DI), Lardanchet 1941.
► GONDRON Frédéric, Un aérodrome peu connu « Les Aigles » – août 1939 – juin 1940, Société Historique de Gouvieux, 2000.
► GUERAS Roger, Toujours plus haut 1939-1940, Notre Bataillon à travers la France, La bataille d’Ambleny, 21e BIR, 1964.

► GUILLAUMIN Michel, Voltigeurs, carnets d’un fantassin de la Division de fer 1939-1940, Fasquelle éditeurs, 1942 (170e RI).
► HAUPT Werner, Victoire sans lauriers : la campagne 1940, Paris, Ed. France Empire, 1966.
► MacNAIR Ronald, Le Blitzkrieg de Montgomery de la Seine à la Somme, Historica Hors série, 1999
► MARCHAND Edmond (Colonel), Un régiment de formation au feu, Editions Berger-Levrault, Paris 1947 (109e RI).
► MAVRÉ Marcel, La guerre 39-45 dans le ciel de l’Oise – 500 avions tombés en mission de combat sur le territoire du département, Éd Delattre, décembre 2006.
► MOURAGUES Jean-François, Soldats de la République, Les tirailleurs sénégalais dans la tourmente, France mai-juin 1940, l’Harmattan, 2010.
► OULD-AOUDIA Bernard, La 9 du 9 récit de guerre 1939-1940, Éditions Jules Carbonel, 1942.
► PILOT Marc, La région de Compiègne pendant la Seconde Guerre mondiale (combats de mai-juin 1940 et du 1er septembre 1944), Ed. Annales Historiques Compiégnoises, 1994.
► PIOT Pascal, 31 août 1944 : la 30ème DIUS : ce jour est le leur (concerne Neuily-en-Thelle) – Slnd.

► STERLIN Michel, Sur les chemins de l’exode, 1940, 1995.
► TASSE (Lieutenant-colonel), La Randonnée du 9e Zouaves 1939-1940, Editions Berger-Levrault, 1943.
► TISSEYRE Pierre, 55 heures de Guerre, Flammarion, 1943
► THOMASSET  René, Pour la Gloire, Marsouins au combat, Édition Baudinière, 1942 (Thiescourt, Salency, l’Oise).
► WARABIOT Louis (Général), Le 1er Bataillon de Chars dans la Bataille de Noyon, collection Toujours Prêt, Le Bonhomme Picard, Grandvilliers (Oise), 46p, 1958.

 

Résistance

Articles

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► ANONYME, Le magnifique effort de la Résistance dans le secteur de Noyon, L’Oise républicaine, mai 1945.

► ANONYME, L’attaque du Maquis des Usages – 23 juin 1944, Mairie de Noyon, Finet, Noyon, np, 1994.
► BESSE Jean-Pierre, Les otages fusillés du Camp de Royallieu, Mémoire de l’Oise n°3, CDDP de l’Oise,  juillet 2008.
► BESSE Jean-Pierre, BONNARD Jean-Yves, L’aide aux personnes persécutées et pourchassées en France pendant la seconde guerre mondiale: une forme de résistance, Mémoire de l’Oise n°1, CDDP de l’Oise, janvier 2008.

► BERNET Jacques, Eléments sur la résistance dans l’Oise (1940-1944), Annales Historiques Compiégnoises n°28, p.44-55, 1984.
► BONNARD Jean-Yves, ROSENZWZEIG Françoise, Communiquer pour résister: informer et convaincre, Mémoire de l’Oise n°17, CDDP de l’Oise, février 2013.
► CIESLAK Cyrille, Le Capitaine André Dumontois, un résistant de Tracy-le-Mont, Mémoire d’Attichy et de son canton, n°12, 2015-2016.

► CAUDROY Pierre, Edmond Levrez, un résistant à Vauchelles, Études Noyonnaises n°276, juillet-décembre 2006.
► GONDRON Frédéric, La Résistance dans le secteur de Chambly : le Maquis de Ronquerolles, ANACR Oise, n°24, décembre 2015.
► HERVAUX Daniel, Épisodes de la Résistance dans le canton d’Attichy, printemps 1943, Mémoire d’Attichy et de son canton, n°4, janvier 2012.

► La Résistance en Pays d’Estrées, 60e anniversaire de la Libération / René Pinel « Lambert » un résistant de Grandfresnoy / Louis Lestrillard « Leroy » / La Résistance à Francières et l’abbé Le Pévédic / Chronologie janvier 1944-septembre 1944, La revue du pays d’Estrées n°10, avril 2004.
► WIEVIORKA Olivier, La Résistance a-t-elle été à gauche, Annales Historiques Compiégnoises n°61-62, p.5-11, 1995.

 

Livres

► BESSE Jean-Pierre, BONNARD Jean-Yves, LECLERC-ROSENZWEIG Françoise, Les Maquis de l’Oise, CDDP Oise, 2010.
► BESSE Jean-Pierre, BONNARD Jean-Yves, Rafles et massacres de l’été 1944 dans l’Oise, Canopé Beauvais, Collection Témoignages; n°11, 2012.
► BRÉZILLON Max, De l’Armée secrète au commando des charpentiers de Buchenwald, Canopé Beauvais, Collection Témoignages, n°12, 2012.
► FTPF, Héros de l’Oise, Les jeunes FTPF du détachement Fournival, Montataire, sd.
► FORMAUX Paulette, Saint-Leu-d’Esserent, Pages de la Résistance, ANACR Oise, N°5, juin 2006.
► HALLADE Jean, La Résistance était au rendez-vous, Ed. Promoservice, Chauny, 1970.
► HARNY Gilbert, Du groupe Darling à l’OCM Aisne, Canopé Beauvais, Collection Témoignages, n°14, 2016.
► GILPATRICK Kristin, Destined to live, The incredible story of WWII airman Wild Bill Scanlon, Badger Books Inc., novembre 2001 (aviateur caché à Creil).
► LENOIR Pascal, René Pinel, un résistant et son réseau dans la région de Grandfresnoy, Mémoires du Pays d’Estrées, 2010.
► PICART Maurice, L’occupation et la Résistance dans la vallée de la Basse Automne, Béthisy-Saint-Pierre, 1994.
► PICART Maurice, CHEVREAU Martial, La résistance dans la région de Béthisy-Saint-Pierre, Creil, 1982.
► SERRADIMIGNU Silvio, 
De la rafle de Boulincourt au camp de Neuengamme, Canopé Beauvais, Collection Témoignages, n°15, 2016.

 

 

Incarcération, déportation

Articles


► DRUART Chantal, Charles Basquin (1902 – 1944), Un Attichois mort en déportation, Mémoire d’Attichy et de son canton, n°4, janvier 2012.
► JOUIN Laurent, PEIFFERT Sabine, Le camp d’internement de Compiègne, Annales Historiques Compiégnoises n°61-62, 1995.

► LAHARY P., Statistique de la déportation dans l’Oise, Annales Historiques Compiégnoises n°28, 1984.
► MARTIN Françoise, La répression et la déportation dans l’Oise : le camp de Royallieu, Annales Historiques Compiégnoises n°28, 1984.
► NATANSON Dominique, La mémoire juive en Soissonnais, Annales Historiques Compiégnoises n°61-62, 1995.
► PICOT P, Le convoi du 23 mars 1944 vers Mauthausen, Bulletin Municipal de Chantilly, janvier 1968.

► ROSENZWEIG Françoise, Le sort des Juifs de l’Oise pendant la Seconde Guerre mondiale : spoliation et extermination, Annales Historiques Compiégnoises n°61-62, 1995.
► ROSENZWEIG Françoise, La répression allemande dans l’Oise (1940-1944), Annales Historiques Compiégnoises n°141-142, 2016.

