33e RICMS

33e RICMS

33e Régiment d’Infanterie Coloniale Mixte Sénégalais


RIC 33

Chef de Corps : Colonel Capron

Composition :

I / 33e RICMS : Chef de Bataillon Schneider

II / 33e RICMS : Chef de Bataillon Amiel

III / 33e RICMS : Chef de Bataillon Gervaise

 

À partir du 1er juin, la 7e DIC devient réserve de la VIIe Armée.

Le 33e RICMS est regroupé dans la région de Poix ; embarqué en camions et rapidement transporté pendant la nuit du 1er au 2 juin dans la région de Ribécourt, dans l’Oise, au nord de Compiègne.

Le 2 juin, les hommes exténués par l’effort qu’ils viennent de fournir au sud d’Amiens passent la journée dans leurs cantonnements tandis que les cadres effectuent la reconnaissance des nouvelles positions que les unités doivent occuper à partir du 3 juin.

La 7e DIC a reçu mission d’organiser, en arrière du front de la Somme et du canal Crozat, une seconde position de résistance au sud de Noyon et sur le canal du Nord, face au nord-est. Le 33e RICMS, pour sa part, occupe le 3 juin dans la soirée, entre Porquéricourt exclu et Chiry-Ourscamps exclu, un sous-secteur de trois quartiers juxtaposés :
- le I / 33e (Chef de Btn Schneider) est chargé de la défense du quartier du Mont-Renaud (P.C à Passel et P.C avancé sur le Mont-Renaud)
- le II / 33e (Chef de Btn Amiel) du quartier de Suzoy (P.C à Suzoy)
- le III / 33e (Chef de Btn Gervaise) du quartier de Larbroye (P.C à Dives-le-Franc).

Le II / 33e est en liaison à sa gauche avec le 7e RIC qui tient le sous-secteur de Campagne à Porquéricourt inclus, le III / 33e est en liaison à sa droite avec le 57e RICMS qui occupe le sous-secteur de Chiry-Ourscamps à Ribécourt. En dépit de l’étendue des fronts à défendre, l’organisation est entreprise sans délai et est poursuivie méthodiquement malgré la fréquence et la violence des bombardements aériens et malgré la poussée de l’ennemi, qui le 7 juin, après le recul des divisions de 1ère ligne, est au contact sur tout le front du régiment et paraît rassembler des moyens considérables dans Noyon et aux abords de cette ville. Au cours de cette journée, la pression allemande oblige les commandants de quartiers à faire sauter les ponts de Larbroye et de Porquéricourt.

L’infanterie borde progressivement le canal du Nord. À 9H une attaque déclenchée par elle sur Vauchelles tenu par le II / 33e est stoppée par les feux intenses de nos armes automatiques et par de violents tirs de nos 75 d’appui direct.

Le 8 juin, l’ennemi attaque sur tout le front défendu par le régiment : les projectiles de mortiers pleuvent sur nos P.A, les mitraillettes crépitent tout le long de la position pendant que les groupes d’assaut allemands s’infiltrent hardiment dans les intervalles trop larges et insuffisamment battus par nos feux, conséquence de la trop grande extension de notre front. Mais les garnisons des P.A, même encerclées, résistent avec acharnement. Dans le quartier de Suzoy, tenu par le II / 33e, un P.A avancé, isolé sur le canal du Nord, écrasé par les minen, est submergé par l’ennemi après une magnifique résistance : immédiatement, une contre-attaque exécutée avec un brio remarquable reconquiert le P.A et en chasse l’ennemi qui subit de très lourdes pertes. Dans le quartier du Mont Renaud, tenu par le I / 33e, l’ennemi menace dangereusement Pont-l’Evêque : une contre-attaque met en fuite l’ennemi qui s’était avancé jusqu’au pont de la voie ferrée à l’ouest du village. A la nuit, les Allemands cessent leurs attaques : en aucun point ils n’ont pu entamer la magnifique et tenace résistance des bataillons du 33e RICMS. A 22H45, le régiment reçoit un ordre préparatoire de repli.