 

Livres

► BELLARD Gabriel, Je t’avais bien défendu d’y aller, La Pensée Universelle, 1978.
► BERNARD Jean-Jacques, Le Camp de la mort lente : Compiègne (1941-1942), Paris, Albin Michel, 246p, 1944
► BONNARD Jean-Yves, Le dernier convoi de déportés, Compiègne-Buchenwald 17-21 août 1944, Collection témoignages, n°8, CDDP de l’Oise, 2010.
►BESSE Jean-Pierre, HUSSER Beate, LECLÈRE-ROSENZWEIG Françoise, Frontstalag 122 – Compiègne-Royallieu – Un camp d’internement allemand dans l’Oise, 1941-1944, Archives départementales de l’Oise, 2008.

► CHAUFFIER Martin, L’homme et la bête, Convoi vers Neuengamme du 15 juillet 1944.
► CASTRO Saul, Le camp juif de Royallieu-Compiegne 1941-1943, Le manuscrit Français, 2007.
► Collectif, Récits de déportés,  Canopé Beauvais, Collection Témoignages, n°13, 2013.
► DESIRAT Ch, Nous nous sommes évadés de Compiègne.
► EPAGNEUL Dr, Dans les geôles allemandes de Niort, Poitiers, Compiègne, Niort, 98 p., 1944.
► GUERIN Marcel, Le convoi de la mort, Ed. Les marches de France, 1949.
► HOEN J, De Compiègne à Buchenwald, Fronstalag 122, 1945.
► LECLÈRE-ROSENZWEIG Françoise, Les persécutions contre les Juifs dans l’Oise 1940-1945, Canopé Beauvais, Collection Témoignages, n°10, 2012.

► LE CHATELIER Bernard, Matricule 51 306, Ed. La bruyère.
► LEPRETRE Xavier, Même au péril de la Liberté, Senlis-Chantilly 1940-1944, Noyon, 1993.
► LEPRETRE Xavier, De la Résistance à la déportation, Compiègne-Royallieu 1940-1944, Compiègne, 1994.
► LETORT Marcel, Souvenirs de Résistance et de Déportation, Pages de la Résistance, ANACR Oise, N°4, décembre 2005
► LEVASSEUR R, Les loups de Germanie.
► LITURGIE Jean, L’abbé Amyot d’Inville, Ed. de Coutances, 1963.
► LUCCHESSI Roland, De l’intérieur vient la force, Clermont, 1984.
► MAIGRET Henri, Un réseau d’évasion dans l’Oise à Auneuil 1943-1944, 1994.
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► PINEAU Ch, La simple vérité (convoi du 14 décembre 1943 vers Buchenwald).
► POIRMEUR André, Compiègne 1939-1945, 1968.
► REBOUR Jean, Ma captivité, ICA, 1945.
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► WORMSER-MIGOT Olga, Essai sur les sources de l’histoire concentrationnaire nazi, 1968.

 

Varia

► Bulletin Municipal 2005 Saint Vaast-Lès-Mello – Devoir de Mémoire – 25 août 1944 « Black Friday »
► Cahiers de la SHGBE n°25, 1990.
► ASTOUX André, L’oubli : de Gaulle 1946-1958 ; JC Lattès, 1974.
► BESSE Jean-Pierre, Les consultations électorales de 1945 en Picardie, Revue du Nord n°293, octobre-décembre 1991.
► BESSE Jean-Pierre, Les pouvoirs à la Libération dans l’Oise, in Les pouvoirs et la Libération, Philippe Buton, Jean-Marie Guillon (dir), Belin, 1994.
► BESSE Jean-Pierre, La situation politique dans le département de l’Oise en 1945, Annales Historiques Compiégnoises n°61-62, 1995.
► BESSE Jean-Pierre, ROSENSWEIG François, Les ouvriers agricoles dans l’Oise, in Les ouvriers pendant la Seconde Guerre mondiale, Denis Peschanski, Jean-Louis Robert (dir), IHTP-CRHMSS, 1992.
► BONNARD Jean-Yves, La préparation de la Libération et le retour à la République dans l’Oise, Mémoire de l’Oise n°19, mars 2014.

► DANCOISNE Éric, Jean Vassal, député maire de Crépy-en-Valois dans les années de tourmente (1935-1953), mémoire soutenu en 2006 (sous la direction de Danièle Fraboulet-Rousselier, Paris 13).
► DANCOISNE Éric, L’Union des Femmes Françaises dans l’Oise à la Libération, Annales Historiques Compiégnoises, n° 119-120, 2010.
► DANCOISNE Éric, Les municipalités face au pouvoir résistant à la Libération : l’exemple du Valois, Annales Historiques Compiégnoises, n° 121-122, 2011.
► DANCOISNE Éric, Les premières conseillères municipales dans l’Oise sous Vichy (1940-1944), Annales Historiques Compiégnoises n°141-142, 2016.

► DELAME-LELIEVRE M., L’opération  » Lynett 1  » n’aura pas lieu, 1978.
► DELARUE J, Trafic et crimes sous l’occupation, 1968.
► DUMONT de MONTROY Jacques, L’aéroport de Beauvais-Tillé d’un siècle à l’autre, Mémoires de la Société Académique, d’Archéologie, Sciences et Arts de l’Oise, Beauvais, Tome XXXIV, 2005
► ÉTIENNE Geneviève, les fonds des archives de l’Oise sur la période 1939-1945 et leurs accès, Annales Historiques Compiégnoises n°61-62, 1995.
► GUESSARD Bruno, Les hôpitaux de Compiègne de 1940 à 1946,  Annales Historiques Compiégnoises n°61-62, 1995.
► Imprimerie du progrès de l’Oise, Charles Gand 1924-1944, 1946.
► MERCIER Monique, Nicole ANCEL, infirmière l’hôpital auxiliaire Debruxelles Compiègne 1939-1940, Annales Historiques Compiégnoises n°141-142, 2016.

► REIG Vincent, L’accueil des réfugiés espagnols dans le Compiégnois (1936-940), Annales Historiques Compiégnoises n°141-142, 2016.
► ROGER Adrien, C’était le temps des restrictions, Mémoires d’ici, fragments d’histoire du plateau picard, 2006
► ROSENZWEIG Françoise, Aspects économiques et sociaux de l’occupation dans l’Oise, Annales Historiques Compiégnoises n°28, p.26-35, 1984.
► ROSENZWEIG Françoise, Rationnement et pénuries dans l’Oise sous l’occupation (1940-1944), Mémoire de l’Oise n°5, CDDP de l’Oise, janvier 2009.
► ROSENZWEIG Françoise, Le contournement du rationnement et des pénuries sous l’occupation (1940-1944), Mémoire de l’Oise n°7, CDDP de l’Oise, juin 2009.

► SAUVAGE-JONKERGOUW Renée, La vie des tous les jours à Saint-Just-en-Chaussée sous l’Occupation, Mémoires d’ici, fragments d’histoire du plateau picard, 2006
► THOSSAC J, Missionnaires et gestapo, Ed. Les Trois Nefs, 1945.
► WALLON Jean, Les débuts de la IVème République dans l’Oise, Annales Historiques Compiégnoises n°21, mars 1983.

© Marc PILOT & Picardie 1939 – 1945

Dépliant Ligne Chauvineau

Les élèves du collège de Betz poursuivent leurs travaux sous la houlette de Thierry ABRAN. Cette fois il ne s’est pas agit de manier la pelle et la pioche mais de travailler à l’élaboration d’un dépliant touristique avec la Direction Régionale du Patrimoine Culturel. Le résultat est à télécharger ci-dessous. Un grand bravo pour cette initiative et la qualité du travail !

Dépliant Ligne Chauvineau

Hier – Aujourd’hui : Amiens

 

Amiens Barni 1500
Jonction de la rue Jules Barni et de la Chaussée Jules Ferry

 

DuCange 1500
Un motocycliste réalisant une acrobatie rue Du Cange avec à l’arrière-plan l’intersection de la rue Saint Fuscien

 

Amiens gare 1500jpg
La gare du Nord avec sa verrière et la publicité pour un vermouth très en vogue à l’époque

 

Amiens devred 1500
Magasin Devred à l’angle de la rue des Trois Cailloux et de la rue Robert de Luzarches

 

Amiens gare 2 1500
Boulevard d’Alsace-Lorraine à hauteur de la Place Alphonse Fiquet

 

Amiens honoré 1500
L’église saint Honoré, Place Edouard Branly. Une nouvelle église a été bâtie à proximité.

 

amiens priso 1500
Ancienne caserne Friant, avenue Foy. La Place d’Armes accueille aujourd’hui un jardin d’agrément. Le bâtiment central a été remplacé par un immeuble moderne (années 70 ?)

 

amiens St V
Canon de 75 détruit le long du mur de l’Hôpital Saint Victor Boulevard de Beauvillé

 

 

 

34e GRDI

GRDI 34

 

Le 34e groupe de reconnaissance de division d’infanterie est rattaché à la 29e division d’infanterie au moment de l’offensive allemande le 10 mai 1940. Son encadrement est le suivant :

Lieutenant-colonel LANDRIAU, commandant le G.R.D. 1/34 ;
Capitaine d’AUDIBERT de LUSSAN, capitaine adjoint ;
Capitaine CADOT, commandant l’escadron hors rang
Capitaine PINSARD, commandant l’escadron à cheval ;
Capitaine de MEDRANO, commandant l’escadron de mitrailleuses ;
Capitaine DOUGE, commandant l’escadron moto.

Le 31 mai 1940, le général GÉRODIAS, commandant la 29e D.I., dans son ordre d’opération, précise la mission du 34e groupe de reconnaissance :
« … Le G.R.D. 34 sera susceptible d’entrer en action sur une partie quelconque du front de la D.I…. Il tiendra avec ses éléments moto le nœud de Rethonvillers, avec ses éléments à cheval le nœud de Champien… » 1

Viennent les terribles journées de combat des 5 et 6 juin 1940.
« Dans l’après-midi du 6, à Rethonvillers, le capitaine de MEDRANO, commandant l’escadron de mitrailleuses et d’engins du G.R.D. 34 et le sous-lieutenant LIPPMANN du 94e R.A.M., aperçoivent un char français B, immobile. Le chef de char, blessé, a été emporté, le pilote est sans ordres. Le sous-lieutenant LIPPMANN, accompagné d’un volontaire, le canonnier DUCLOS, monte dans le char, se met en quelques instants au courant du service de la pièce de 75, et fait mettre en marche. Il revient peu après, ayant mis trois chars ennemis hors de combat. »
« …Jusqu’à deux heures du matin, l’escadron à cheval du G.R.D. 34 peu à peu renforcé des éléments moto tiendra l’ennemi en respect à Champien et se décrochera presque indemne. Presque, hélas… car il aura perdu un de ses meilleurs officiers, le lieutenant VINCENT. Celui-ci venait à peine de dire : « Tant que je serai là ma pièce de 25 tirera », qu’un minen allemand le tuait net. Or, son ordonnance, mortellement blessé à son côté, rassemble ses dernières forces pour murmurer :
« Ne vous occupez pas de moi, sauvez mon lieutenant. » 2

Ce même jour, à Rethonvillers, l’abbé Jacques Marie LANTELME, brigadier au 34e GRDI, vicaire de Saint-Louis à Marseille, trouve la mort à l’âge de 30 ans. Titulaire de la Médaille militaire et de la Croix de Guerre, il sera cité à l’ordre de l’armée en ces termes :
« Magnifique figure de prêtre et de soldat. Après avoir dépenser sans compter sa belle intelligence et son grand cœur au service de la France et de ses camarades, a donné le 6 juin 1940 au combat de Rethonvillers, dans l’accomplissement de son devoir de soldat, sa vie que, dès le début, il avait offerte à la Patrie.« 

 

Cavaliers du 34e G.R.D.I. Morts pour la France
à Rethonvillers, Champien et Balâtre

AMBIEHL Louis, 20/11/07, Saasenheim (67), Mort pour la France le 06/06/40 à Champien Balâtre (Somme)

AZEMA Marcel Joseph Pierre, 27/06/18, Amiane (34), Mort pour la France le 06/06/40 à Champien (Somme)

BARTELEMY Marius Martin, 28/06/04, Cassis (13), Mort pour la France le 06/06/40 à Balâtre (Somme)

BOSI NELLO Emile Jean, 02/12/13, Arezzo (Italie), Mort pour la France le 06/06/40 à Champien (Somme)

COMBES Joseph Marius Lucien, 12/03/15, Toulouse (31), Mort pour la France le 06/06/1940 à Champien (Somme)

GOETTELMANN Joseph, 08/10/05, Zintzheim (67), Mort pour la France le 06/06/40 à Balâtre (Somme)

LANTELME Jacques Marie Joseph auguste, 22/05/10, Marseille (13), Mort pour la France le 06/06/40 à Rethonvillers (Somme)

SCOMPIGLI Séraphin Primo, 04/12/08, Castelfranco (Italie), Mort pour la France le 06/06/40 à Champien (Somme)

TEISSIER Roger Louis (François ?), 10/6/18, Behsanne (13), Mort pour la France le 06/06/40 à Champien (Somme)

VINCENT Louis Pierre François, Lieutenant, 2/7/12, Nîmes (30), Mort pour la France le 06/06/40 à Champien (Somme)

© Éric Abadie – Picardie 1939 – 1945 – janvier 2013)
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BCP 25
Sans Catégorie

25e BCA (1)

BCP 25

Historique

 

Alerté le 16 Mai, il embarque le 17 sur des autobus parisiens pour une destination inconnue. Il arrive le 19 à Tergnier, l’occupe et y reçoit la 20 le baptême de l’aviation ennemie. Jusqu’au 23 Mai, il garde les passages de l’Oise dans la région de Noyon-Chauny et arrive le 30 à Hattencourt dans la Somme.

Le 2 Juin, le Commandant ROUCAUD, à la tête du Bataillon depuis 1936, reçoit mission de constituer un barrage antichars à hauteur du rû d’Ingon, en arrière et à 9 kilomètres environ des premières lignes de la 29e Division au contact sur la Somme. Ordre lui est donné d’organiser en points d’appui antichars les villages de Fonches et Fonchette, Curchy, Liancourt et Hattencourt et de les défendre sans esprit de recul. Les travaux, activement poussés, sont en cours lorsque le 5 Juin, dès six heures, peu après le début de leur attaque, les formations blindées ennemies abordent la zone tenue par le Bataillon.

C’est alors que celui-ci, par une résistance acharnée de près de 36 heures, va ajouter une nouvelle page de gloire à son Historique : son courage, sa ténacité et son sacrifice, reconnus par l’ennemi lui-même, lui vaudront une cinquième citation à l’Ordre de l’Armée.

Une Compagnie tient chaque village : le P.C. du Comman-dant est avec la 2e Compagnie (Lieutenant CHAPELEAU) à Hattencourt, la 1ère Compagnie (Capitaine LAPRESTE), moins un détachement, à Fonches et Fonchette, la 3e Compagnie (Lieutenant JENOUDET) à Liancourt avec le P.C. de la Demi-Brigade, la C.A. (Capitaine LACOUR) est répartie, l’un de ses Officiers commande Curchy tenu par le détachement de la 1ère Compagnie. La position est médiocre, la coupure du Rû d’Ingon bien faible, l’armement antichars quasi inexistant et pourtant, durant toute la journée du 5 les Chasseurs ne trouveront que des blindés devant eux, l’infanterie portée ne devant attaquer en nombre que le 6 dans la matinée.