Le 9 juin, à 2H, le 33e RICMS reçoit l’ordre de se replier vers la forêt de Compiègne où il ira constituer à Saint-Jean-aux-Bois, en pleine forêt, la réserve de la 7e DIC, toujours à la disposition du XXIVe C.A. Le mouvement s’effectue par voie de terre sur l’itinéraire Ville – Cannectancourt – Orval – l’Ecouvillon – Elincourt Ste marguerite – Vandelicourt – Vignemont – Antheuil Portes – Rémy – Canly – la Croix St Ouen : l’étape est longue, la chaleur écrasante : les routes sont encombrées par des colonnes de toutes armes sur lesquelles s’acharne l’aviation allemande, en particulier l’après-midi aux approches des passages de l’Oise. Les uns après les autres, les ponts sur cette rivière sautent prématurément, devant la Croix St Ouen, à Verberie et à Pont Ste Maxence : quelques unités, isolées sur la rive droite de l’Oise et pressées de toutes parts par l’ennemi qui borde déjà la rivière, doivent détruire leur matériel lourd avant de gagner à la nage la rive amie ; cette obligation prive désormais le régiment d’une partie de ses armes automatiques lourdes et diminue sensiblement sa capacité de résistance.

Regroupé le 10 juin dans la forêt de Compiègne entre le carrefour de Malassise et Saint-Jean-aux-Bois, le régiment reçoit à 14H un nouvel ordre de repli vers la position fortifiée du Gouvernement Militaire de paris. Les unités doivent être enlevées en camions à partir de 15H mais une seule section de transport (20 camions) est chargée de procéder à cet enlèvement par rotations successives.
Une partie du III / 33e (11e Cie, une partie de la 10e Cie et de la C.A.B. III) la CDT et la CRE sont embarquées : le reste du régiment attend le retour des camions. Mais cers 22H il faut se rendre à l’évidence : gênée dans ses mouvements par l’encombrement indescriptible des routes, la section de transport ne peut pas revenir. Il n’y a plus de temps à perdre si le régiment veut éviter d’être pris comme dans une souricière. Dans la nuit opaque, les unités se mettent en marche ; les hommes portant à dos l’armement lourd, mitrailleuses et mortiers qu’ils ont réussi à conserver car, en raison du transport prévu en camions, les échelons ont devancé les unités sur la route par Orrouy, Béthisy-St-Martin, Néry et Huleux, suivis sur les talons par les Allemands qui restent assez passifs jusqu’à Huleux. Le régiment marche en direction de Baron qui lui a été assigné comme point de regroupement. Après les fatigues de l’étape précédente, ces 25 km faits en pleine nuit achèvent d’épuiser les hommes.

Rully – Le 11 juin 194, le jour est levé depuis un certain temps déjà quand le détachement du III / 33e et de la C.A.B III non enlevé par les camions (9e Cie, partie de la 10e Cie, partie de la C.A.B III et de la section de Cdt du III / 33e) est sur le point d’entrer dans le village de Rully pour le traverser : soudain, il est pris à partie par un feu nourri d’armes automatiques venant du village, bientôt suivi d’un sévère bombardement de minen et d’artillerie sur la route et ses abords. Des motorisés allemands, marchant parallèlement à notre colonne mais à une vitesse supérieure, ont devancé le détachement, occupé le village et tentent de faire le détachement prisonnier.