Le 5, dès le lever du jour, les premiers avions apparaissent et bombardent à très basse altitude carrefours, points de rassemblement, P.C., observatoires. Vers 8 heures, chaque point d’appui est déjà à peu près encerclé et les liaisons presque impossibles ; de nombreux chars ennemis s’infiltrent un peu partout : par leurs tirs violents et leurs lance-flammes, maintes fois utilisés, ils rendent fort pénible le combat des défenseurs. Vers midi, courte accalmie, mise à profit pour rétablir l’ordre et rassembler de nouveaux moyens de défense, tels les bouteilles d’essence qui, dans la matinée, ont fait merveille.

A Fonches et à Fonchette, la situation devient rapidement très sérieuse. Malgré leur extrême violence, trois attaques lancées sur ce point d’appui n’arrivent pas à l’entamer, mais au cours de la journée la densité des chars ennemis augmente sans cesse. Le 6, dès le lever du jour, les assauts reprennent acharnés ; sentant sa situation critique, le Capitaine LAPRESTE, après avoir répondu comme il se doit à une demande de reddition, décide d’occuper le réduit de Fonches. La 1ère Compagnie le défend avec l’énergie du désespoir sous les coups violents et répétés de l’aviation et d’une infanterie fraîche, nombreuse et mordante qui subit de lourdes pertes. Submergée par le nombre et neutralisée par la puissance du matériel, elle succombe vers 9 heures à court de munitions, non sans avoir, avec son unique canon de 25, détruit une dizaine de chars ennemis et tenté, pour se dégager, plusieurs contre-attaques acharnées allant jusqu’au corps à corps.

A Curchy, la garnison du point d’appui, débordée dans la soirée du 5, n’évacue le village qu’à l’aube du 6 ; pour le reprendre, elle contre-attaque vigoureusement ; l’engagement est des plus violents mais, pressée par le nombre, elle doit décrocher sous un feu nourri et ajusté. Après une manœuvre délicate, ses débris se replient sur le G.R.D.I.

A Liancourt violemment bombardé le 5 et dès l’aube du 6, la 3e Compagnie repousse plusieurs attaques appuyées par des chars. Le 6, vers 15 heures, remarquablement soutenus par leur aviation, les fantassins ennemis, après de fortes pertes, abordent le village ; c’est alors un combat confus et acharné, une succession de contre-attaques désespérées malheureusement impuissantes. Vers 18 heures, complètement submergé, le Lieutenant JENOUDET est mis hors de cause, non sans avoir aussi opposé un refus formel à une sommation ennemie et essayé, pour empêcher l’inévitable, une percée sans espoir.

A Hattencourt enfin, au début de l’après-midi du 5 se déclenche sans succès une attaque d’une trentaine de chars fortement appuyés par l’artillerie et l’aviation qui bombarde et mitraille au sol. Les blessés commencent à affluer, de nombreux incendies s’allument, remplissant les rues de fumées épaisses. Vers 17 heures, plusieurs rafales de 155 bien appliquées dispersent un rassemblement de près de deux cents chars dans la région Sud de Hallu et en détruisent une demi-douzaine non loin des lisières du point d’appui qu’ils préservent d’une attaque en force.

Après une nuit agitée, passée à veiller et à rétablir les nombreux postes détruits ou neutralisés, une activité accrue reprend dès le lever du jour. Le 6 à 4 h. 30, la défense bloque une attaque de chars précédée d’un bombardement massif, le premier d’une série à peu près ininterrompue, puis, toutes ses liaisons coupées, attend, en vain, la contre-attaque de chars amis annoncée et tant espérée. Vers 9 heures, quelques blindés ennemis font incursion dans le village, détruisant tout ce qu’ils peuvent déceler ; notre feu les repousse. Vers 10 heures, nouvelle attaque en force suivie par des fantassins : une barricade est prise d’assaut, une contre-attaque immédiate la dégage aussitôt. Des éléments ennemis, mitraillette en main, s’infiltrent dans les lisières Nord et Est du village et, vers midi, les chars, toujours de plus en plus nombreux, pénètrent dans Hattencourt.

Vers 14 heures, l’attaque redouble, tous moyens réunis : elle va dès lors se développer sans arrêt avec une intensité croissante : au feu destructeur de toutes les armes, s’ajoute celui des « minen » qui harcèlent le P. C. du Commandant et le centre du village et celui des 105 chenillés qui, à 800 mètres, réduisent systématiquement toutes les résistances en lisières. Les incendies gagnent, le feu devient général et, vers 15 heures, l’infanterie ennemie, très manœuvrière, aborde Hattencourt par trois lisières à la fois, sous la protection de ses chars contre lesquels le canon de 25 de la 1ère Compagnie continue à faire merveille (trois chars détruits, plusieurs stoppés).
Durant une heure c’est un combat de rues et de maisons avec toutes ses alternatives : les Chasseurs, sous l’énergique impulsion du Lieutenant CHAPELEAU et du Capitaine LACOUR, résistent avec acharnement et s’opposent pied à pied à l’ennemi, lui causant des pertes sévères. Mais ce dernier, de plus en plus nombreux, avance toujours et arrive à une cinquantaine de mètres du P. C. du Bataillon, réduit de la défense. La situation est désespérée et, pour essayer de sauver la garnison, le Commandant ROUCAUD donne l’ordre de repli : il est 16 h. 30. Par petits groupes, les Chasseurs, sous l’héroïque protection d’éléments de la C.A. et de la 2e Compagnie, tentent d’échapper à l’étreinte, mais avions, chars et fantassins ennemis poursuivent inexorables.

Telle est la page glorieuse et douloureuse à la fois de ce sublime sacrifice, où le 25e donnant le meilleur de lui-même, multiplie les actes de courage. Quelques-uns entre beaucoup : 
 Contre-attaquant dans un élan superbe à la tête de sa Section sur qui l’ennemi se rue pour la quatrième fois, un Officier tombe très grièvement blessé ; il se redresse, continue avec une énergie sublime è entraîner ses Chasseurs et ne consent à être pansé qu’après avoir rendu compte à son Capitaine. 
 Apercevant un canon de 25 sur le point de tomber è l’ennemi, un Sous-Officier affronte sans hésitation, seul et de son propre chef, un feu destructeur, se faufile entre les chars adverses, le ramène au prix de quels efforts dans nos lignes et dirige son feu avec une telle maîtrise qu’il détruit trois chars ennemis et en arrête plusieurs autres. 
 Au plus fort de la mêlée, un Chasseur se glisse à travers les décombres, bondit sur un char ennemi, arrache son fanion de commandement et le rapporte è son Lieutenant. 
 Un autre enfin, au cours d’une reconnaissance, s’approche, en rampant, d’un char ennemi en action, lance une grenade par sa tourelle entrouverte, met les occupants hors de combat mais tombe la cuisse fracassée.

Le 8 au matin, du magnifique Bataillon qui, le 5, comptait 22 Officiers, une centaine de Sous-Officiers et environ 900 Chasseurs, il ne reste plus que 5 Officiers et 150 Gradés et Chasseurs. Ces débris, commandés par le Lieutenant CHAPELEAU, se joignent le 9 Juin à Pont Sainte-Maxence au 24e B.C.A. et à ce qui subsiste du 65e B.C.A.

2011 – 2016 Picardie 1939 – 1945 

25e BCA (2) Hattencourt

BCP 25

Ultimes combats

Le 4 juin au matin, il était environ 5 heures je me rendais comme à l’ordinaire, chaque matin, à la cuisine de campagne, boire le « jus », deviser de choses et autres avec les collègues « cuistots ». La veille, ils avaient abattu un superbe porc qui cuisait lentement pour le repas de la compagnie. Après avoir bu, je remplissais le quart du capitaine de qui j’étais l’ordonnance et me dirigeais vers sa chambre pour le lui servir.

Une légère brume couvrait les vastes plaines de la Somme, s’effilochant lentement avec le lever du jour, présage d’une chaude et belle journée de juin. Au détour du chemin, qui conduisait à la chambre où il reposait, l’horizon m’apparut chargé d’un épais nuage s’étalant sur plusieurs centaines de mètres. Inquiet, anxieux, je pressais le pas, frappais, pénétrais en effectuant le salut réglementaire suivi de « bonjour mon capitaine », auquel il répondit par un mouvement de tête. Il prit le quart que je lui tendais, but quelques gorgées de ce breuvage qui avait le seul avantage d’être chaud « Quel temps fait-il, rien à signaler ? », lança-t-il- « La journée s’annonce belle, lui dis-je, mais, à l’horizon se profile un long, large et épais nuage poussiéreux ! ».

Brusquement, il posa le quart, se leva prestement muni de jumelles, scrutant au loin. Je restais auprès de lui dans l’attente, nerveux, avide de savoir, inquiet de son silence persistant. Soudain se tournant vers moi, il me donna l’ordre impérativement : « Passe vite chez le lieutenant Sim…, qu’on sonne le réveil et le rassemblement d’urgence, tous en tenue de combat, armes et munitions, groupés en attente, aux ordres ». Je sortis précipitamment, courant jusqu’à la chambre du lieutenant, que je réveillais en lui transmettant le message du capitaine. Je rejoignais ensuite rapidement les collègues qui dormaient encore, leur annonçant la nouvelle, alors que le clairon sonnait : réveil et rassemblement.

Ce fut un moment de panique, chacun cherchait quelque chose dans l’affolement général, mais devant cet événement gravissime l’heure n’était pas aux commentaires, il devait être entre 6 et 7 heures.

Au rassemblement, nous avions tous la peur au ventre, lorsque le capitaine accompagné de subalternes, nous annonça l’arrivée imminente de chars allemands. Se heurter à l’infanterie allemande semblait préférable mais nous n’avions pas le choix. A chacun fut désigné l’emplacement de son poste de combat, tireurs et servants à l’unique mortier, au canon antichars, les autres aux mitrailleuses et mousquetons, prêts.
<P align=justify »A quelques centaines de mètres de la ferme, où nous étions cantonnés, une ribambelle de chars portant croix gammées, stationnaient à présent, attendant certainement ordres ou concours de l’aviation ou l’artillerie pour attaquer. Nous étions rassemblés dans cette imposante ferme dont la très grande cour était ceinturée de bâtiments d’habitation des fermiers évacués, étables, écuries, porcherie, poulailler, un haut pigeonnier et autres dépendances. A part les vaches, qui paissaient dans le vaste pâturage situé entre les chars allemands et nous, porcs, chèvres, volailles déambulaient librement dans la cour. Nous sommes restés sur nos positions respectives la nuit durant sous garde vigilante, chacun à son poste.

Au matin du 5 commencèrent les hostilités, précédées par un bombardement intensif de l’aviation allemande, opérant par vagues successives meurtrières. Nous étions 3, le sergent corse Sant… qui eut le bras transpercé, le caporal et moi-même postés au sommet du pigeonnier. Après de nombreuses rafales bien ajustées, repéré par l’aviation allemande une bombe réduisait le pigeonnier en ruines. Heureusement, je me retrouvais au bas, dans une mangeoire, mon mousqueton brisé, ayant perdu mon casque, le souffle m’avait arraché les trois quarts de ma capote et je me retrouvai torse nu, seulement en pantalon, commotionné, choqué, étourdi. Dans les décombres, à proximité, nous retrouvions le caporal Toi… , groggy, abasourdi mais vivant. A ses côtés la mitrailleuse démunie de son trépied, découverte d’ailleurs non loin de là, était en état de fonctionner parfaitement.

Dans la cour un camion de munitions (obus de mortier, de canon de 25, balles de mitrailleuse) stationnait. Après avoir pris quelques caisses de munitions nous nous remettions en batterie. La nuit tombait, les combats et les bombardements cessèrent. Cette nuit de veille, vigilante, nous permit de prendre à tour de rôle un peu de repos. Nous n’avions rien bu, ni mangé depuis le 3 au soir et le besoin s’en faisait ressentir.

La nuit se termina assez tôt. Vers les 4 heures du matin, le 6 une discrète tentative de percée de chars fut repoussée. Dès le grand jour les bombardements et les tirs de canons allemands s’intensifièrent à tel point qu’une grande partie de la ferme était en flammes. Les vaches étaient toutes abattues, les animaux de la basse-cour gisaient blessés, morts ou brûlés. Une issue entre 2 bâtiments dont il ne restait que les murs, nous permit de sortir de cette fournaise, munis encore et uniquement de notre mitrailleuse et de nos 2 caisses de munitions.

Sortis du brasier, le capitaine, le caporal Toi… et moi-même, sous ses ordres mettons la pièce en batterie dans un bosquet de pins que longeait un chemin emprunté par les chars ennemis, tourelles ouvertes.

En embuscade, notre tir nourri et efficace, vidait une caisse de munitions. Repérés dès lors, l’aviation par une riposte soudaine mit en quelques minutes fin à notre résistance. Je dois rendre un vibrant hommage au capitaine Lacour qui tout au long de cette opération, ne cessait de donner ordres et directives avec maîtrise et détermination. Tête nue, sans casque, debout derrière nous entre deux rafales, je le voyais stoïque, n’esquivant qu’un léger déplacement de tête lorsque les balles sifflaient trop près de ses oreilles, maître de lui, la voix ferme et assurée dans ses ordres.

Les arbres brisés, jonchaient le sol en flammes, ce qui nous délogea de notre poste. Une petite gare de chemin de fer, était située à une vingtaine de mètres de là. Un par un, qui la pièce, qui le trépied et l’ultime caisse de munitions, nous traversions cette dangereuse distance découverte, sous un tir nourri. Arrivés, tous deux, le capitaine déjà là nous y attendait. A l’étage d’une lampisterie, étaient entassés quelques sacs de blé et autres céréales. Une fenêtre s’ouvrait sur la voie jouxtée d’un chemin parallèle. Cette ouverture fut obturée en partie avec les sacs, ne laissant qu’un créneau pour la visibilité et la manœuvre de la mitrailleuse. Quelques chars ne tardèrent pas à emprunter le chemin longeant les rails, suivis d’engins motorisés chargés de soldats armés et casqués. Notre tir reprit au commandement mais désormais sur des objectifs bien plus vulnérables. Las ! repérés à nouveau un obus réduit à néant notre dernier retranchement. Tous trois légèrement blessés mais saufs, quittions en hâte les décombres de la lampisterie, mitrailleuse hors d’état, dépourvus d’armes, les munitions épuisées.

Le capitaine nous dit « Je n’ai pas reçu d’ordre de repli, attendons ». A une trentaine de mètres stationnait miraculeusement un wagon de marchandise. En rampant un par un, nous allions nous réfugier au-dessous à l’abri des observateurs, attendant la nuit et peut-être l’ordre de repli qui ne vint jamais d’ailleurs.

BACCOU Marcel, À défaut de pardon, ne laisse pas venir l’oubli 39-40, Editions Martiennes, Sauve, 2006

2011 – 2016 Picardie 1939 – 1945

 

Le 22e Régiment de Marche de Volontaires Étrangers (1ère partie)

Régiment hors norme que le 22e R.M.V.E !