Il faut passer à tout prix ! Un violent combat s’engage : la fatigue est oubliée, l’odeur de la poudre stimule les courages. Instantanément, la 10e Cie du Lieutenant BOUAN se déploie en tirailleurs et par bonds successifs arrive à hauteur de l’agglomération : un Caporal-Chef sénégalais brandit son coupe-coupe, se redresse soudain, hurle dans sa langue un ordre à ses compatriotes, s’élance vers les premières maisons se trouvant devant lui et entraîne derrière lui tous ses camarades de sa Cie qui pénètrent dans le village. Simultanément, la 9e Cie du Lieutenant Amadou FALL attaque Rully : pendant que deux de ses sections débordent le village par l’est les deux autres pénètrent hardiment dans les premières rues.

Après un corps-à-corps sanglant, dans les rues et dans les maisons, les Tirailleurs des deux Cies nettoyent la localité de la plus grande partie de ses occupants, les survivants se terrent au fond des caves. Plusieurs voitures allemandes, dont une superbe Torpédo toute neuve sont incendiées ; un mortier et une cuisine roulante sont récupérés tandis que les Tirailleurs poursuivent avec leurs coupe-coupes les derniers Allemands qui fuient éperdus !

Mais des renforts ennemis arrivent : à l’entré du village s’arrêtent des camions d’où bondissent de nouveaux adversaires et nos munitions sont presque complètement épuisées. Il faut quitter Rully : c’est ce que font les unités, en ordre, sous la protection de quelques FM dont les servants et les chefs, au courage trempés, interdisent toute poursuite à l’ennemi.

La plupart des blessés peuvent être emmenés, dont un Sous-Lieutenant gravement atteint au ventre que l’Aspirant Ibos réussit à faire évacuer dans la direction de Baron. Car le combat de Rully coûte cher au régiment : le Lieutenant GUIGON de la 9e Cie a été tué, le Lieutenant Amadou FALL, commandant la 10e Cie, et plusieurs autres officiers ont été blessés, de nombreux tirailleurs ont disparu, blessés ou prisonniers et nombreux aussi ceux qui reposent depuis dans le petit cimetière du village !

Mais le cran et l’acharnement avec lequel le combat fut conduit prouvent la valeur combattive des cadres et de la troupe et démontrent qu’en dépit de la fatigue et de l’action démoralisante d’une retraite continue, officiers, sous-officiers, Marsouins et Tirailleurs ont conservé des âmes de guerriers et un magnifique esprit offensif.

À la fin de la matinée, le 33e RICMS est regroupé à Baron et aux alentours de cette localité. Le régiment reçoit la mission d’occuper, d’organiser et de défendre une position de résistance dont la lisière extérieure, face au nord, est jalonnée par le cours de la Nonnette, la lisière nord du village de baron et la tranchée antichars à l’est du village. Cette tranchée ainsi que les casemates armées de canons qui en défendent les accès ont été établis depuis longtemps par les soins du Gouvernement Militaire de Paris : une petite garnison composée d’éléments de corps et d’armes différents et placée sous le commandement d’un Capitaine, assure l’occupation d’un certain nombre de blocs bétonnés.

Au fur et à mesure de leur arrivée à Baron, les unités du 33e RICMS s’installent sur la position : le III / 33e occupe le quartier du village et le II / 33e le quartier à l’est de Baron, le I / 33e est placé sur la ligne d’arrêt de la position de résistance, aux lisières nord des bois de Montlognon.

Le Capitaine Gras, Cdt la CRE du 33e reçoit l’ordre de vérifier et de coordonner la DCB (défense contre les blindés) du sous-secteur tenu par le régiment : il dispose pour cela, en plus des engins régimentaires, des 4 canons de 47 de la batterie divisionnaire anti-chars et des 6 canons de 25 du sous-secteur.

À midi, l’ennemi attaque violemment le quartier est de Baron où la 5e Cie du II / 33e et la section de Cdt de ce bataillon sont installés défensivement, en liaison avec le 57e RICMS. La localité, violemment bombardée brûle en grande partie pendant que les Allemands tentent de l’encercler mais l’ennemi essuie des pertes telles qu’il abandonne momentanément ses projets.

 

© Marc Pilot – Picardie 1939 – 1945 -juin 2012