Jamais peut-être dans l’histoire de l’armée française contemporaine un régiment n’aura connu un destin si éphémère, si héroïque et si tragique à la fois. Qu’il nous soit permis, avant de narrer les combats dans la Somme autour de Marchélepot, de revenir à la genèse de cette unité.

* * * * *

Une des conséquences inattendues de la déclaration de guerre conjointe de la France et de la Grande-Bretagne à l’Allemagne hitlérienne, le 3 septembre 1939, fut de voir arriver des étrangers, non seulement de tout l’hexagone mais aussi du monde entier, venus se mettre au service de la France pour combattre le fascisme.

Pour certains, la France représentait alors le dernier rempart aux ambitions terribles et démesurées que le chancelier et führer allemand, Adolf Hitler, entendait imposer à l’Europe entière. Pour d’autres, les valeurs humanistes, républicaines et démocratiques issues de la Révolution française devaient être défendues vaille que vaille.

 

Le régiment de « l’Armée du Salut »

Surprises, les autorités militaires françaises le furent au cours de ce mois de septembre trente-neuf. Que devaient-elles faire de tous ces étrangers ne se comprenant pas – une cinquantaine de nationalités seront représentées au sein des volontaires étrangers – qui venaient s’enrôler dans l’armée française et envahissaient les bureaux de recrutement ? Quelle pourrait être la valeur de ces futurs soldats au combat ? Beaucoup étaient sceptiques.

En fait, le futur régiment allait être constitué majoritairement de réfugiés espagnols républicains et d’immigrés juifs d’Europe centrale, tous très motivés par le combat antifasciste. Les républicains espagnols s’engagèrent à l’automne 1939 auprès du bureau de recrutement de Perpignan tandis que les juifs d’Europe centrale, entre autres, le firent à Paris.

Passées les premières semaines d’incertitude, l’idée germa d’envoyer tout ce monde cosmopolite à Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales.

Fin septembre, près d’un mois après la déclaration de guerre, une circulaire ministérielle enjoignait de diriger tous les engagés volontaires étrangers vers ce lieu proche de Rivesaltes. Là, ils furent encadrés par des officiers et sous-officiers, anciens légionnaires de l’armée d’Afrique, rappelés lors de la mobilisation générale et qui végétaient jusqu’alors au camp de Sathonay près de Lyon. Le but était alors de constituer des régiments de volontaires étrangers et non pas des régiments de la Légion étrangère car cette dernière, à la suite de désaccords en haut lieu refusa d’admettre les nouveaux venus en son sein. Le 2e R.M.V.E fut donc créé le 24 octobre 1939 à Barcarès. 

VILLIERS MORIAMÉ

Le lieutenant-colonel Pierre VILLIERS-MORIAMÉ en prit le commandement, secondé par l’infatigable commandant Raoul Émile DERAIN, son chef d’état-major, tous deux issus du dépôt de la Légion.

Situé au bord de la Méditerranée, le camp, occupé jusqu’à présent par les républicains espagnols, offrait un aspect rebutant où l’inconfort prédominait. Les installations étaient insalubres avec des baraques à moitié démolies, bien souvent dépourvues de vitres, donc « aérées ». Il n’était pas rare que le sable s’incrustât partout ; dans les dortoirs, les habits, mais aussi la nourriture.» 

La mer s’invitait aussi dans le camp lors des tempêtes et les installations devaient être alors évacuées.

« Le camp était composé de baraques en bois en très mauvais état où logeaient au moins cent vingt personnes. A l’intérieur, c’étaient des bat-flancs avec de la paille. Nous dormions dans des sacs de couchage gris. Mais, au bout de quelques semaines, ceux-ci avaient changé de couleur avec les déjections de puces. Ces baraquements ne comportaient pas de fenêtres et n’étaient pas pourvus d’éclairage. Nous avons dû installer l’électricité. Les cuisines n’avaient pratiquement pas de toits. Dès que la Tramontane soufflait, le vent transportait le sable qui se mélangeait à notre nourriture. Tout ce que nous mangions était rempli de sable.» 1

Il fallut déployer un génie exceptionnel pour tous ces hommes afin de rendre le camp et les baraquements vivables. Le système « D » pas toujours orthodoxe fut de mise pour les soldats de ces régiments de volontaires étrangers abandonnés là par l’administration et l’intendance militaires.

Tout manquait. L’équipement du soldat fut à l’aune de toute cette entreprise. Les volontaires reçurent de tous les magasins d’habillement des casernes de France des reliquats oubliés. Effets bleus de chasseurs, chemises neuves mais inadaptées, brodequins déformés et décousus aux semelles fatiguées. 2

Pierre Abonyi se souvient de cette époque : « Nous n’avions aucun tenue identique. Pour ma part, j’avais un pantalon de zouave, une veste de chasseur alpin. Seuls le calot et les bandes molletières étaient de couleur kaki. Pour finir j’avais une capote bleu horizon de la guerre 14-18. Quand j’ai eu ma première permission pour revenir à Paris, la première chose que j’ai faite, fut de m’habiller en civil car j’avais honte de cette tenue disparate. » 3

Malgré tous les obstacles rencontrés et trop peu d’encadrement au sein des compagnies, l’instruction fut poussée. Les exercices de combat, les marches se succédèrent. Heureusement, l’armement léger ne faisait pas défaut pour les compagnies de combat. Mais il fallut trouver des spécialistes pour celles de commandement et d’engins. Là le matériel spécifique manqua. Peu importe, le régiment alla de l’avant.  

Après la visite d’un général inspecteur d’armée, et son avis favorable, le régiment fut jugé opérationnel. Le 2e R.M.V.E changea de numérotation. Dorénavant et définitivement, par décision ministériel du 18 février 1940, il devint le 22e Régiment de Marche de Volontaires Étrangers (22e R.M.V.E.), à compter du 25 février 1940.

Après un court séjour au camp du Larzac, le régiment fut enfin pourvu de vêtements neufs couleur kaki, de ceinturons de cuir fauve, mais aussi bien chaussé. Les volontaires étaient perplexes. Il était loin de temps où le régiment était raillé comme étant celui de « l’Armée du Salut ». Pourtant, il était écrit que le sort continuerait à s’acharner sur lui. En effet, l’intendance n’avait prévu aucune bretelle de fusil, de bidon, de cartouchière pour cette unité. Le régiment « ficelle » venait de naître.

 

Le régiment « Ficelle »

Depuis longtemps, les volontaires du 22e, lassés de porter leur fusil à l’épaule ou à la main, avaient acheté de la grosse ficelle pour remplacer la courroie. Il fallut se résoudre à faire la même chose pour tous les objets constituant le barda habituel du fantassin de 1939 (bidon, havresac, couverture, tente, etc.).

Après le lancement de l’offensive allemande, le 10 mai 1940, le 22e R.M.V.E. se trouvait cantonné en Alsace. « Aussi, ce ne fut pas en vain que le poste « Radio-Stuttgart », bien renseigné, put, certain soir de mai, annoncer l’arrivée au front du 22e Régiment à ficelles, en lui souhaitant bonne chance. Ce titre devait rester au régiment, mais il s’en fit un titre de gloire… » 4

 

La campagne de France (mai-juin 1940)

Début mai 1940, le 22e R.M.V.E fut rattaché à la 19e Division d’Infanterie (Ier C.A. – 7ème Armée) qui stationnait en Alsace. Il y remplaçait le 71e régiment d’infanterie. A cette occasion, il perçut de cette unité les cuisines roulantes et les mitrailleuses de 20 m/m avec leurs munitions qui lui manquaient en échange de quelques mitrailleuses Hotchkiss de 8 m/m.

Mais bientôt, la division dut s’ébranler et faire mouvement après les premiers revers dans le Nord de la France. Le 22e était embarqué en chemin de fer à Dannemarie et Montreux-Vieux (Haut-Rhin) dès 23 heures 30 dans la nuit du 18 au 19 mai, pour partir dans la matinée du 19. Le convoi progressa lentement, passa par le sud de Paris, et ce ne fut que le 21 mai au soir que les trains stoppèrent à l’Isle-Adam (Val d’Oise) et dans ses environs.

Là, des convois automobiles prirent en charge les troupes pour les diriger vers le Nord afin de les amener à Conchy-les-Pots et Boulogne-la-Grasse (communes du département de l’Oise, limitrophes du département de la Somme) où elles stationnèrent le 22 mai.

Carte Santerre 22RMVE mai

La 19e division devait progresser en direction générale Nord vers Bray-sur-Somme. Le régiment continua donc sa remontée et occupa, le 23, Tilloloy. Les positions de combat furent prises le lendemain 24. La marche se fit alors en direction de Péronne.

Le 1er Bataillon, commandé par le chef de bataillon Volhokoff, part d’Hattencourt, le 24 mai, vers 10 heures. En passant par Chaulnes, le Chef de bataillon demande un peloton du G.R.D. 21 pour éclairer sa route. On ne peut le lui donner.[…] 5

Le I/22 reçut l’ordre d’attaquer Berny-en-Santerre le 25 mai : Monté dans un side-car, et muni d’un fusil mitrailleur le commandant Volhokoff reconnaît lui-même Ablaincourt et Pressoir, la distillerie et les premières maisons de Berny. Une compagnie est alors engagée dans le village ; mais presque aussitôt elle est attaquée par l’ennemi. Pour la dégager, le Commandant fait donner les deux autres Compagnies. Aussitôt, les canons et mortiers allemands entrent en action. […] Pour répondre, le 1er Bataillon du 22e Étranger n’avait que ses mortiers. Après une courte préparation, les voltigeurs entrent dans le village ; les fusils mitrailleurs les précèdent et tirent sans arrêt ; derrière eux, les grenadiers nettoient les maisons. Deux mitrailleuses allemandes gênèrent l’attaque, pendant un bon moment. Elles furent réduites par les mortiers. […] 6

L’action coûta au I/22, quatre tués et une quarantaine de blessés. 7. Occupé le même jour par une compagnie du 41e R.I. soutenue par le II/22, le village de Villers-Carbonnel fut aussitôt abandonné.

Au cours de ces actions, le régiment perdit :

– un officier blessé, le capitaine Houdoy, 3ème compagnie ; 
– sept sous-officiers blessés ;
– quarante-neuf volontaires blessés ;
– cinq volontaires tués et trois disparus.

 

Villers-Carbonnel

Carte postale de Villers-Carbonnel écrite par un soldat allemand
entre les 29 et 31 mai 1940

Deux jours plus tard, le 26 mai, le II/22 porta une nouvelle attaque sur Villers-Carbonnel. « Le bataillon du commandant Carré parut d’abord avoir une tâche facile et s’empara du village. Les voitures du bataillon suivirent et s’installèrent. Malheureusement, l’affaire tourna mal. Des éléments ennemis, soutenus par quelques engins blindés, vinrent de Pont-les-Brie, et contre-attaquèrent. Un repli rapide s’imposa, dans un assez grand désordre. Une vingtaine de voitures furent perdues… » 8Le bataillon dut se replier sur Fresnes-Mazancourt où il s’organisa.

Quant au III/22, il attaqua vers Barleux, le même jour, dimanche 26 mai, ce fut là aussi sans succès et le bataillon fut contraint de revenir dans ses lignes de départ. L’échec du 2e bataillon sur Villers-Carbonnel l’aurait de toute façon contraint à abandonner le village, trop isolé au nord. Ainsi le baptême du feu ne fut pas très probant pour les différents bataillons du 22e R.M.V.E., victimes de leur inexpérience au combat. 

Les pertes de la journée s’élevèrent à :
– officiers blessés : capitaine Pithon, capitaine Pourchet, sous-lieutenants Jaunâtre et Sivitsky, aspirant Mura ;
– sous-officiers blessés : 10 ; volontaires blessés : 56 ; disparus : 130. 9

En fait, plusieurs dizaines, plus certainement entre cent et deux cents hommes, furent capturés à Villers-Carbonnel par les Allemands.

Les derniers jours de mai 1940 furent occupés, pour les bataillons du 22e R.M.V.E., à la mise en défense d’une sorte d’éperon censé briser toute attaque allemande venant du nord, constitué des trois villages : Fresnes-Mazancourt – Misery – Marchélepot, sans que l’idée d’une attaque générale sur Péronne ne soit pour autant écartée.

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© Eric ABADIE & Picardie 1939 – 1945 – janvier 2016

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140e RIA – Encadrement

 

140 insigne               État – Major               140 insigne

Lieutenant-Col GRENET Léon Cdt le Régiment Libre
Chef de Bataillon GUIAUBERT Louis Chef de l’E.M. Libre
 Capitaine RAMBAUD Adrien Off. adjoint Blessé1
Sous-Lieutenant MARSOL René Off. des détails Libre
Sous-Lieutenant CRUSE lorrain Off. de renseignement Libre
 Capitaine MEUNIER Jean  Off. de liaison  Libre 
 Capitaine REBARDY Gabriel  Médecin Chef  Libre 
 Lieutenant  REYDELLET Maurice Vétérinaire  Libre 

Cie de Transmissions

Lieutenant OUDARD Jean Commandant de Cie Libre
Sous-Lieutenant DUCLUZEAU Henry Chef service Trans Libre
Lieutenant HAVERT Valéry Chef Section Pionniers Libre

C.H.R.

 Lieutenant TAUTY Marie  Commandant de Cie  Libre 
Lieutenant MASSOY Albert Pharmacien Libre

C.R.E

Capitaine LAGARDE Jean Commandant de Cie  Libre
Lieutenant LANTONY jacques Chef de Section Libre
Sous-Lieutenant THÉBAUT Maurice Chef de Section Blessé2

Ier Bataillon

Capitaine BASTIDE André Commandant Libre
Capitaine FALCON de LONGEVIALLE Adjudant Major  Libre 
Sous-Lieutenant THISY Off. adjoint Libre 
Lieutenant SAHUT Jacques Médecin Libre

1ère Compagnie

 Lieutenant JEANNEZ Joseph    ? Libre 
Sous-Lieutenant  BAFFERT Alexandre   Chef de section Libre 
Sous-Lieutenant GALLAND René Chef de section Blessé 3

2e Compagnie

Capitaine MOULIN René Commandant de Cie  Blessé 4
Sous-Lieutenant ARMAND Albert Chef de section Libre 
Lieutenant GOUTAGNY Xavier Chef de section Priso. 5

3e Compagnie

Lieutenant  COLIN Louis   ? Libre 
Lieutenant MARTIN Pierre Chef de section ?
Sous-Lieutenant VALLIER François Chef de section Priso. 6
Sous-Lieutenant RIVOIRE Claude Chef de section Libre 

C.A.1

 Capitaine  DAMOUR Robert   Commandant de Cie  Libre
 Sous-Lieutenant  THIRION Daniel  Chef de section  Priso.7
 Lieutenant  BERMOND Gabriel  Chef de section  Libre 
 Sous-Lieutenant  INARD Marcel   Chef de section  Libre 

    IIe Bataillon

Chef de Bataillon GUILLAUD Robert Commandant  Libre
Capitaine DESCHAMPS Léon Adjudant-Major  ?
 Lieutenant  BACHASSON Eugène  Off. adjoint  Libre
Lieutenant LEFÈVRE des NOËTTES Médecin Libre
Lieutenant PÉRONNE Jean Cdt. la SES Libre

5e Compagnie

Capitaine FAUCONNIER Paul  Commandant de Cie Libre
Lieutenant ALAMY Chef de section Libre
Lieutenant NEURY Alphonse Chef de section Blessé 8

6e Compagnie

Lieutenant GAIN André ? Tué 9
Sous-Lieutenant VIBERT Emmanuel Chef de section Blessé
Sous-Lieutenant FINET Jean Chef de section Libre

    7e Compagnie

Capitaine  BRUN Lucien Commandant de Cie  ?
Sous-Lieutenant  RIGNACQ Louis   Chef de section  Blessé 10
Lieutenant GARNIER Chef de section ?

C.A.2

Lieutenant GAMBERT Bernard ? Libre
Sous-Lieutenant ADALBÉRON Henri Chef de section Tué 11
Sous-Lieutenant BROUSSE Jean Chef de section Libre
Sous-Lieutenant MEHAY Alfred Chef de section Libre

IIIe Bataillon

Capitaine BERNARD Jean ? Libre
Lieutenant BOLLAND Cdt. la SES Tué 12
Sous-Lieutenant CHAPPUIS Yves Médecin Libre

9e Compagnie

Lieutenant GASCUEL Robert ? Blessé 13
Lieutenant CHARBONNET Jean ? Blessé
Sous-Lieutenant CÉRANI Auguste Chef de section Blessé 14

10e Compagnie

Capitaine TEINTURIER Léon Commandant de Cie ?
Sous-Lieutenant PARMENTIER Pierre Chef de section ?
Lieutenant THIERRAZ Roger Chef de section Libre
Sous-Lieutenant CHARIGNON Paul Chef de section Blessé 

11e Compagnie

 Capitaine  VURPAS Pierre   Commandant de Cie  Libre
 Lieutenant  PONCET Charles   Chef de section  Libre
 Sous-Lieutenant  PERRET Pierre   Chef de section  Libre

C.A.3

Capitaine BION Franck Commandant de Cie Tué 15
Sous-Lieutenant POITAU Étienne Chef de section  Libre
Sous-Lieutenant DEMIGNO Chef de section Tué 16
Sous-Lieutenant NICOLAS Chef de section ?

 

 © Marc PILOT & Picardie 1939 – 1945

28e RAD (13e DI)

Capitaine LETANTER

28e rad2

 

letanter

Deux jours plus tard (24 mai) , nous sommes enlevés par des camions du Train en direction de l’Est. En fait, c’est la région d’Amiens, ville dans laquelle se trouve déjà une partie de la division Rommel. L’élément de reconnaissance, le chef d’escadron, ses trois capitaines plus un petit élément sont en tête. Dernière halte : Beauvais d’où partent les derniers civils. Il fait encore jour et la reconnaissance poursuit sa route pour reconnaître des positions de batteries proches du village de Rumaisnil. Elles sont reconnues en lisière d’un bois situé un peu plus à l’est. Nous pourrons tirer sur la lisière sud-sud-est d’Amiens.
Pendant que s’effectuait la reconnaissance, le débarquement des camions a eu lieu. Les batteries ont tout de même circulé de jour et déjà deux morts du fait d’un avion de reconnaissance ennemi qui n’a pas hésité à faire fonctionner sa mitrailleuse de bord. Enfin elles peuvent se rassembler sous un couvert et occupent leur position dès la nuit tombée. Le 25 au soir si mes souvenirs sont bons.

Le lendemain, nous sommes à l’observatoire. Nous identifions Saleux et le tir des batteries est réglé sur la transformation de ce village visible et reporté sur la carte au l / 50 000. C’est une chance. Nous sommes prêts, mais défense de reprendre le tir, c’est la règle du moment, par crainte d’être repéré. Nos fantassins sont en ligne … Sud de Dury, Vers-sur-Selle, Saulchoix (ligne approximative).

Le 2 juin, je suis à l’observatoire avec le commandant. Stupeur ! … Devant nous à Saleux, entre Dury et Amiens, une multitude de soldats allemands s’affairent. Signe certain, ils sont en bras de chemise alors que les nôtres sont en capote malgré la chaleur étouffante !… C’est trop fort. Sans ordre, nous tirons une centaine de coups en quelques minutes en agissant sur la portée de tir. Chez les Allemands, c’est la panique, ils subissent là des pertes importantes … Je l’apprendrai le 6. Nous remettons ça à plusieurs reprises … C’est merveilleux. Hélas ! l’ordre arrive d’en haut : cessez-le-feu. Ce sera terminé pour Rumaisnil.

Le 4 au soir, la nuit tombe … Soudain nous voyons arriver nos propres fantassins. Nous sommes toujours en position de tir, les chevaux à 2 km en arrière. Le lieutenant que je connais, désabusé, me montre une trentaine d’hommes, tout ce qui reste de sa compagnie. Il estime que 50 % sont déjà prisonniers.

Je préviens mon commandant et j’ai du mal à le convaincre. Enfin, dans la nuit, nous quittons nos positions en y laissant un stock de munitions impossible à transporter. Nous faisons une douzaine de kilomètres et de petit jour (5 juin) nous rentrons sous un couvert. A midi, ordre de mettre en batterie sur des positions reconnues. Nous y arrivons sans être repérés (région de Frémontiers). Nous tirons au jugé, renseignés par notre infanterie qui serait toujours au contact. La contre-batterie allemande nous prend à parti… Les obus sifflent, explosent. Aucune perte, Dieu est avec nous !

La nuit arrive, nous recevons l’ordre de décrocher. Je serai responsable de l’arrière-garde, comme la nuit précédente. Le groupe est en marche, tout le monde est exténué, particulièrement les chevaux qui sont insuffisamment abreuvés. Très souvent je dois prendre des décisions urgentes et embarrassantes. Le jour se lève (6 juin). L’arrière-garde est toujours sur la route … vulnérable. 8 heures : première attaque en piqué (quatre avions volant bas). Pour donner l’exemple et éviter la panique, je place mon cheval au milieu de la route. Plus de peur que de mal. Pas le moindre accroc, nous poursuivons notre route. Après allégement de certains chariots, les chevaux n’en peuvent plus.
Enfin nous arrivons au rendez-vous prescrit avec un gros retard sur l’horaire. Le commandant me prend à parti. Je réponds à peine : à quoi bon ! Il faut parfaire la reconnaissance et traverser Grandvilliers, en voiture cette fois. J’ignore tout de la situation puisque je n’ai pas assisté au « briefing ». On m’expliquera en arrivant … Quand j’y pense encore aujourd’hui.

Hélas les éléments avancés de Rommel ont déjà pris possession de Grandvilliers (le commandant a-t-il mal interprété les ordres ?). La première voiture se présente. Elle est prise pour cible. Les balles suivantes sont pour nous. Le capitaine Laurent, assis à côté de moi, dégaine et tire ; il est blessé au poignet droit et lâche son arme. Je recommande le calme au chauffeur et de mettre en marche arrière ! … C’est le fossé … Sauve qui peut pour prévenir le groupe. Un sous-officier réussira l’exploit… Les balles sifflent de tous côtés, chacun se camoufle comme il peut, mais peu après nous sommes cernés et faits prisonniers. Je suis isolé des autres et conduit au PC de la division. J’ai tout le loisir d’admirer la fantastique armée allemande déployée devant moi en largeur et en profondeur. L’officier qui m’interroge parle un français impeccable. 
— Vous êtes breton ? Votre nom l’indique. Je passe tous les ans mes vacances à Perros-Guirec et j’espère y revenir. Sous Amiens, vos canons de 75 nous ont fait beaucoup de mal.

Nous en resterons là, je ne peux pas parler et mon silence est respecté.
6 juin 1940 (14 heures) … 23 avril 1945. Captivité … sans commentaires.

Hommes de Guerre n°15, janvier 1989

(Picardie 1939-1945 – mai 2012)